Marie-Catherine Le Jumel de Barneville, baronne d’Aulnoy, née à Barneville-la-Bertran en et baptisée dans cette même paroisse le D'après de nouveaux documents trouvés par Volker Schröder en 2019. .

Les précédentes recherches d'Émile Gérard-Gailly indiquaient 1651 : , et morte à Paris le , est une femme de lettres française.

Elle est l’une des autrices à l’origine du genre écrit du conte merveilleux. À la différence d’auteurs comme Charles Perrault, qui ont tâché de polir la matière littéraire qu’ils élaboraient, elle a insufflé un esprit subversif en usant d’allégories et de satires. Son travail de création littéraire est souvent rapproché de celui de Jean de La Fontaine pour sa critique masquée de la cour et de la société française du .

Biographie Jeunesse et mariage Ses parents sont Claude Le Jumel et Judith Angélique Le Coustelier, petite-nièce de la savante Marie Bruneau des Loges.Judith-Angélique Le Coustelier était la petite-fille de Pierre de Beringhen et de Madeleine Bruneau, sœur de Marie Bruneau des Loges.. Marie-Catherine Le Jumel de Barneville appartient à la petite noblesse normande. Son père, allié aux grandes familles de la Normandie, avait longtemps servi dans les armées de Louis XIV et comptait au nombre de ses parents les d’Estouteville. Comme il était d’usage à l’époque, sa famille arrange son mariage et le , âgée de 14 ans, elle épouse François de La Motte, baron d’Aulnoy en Brie, fils de Jean de La Motte de Lucière et de Clémence BadonRaymond Foulché-Delbosc, Revue Hispanique, , 1926., valet de pied de César de Vendôme, « qui cherchait d’avoir de beaux hommes à son service.. » De plus de vingt ans son aînéContrairement à ce que certaines sources indiquent, François de La Motte d'Aulnoy n'était pas né en 1620 mais au moins cinq ans plus tard : ses parents s'étaient en effet mariés le 8 octobre 1624., possédant une réputation de grand buveur et de coureur impénitent, la conduite de ce « triste personnage. » et les voies par lesquelles il s’était élevé lui ayant fait perdre et consumer la plus grande partie de son bien, il fut réduit, pour subsister, à se faire contrôleur de la maison de S. A. Monseigneur le prince.. Elle aura quatre enfants de luiSur les six enfants de Madame d'Aulnoy, les deux dernières sont illégitimes..

Séparation rocambolesque Trois ans plus tard, en 1669, décidée à se débarrasser d’un mari honni, Marie-Catherine, sa mère et trois complices (trois gentilshommes, dont l’un est probablement son amant et un autre celui de sa mère), profitent des soupçons de malversation qui accablent son mari pour monter une machination l’accusant ouvertement du crime de lèse-majesté passible de la peine de mort à l’époque. Arrêté le . et enfermé à la Bastille, sur l’ordre de Colbert, il finira par être relâché..

Il n’aura d’ailleurs guère le loisir de profiter de sa liberté. À peine était-il sorti blanchi des calomnies avancées contre lui que Colbert le fit ramener à la Bastille jusqu’à ce qu’il s’acquitte à restituer au Roi ce qu'il avait détourné, comme il en avait été condamné par les juges de Fouquet. Son ordre de mise en liberté définitive date du , tandis que les « amis » de sa femme sont condamnés à la décapitation pour calomnie. Le complot éventé, la baronne doit son salut à une fuite dans des circonstances rocambolesques par un escalier dérobé après laquelle elle s’est réfugiée sous le catafalque d’une église.

Une chose est certaine : César de Vendôme, employeur et probable amant de Monsieur d'Aulnoy, est connu pour avoir passé une bonne partie de sa vie à cabalerContre Marie de Médicis, contre son demi-frère Louis XIII, puis contre Mazarin, notamment dans la cabale des Importants... Cela ne suffit pas à innocenter Madame d'Aulnoy, mais si la thèse du complot est avérée, elle n'a pu manquer d'en tirer du grain à moudre. Contrainte à l’exil pour échapper à la condamnation qui la menaçait, elle aurait voyagé à travers l’Europe, notamment en Flandre en 1672-1673, puis en Angleterre en 1675.

Tour des Cours européennes De retour à Paris vers 1676-1677, elle gagne en l’Espagne., où sa mère, la comtesse de Gudanne, bénéficie des faveurs de Philippe IV et de Charles II. Elle y réside jusqu’à son retour en France en , après avoir gagné la reconnaissance de Louis XIV pour « services rendus à la cour ».. En 1682, Madame d'Aulnoy fait un nouveau séjour en Angleterre, avant de rentrer en France en 1685, avec des renseignements qu’elle communique au gouvernement qui lui donne alors la permission de rester définitivement. Le , François de La Motte, dont elle vivait séparée depuis longtemps, meurt après avoir dissipé sa propre fortune et entamé celle de sa femme, et l’avoir au préalable déshéritée. Un billet de condoléances envoyé, à cette occasion, par Saint-Évremond, le , livre une indication sur la position de fortune qu’elle devait conserver :

Le salon de Madame d'Aulnoy En 1690, la baronne d’Aulnoy s’installe à Paris dans le faubourg Saint-GermainÀ proximité de la vieille église de Saint-Sulpice., où, tout en menant une vie assez retirée, elle ouvre un salon littéraire, où se succèdent Antoinette Des Houlières et sa fille Antoinette-Thérèse, Henriette-Julie de Castelnau de Murat, Marie-Jeanne L'Héritier de Villandon, la princesse de Conti, les dames de Bretonvilliers, et d’autres femmes à la renommée brillanteUne autre habituée de son salon était Angélique-Nicole Carlier-Tiquet, une femme d’une rare beauté accueillie avec empressement dans toutes les sociétés de la ville, qui eut la tête tranchée sur l’échafaud, le 19 juin 1699, accusée d'avoir à trois reprises, tenté d’assassiner son mari. Voir .. Contemporaine de Madame de La Fayette et de la marquise de Sévigné, liée d’amitié avec Saint-Évremond et avec plusieurs conteuses du siècle comme Henriette-Julie de Murat et Marie-Jeanne L’Héritier, Marie-Catherine d’Aulnoy publie, dès , ses premiers récits : les Mémoires sur la cour d’Espagne, l’Histoire d’Hippolyte, comte de Douglas ou la Relation du voyage d’Espagne (), les Mémoires des aventures de la cour de France (), les Mémoires secrets de plusieurs grands princes de la cour (). Ses écrits sont estimés, qu'il s'agisse de récits de voyages (réels ou inspirés, prenant l'apparence de longues lettres à une cousine curieuse) ou des contes qui ont assuré sa notoriété.

Contes de fées L’Île de la félicité est le premier conte de fées à être publié en France.. Inséré dans son roman Histoire d’Hypolite, comte de Duglas, il lance la mode des contes de fées. Après le succès des Contes de ma mère l’Oye de Charles Perrault en , elle fait paraître les quatre volumes des Contes des fées, suivis des Contes nouveaux ou les Fées à la mode, respectivement parus en et , qui lui valent la célébrité, jusqu’à surpasser Perrault selon certains. Comptant parmi les plus authentiques chefs-d’œuvre de la littérature féerique, ses contes allient romanesque et merveilleux L’Oiseau bleu, La Belle aux cheveux d’or, Gracieuse et Percinet, Le Prince lutin, La Biche au bois, La Chatte blanche, Le Rameau d’or, Finette Cendron, Le Nain jaune, La Grenouille bienfaisante, reflètent l’évolution d’un genre emprunté aux traditions populaires en un genre littéraire destiné au lectorat adulte de la société galante. Construits comme des aventures romanesques, où se découvre aisément l’influence de la pastorale, du théâtre et du roman contemporains, ses contes mêlent excès de préciosité (notamment son goût prononcé, comme La Fontaine, pour les néologismes) naturel désinvolte, réalisme et cruauté. Son vécu se manifeste également dans son écriture lorsqu’elle se sert de l’allégorie pour dénoncer sans ambages, l’épreuve du mariage forcé qu’elle a dû subir.

Elle est également la septième femme admise à l’Académie des Ricovrati de Padoue, sous les surnoms « l’éloquente » et « Clio », la muse de l’Histoire. Un de ses éditeurs et biographes, Mathurin de Lescure, dit des deux portraits qui subsistent de cette conteuse, qu’ils laissent .

Descendance

Publications Œuvres Dans la préface de son dernier roman, Le Comte de Warwick, le seul de ses livres à ne pas être publié de façon anonyme, Madame d'Aulnoy expliqua son choix :

Elle fit précéder cette déclaration d'une liste des livres qu’elle avait écrits auparavant : vignette|upright=.8|Belle-belle. vignette|upright=.8|Finette Cendron. vignette|upright=.8|Le Nain jaune. vignette|upright=.8|La Princesse Carpillon. Histoire d’Hypolite, Comte de Duglas, Paris, Sevestre, 1690. Mémoires de la cour d’Espagne, Paris, Barbin, 2 vol., 1690 dont Sainte-Beuve notera l’intérêt. Relation du voyage d’Espagne, Paris, Barbin, 3 vol., 1691. Sentimens d'une âme pénitente, sur le psaume 50, Miserere Mei Deus, 1691. Histoire de Jean de Bourbon, Prince de Carency , Paris, Barbin, 3 vol., 1692, biographie de Jean de Bourbon-Carency. Nouvelles Espagnolles, Paris, Barbin, 1692. Nouvelles ou mémoires historiques contenant ce qui s'est passé de plus remarquable dans l'Europe tant aux guerres, prises de places, et batailles sur terre et sur mer qu'aux divers intérests des princes et des souverains qui ont agi depuis 1672 jusqu’en 1679, Paris, Barbin, 2 vol. in-12, 1693. Le Retour d'une âme à Dieu, sur le psaume 102, Benedic anima mea), Paris, Vve de Théodore Girard, 1693. Mémoires de la cour d'Angleterre, Paris, Barbin, 2 vol., 1695. Les Contes des Fées, Paris, Barbin, 4 vol., 1697. Contient : Gracieuse et Percinet ; La Belle aux cheveux d'or ; L'Oiseau bleu ; Le Prince Lutin ; La Princesse Printanière ;

Don Gabriel Ponce de Léon, nouvelle espagnole ;

Finette Cendron ; Fortunée ;

Don Fernand de Tolède, nouvelle espagnole ; Le Nain jaune ; Serpentin vert ; Contes nouveaux ou Les Fées à la mode, Paris, Vve de T. Girard, , 4 vol. in-12. Contient : La Princesse Carpillon ;

La Biche au bois ; Le Nouveau Gentilhomme bourgeois, nouvelle ; La Chatte blanche ;

Le Nouveau Gentilhomme bourgeois (suite) ;

La Princesse Belle-Etoile et le prince Chéri ; Le Nouveau Gentilhomme bourgeois (suite) ; Le Prince Marcassin ; . Le Comte de Warwick, La Compagnie des Libraires associez, 1703. Rééd. : , Contes des Fées, suivis des Contes nouveaux ou Les Fées à la mode, Nadine Jasmin (éd.), Paris, Champion, « Bibliothèque des génies et des fées », 2004.

Œuvres faussement attribuées à Marie-Catherine d’Aulnoy Les illustres fées, contes galans, Paris, M.-M. Brunet, , in-12, 338 p. ill. Mémoires secrets de Mr L.D.D.O. ou Les Avantures comiques de plusieurs grands princes de la cour de France, Paris, Bredou, 1696. Mémoires des avantures singulières de la cour de France, La Haye, Alberts, 1692, puis sur la cour d’Angleterre, 1695. Recueil de Barbin.

Bibliographie critique .

Mises en scène Contes des fées : La Belle aux cheveux d'or et Chatte blanche, mise en scène d'Aurore Evain, par la compagnie La Subversive, création Ferme de Bel Ebat - Théâtre de Guyancourt, - Avignon Off, Espace Alya, . Au salon des fées, d'après les contes de Mme d'Aulnoy, spectacle de conte musical par Ethel Balogh-Daroczy de la Cie Hamsa. Création au château de Maintenon en .

Notes et références

Voir aussi Articles connexes Conte merveilleux : Marie-Jeanne L'Héritier de Villandon, Charles Perrault, Henriette-Julie de Castelnau de Murat

Liens externes

Sophie Pérès, série audio « Portraits de Collectrices et collecteurs », Episode 6 - Marie-Catherine d'Aulnoy publiée le 13 sept 2022

Vie et œuvre Notice biographique du dictionnaire de Notice biographique sur le site de la Société Internationale pour l'Etude des Femmes sous l'Ancien Régime. Nouvelles recherches biographiques de Volker Schröder (2019)

Œuvres en ligne Les Contes Les Contes Des Fees : contenant tous leurs ouvrages en neuf Volumes ; Avec Figures. Tome II. L’Oiseau bleu : tiré du Conte des fées La cour et la ville de Madrid vers la fin du Nouvelles espagnolles