Alberto Santos-Dumont, né le à Palmira — aujourd’hui ville de Santos Dumont — au Brésil et mort le à Guarujá dans ce même pays, est un pionnier brésilien de l'aviation à qui de nombreux experts attribuent le premier vol réussi d'un avion.

Santos-Dumont passe la majeure partie de sa vie en France, où il construit de nombreux ballons qu'il pilote ; il conçoit et pilote également un des premiers dirigeables. Attiré par le « plus lourd que l'air », il effectue les premiers vols sur son avion 14-bis, à Bagatelle près de Paris, ce qui lui permet de réaliser le premier vol public d'un avion le . Il est le premier à posséder les trois brevets de pilote : ballon, dirigeable et aéroplane.

Biographie thumb|redresse|Santos-Dumont à bord d'un de ses dirigeables. Famille Son père, Henrique Dumont, était Brésilien d'origine française. et avait fait fortune dans les plantations de café. Sa mère, Francisca de Paula Santos, était la fille d’un notable brésilien. Sixième enfant du couple, Alberto eut deux frères et cinq sœurs.

Enfance Alberto Santos Dumont est issu du mariage entre Henrique Honoré Dumont de Diamantina Minas Gerais (Brésilien d'ascendance française) et Francisca de Paula Santos. Il est le sixième enfant d'une fratrie de huit. Son père est ingénieur, formé à l'École centrale des arts et manufactures de Paris. C’est en 1873, avant la naissance d’Alberto, que la famille Santos Dumont emménage dans le village de Cabangu, au Brésil ; aujourd’hui s’y trouve un musée sur sa vie et son impact dans l’aéronautique. C’est ici que son père participe à la construction du chemin de fer de Pierre II. Lorsque cette œuvre est terminée, en 1879, Alberto Santos Dumont a six ans mais il montre déjà des attraits pour l’ingénierie. C’est par sa plus grande sœur qu’il apprend son alphabet et s'instruit jusqu’à ses dix ans. De , il étudie au Collège Culto e Ciência, sans s'être distingué parmi les autres élèves.

La famille déménage alors à Sao Paulo, où Alberto commence à s’intéresser à l’aéronautique et à développer les idées qui lui créeront une grande notoriété. Il étudie au collège Kopke à São Paulo, au collège Morton, au collège Menezes Vieira à Rio de Janeiro et plus tard à l'Escola de Engenharia de Minas, sans avoir terminé son enseignement. Cependant, il n'est pas considéré comme un étudiant exceptionnel, n'ayant étudié que ce qui l'intéressait, et prolongé ses études en autodidacte dans la bibliothèque de son père. À cette époque, il présente déjà les manières raffinées qui deviendront plus tard une partie de son image en France, présentant en outre une personnalité introvertie.

Alberto voit son premier vol habité à São Paulo à l'âge de , en 1888, lorsqu'un aéronaute monte dans un ballon sphérique et descend en parachute. Après un voyage que la famille Dumont réalise à Paris en 1891, Santos-Dumont continue à s'éveiller au domaine mécanique, principalement au « moteur à combustion interne ». Il construit un ballon (sans moteur), mais dès lors, le jeune rêveur ne cesse de chercher des alternatives, ayant reçu de la municipalité de Ribeirão Preto une subvention de recherche qui, trois ans plus tard, aboutit à l'invention de son avion. Dans un journal de l'époque, il est d'ailleurs dit que Dumont n'accepterait que si «... ce montant était destiné à un prix de concours d'avions ».

Ballons libres thumb|redresse|Santos-Dumont décolle le sur le Brazil. En 1898, Alberto Santos-Dumont participe à une course de ballons avec un ballon de nommé lAmérique. Durant cette course, il effectue un vol de , de Paris jusque dans la Creuse..

Cette même année, il commande à une fabrique de dirigeables fondée par deux ingénieurs français, Henri Lachambre et Alexis Machuron, le plus petit ballon du monde, qu'il appela le Brazil. Le diamètre de ce ballon était de six mètres, ce qui correspond à une sphère dont le volume et la surface sont numériquement égaux : et . Construite en soie du Japon, l'enveloppe ne pesait que et après avoir été vernie en trois couches. Le filet en coton pesait . La nacelle, petite mais suffisamment spacieuse, pesait, elle, . Un guiderope de et un grappin de complétaient l'équipement. Son poids total était de sans ses engins d'arrêt. En raison du poids réduit de l'aéronaute, , le Brazil gonflé à l'hydrogène réussit à emporter de lest. L'inauguration eut lieu le . L'ascension se prolongea pendant cinq heures, durée impressionnante pour un si petit ballon, et se termina près de Pithiviers.

Dirigeables thumb|redresse|Le vire autour de la tour Eiffel en 1901.

Entre 1898 et 1907, Santos-Dumont va lancer la fabrication d'une douzaine de dirigeables. En 1898, il fait construire un premier dirigeable, équipé d'un moteur De Dion-Bouton, par le fabricant français d'aérostats Henri Lachambre, qui fabriquera par la suite tous ses dirigeablesLes machines volantes de Santos-Dumont, Gérard Hartmann.

1901 : le prix Deutsch de La Meurthe En 1900, le mécène Henry Deutsch de la Meurthe crée une compétition, dotée de , réservée aux seuls dirigeables et qui consiste à couvrir en moins de la distance entre Saint-Cloud et la tour Eiffel. Santos-Dumont y participe avec son dirigeable . À sa première tentative, le , il est victime d'un accident : alors qu'il a déjà viré la tour Eiffel, à la suite d'un dégonflement incontrôlable, son dirigeable heurte un immeuble au quai de Passy et il se retrouve suspendu au .. ! Il réussit finalement le . sur le , mais la question de savoir s'il a, à quelques secondes près, fait l'aller et retour dans le temps imposé agitera l'Aéro-Club de France et les médias jusqu'en novembre.

Le prix lui est finalement attribué, mais Santos-Dumont démissionne de l'Aéro-club en constatant que sa cause n'a été sauvée que par le vote des membres de l'Académie des sciences, qui n'en font pas partie.. La réconciliation a lieu lors du dîner-conférence du , présidé par le marquis Jules-Albert de Dion ; les ballons automobiles de Santos-Dumont sont à l'honneur lors de la séance de lanterne magique offerte par Léon Gaumont, à l'issue de laquelle, sur la proposition d'Étienne Giraud, Santos-Dumont est réintégré dans l'Aéro-club par acclamations..

La Baladeuse et l'omnibus

thumb|left|Santos Dumont atterrissant à sa propre porte avec le en 1904. thumb|redresse|Le dirigeable de Santos-Dumont (l'Omnibus), vers 1904 au-dessus de son hangar à Paris.

Le plus petit (et aussi le plus original) de tous ces ballons dirigeables est le dénommé « La Baladeuse » que l'inventeur utilise pour son usage personnel afin de démontrer la facilité d’utilisation de ce type d'aérostat dans un environnement urbain. Il s'agit d'une petite machine, monoplace, courte, équipée d'un moteur bicylindre Clément-Bayard de .

Il l'utilise pour diverses raisons et se pose régulièrement devant l'entrée de son immeuble situé 114 avenue des Champs-Élysées (image ci-contre). Il part en excursion au-dessus de Paris, emmène un enfant, donne des cours de conduite à une des premières femmes aéronautes, Aida de Acosta, part en pique-nique au bois de Boulogne et va jusqu'à effectuer des vols de nuit en équipant son engin d'un projecteur.

À l'inverse, le plus grand de ses dirigeables sera le dénommé « L'Omnibus ». Sa construction est répartie entre les Ateliers de Vaugirard, qui réalisent l’enveloppe et l’équipe de Santos-Dumont à Neuilly qui réalise la nacelle, l’assemblage et les essaisSite hydroretro.net, article de Gérard Hartmann "Les machines volantes de Santos-Dumont", consulté le 25 août 2020.

Les expériences de Monaco Entre le et le , Santos Dumont effectua cinq vols dans la baie de Monaco à bord de son , le cinquième vol se terminant par un amerrissage accidentel (voir à ce sujet ).

Aéroplanes En 1904, Santos-Dumont publie son livre Dans l'air chez l'éditeur Fasquelle (voir ci-dessous « Publications »). Il se passionne également pour les « machines volantes » de Clément Ader, d'Otto Lilienthal et des frères Wright.

thumb|L'assemblage du et du .

Le 14-bis Il a appelé son aéroplane « 14-bis » parce que, pour ses premiers essais de sustentation, cette machine était suspendue sous un dirigeable immatriculé « 14 » (image ci-contre).

thumb|Premier envol de Santos-Dumont, le 23 octobre 1906. Le , dans la plaine de jeux de Bagatelle à côté du parc de Bagatelle, Santos-Dumont parvient à maintenir son 14-bis, un biplan à moteur Antoinette d’une puissance de au-dessus du sol sur une distance d’une soixantaine de mètres . L'histoire retient cet événement comme le premier vol public et contrôlé officiellement d’un plus lourd que l'air à moteur..

thumb|14 bis de Santos-Dumont, deuxième version avec ses ailerons hexagonaux dans les cellules externes des ailes.

thumb|Début du deuxième vol d'Alberto Santos-Dumont. Les ailerons octogonaux dans les cellules externes de l'aile sont bien visibles, ainsi que l'instabilité en roulis qu'ils étaient censés corriger.

Conforté par cet exploit, le , il franchit en vol, avec un 14 bis modifié par l'ajout d'ailerons dans les cellules externes des ailesCet ajout d'ailerons s’avèrera inefficace pour le contrôle en roulis. Il faut dire que la position des ailerons à l'intérieur de cellules les empêche de projeter de l'air vers le haut ou vers le bas et donc à orienter l'avion en roulis par réaction., une distance de en , à une hauteur atteignant deux mètres et à la vitesse – considérable pour l'époque – de ; cette prouesse figure sur les tablettes de la toute nouvelle Fédération aéronautique internationale comme le premier record du monde d'aviation. Il remporte ainsi le prix de l’Aéro-Club de France qui s'élève à (prix remis à l'aviateur réalisant un vol en ligne droite d'au moins ).. S'ensuit une controverse - toujours d'actualité - Santos-Dumont revendiquant être le premier à avoir quitté le sol à bord d'un aéronef « plus lourd que l’air » motorisé (en l'occurrence par un moteur à combustion interne), alors qu'Ader, sous contrat avec l'armée française, avait peut-être décollé en 1890 sur un aéronef propulsé par un moteur à vapeur.

Le , Santos-Dumont remporte le prix d'aviation créé conjointement par Deutsch de la Meurthe et Ernest Archdeacon.

Le

En 1907, il tente à quinze reprises des vols motorisés avec les moteurs Antoinette. Bon nombre furent des échecs. Encore en 1907, Santos-Dumont présente un nouveau modèle, un biplan cellulaire, cette fois ci en configuration classique (moteur à l'avant, empennage à l'arrière). Endommagé aux essais puis réparé et modifié, il n'a pas été poursuiviLe Nouvel Aéroplane Santos-Dumont, journal L'Aérophile, avril 1907, https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6551462k/f102.image.

La Demoiselle thumb|Décollage d'une Demoiselle de Santos-Dumont. thumb|Demoiselle de 1909 au musée de l'air et de l'espace du Bourget. Fin 1907, l'aviation a pris son essor avec les vols des Wright, Farman et Blériot ; Santos-Dumont abandonne le dirigeable. Espérant disputer à Farman le Grand Prix d'aviationC'est le Prix du kilomètre, remporté en janvier 1908 par farman https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6550620m/f27.image, il entreprend la construction de la « Demoiselle », petit monoplace à aile haute ultra léger (56 kg à vide). Achevée fin 1908, la Demoiselle type 19 a été modifiée et améliorée au fil des versions successives, 20 à 22. De petites dimensions, simple et léger, préfigurant nos ULM actuels, l’appareil est une des premières machines volantes construites en petite série, avec le Flyer des Wright. Ces appareils étaient d’une incroyable maniabilité, si bien qu’ils devinrent les vedettes des exhibitions aériennes que le public réclamait.

De futures grandes figures de l’aviation réalisent leur premier vol aux commandes de la Demoiselle : Roland Garros, Audemars et Brindejonc des Moulinais firent leurs débuts sur des « Demoiselle » ; on les appelait alors les « demoisellistes ».