Les cantons de l’Est sont un territoire octroyé à la Belgique après la Première Guerre mondiale et administré sous la forme de trois cantons situés dans l'est de la province de Liège et jouxtant la frontière avec l'Allemagne : Eupen, Malmedy et Saint-Vith.
Jusqu'aux années 1970, ils furent aussi appelés les « cantons rédimés »Jacques Wynants. "Eupen-Malmedy (Les « Cantons de l'Est » belges) : la question de la nationalité ; les conséquences" in Annexion et Nazification de l'Europe, Actes du colloque de Metz 7-8 novembre 2003, . Deux d'entre eux (Eupen et Saint-Vith) forment aujourd’hui la communauté germanophone de Belgique alors que les deux communes du canton de Malmedy, rattachées à la communauté française, disposent du régime de facilités linguistiques allemand / français.
Les cantons de l'Est furent détachés de l'Allemagne en 1919, après la Première Guerre mondiale, en application de l'article 34 du traité de Versailles, afin de donner à la Belgique un accroissement de territoire dont le but était, à l'époque, de permettre une défense militaire belge avancée vers l'est. Ils se composent de l'ancienne circonscription (Kreis) prussienne d'Eupen-Malmedy et du Moresnet neutre (La Calamine), ainsi que de la ligne de chemin de fer dite Vennbahn.
Géographie Situation Les trois cantons sont situés dans l'est de la province de Liège dans la région des Hautes Fagnes, jouxtant l'Eifel et la frontière entre l'Allemagne et la Belgique. Ils se situent tous dans l'arrondissement administratif de Verviers mais dépendant soit de l'arrondissement judiciaire de Liège (partie francophone), soit de l'arrondissement judiciaire d'Eupen (partie germanophone).
Géologie vignette|Le Weisser Stein, deuxième sommet de Belgique (), situé dans la commune de Bullange sur la frontière entre l'Allemagne et la Belgique. D'un point de vue géologique, la région est essentiellement composée de tourbières, de landes et de forêts. Elle abrite les plus hauts sommets du pays, dont : le signal de Botrange (), situé dans la commune de Waimes, c'est le point culminant de la Belgique. le Weisser Stein (), situé à l'intersection des communes de Bullange et d'Hellenthal (Allemagne). le Mont Rigi (), situé dans la commune de Waimes. la baraque Michel (), situé à l'intersection des communes de Jalhay, de Malmedy et de Waimes.
Communes Au début des années 1920, les différentes communes sont regroupées en trois cantons : Eupen, Malmedy et Saint-Vith. Un évêché d’Eupen-Malmedy est provisoirement établi en 1921, après une polémique ayant opposé le Saint-Siège et le primat de Belgique, mais dès 1925 les cantons sont rattachés à la province de Liège et le nouvel évêché absorbé par celui du chef-lieu (Liège).
Les communes des cantons de l’Est ont, comme dans le reste de la Belgique, subi la Fusion de communes en Belgique en 1976–1977, et sont passées de 31 à 11 : dans le canton d’Eupen (partie nord, dans la communauté germanophone de Belgique) : commune de La Calamine (auparavant Kelmis, Neu-Moresnet et Hergenrath), la seule limitrophe de la province du Limbourg aux Pays-Bas et la plus proche d’Aix-la-Chapelle en Allemagne ; commune de Lontzen (auparavant Lontzen, Herbesthal, Astenet et Walhorn) ; commune de Raeren (auparavant Raeren, Eynatten et Hauset) ; commune d’Eupen (auparavant Eupen et Kettenis) ;
dans le canton de Malmedy (partie centrale, dans la communauté francophone, avec facilités linguistiques pour les germanophones) : commune de Malmedy (auparavant Malmédy, Bellevaux-Ligneuville et Bévercé) ; commune de Waimes ou Weismes (auparavant Weismes, Faymonville-Aussenborn et Robertville) ;
dans le canton de Saint-Vith (partie sud, dans la communauté germanophone) : commune de Butgenbach ou Bütgenbach (auparavant Bütgenbach et Elsenborn) ; commune de Bullange ou Büllingen (auparavant Büllingen, Manderfeld et Rocherath) ; commune d’Amblève ou Amel (auparavant Amel, Heppenbach et Meyerode) ; commune de Saint-Vith ou Sankt Vith (auparavant Sankt Vith, Crombach, Lommersweiler, Schönberg et Recht) ; commune de Burg-Reuland (auparavant Reuland et Thommen), la seule limitrophe du grand-duché de Luxembourg.
Histoire Avant 1795 : origines et époque médiévale Avant 1795, le territoire était morcelé selon le principe médiéval de la féodalité et réparti entre plusieurs entités, toutes appartenant au Saint-Empire romain germanique : Eupen fait partie du duché de Limbourg (sous la tutelle du duché de Brabant) Malmedy fait partie de la principauté abbatiale de Stavelot-Malmedy Saint-Vith fait partie du duché de Luxembourg.
1795–1815 : administration française vignette|Le département de l'Ourthe contenait les actuels cantons de l'est après l'annexion par la Première République française en 1795. Après la Révolution française de 1789, la Première République tente une première fois d'annexer la région en 1792, mais échoue. La seconde annexion française des États de Belgique est, elle, un succès et mène au découpage des nouveaux territoires en départements français appelés les « départements réunis ».
Parmi eux, l’annexion de la principauté de Stavelot-Malmedy à la France se fait par le décret du , elle était déjà rattachée depuis le au nouveau département de l’Ourthecarte, dont le chef-lieu est Liège et qui s’étend plus à l’est que l’actuelle province de Liège, donc dans l’Allemagne actuelle, jusqu’à Schleiden et Kronenburg, plus des enclaves dans le département de la Sarre (Schüller, Steffeln, Dhom).
1815–1871 : administration prussienne
thumb|Carte de la Belgique (et du Grand-Duché de Luxembourg) en 1843 avec les frontières d'alors : les Cantons de l'Est font alors partie de l’aire allemande. Après la chute du Premier Empire français et de Napoléon Bonaparte, les puissances victorieuses se réunirent lors du congrès de Vienne dès 1814 pour réorganiser l’Europe en octroyant, entre autres, de nouveaux territoires au royaume de Prusse. Les puissances souhaitant également disposer d'un rempart contre les éventuelles nouvelles ambitions expansionnistes françaises décident de créer un nouvel état « tampon » entre le royaume de France et la Prusse : le royaume uni des Pays-Bas. Le congrès fixe une première frontière entre les deux nouveaux étatsacte du congrès de Vienne, qui fut ensuite précisée lors de la signature du traité d'Aix-la-Chapelle le , en délimitant la frontière de l'est comme telle : Afin d'administrer ces territoires, la Prusse créée le grand-duché du Bas-Rhin, auquel ils appartiennent alors.
Est donc annexée à la Prusse la ville majoritairement francophone de Malmedy, où la langue française restera d’ailleurs celle des débats au conseil communal et où le bourgmestre nommé par la France en 1801, Jean-Georges Delvaux, reste en place jusqu’en 1822. Ceci explique que certains, comme l’Abbé Nicolas Pietkin, parlent de « Wallonie prussienne ». Même le roi de Prusse Frédéric-Guillaume IV aurait qualifié Malmedy, au cours d’une visite en 1853, de « petit pays où l’on parle français ». À partir de l’arrivée de Bismarck au pouvoir en Prusse, en 1862, une politique de germanisation forcée des minorités se met en place, comme dans le reste de l’Allemagne où l'unification allemande se fait de plus en plus pressante. Le conseil communal de Malmedy est, par exemple, obligé de se tenir exclusivement en allemand à partir de 1876, alors qu’il est majoritairement composé d’élus francophones.
D'un point de vue religieux, l’annexion à la Prusse des autres communes, pourtant germanophones, ne se fait pas non plus sans craintes de la part d’une partie de la population catholique, méfiante à l’égard de l'état protestant qu'est la Prusse, mais en cela elle ne diffère guère des autres catholiques, par exemple rhénans. Les habitants germanophones de Kronenburg par exemple, localité luxembourgeoise avant 1795 puis prussienne à partir de 1815, font un très bon accueil aux Français en 1795 et en gardent d’excellents souvenirs par la suite, alors que l’annexion à la Prusse marque le déclin de cette petite bourgade de l’Eifel à cause d’une administration inefficace conjuguée au désintérêt du pouvoir central nordeifel.de. Il a d’ailleurs existé des tendances séparatistes en Rhénanie jusqu’après la Première Guerre mondiale, avec une éphémère République rhénane en 1919–1923.
En 1830 survient la révolution belge qui mène à l'indépendance de la Belgique du royaume uni des Pays-Bas le . Celle-ci est officiellement reconnue le par les puissances, dont la Prusse, réunies lors de la conférence de Londres. Une frontière officielle est alors établie : la frontière entre la Belgique et la Prusse, précisée par le traité de Maastricht en 1843.
1871-1919 : administration allemande L'unification allemande est officialisée par la création de l'Empire Allemand le dans la galerie des Glaces du château de Versailles, après la victoire des princes prussiens lors de la guerre franco-prussienne de la même année. Dans la région qui deviendra les cantons de l'Est, l’enseignement se fait alors en allemand à partir de 1879, et dix ans plus tard l’apprentissage du français disparaît du programme scolaireulg.ac.be.
La Première Guerre mondiale éclate en et la Belgique est envahie lors de la bataille des Frontières. Elle est ensuite occupée par le Deuxième Reich jusqu'à l'armistice du 11 novembre 1918 qui met fin au conflit. L'Empire allemand, vaincu, devient la république de Weimar. Celle-ci est contrainte de signer le traité de Versailles le , qui l'ampute de 15 % de son territoire, en guise de compensation aux vainqueurs. L'article 34 octroie notamment à la Belgique les Kreis d'Eupen-Malmedy et du Moresnet neutre, ainsi que de la Vennbahn. Ces nouveaux territoires sont assimilés au Royaume sous la forme de trois cantons : le canton d'Eupen le canton de Malmedy le canton de Saint-Vith
1919–1925 : administration provisoire belge vignette|C'est l'article 34 du traité de Versailles, signé le , qui octroie les cantons de l'Est de l'Allemagne à la Belgique.
Le plébiscite des habitants est organisé entre le et le par le haut-commissaire royal, le lieutenant-général Herman Baltia, de telle manière que seuls 271 électeurs sur osent s’exprimer en faveur d’un maintien de ces communes en Allemagne : le vote n’est pas secret et la crainte est forte de se voir expulsé ou à tout le moins de se voir retirer sa carte de ravitaillement.
À l’époque, seul le Parti ouvrier belge (POB) dénonce ce procédé, notamment par la voix d’Émile Vandervelde et de Louis De Brouckère, ce dernier déclarant encore en 1926 qu’« il n’est pas dans l’intérêt véritable de mon pays de créer une petite Alsace à sa frontière ».
Les habitants des cantons de l’Est, n’étant pas encore pleinement de nationalité belge, n’ont pas le droit de participer aux élections législatives avant 1925. Par la suite, ils ne seront d’ailleurs jamais des Belges à part entière puisque considérés comme n’étant pas Belges de naissance et donc susceptibles d’être déchus de leur nationalité, à l’instar d’immigrés naturalisés. De telles déchéances seront prononcées par les tribunaux belges à la fin des années 1930 à l’encontre de dirigeants politiques autonomistes.
Une tentative de négociations secrètes lancée par le gouvernement allemand pour permettre à celui-ci de racheter les cantons de l’Est à la Belgique échouera en 1925 face au refus opposé par la France à toute remise en cause du traité de VersaillesParlament der deutschsprachigen Gemeinschaft: Zur Geschichte der Deutschsprachigen Gemeinschaft.
1925–1940 : intégration à la Belgique