vignette| upright=0.9| Photo d'une empreinte digitale. vignette| upright=0.8| Dermatoglyphes d'un doigt : plis papillaires (crêtes et sillons).

Une empreinte digitale (parfois appelé dactylogramme.) est le dessin formé par un doigt sur un support suffisamment lisse pour qu'y restent marqués les dermatoglyphes.

Définitions Les dermatoglyphes, également appelés « empreintes digitales » par abus de langage et métonymie, sont des plis (des crêtes et des sillons) à la surface de la peau et particulièrement celle des paumes des mains et doigts, plantes des pieds et orteils. Ces plis forment des motifs, comprenant des volutes et des tourbillons, spécifiques à chaque doigt et orteil de chaque individu. Un dermatoglyphe est donc, telle une matrice en gravure, ce qui imprime le motif des « empreintes digitales » à proprement parler. La probabilité de motifs identiques de dermatoglyphes des doigts est faible : , mais beaucoup moins faible qu’estimée au : .

Les dermatoglyphes commencent à se former entre la et la semaine de vie du fœtus, par un plissement des couches cellulairesEmpreintes digitales.. Si l'expression des gènes joue un rôle, les circonvolutions des crêtes qui leur donnent leur dessin caractéristique dépendent de nombreux facteurs externes, notamment la vitesse de croissance des doigts, l'alimentation du fœtus, sa pression sanguine, etc. Ainsi, deux vrais jumeaux révéleront une grande similarité mais seront différentes. À vingt-quatre semaines, la géométrie des empreintes est fixée définitivement pour toute la vie de l’individu et les seules déformations qui se produiront ensuite viendront de la croissance des doigts.

Les procédés d'identification des individus par leurs empreintes digitales, sans l'aide d'ordinateur, sont désignés sous le nom de « dactylotechnie »« Les empreintes papillaires dans la police technique et scientifique », sur le site Police scientifique.. L'étude des dessins digitaux s'appelle la « dactyloscopie » (du grec daktylos, « doigt », et scopie, « examen »), tandis que l'étude des dessins palmaires s'appelle la chiroscopie (du grec ancien « main », et scopie, « examen »). Le faible risque qu'une empreinte digitale ou palmaire soit identique entre deux individus en fait un outil biométrique très utilisé en médecine légale et par la police scientifique pour l'identification des individus.

. Une empreinte palmaire incomplète aux neuf-dixièmes est ainsi susceptible de pouvoir être exploitée..

On parle par analogie d'empreinte vocaleLes variations de la voix d'une même personne, appelées variabilité intra-locuteur, selon les émotions, l'âge, font que le terme « signature vocale » est plus approprié, l'empreinte étant caractérisée par sa pérennité., authentifiée par des techniques de .

Dans les textes imprimés en français, le terme « empreinte digitale » est plus fréquent que « dactylogramme », sauf entre 1980 et 2005.

Historique

Préhistoire

On observe déjà des empreintes de mains — positives ou négatives — sur les parois des cavernes paléolithiques.

Antiquité On relève sur des poteries des traces digitales qui servent de signature aux Babyloniens dès l'Antiquité ; l'ouvrage indique des sources primaires pour les différentes affirmations données ici., ainsi qu'aux Chinois. Chez ces derniers l'usage des empreintes digitales à des fins d'authentification de document est attesté dès le , mais aucun usage pour des affaires criminelles n'est mentionné dans les traités chinois anciens de médecine légale.

Étude anatomique des dermatoglyphes Au , l'anatomiste Marcello Malpighi identifie les papilles dermiques et les pores exocrines des crêtes dermiquesM. Malpighius, De externo tactus organo, Londres, 1686., tandis qu'elles sont représentées sur une planche d'un ouvrage d'anatomie de Govard BidlooG. Bidloo, Anatomia Humani Corporis, Amsterdam, 1685.. En 1678, le botaniste et morphologiste anglais Nehemiah Grew décrit scientifiquement les dessins formés par les crêtes et les plis dermiques dans son rapport pour les Philosophical Transactions de la Royal Society.

Le physiologiste tchèque Jan Evangelista Purkinje publie en 1823 une thèse<ref>Joannes Evangelista Purkinge, Commentatio de examine physiologico organi visus et systematis cutanaei [Commentaire sur l'examen physiologique de l'organe de la vue et du système cutané], Breslau, , 1823.</ref> dans laquelle il classe les empreintes à partir de la forme des crêtes. Ces dessins sont classés en neuf groupes, ce qui est très proche du système utilisé de nos jours.

Utilisation des traces et empreintes digitales : Herschel, Faulds, Galton, Vucetich et Henry

En 1858, aux Indes, le Britannique William James Herschel utilise les empreintes digitales pour éviter que les bénéficiaires de solde de l'armée ne la touchent plusieurs fois. À cette époque, elles servent aussi à identifier les marchands locaux qui refusent de remplir les termes de leurs contrats : Herschel fait apposer leurs empreintes digitales sur ces contratsW. J. Herschel, « Skin furrows of the hand », dans Nature, , 23:76..

Le médecin écossais Henry Faulds, en poste au Japon, publie en 1880, dans la revue Nature un articleH. Faulds, « On the skin furrows of the hand », dans Nature, 28 octobre 1880, 22:605. dans lequel il discute de l'utilité des empreintes pour l'identification notamment des criminels, et où il propose une méthode pour enregistrer celles-ci avec de l'encre d'imprimerie ; il indique qu'il a confondu ainsi un cambrioleur et innocenté un accuséCharles Diaz, Les pratiques professionnelles du pénal, 2001, .. Il est aussi le premier à identifier des traces laissées sur un flacon. Il écrit à Charles Darwin pour lui expliquer sa méthode, mais le naturaliste, âgé et malade, transmet le courrier à son cousin Francis Galton, l'un des fondateurs de l'eugénisme et de la méthode statistique.

S'intéressant surtout à l'anthropologie, Francis Galton se penche à partir de 1888, à l'occasion d'une conférence qu'il est amené à faire à la Royal Society à propos de l'identification des individus et, en particulier, au sujet de la méthode BertillonF. Galton, Finger Prints, 1892, 2., sur l'étude des dermatoglyphes et publie en 1892 un ouvrage, Finger Prints (Empreintes digitales) Francis Galton, Finger Prints, Londres - New York, MacMillan, 1892 (fichier PDF)., dans lequel il établit l'unicité et la permanence de ces figures cutanées. Il conçoit un système de classification détaillé et estime alors à 1 sur 64 milliards la probabilité que deux individus puissent laisser les mêmes traces, mais cette estimation a été fortement réduite en 2025. C'est à la suite des travaux de Galton qu'on redécouvre l'utilisation des empreintes digitales comme moyen d'identification.

En 1891, après avoir étudié les travaux de Galton, Juan Vucetich, fonctionnaire de police, crée en Argentine le premier fichier d'empreintes. Il sera, l'année suivante, le premier à identifier un criminel sur la base des empreintes digitales. L'utilisation du terme « méthode vuceticienne » pour désigner la dactyloscopie est toujours employée dans la police.

Deux années plus tard, , inspecteur britannique affecté au Bengale, met au point un système d'identification similaire à celui de Vucetich, système qui est toujours utilisé dans les pays anglophones. Ce « système Henry » définit des familles de dessins papillaires : boucles, arches, tourbillons… De retour à Londres, Henry fait adopter, dès 1897, cette technique par Scotland Yard. Il crée le premier fichier d'empreintes digitales en 1901 ; celui-ci vient alors compléter le bertillonnage.

, jusqu'aux années 1980

Aux États-Unis, le premier usage des empreintes digitales pour la résolution d'un crime est d'abord littéraire, dans La Tragédie de Pudd’nhead Wilson et la comédie des deux jumeaux extraordinaires par Mark Twain. Leur première utilisation judiciaire a lieu dans l'Illinois, lorsqu'une empreinte digitale, nettement visible sur la peinture fraîche, permet d'identifier Thomas Jennings pour une affaire de meurtre. Dans son arrêt People v. Jennings, la cour suprême de cet État confirme le la validité de cette preuve.. De plus des fonctionnaires du Kansas ont découvert par hasard le cas de Will West, dont les données anthropométriques issue du bertillonage auraient coïncidé exactement avec celle d'un homonyme alors que leurs empreintes digitales différaient. Cette ressemblance entre deux homonymes aurait cependant été exagérée a posteriori..

En France, c'est à partir d'octobre 1902, après le ralliement tardifJean Rostand, Le Courrier d'un biologiste, Paris, Gallimard, 1970, 59. du criminologiste Alphonse Bertillon, créateur, propagateur et ardent défenseur de sa propre méthode d'identification, que les empreintes digitales sont devenues l'une des principales preuves lors des enquêtes policières, après que l'étude des traces digitales a conduit à l'arrestation, le , pour le meurtre d'un jeune domestique, d'Henri-Léon Scheffer, déjà fiché pour vol et abus de confianceArrestation du premier assassin confondu par ses empreintes digitales ».Jean-Marc Berlière, « L'Affaire Scheffer : une victoire de la science contre le crime ? La première identification d'un assassin à l'aide de ses empreintes digitales (octobre 1902) », dans Les Cahiers de la sécurité, 2005, n° 56, 349-360. – En ligne sur Criminocorpus...

En 1907, une commission de l'Académie des sciences conclut que la des empreintes digitales , ce qui élève cette technique au rang de preuve. Dès lors, les services judiciaires de la police française établissent des fichiers décadactylaires (dix doigtsEn 1894, seules les empreintes des doigts de la main droite étaient prises, ce qui empêchait d'identifier les gauchers ou ceux qui laissaient sur la scène du crime une empreinte de doigt de la main gauche, comme dans le vol de La Joconde.) et monodactylaires en 1904Héliane de Valicourt de Séranvillers, La Preuve par l'ADN et l'erreur judiciaire, Paris, L'Harmattan, , 2009..

Edmond Locard, le « père de la police scientifique », complète en 1912 la dactyloscopie par la « poroscopie », c'est-à-dire l'étude des pores de la peau, en se basant sur le fait que les motifs formés par les pores sont aussi uniques que ceux des sillonsCette technique est toujours utilisée en Suisse.. Alphonse Bertillon, fondateur de l'anthropométrie judiciaire, suggère en 1914 aux artistes d'apposer une empreinte digitale sur leurs œuvres pour éviter toute contrefaçon.

Au Royaume-Uni la première affaire criminelle utilisant les empreintes digitales comme élément de preuve est l' en 1905. L'utilisation des empreintes digitales dans la littérature policière la précède de peu avec L'Entrepreneur de Norwood, aventure de Sherlock Holmes écrite 17 ans après la première nouvelle policière d'Arthur Conan Doyle.

Traitement informatique des données relatives aux empreintes digitales La technologie de tomodensitométrie, développée dans les années 1980, permet d'identifier les empreintes latentes difficiles. La lophoscopie étudie les motifs trouvés le long de chaque sillon grâce au scanner d'empreinte ou à des fiches de qualité.

Jusque dans les années 1980, les policiers doivent recouper manuellement des milliers de fiches cartonnées réparties dans différents fichiers régionaux.