thumb|Fumée de tabac dans un pub irlandais avant la mise en application de l'interdiction d'y fumer.
Le tabagisme passif est le fait d'inhaler involontairement de la fumée dégagée par la combustion de cigarettes, cigares, pipes ou narguilé. On distingue parfois la fumée secondaire (fumée issue d'une cigarette tenue à la main ou d'une cigarette ou d'un mégot se consumant dans un cendrier par exemple), d'une fumée tertiaire (fumée exhalée par la bouche ou le nez, par un ou plusieurs fumeurs)Tabagisme passif, sur Stop-tabac.ch.. La fumée de tabac ambiante (FTA) respirée par une personne exposée au tabagisme passif est un mélange de fumée secondaire (environ 80 %) et de fumée tertiaire.
Toxicité Les cigarettes contiennent plus de et composés chimiques différents. La fumée d'une cigarette contient environ , dont 60 substances cancérigènes. Elle est dangereuse pour le fumeur comme pour son entourage, même pour la fumée de narguilé, qui contrairement à une idée reçue pourrait poser encore plus de problèmes de toxicité que celle de la cigarette. La fumée directement inhalée par le fumeur (fumée principale ou « primaire ») a une composition très différente de celle (non filtrée quand la cigarette possède un filtre) qui s’échappe de la cigarette (fumée secondaire), ou de celle exhalée par le fumeur (fumée tertiaire). La fumée secondaire contient plus de certains toxiques (10 fois plus de monoxyde de carbone, d'oxydes d’azote…) et de cancérogènes (goudrons, 9 fois plus de benzène, 50 fois plus de formaldéhyde) que la fumée primaire.. On y trouve systématiquement plus de tous les composés carbonylés recherchés, ainsi que plus d'aldéhydes et plus de cétones que dans les mégots ; les taux moyens d'alcools et de phénols y sont aussi plus élevés que ceux mesurés dans la fumée inhalée. Cette fumée secondaire est donc beaucoup plus toxique que la fumée primaire directement inhalée par le fumeur..
Plus de ont été publiées sur les composants émis dans la fumée, mais ils ont surtout porté sur les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) et d'autres hydrocarbures aromatiques, alors que les mesures montrent aussi la présence systématique de métaux toxiques (voire très toxiques comme le plomb, le cadmium et le thallium) ainsi que des nitrosamines (trouvées dans la fumée secondaire à des taux plus élevés que les autres composants de cette même fumée secondaire). Ainsi, le plomb de la fumée est particulièrement bioassimilable et dangereux pour les enfants et adolescents qui peuvent significativement être contaminés par le tabagisme passif..
Conséquences D'après l'Organisation mondiale de la santé, le tabagisme passif est responsable d'environ 1,2 million de décès prématurés par an dans le monde, dont .. Il augmente le risque d'apparition de différentes pathologies à tout âge, principalement les maladies cardiovasculaires, mais aussi certains cancers (cancer des voies respiratoires…), infections
Dans le monde, la communauté médicale évalue à 40 % le nombre des enfants et environ 33 % celui des adultes exposés au tabagisme passif. Celui-ci serait responsable de 1 % de la mortalité totale dans le monde en 2004, soit , plus de la moitié étant due aux maladies cardiovasculaires..
En 1997, un rapport de l'Académie nationale de médecineAcadémie nationale de Médecine – Rapport sur le tabagisme passif (M. Tubiana, J. Trédaniel, D. Thomas, M. Kaminski, A.J. Sasco). Bull Acad. Natle Méd., 1997, 181, 727-766. a estimé à le nombre de non-fumeurs tués par le tabagisme passif par an en France.
Selon une étude de 2006, rapport financé par et destiné à Cancer Research UK, l'European Respiratory Society, l'Institut national du cancer et l'European Heart Network. (non soumise à comité de lecture) du professeur Konrad Jamrozik, menée à l'échelle de l'Union européenne, le tabagisme passif occasionnait par an dans l'Union européenne. Parmi ces décès, étaient dus à une exposition au tabagisme passif à domicile, et à une exposition sur le lieu de travail. La méthodologie de cette étude a suscité des critiques du professeur Robert MolimardRobert Molimard, Revue d'Épidémiologie et de Santé Publique 56 (2008) 286–290 « Le rapport européen Lifting the SmokeScreen : étude épidémiologique ou manipulation ? » , un tabacologue lié à l'industrie du tabac.
Cancer du poumon Le tabagisme passif accroît significativement le risque d'apparition du cancer du poumonCommuniqué de presse de l'OMS : Ne vous laisser pas abuser : le tabagisme passif provoque le cancer du poumon, 9 mars 1998... Le lien a été confirmé par plus de 50 études épidémiologiques menées dans une vingtaine de pays.
Cancer ORL Le tabagisme passif augmente de deux à six fois le risque de cancer des sinus de la face, et un excès de risque est suspecté pour l'ensemble des cancers de la tête et du cou.
Risque accru d'infarctus du myocarde Les premiers articles scientifiques faisant suspecter un rôle délétère du tabagisme passif datent du milieu des années 1980.. Certaines études ont montré le lien entre tabagisme passif et infarctus. Au milieu des années 2000, les médias et les pouvoirs publics ont porté beaucoup d’attention à des études effectuées dans les communes de HelenaSargent RP, Shepard RM, Glantz SA, Reduced incidence of admissions for myocardial infarction associated with public smoking ban: before and after study, BMJ 2004;328:977-980. et PuebloBartecchi C, Alsever RN, Nevin-Woods C et Als. reduction in the incidence of acute myocardial infarction associated with a citywide smoking ordinance, Circulation, 2006;114:1490-1496 aux États-Unis et dans la région du Piémont en ItalieBarone-Adesi F, Vizzini L, Merletti F, Richiardi L, Short-term effects of Italian smoking regulation on rates of hospital admission for acute myocardial infarction, European Heart Journal, 2006;27:2468-2472 qui montrent des réductions de l’ordre de 11 à 40 % dans les admissions en urgence de cas d’infarctus du myocarde. Certains critiques ont cependant remarqué que l'interprétation de ces études n'est pas univoquePaper plus: Public smoking bans and heart attacks, Student BMJ, juin 2004, , ne pouvant en particulier distinguer clairement les rôles respectifs du tabagisme actif et passif, et ne pouvant pas exclure l'hypothèse que ces réductions s'inscrivent dans la variation aléatoire habituelle ou soient la conséquence de tendances à la baisse déjà enclenchées des années auparavant.
En 2006, le professeur Bertrand DautzenbergInterview vidéo du Pr. Dautzenberg sur le site tabac.gouv.fr avait affirmé que ces études étaient « une magnifique démonstration » de l’efficacité des interdictions de fumer, lui permettant d’espérer une réduction de d’infarctus en France dès la première année de l’interdiction de fumer sur les lieux du travail. Selon Le FigaroChayet D., Tabac : les entreprises jouent le jeu, article du Figaro du 8 novembre 2007., les « bénéfices en termes de santé publique de l’interdiction de fumer en 2007 ont été nuls, le nombre des infarctus et accidents cérébraux vasculaires est resté stable », fait que le a reconnu. Il a fallu attendre l'entrée en vigueur du décret d'interdiction dans les lieux de convivialité pour que les premiers effets sur les admissions pour infarctus du myocarde se fassent sentir, avec une baisse de 15 % le premier mois par rapport à l'année précédente, toujours selon Le FigaroChayet D., Interdiction de fumer : les infarctus déjà en baisse, article du Figaro du 22 février 2008.
En Écosse, une réduction de 17 % avait été annoncée initialement, mais le chiffre a ensuite été revu à la baisseArticle du BBC news du 14 novembre 2007 quand les statistiques officielles des services de santé écossais ont été publiées ; la réduction constatée dans les chiffres définitifs était de 8 % seulement, légèrement supérieure à celle des années précédentes mais sans sortir de la variabilité normale. Le même phénomène avait été observé en 2005 en Irlande, mais là aussi la baisse du nombre d'infarctus, plus prononcée que les années précédentes mais s'inscrivant dans une tendance de long terme, n'était pas suffisante pour qu'il soit possible de l'attribuer à coup sûr à l'interdiction de fumer. En Italie, le rôle positif de l'interdiction de fumer a en revanche été mis en évidence par une étude prenant en compte la tendance de long terme et les autres causes majeures d'accidents cardiaquesCesaroni G., Forastiere F., Agabiti N. et Als, Effect of the Italian Smoking Ban on Population Rates of Acute Coronary Events, Circulation, 2008;117:1183-1188. Une réduction de 8 % des infarctus après l’interdiction de fumer dans la ville de New York a également été constatéeJuster HR, Loomis BR, Hinman TM et Als, Declines in hospital admissions for acute myocardial infarction in New York state after implementation of a comprehensive smoking ban, American Journal of Public Health, 2007;97:2035-2039.
S'il règne un large consensus au sein de la communauté médicale sur la corrélation entre tabagisme passif et augmentation du risque d'infarctus du myocarde, le débat actuel porte sur la durée et l'intensité d'exposition à la fumée passive nécessaires pour provoquer cette pathologie. Une étude menée au Japon à l'université d'OsakaOtsuka R, Watanabe H, Hirata K et Als, Acute effects of passive smoking on the coronary circulation in healthy young adults, JAMA, 2001;286:436-441 a révélé qu'une courte exposition au tabagisme passif suffisait à provoquer chez les non fumeurs en bonne santé une diminution transitoire de la réserve de vélocité du débit sanguin, précurseur d'un phénomène d'athérosclérose qui à long terme accroît le risque d'infarctus. En revanche cette exposition n'affectait pas significativement les fumeurs. L'intérêt principal de ce travail est de démontrer que le tabagisme passif, caractérisé par des concentrations de toxiques moindres que le tabagisme actif, pouvait toutefois entraîner des conséquences cardiovasculaires significatives. Ces travaux ont été repris par d'autres spécialistes qui concluent à la nécessité de protéger les non fumeurs du tabagisme passifGlantz SA, Parmley, WW, Even a Little Secondhand Smoke Is Dangerous, JAMA, 2001;286:462-463. Un autre spécialisteSiegel M, Is the tobacco control movement misrepresenting the acute cardiovascular health effects of secondhand smoke exposure? An analysis of the scientific evidence and commentary on the implications for tobacco control and public health practice, Epidemiol Perspect Innov, 2007: 4:12 regrette toutefois que cette information ait été utilisée par des mouvements de lutte contre le tabac pour affirmer l'existence d'un effet immédiat sur le risque d'infarctus, similaire à celui observé chez les fumeurs actifs. En réalité l'étude menée par l'université d'Osaka permet juste d'affirmer qu'une courte exposition au tabagisme passif suffit à déclencher un processus qui peut s'avérer mortel si l'exposition se répète. En revanche, elle démontre aussi que le débit sanguin, le rythme cardiaque et la pression artérielle ne sont pas affectés à court terme par l'exposition au tabagisme passif, si bien qu'un risque immédiat d'infarctus du myocarde n'a pas lieu d'être suspecté.
Selon la Fédération française de cardiologie (communiqué de presse du ), le tabagisme passif est la cause de par an en France, dont d'origine cardiovasculaire.
Fœtus et enfant Lorsque la source n'est pas indiquée, les chiffres mentionnés ci-dessous proviennent du rapport d'un groupe de travail sur le tabagisme passif en 2001, faisant la synthèse de travaux antérieurs.. Ce groupe de travail réunissait des médecins et des responsables d'organismes de lutte contre le tabagisme.
Mort subite du nourrisson Le risque de mort subite est multiplié par deux si l'entourage de l'enfant fume. Qui plus est, la relation dose-effet est démontrée : le risque augmente en fonction du nombre de fumeurs dans la maison, en fonction du nombre total de cigarettes fumées chaque jour, ainsi qu’en fonction de la durée d’exposition au tabagisme du nourrisson.