Andrea Dworkin, née le à Camden et morte le à Washington, est une essayiste américaine, théoricienne du féminisme radical. Elle est surtout connue pour sa critique de la pornographie, qu'elle rapprochait du viol et autres formes de violence contre les femmes.
Militante anti-guerre et proche de certains milieux anarchistes à la fin des années 1960, Dworkin a écrit plus d'une dizaine de livres sur la théorie et la pratique du féminisme radical. Pendant la fin des années 1970 et les années 1980, elle a gagné une renommée nationale comme porte-parole du mouvement féministe anti-pornographie, et pour ses écrits sur la pornographie et la sexualité, particulièrement (1979) et (1987) qui restent ses deux ouvrages les plus connus.
Sa personnalité et ses positions très tranchées, principalement sur la sexualité et la pornographie, ont été la cible de critiques, notamment de la part de féministes opposées à ses idées. Elle est aussi admirée et célébrée par de nombreuses autres féministes.
Biographie Jeunesse et éducation Née en 1946 à Camden, dans le New Jersey, Andrea Dworkin est la fille d'Harry Dworkin, petit-fils d'un russe juif qui a fui la Russie à l'âge de afin d'échapper au service militaire, et de Sylvia Spiegel, fille d'immigrés juifs hongrois. Son petit frère, Mark, né en 1949, est devenu un biologiste spécialisé dans l'étude des cellules cancéreuses avant de mourir lui-même d'un cancer le .. Pratiquant avec ferveur le judaïsme, sa famille proche était aussi particulièrement engagée dans le soutien à l'État d’Israël ; Dworkin raconte ainsi que Elle explique que c'est de son père, un instituteur socialiste, qu'elle tient sa passion de la justice sociale. Malgré les relations tendues avec sa mère, elle écrit dans un de ses ouvrages que la foi de sa mère dans le contrôle des naissances et dans l'avortement, , a inspiré son futur militantisme..
Bien qu'elle ait décrit sa famille comme étant à bien des égards dominée par le souvenir de la Shoah, elle lui a néanmoins offert une enfance heureuse, jusqu'à l'âge de , lorsqu'un homme inconnu l'a agressée sexuellement dans une salle de cinéma.. Alors qu'elle a , la famille Dworkin déménage à Cherry Hill, une ville de banlieue du New Jersey, ce qu'elle a plus tard comparé à un enlèvement par des extraterrestres et un enfermement dans une colonie pénitentiaire.. En sixième, l'administration de sa nouvelle école la punit pour avoir refusé de chanter Silent Night (étant juive, elle a protesté contre le fait d'être forcée de chanter un chant chrétien à l'école)..
C'est d'ailleurs dès la sixième qu'elle commence à écrire de la poésie et de la fiction, une activité qu'elle poursuivra durant toutes ses années au lycée avec le soutien de ses parents. Elle explique avoir été particulièrement influencée par Arthur Rimbaud, Charles Baudelaire, Henry Miller, Dostoïevski, Che Guevara et par les poètes de la tout particulièrement Allen Ginsberg...
Université et premiers engagements Étudiante au Bennington College, elle manifeste, en 1965, contre la guerre du Viêt Nam à la mission des États-Unis aux Nations unies. Arrêtée et envoyée à la , une prison pour femmes de New York, elle affirme que les médecins de la prison lui ont infligé un toucher vaginal si violent qu'elle saignait encore plusieurs jours après l'examen. Son témoignage devant le grand jury est relayé par des médias, nationaux et internationaux... Le grand jury refuse de prononcer des inculpations mais sa déposition attire l'attention du public sur les mauvais traitements infligés aux détenues et contribue à la fermeture de la prison quelques années plus tard..
Elle quitte ensuite Bennington pour la Grèce. et s'installe finalement en Crète., où elle compose une série de poèmes appelés , un recueil en rime et en prose, qu'elle fait éditer en 1966 dans un livre intitulé . Dans le même temps, elle écrit , roman au style proche du réalisme magique. Il est rédigé en référence au pacifiste Norman Morrison qui s'était immolé par le feu pour protester contre la guerre du Viêt-Nam. De nombreux autres poèmes et dialogues sont aussi rassemblés dans un livre ..
Après cet épisode, Andrea Dworkin retourne à Bennington où, pendant deux ans, elle continue à étudier la littérature. Elle participe, sur les campus, à des campagnes pour la contraception, pour la légalisation de l'avortement et contre la guerre du Viêt Nam.. Elle sort de l'université en 1968, diplômée d'un en littérature..
Vie aux Pays-Bas Ses études terminées, elle se rend à Amsterdam pour interviewer des anarchistes néerlandais du mouvement contestataire Provo... Elle y rencontre Cornelius (Iwan) Dirk de Bruin, anarchiste lui-même, avec lequel elle se marie en 1968. Très vite après leur mariage, de Bruin devient extrêmement violent à son encontre, lui donnant des coups de poing et de pied, la brûlant avec des cigarettes, lui frappant les jambes avec des planches en bois et cognant sa tête contre le sol jusqu'à l'évanouissement.... Elle se cache mais elle est battue, harcelée et menacée chaque fois qu'il la retrouve.
Leur divorce est prononcé à la fin de 1971. Elle est alors seule et souvent sans abri, à des milliers de kilomètres de sa famille.. Sans ressource, elle est parfois contrainte de se prostituer. Elle souligne dans un de ses livres que
Ricki Abrams, une féministe et expatriée américaine, l'accueille dans sa maison et lui apporte son aide. Elle trouvera à se loger dans des endroits aussi divers qu'une péniche, une ferme communautaire et même dans des immeubles abandonnés.. Ricki Abrams l'initie aux premiers écrits des féministes radicales américaines. Elle est particulièrement influencée par Sexual Politics de Kate Millett, par La Dialectique du sexe de Shulamith Firestone, et par Sisterhood is Powerful de Robin Morgan..
vignette|redresse|Couverture de la première édition de Woman Hating (1974). Dworkin et Abrams commencent à travailler sur l'amorce d'un texte féministe abordant la haine des femmes dans l'histoire et la culture. et incluent un chapitre sur le magazine pornographique de contre-culture publié par un groupe de compatriotes expatriés aux Pays-Bas...
Elle a raconté, plus tard, que pour retourner aux États-Unis en 1972, elle avait envisagé de transporter illégalement une mallette d'héroïne en contrepartie de et d'un billet d'avion. Elle pensait que, même si elle se faisait prendre, la prison lui aurait permis d'échapper aux violences de son ex-mari. Malgré l'annulation de l'opération, elle a reçu le billet d'avion de l'homme qui l'avait organisée... Avant de quitter Amsterdam, elle s'entretient avec Abrams de son expérience, de l'émergence du mouvement féministe et du livre qu'elles avaient commencé à écrire. Elle accepte de l'achever et le publie à son arrivée aux États-Unis. Dans ses mémoires, elle précise qu'au cours de cette conversation, elle a prêté le serment de vouer sa vie au mouvement féministe :
Retour à New York De retour à New York, elle œuvre comme militante anti-guerre et participe à des manifestations pour les droits des lesbiennes et contre l'apartheid en Afrique du Sud.. Elle rejoint des groupes féministes qui veulent sensibiliser le grand public aux problèmes des femmes. et s'implique dans une organisation de féministes radicales, organisant des campagnes contre les violences faites aux femmes. En plus de ses écrits et de son militantisme, elle révèle ses talents d'oratrice au cours des manifestations organisées par des groupes féministes locaux.. Ses prises de parole sans concession stimulent les passions autant parmi ses soutiens que chez ses détracteurs et encouragent son public à agir. Il en est ainsi de son discours de lors de la première marche et de son réquisitoire contre le viol prononcé à la (maintenant connu sous le nom de .) qui s'intitule (que l'on pourrait traduire par ). Durant cette période, la poète féministe Muriel Rukeyser, l'engage comme assistante et Dworkin dira plus tard :
Lutte contre la pornographie
vignette|Marche Take Back The Night en 2010, un type de manifestation créé par Dworkin et d'autres féministes en 1978.
Andrea Dworkin est notamment restée dans les mémoires pour son rôle de leader, d'essayiste et de militante dans le mouvement féministe anti-pornographie.. C'est ainsi qu'en , elle joue un rôle primordial dans l'organisation des manifestations new-yorkaises contre le film Snuff et, durant l'été de la même année, elle rejoint Adrienne Rich, Grace Paley, Gloria Steinem, Shere Hite, Karla Jay, Robin Morgan et Susan Brownmiller dans la volonté commune de former un groupe féministe radical luttant contre la pornographie.. Ces dernières ont poursuivi leur démarche jusqu'à fonder en 1979 le collectif Women Against Pornography, même si par la suite Dworkin a commencé à s'éloigner du groupe à cause de différences d'approche..
Luttant toujours contre la pornographie, Andrea Dworkin a pris la parole, en , lors de la première marche , et a rejoint dans une marche à travers le quartier chaud de San Francisco.. Un an plus tard, en 1979, Dworkin a publié , un ouvrage qui analyse la pornographie ancienne et contemporaine (et qui cite de nombreux exemples tirés de ce genre de film) comme une industrie de déshumanisation et de haine du sexe féminin. Dworkin soutient ainsi que la pornographie joue un rôle dans les violences faites aux femmes, que ce soit du côté de la production (par le biais des abus subis par les femmes employées dans l'industrie pornographique) que dans les conséquences sociales de sa consommation, qui encouragerait les hommes à érotiser et à fantasmer la domination, l'humiliation, et les violences sexuelles..
En 1980, Linda Boreman (qui est apparue dans le film pornographique Deep Throat sous le nom de « Linda Lovelace ») a raconté que son ex-mari Chuck Traynor l'a battue, violée et forcée à tourner dans des films pornographiques, dont Deep Throat. Boreman a lancé ses accusations publiquement devant des journalistes lors d'une conférence de presse qu'elle a tenue, accompagnée de Dworkin, de la juriste féministe Catharine MacKinnon et d'autres membres de Women Against Pornography. Après la conférence de presse, Dworkin, MacKinnon, Gloria Steinem et Boreman ont commencé à discuter de la possibilité d'utiliser les lois sur les droits civiques pour obtenir des dommages et intérêts de Traynor et des autres réalisateurs de Deep Throat. Boreman était intéressée, mais elles ont dû abandonner après que Steinem a découvert que le délai de prescription pour engager des poursuites avait été dépassé.. Cependant le récit de Linda Boreman s’intègre à la réflexion de Dworkin et MacKinnon qui voient dans la pornographie, par nature violente, l'antichambre du viol : ..