Pierre Roger Peyrefitte., connu sous le nom Roger Peyrefitte, né le à Castres et mort le dans le , est un écrivain français, auteur de romans, d'une anthologie de textes grecs et de biographies historiques.

Citant Albert Dauzat, il indique que son patronyme signifie en occitan , Propos secrets, volume 2, éd. Albin Michel, 1980, p. 105.. Il serait un cousin éloigné du ministre de l'Information gaulliste et académicien Alain PeyrefitteRoger Peyrefitte: enfance fuxéenne, La Dépêche du midi, 11 novembre 2000., qu'il fréquente à ParisRoger Peyrefitte, L'enfant de Cœur, Albin Michel, 1978, p. 61-62 : ..

Biographie Roger Peyrefitte est le fils de Jean Peyrefitte et d'Eugénie Jamme..

Roger Peyrefitte entre à l'âge de neuf ans au collège lazariste de Saint-Benoît-d'Ardouane, à Riols dans l'Hérault, collège qui servit de modèle pour son premier roman Les Amitiés particulières. Il poursuit ses études secondaires au Caousou à Toulouse et à Foix, puis à la faculté des lettres de Toulouse. Il entre enfin à l'École libre des sciences politiques, dont il sort major en 1930.

Devenu diplomate, il est nommé troisième secrétaire à la légation de France à Athènes en 1933. Il quitte ce poste en 1938 pour éviter un scandale à la suite d'une relation homosexuelle avec le jeune protégé d'un amiral grec (l'épisode sera romancé dans Les Ambassades).. Revenu à Paris, il est arrêté au jardin du Luxembourg en 1940 et donne sa démission en de la même année pour ne pas encourir une sanction de révocation que le ministère des Affaires étrangères s'apprêtait à prononcer à la suite d'une autre (dans son œuvre, il s'agit d'une suspicion de détournement d'un adolescent).

Il se retire alors à Alet-les-Bains dans la demeure acquise par ses parents et y commencera l'écriture de son livre Les Amitiés particulières..

Il est réintégré par une mesure de caractère exceptionnel en par l'intervention directe de l'ambassade d'Allemagne auprès de Pierre Laval, selon le Quai d'Orsay. Il prétendra plus tard (Propos Secrets, tome 1) qu'il ne s'agissait pas d'une intervention des Allemands mais de Madame de Barante, aristocrate auvergnate, auprès de l'Auvergnat Pierre Laval.

Il est nommé à Paris et travaille sous les ordres du très pro-allemand Fernand de Brinon, délégué général dans les territoires occupés, surnommé l'« ambassadeur de France à Paris », du à 1944.

Il est révoqué le par la commission d'épuration du ministère des Affaires étrangères. Il prétendra avoir été , devenue l'épouse de Georges Bidault, qu'il surnomme dans Propos Secrets (tome 1) « la hyène du Quai d'Orsay ou « Miss Crapote ».

Après cette courte carrière de diplomate, Peyrefitte se consacre entièrement à l'écriture et devient pendant la seconde moitié du l'un des écrivains français les plus brillants mais aussi les plus controversés. Sa révocation sera annulée en 1960 par le tribunal administratif (dont l’arrêt sera confirmé en 1962 par le Conseil d’État) mais annulé par le même tribunal en 1978.

Au cours du tournage en l'abbaye de Royaumont de l'adaptation de son livre Les Amitiés particulières, Peyrefitte rencontre en Alain-Philippe Malagnac, alors âgé de douze ans et demi. Leur relation dura plusieurs années et celui-ci deviendra son fils adoptif puis son secrétaire particulier. C'est pour financer (et renflouer) les diverses affaires entreprises par Malagnac, comme le night-club , rue Sainte-Anne à Paris, un des premiers ouvertement homosexuels, que Peyrefitte vendit aux enchères publiques de 1974 à 1977 ses collections de monnaies, de livres rares et de sculptures antiques, dont son célèbre constitué de rares objets érotiques, ce qui inspira à Guy Hocquenghem ce titre dans Libération : « Peyrefitte brade ses vieux godemichés ».

Reste de la mythique collection de Roger Peyrefitte, une série de douze dessins de Bonet destinés à illustrer une édition de L'Histoire de Juliette ou les Prospérités du vice de Sade (1800), comportant des commentaires autographes de ce dernier, portant son ex-libris, figurera à la vente de livres et de manuscrits organisée par Sotheby's à Paris le Reproduction en couleur dans La Gazette Drouot, n° 20, 19 mai 2017, p. 32..

Il est comparé à Horace de Viel-Castel, amateur d'art, collectionneur et conservateur sous le Second Empire du musée des Souverains (Louvre), vipérin mémorialiste de la Cour et de la Ville sous le Second Empire, ce qui lui valut l'éloquent surnom de Fiel-Castel ; il fut un des chroniqueurs de l'homosexualité sous le Second Empire.

Atteint de la maladie de Parkinson, il vit retiré à Paris, dans son appartement du arrondissement, avenue du Maréchal-Maunoury (immeubles Walter), de 1993 à sa mort en 2000Antoine Deléry, Roger Peyrefitte, le sulfureux, éd. H&O, 2012.. La cérémonie religieuse a lieu en l'église Notre-Dame-de-Grâce de Passy. Il est inhumé au cimetière d'Alet-les-Bains dans l'Aude, village où sa famille avait possédé la villa Livadia.

Analyse de l'œuvre Les romans très documentés de Roger Peyrefitte sont fondés sur des faits réels, historiques ou d'actualité (par exemple la trilogie sur Alexandre le Grand). Mais la plupart de ses ouvrages constituent essentiellement des satires (comme Les Ambassades).

Certains de ces ouvrages s'adressent aux spécialistes (Chevaliers de Malte, Les Juifs) et, même si l'humour de Peyrefitte reste attrayant, certaines de ses œuvres s'avèrent parfois un peu difficiles pour le profane (Les Fils de la Lumière sur la franc-maçonnerie).

Dans la plupart de ses œuvres portant sur des sujets contemporains, il n'a eu de cesse de mettre au jour l'homosexualité ou la pédérastie de certaines personnalités qui, selon lui, se cachent, comme Henry de Montherlant (dépeint à plusieurs reprises sous le pseudonyme transparent de Lionel de Beauséant), le secrétaire général des Nations unies Dag Hammarskjöld, ou même les papes Jean XXIII (« que les familiers du Vatican appelaient Giovanna », écrit-il dans Propos secrets) et Paul VI. De plus, Roger Peyrefitte ne manquait pas d'amuser le lecteur en dénonçant diverses turpitudes des personnes qu'il mettait en scène, ce qui le rendait redoutable à fréquenter. Bien que plus rarement, il fit aussi l'éloge de nombreuses personnalités, comme son amie la chanteuse Sylvie Vartan (cf. L'Enfant de cœur).

Les Amitiés particulières (1943)

vignette|Les Amitiés particulières de Roger Peyrefitte. Édition originale de 1943. Les Amitiés particulières, son premier roman paru en 1943 chez Jean Vigneau, apporta d'emblée la notoriété à Peyrefitte en obtenant le prix Renaudot pour l'année 1944 (du fait de la guerre, le prix ne sera décerné qu'en 1945). L'auteur fait scandale en décrivant une passion amoureuse homosexuelle entre deux garçons de quatorze et douze ans, une « amitié particulière », au sein d'un internat catholique à l'atmosphère étouffante. Si la sexualité y est évoquée avec discrétion, elle est néanmoins bien présente en filigrane derrière les sentiments exacerbés des garçons – et parfois, aussi, ceux des adultes.

. Chacun des personnages principaux est peu ou prou traversé par cette lutte entre l'amour mystique et l'amour garçonnier, entre le catholicisme officiel et un amour interdit mais secrètement triomphant. C'est ce caractère quasi mythique, joint à l'érudition de l'auteur, au classicisme du style et à une composition rigoureuse, qui a fait des Amitiés particulières un livre très remarqué.

Vingt ans après sa publication, l'œuvre a été portée à l'écran par Jean Delannoy (1964), dont le film reçut un accueil triomphal à la Biennale de Venise. Sans avoir la densité et la profondeur du roman, cette adaptation est remarquablement servie par le jeune Didier Haudepin (Alexandre), Francis Lacombrade (Georges), Michel Bouquet (le père de Trennes) et Louis Seigner (le père Lauzon).

C'est au cours du tournage en l'abbaye de Royaumont, en , que Peyrefitte rencontre Alain-Philippe Malagnac, alors âgé de douze ans et demiR. Peyrefitte, Propos secrets, 1977, ; L'Enfant de cœur, 1978, et 29.. Leur relation dura plusieurs années et fut le sujet, entre autres, des récits Notre amour et L'Enfant de cœur.

Les Ambassades (1952) et La fin des Ambassades

Les Ambassades est un roman écrit en 1951 par Roger Peyrefitte, paru chez Flammarion en 1951 ; il suit les aventures de Georges de Sarre en Grèce, où il arrive en 1937 comme attaché d'ambassade.

Le récit est largement inspiré de l'expérience en tant qu'attaché d'ambassade de Roger Peyrefitte à Athènes. Il s'agit aussi d'un roman à clés dont les modèles sont aisément identifiés : sous le personnage de l'ambassadeur Laurent, qui se croit descendant des Médicis, on retrouve l'ambassadeur Henry Cosme, et sous celui d'Amadis Redouté, Amédée Outrey.

André-Paul Antoine adapte le roman avec Roger Peyrefitte. La première a lieu à Paris au théâtre des Bouffes-Parisiens, le , avec une mise en scène d'André BarsacqNotice de la Bibliothèque nationale de France.

Les Clés de saint Pierre (1955)

En 1955, Les Clés de saint Pierre, dans lequel Peyrefitte brocarde le pape Pie XII, fait scandale. Par des allusions voilées, il y prête au souverain pontife des tendances homosexuelles — par exemple dans le passage où il montre Pie XII en train de se dépouiller de ses vêtements à la manière d'une jolie femme : comme il commence par appeler le pape « Sa Sainteté », cela lui permet d'en parler ensuite en disant toujours « Elle » ; puis il termine par cette phrase, dans laquelle Pie XII retrouve le genre grammatical masculin : « Sans doute voulait-il mettre un terme à ce déshabillage qui pouvait ne plus avoir de limites ».

François Mauriac menace de quitter L'Express si l'hebdomadaire continuait à faire de la publicité pour le livre. L'affrontement entre les deux écrivains devait encore s'exacerber au moment du tournage du film Les Amitiés particulières, ce tournage ayant fait l'objet d'un reportage à la télévision ; il s'ensuivit une féroce lettre ouverte publiée par Roger Peyrefitte en dans l'hebdomadaire Arts ; Peyrefitte n'hésita pas à accuser Mauriac d'être un homosexuel refoulé, ce qui est une hypothèse confirmée aujourd'hui., et à le traiter de Tartuffe.

Les Clés de saint Pierre faisaient de nombreuses révélations sur le petit monde du Vatican. Dans Propos secrets, Peyrefitte livre le nom de son informateur, Léon Gromier, chanoine de Saint-Pierre, consulteur à la Sacrée Congrégation des rites et protonotaire apostoliqueCet ecclésiastique semble avoir été très au courant de ce qui se passait au Vatican, comme en témoigne François Ducaud-Bourget : désirant écrire un livre sur la canonisation de Pie X, il avait demandé la communication d'un document au futur cardinal Antonelli, qui refusa en expliquant qu'il s'agissait d'une pièce secrète (il ne s'agissait pas de l'actuel cardinal Ennio Antonelli, qui n'avait que dix-huit ans à l'époque, mais du futur cardinal Ferdinando Giuseppe Antonelli, qui en avait près de soixante). Le visiteur éconduit alla voir son vieil ami Gromier, lequel lui fournit immédiatement ce qu'il désirait : il avait dans sa bibliothèque le document interdit (in François Ducaud-Bourget, La Maçonnerie noire ou La vérité sur l'intégrisme, Éd. Nicolas Imbert, Niort, 1974). Voir aussi Propos secrets, 1977, .. Tel que le décrit Peyrefitte, ce prélat éclairé semble avoir été un homme plutôt austère, profondément croyant et de mœurs irréprochables ; mais il était scandalisé par ce qu'il voyait, et il était de ceux qui pensent que faire éclater les scandales est le seul moyen de les faire disparaître. Il pourrait avoir servi de modèle au personnage de Belloro, qui est justement Préfet de la Sacrée Congrégation des Rites.

Alexandre le Grand