L', en forme longue la (en et , en traduction littérale le ), est une république située en Europe du Sud, dans la partie occidentale de la péninsule des Balkans. Elle possède une façade maritime à l'ouest, donnant sur la mer Adriatique et la mer Ionienne ; l'Italie est distante de quatre-vingts kilomètres via le canal d'Otrante. L'Albanie possède également des frontières communes avec le Monténégro au nord-ouest, avec le Kosovo au nord-est, avec la Macédoine du Nord à l'est, et avec la Grèce au sud-est.
Constitutionnellement, le pays a un régime politique de type démocratie parlementaire. Sa capitale, Tirana, est aussi sa plus grande ville ( en 2018). En 2009, l'Albanie adhère à l'OTAN et pose officiellement sa candidature à l'Union européenne, candidature reconnue par le Conseil européen le .
Sa langue officielle est l'albanais. De nombreux albanophones vivent aussi dans le Kosovo voisin (où ils sont majoritaires), dans l’Ouest de la Macédoine du Nord, au Monténégro (Ulcinj), dans le Sud de la Serbie centrale (vallée de Preševo, Medveđa), en Grèce (Chameria) et en Italie du Sud (Arberèches). La langue albanaise compte sept millions de locuteursOn compte deux millions d'Albanais dans les Balkans au début du , dont seront inclus dans l'État albanais suivant la proclamation d'indépendance de 1912, d’après E. Barbarich, Albania, Roma, 1905 (Démographie). alors que le pays n'a que trois millions d'habitants ; d'autres communautés issues d'une émigration récente existent en Europe occidentale et aux États-Unis.
C'est au cours du Néolithique que l'on relève les premiers signes de peuplement sédentaire de l'Albanie. Dans l'Antiquité, le pays était peuplé d'Illyriens, hellénisés sur la côte et dans le Sud au Au , l'actuelle Albanie fait partie de la Macédoine, puis, au , de l'Empire romain, devenu byzantin en se christianisantAtlas socio-économique 2013, éd. Larousse 2013.. Au Moyen Âge, l'actuelle Albanie est la principale composante du despotat d'Épire avant de s'émanciper au sous la bannière de Skanderbeg. Devenue pour quatre siècles une province ottomane, mais subissant l'influence vénitienne sur la côte, l'Albanie se partage alors entre le christianisme (catholique sur la côte, orthodoxe dans le Sud) et l'islam (hanafite qui devient majoritaire, ou bektachi). Sous l'égide de l'Autriche-Hongrie et de son envoyé l'albanologue Franz Nopcsa, le pays proclame son indépendance en 1912. Ses frontières actuelles ont été fixées en 1919, à la suite du traité de Versailles. Le pays est occupé par l'Italie fasciste entre 1939 et 1944 avant de faire partie intégrante du bloc de l'Est en devenant la République populaire socialiste d'Albanie jusqu'en 1991.
Histoire
Préhistoire, protohistoire et Antiquité
vignette|alt=Monnaies illyriennes |gauche|Monnaies illyriennes, vignette|Les « Illyriens proprement dits » de Pline l'Ancien. Les nombreux sites archéologiques témoignent d'une population sédentaire en Albanie depuis le néolithique. Les origines des Albanais sont clairement indo-européennes. mais les détails de leur ethnogenèse sont discutés : la thèse officielle de l'historiographie albanaise en fait des autochtones plus ou moins exclusivement issus des peuples que l'historien grec Hérodote appelait au milieu du Hérodote, livre , 49 ; , 137 ; , 43.., et plus précisément des Illyriens, mais d'autres thèses, se basant sur les éléments linguistiques, y adjoignent aussi des influences thraco-daces, avec des apports carpiens, romans, slaves et turcsEqrem Çabej, Eric Hamp, Georgiev, Kortlandt, Walter Porzig, Sergent et d'autres linguistes considèrent, dans une perspective paléolinguistique ou phylogénétique, que le proto-albanais s'est formé sur un fond thraco-illyrien vers le , à l'intérieur des terres, subissant un début de romanisation encore sensible dans la langue moderne, tandis que les emprunts les plus anciens de l'albanais aux langues romanes proviennent du diasystème roman oriental et non de l'illyro-roman qui était la langue romane anciennement parlée en Illyrie après la disparition de l'illyrien (pendant l'occupation romaine, l'illyro-roman a remplacé l'illyrien à la manière du gallo-roman remplaçant le celtique en Gaule). Comme les lieux albanais ayant conservé leur appellation antique ont évolué selon des lois phonétiques propres aux langues slaves et que l'albanais a emprunté tout son vocabulaire maritime au latin et au grec, ces auteurs pensent que les ancêtres des Albanais ont vécu à l'est de l'actuelle Albanie et que les régions côtières de ce pays (thème de Dyrrhacheion) étaient initialement gréco-latines. De nos jours, l'existence, en albanais, de mots empruntés au roman oriental balkanique et, en roumain, de mots de substrat apparentés à des mots albanais corrobore cette manière de voir.. Beaucoup de chercheurs albanais affirment que le peuple albanais descend directement d'une tribu illyrienne : les ou Le géographe Claude Ptolémée mentionne pour la première fois au le mot pour un lieu-dit correspondant à près de Krujë et Albanie centrale : Encyclopédie méthodique, géographie ancienne, tome et tome , Paris, 1792, ., vivant déjà dans l'Albanie d'aujourd'hui et issus des Pélasges, qui auraient vécu là depuis des milliers d'années avant Jésus Christ..
Quoi qu'il en soit, dans l'Antiquité, le territoire de l'Albanie actuelle était habité par des peuples indo-européens en majorité illyriens, mais pour partie hellénisés : Ardiéens, Bryges, Chaoniens, Enchéléiens, Parthénies et Taulantiens.. (publié également en italien sous le titre Gli Illiri)..... Vers le sont fondées d'importantes colonies grecques sur la côte, comme Orikos, Aulon (aujourd'hui Vlorë), Apollonie, Epidamnos (aujourd'hui Durrës), et Lissos (aujourd'hui Lezhë)..
Les royaumes illyriens sont unifiés en par , roi des Enchéléiens. L'État qui résulte de cette unification atteint l'apogée de sa puissance sous les règnes du roi Agron puis de sa femme, la régente Teuta. La capitale de ce royaume était la ville de Scutari (située au nord de l'Albanie actuelle) au milieu du Il s'étendait de la côte dalmate jusqu'à l'Albanie centrale en passant par les territoires actuels de l'Herzégovine, du Monténégro, de la Serbie méridionale et du Kosovo.. Pline l'Ancien emploie l'expression « » (Illyriens proprement dits) pour désigner les populations qui y vivaient Livre .. Ce royaume arma des navires corsaires, mettant ainsi en danger le commerce de la République romaine. qui réagit : en , Rome conquiert l’Illyrie, qui reste sous son autorité pendant plus de cinq siècles, devenant un carrefour routier et maritime reliant Rome et Constantinople par la via Egnatia. Pendant cette période, les ports de Dyrrachium (Durrës), Apollonie ou Oricum se transforment en d’importantes places commerciales..
La division de l'Empire romain en 395 partage l’Illyrie entre l’Empire romain d'Occident (à l’ouest d’une ligne suivant la Drina et allant des sources de celle-ci aux bouches de Kotor) et l’Empire romain d’Orient (à l’est de cette ligne). Les provinces illyriennes sont dévastées par les tribus nomades des Goths au et des Huns au . Au arrivent les Slaves méridionaux (futurs Croates, Serbes et Bulgares) qui absorbent en partie les populations illyriennes, mentionnées pour la dernière fois sous cette dénomination dans Miracula Sancti Dimitrii au : .
Moyen Âge gauche|vignette|Bas-byzantin médiéval exposé au Musée national à Tirana. Les Albanais modernes sont mentionnés pour la première fois au par l'historien byzantin Michaelis Attaleiates dans son Histoire qui cite des Albanoï ayant participé à un soulèvement contre Constantinople en 1043, et des Arbanitai qui étaient des habitants du duché de Dyrrachion (Durrës), la nouvelle Épire. Vers 1081, un autre historien, Ioannis Scylitzes, évoque des Arvanites (dénomination grecque des Albanais orthodoxes) qui constituent une partie des troupes réunies par le duc de Durrës, Nicéphorus Basilacius, en rébellion contre Constantinople. Mention des Albanais est faite aussi au dans la chronique d'Anne Comnène, la fille de l'empereur byzantin . Ce dernier est alors confronté à l'invasion normande conduite par Robert Guiscard. Ce conquérant sera battu à Shën Koll (Saint-Nicolas), près de Durrës, et selon la chronique il aurait pu vaincre . Replié ensuite vers Ohrid, il aurait donné le commandement de la place de Durrës au komiskort (seigneur) de l'Arbanon. vignette|L'abside de l'église du Rédempteur de Rubik comporte des fresques de style roman datant de la période angevine. De 1272 aux années 1280, la région se trouve sous le contrôle de Charles d'Anjou (frère de Saint Louis, installé d'abord en Sicile), qui se proclame . Le territoire de ce royaume a la forme d'un rectangle dont les sommets sont aujourd'hui à Bar (Monténégro) (anciennement Tivar), Prizren (Dardanie), Ohrid et Vlora (Sud de l'Albanie actuelle). Cela ne correspond qu'à une partie seulement du territoire sur lequel vivaient les tribus identifiées comme illyriennes dans l'Antiquité ..
Les Normands, qui gouvernaient le Sud de l'Italie, conquirent Durrës en 1081. Les Byzantins reconquirent l'Albanie en 1083. Des Normands y retournèrent en 1107 et encore en 1185 mais furent rapidement expulsés. En 1190, le prince albanais réussit à instaurer un État indépendant qui se maintient jusqu’au milieu du . Le Second Empire bulgare, qui atteint son apogée sous le règne d' (1218-1241), chutera à la mort de celui-ci. Un siècle plus tard, un empire serbe atteint son apogée au milieu du , sous le règne d' (1331 à 1355), période pendant laquelle une partie du Nord de l'Albanie (jusqu'à Durrës où commençaient les territoires appartenant à la république de Venise) est sous sa domination (treize ans).
vignette|Les migrations des Albanais, 1300-1350.
L'historiographie fait apparaître l'existence de plusieurs principautés albanaises avec l'effondrement de l'empire de Dušan et les premières incursions ottomanes dans l'Ouest des Balkans autour de 1385. De puissants seigneurs albanais dirigeaient la plupart des régions albanophones des Balkans, de Kosovo à Arta.
Ces principautés étaient le despotat de Gjergj Balsha de Shkodër, puissante famille catholique albanaise qui avait réussi, à travers des alliances matrimoniales avec les Serbes (, et ), à régner sur l'empire de Zeta (actuels Albanie du Nord, Kosovo et Monténégro), le despotat des régnant sur les territoires des , de Durrës à Ohrid, le despotat d'Arta qui s'étendait jusqu'au golfe de Corinthe, la principauté des (basée à la ville de Gjirokastër), et celle des Muzaka (régnant de Berat à Kastoria en Macédoine).
Les territoires de ces principautés n'étaient pas stables à cause des divisions et regroupements qui se faisaient en relation avec des partages d'héritages, des mariages et l'évolution des rapports de force. Lors de l'attaque ottomane de la bataille de Kosovo Polje (1389), dans laquelle prirent part toutes les forces balkaniques (Albanais, Hongrois, Valaques, Serbes et Bosniaques), la défaite fut avant tout une défaite albanaise. Si ces forces semblent avoir accepté la direction du prince Lazar Hrebeljanović (Lazare de Serbie), c'est vraisemblablement parce qu'il était plus directement concerné, la confrontation se faisant au sud de la Serbie. Environ un quart de toutes les forces mobilisées de la coalition étaient albanais. Les plus grands chefs féodaux albanais, tels , seigneur de Shkodër, et , seigneur de Berat, ont participé avec leurs troupes au champ de bataille. La conséquence immédiate de la défaite fut l'extension de la domination ottomane sur les Serbes et les Albanais du Nord..