Louis Antoine de Thomassin de Peynier, appelé plus simplement Antoine de Thomassin, comte de Peynier, né le à Aix-en-ProvenceArchives départementales des Bouches-du-Rhône, 5 Mi 1091, et mort le à AranceMention dans l'acte de mariage de sa fille Louise, le 27 septembre 1815 à Marseille, est un officier de marine et administrateur colonial français des .
Biographie Origines et famille Antoine de Thomassin descend de la Maison de Thomassin, une famille noble originaire de Bourgogne, connue dès le et installée en Provence. Cette famille a formé plusieurs branches, dont la principale était celle des marquis de Saint-Paul. Elle a donné huit conseillers et un président au Parlement d'Aix, deux conseillers et quatre avocats généraux en la cour des comptes de Provence.
Il est le fils de Louis de Thomassin de Peynier (1705-1794), marquis de Peynier, intendant à deux reprises aux Petites Antilles entre 1763 et 1783, et d'Anne Dupuy de la Moutte (1705-1785). Ses parents se marient le à Aix. De cette union naissent : Jean-Luc de Thomassin de Peynier (1727-1807), conseiller puis président à mortier au Parlement de Provence (1748), baron de Trets ; Marie Anne Thérèse, née en 1729 à Peynier ; Alexandre Henry (1729-1736) ; Antoine de Thomassin de Peynier, qui suit ; Marie Gabrielle de Thomassin de Peynier (1733-1772), abbesse d'Hyères en 1769 ; Jacques-Louis-Auguste de Thomassin de Peynier (1734-1815), chanoine-comte de Saint-Victor de Marseille, abbé d'Aiguebelle, membre de l'Académie des Sciences, Arts et Belles-Lettres de Marseille ; Michel Marie Sextius de Thomassin de Peynier (1736-1765), chevalier, officier sur les vaisseaux du Roi ; Madeleine de Thomassin de Peynier (1737-1815), religieuse bénédictine ; Marie Henriette de Thomassin de Peynier (1739-1800), qui épouse en 1757 à Aix Jacques-Henri de Lieuron, écuyer de Saint-Chamas ; Angélique Thérèse de Thomassin de Peynier (1744-1810), qui épouse en 1770 à Aix Étienne-François Baudil Senchon de Bournissac (né en 1729, guillotiné en 1792).
Carrière Débuts dans la Marine royale Alors que son frère aîné Jean-Luc de Thomassin de Peynier (1727-1807), baron de Trets, s'illustre, comme ses ancêtres, en accomplissant une carrière parlementaire à Aix (conseiller au Parlement de Provence en 1746, puis président à mortier en 1748), Antoine de Thomassin de Peynier entre très tôt dans la marine royale. Il n'a que treize ans lorsqu'il s'engage en 1744, en pleine guerre de Succession d'Autriche, à laquelle il participeBulletin de la Société des Sciences, Lettres et Arts de Pau, , t. XXX, Pau, 1902, & 203-205..
En 1751, il devient enseigne de vaisseau, puis part en mission diplomatique en Méditerranée entre mai et . Durant cette expédition, il est à bord du navire le Triton, et fait escale à Tripoli, Smyrne, Tunis, et AlgerThomassin de Peinier L.-A., Journal de la campagne que j'ay faitte en Levant sur le vaisseau du roy le Triton, manuscrit, 1752, 42 p.. Lorsque éclate la guerre de Sept Ans en 1756, Antoine participe à une campagne de quatre ans aux Indes. C'est au cours de celle-ci qu'il devient, en 1757, lieutenant de vaisseau, et est blessé en 1759 ; ayant reçu un « coup de feu à la tête », il gardera des séquelles de cette grave blessure toute sa vie.
Après la fin de la Guerre de Sept Ans, il prend le commandement de la frégate La Malicieuse et effectue une mission exploratoire et diplomatique aux Petites Antilles. Antoine de Thomassin de Peynier arrive à la Martinique en et reste aux Antilles jusqu'à l'été 1766Guibert J.-S., « Sonder les côtes et sonder les esprits : les missions diplomatiques à l’étranger ou l’espionnage sous les tropiques pendant le gouvernement de Pierre Gédéon comte de Nolivos (1765-1768) », Bulletin de la Société d’Histoire de la Guadeloupe, , 2009, .. Au cours de ce séjour, le comte de Nolivos, gouverneur de la Guadeloupe, le charge de diverses missions diplomatiques. En , faisant office d'ambassadeur, il se rend à la Grenade, où il est chargé de rencontrer le gouverneur anglais M. de Melvill, mais aussi d'espionner l'île pour rapporter des renseignements sur les forces militaires et navales anglaises. Ainsi, ses instructions stipulent : « Il prendra sans compromettre le pavillon de sa majesté toutes les connoissances possibles des isles anglaises où il abordera […] ». Après la Grenade, Antoine de Thomassin se rend dans les domaines espagnols de la "Côte d'Espagne" en Amérique du Sud, et visite les ports de Cumana et de Caracas jusqu'en . Son but est d'explorer des voies maritimes encore inconnues afin de les ouvrir au commerce, notamment pour ravitailler les colonies en mulets. À son retour, il s'arrête à la Dominique pour s'enquérir de la situation des Français sur cette île. Il stationne ensuite quelque temps en Guadeloupe. C'est là que son frère Sextius, lieutenant de vaisseau sur la Malicieuse, meurt et est inhumé le au cimetière du MouleANOM, Registres paroissiaux de la commune du Moule, acte de sépulture du 26 août 1765.. En janvier et , Antoine effectue également une mission de reconnaissance à Saint-Martin, pour sonder les fonds marins afin de préparer les projets d'amélioration du système défensif de l'île. À cette occasion, il réalise des plans de la côte de cette île. Plus tard, au mois d', ce sont les côtes de la Guadeloupe qu'il cartographie..
En 1772, il est nommé capitaine de vaisseau.
Guerre d'indépendance des États-Unis thumb|320px|right|La bataille de Gondelour le , à laquelle participe Peynier sous les ordres de Suffren. Ce dernier conduit les 16 vaisseaux de son escadre à la victoire contre les 18 de Hughes. Peinture d'Auguste Jugelet (1805-1875) en 1836.
En 1778, la France entre dans le conflit qui oppose l'Angleterre à ses treize colonies d'Amérique du Nord. C'est l'occasion pour le Royaume de prendre sa revanche sur cet ennemi séculaire après l'humiliante défaite de 1763, et le traité de Paris qui avait consacré la perte d'une grande partie du premier empire colonial français, dont la Nouvelle-France. En 1780, à la demande du Marquis de La Fayette, la France envoie sous le commandement du lieutenant-général de Rochambeau, avec une escadre de trente-huit navires à la tête de laquelle se trouve le comte de Grasse. Le , l'armée royale française et les troupes américaines, toutes placées sous le commandement de George Washington, remportent une éclatante victoire à Yorktown, en Virginie.
En parallèle, deux opérations navales de grande envergure sont menées dans les Antilles et aux Indes. Alors qu'Antoine de Thomassin prend directement part à la seconde en tant que chef d'escadre sous les ordres du bailli de Suffren, son père Louis participe à l'organisation logistique de la première dans les Antilles. En 1781, la flotte commandée par l'Amiral d'Estaing prend l'île de Tobago. Louis de Thomassin, alors intendant à la Martinique, y envoie un ordonnateur pour organiser la nouvelle administration de l'île et surtout son approvisionnement, afin de maintenir la présence française dans cette place stratégique qui permet d'établir un contact direct entre les Antilles françaises et les colonies espagnoles du continent, l'Espagne étant alliée à la France contre l'Angleterre.
Dans l'océan Indien, la flotte française, menée par Suffren remporte victoire sur victoire depuis 1781. En 1782, Antoine de Thomassin reçoit pour mission d'escorter un convoi de 27 bateaux en renfort et de ravitaillement pour cette région. Ce convoi comporte la Légion du Luxembourg envoyée par la VOC aux Hollandais du cap de Bonne-Espérance. Les 6 bateaux, armés par Jean Peltier Dudoyer pour transporter la Légion, sont revendus au Roi à leur arrivée au Cap.
Mission réussie malgré la capture par les Anglais d'une partie du convoi. Peynier rejoint Suffren et fait sa jonction avec lui à Trinquemalay. Sous les ordres de Suffren, Peynier, devenu brigadier des armées navales participe le , à bord du Fendant à la bataille devant Gondelour, dans le détroit de Ceylan. Cette bataille est une des victoires les plus éclatantes remportées au cours de cette campagne contre la Royal Navy. Malheureusement, les nouvelles de ces victoires arrivent trop tard en métropole. Le traité de Versailles est signé dès le , consacrant l'indépendance des États-Unis d'Amérique et la victoire de la France sur l'Angleterre. Le bailli de Suffren est alors rappelé en France, et Thomassin de Peynier garde le commandement de la flotte française dans l'océan Indien jusqu'en 1786 avec le titre de chef d'escadreUne lettre de 1784 nous apprend que cette année-là, le navire d'Antoine de Thomassin s'est échoué entre Gondelour et Pondichéry à la suite d'une mauvaise manœuvre de l'officier de quart. Dans cette lettre, il précise que sa santé s'est largement détériorée, qu'il en avait fait part à son frère Jean-Luc, alors en résidence à Paris, pour qu'il fasse son possible pour transmettre la nouvelle de son état au commandement de la marine., qu'il a obtenu en 1784.
Après la guerre, Antoine de Thomassin se rend aux États-Unis où il est reçu dans l'Ordre de Cincinnatus, en tant qu'officier de la marine française ayant participé à la libération des États-Unis ; il reçoit le diplôme de l'Ordre des mains de George Washington.
En 1786, Antoine de Thomassin de Peynier rentre en France. L'année suivante, il obtient le commandement d'une frégate à Brest. C'est également en 1787 qu'il épouse, dans le Béarn, Jeanne Timothée Marthe Angélique d'Arros d'Argelos (née le ), fille du baron d'Arros d'Argelos, chef d'escadre, et de sa femme Mademoiselle de Lahaye (1726-1791). Elle lui donnera deux filles, qui seront les dernières représentantes de la famille des Thomassin de Peynier.
Gouvernement de Saint-Domingue thumb|right|350px|Saint-Domingue en 1780, vue du mole Saint-Nicolas. (Pierre Ozanne)
Le , le comte Antoine de Thomassin est nommé gouverneur général de la colonie française de Saint-Domingue, dans les Grandes Antilles. Il y débarque à la fin du mois d'août, et reste en fonction jusqu'à la fin de l'année 1790. Le contexte politique est alors extrêmement troublé, surtout à partir de 1790.
Les deux cent douze députés de l'Assemblée de Saint-Marc montrent de plus en plus ouvertement leur tendance sécessionniste. Ces députés, qui sont tous des propriétaires blancs, vont jusqu'à ouvrir les ports de la colonies aux étrangers, ce qui va à l'encontre des lois de l'exclusif commercial toujours en vigueur dans le Royaume. En plus de leur tendance prononcée pour l'accession à l'indépendance, les colons blancs de Saint-Domingue sont également archi-esclavagistes. Le comte de Peynier ne marque pas son passage par son action, mais il est animé par son devoir envers l'État, et s'oppose ainsi à l'Assemblée. Dans la nuit du 29 au , il fait disperser les députés. Quatre-vingt-cinq d'entre eux quittent l'île à bord du « Léopard », afin de se rendre en France pour plaider leur cause auprès de l'Assemblée constituante, ce sont les "Léopardins".
Le , Jean-Paul Marat écrit dans l'Ami du Peuple : « Il est constant que le sieur de Peynier a exercé un despotisme épouvantable, qu'il a employé la violence pour désarmer la garde nationale de Port-au-Prince. […] Il armait contre eux les nègres et les gens de couleurs ».
En France, la perception des évènements de Saint-Domingue n'est que partielle. La majorité des acteurs politiques ne conçoivent pas l'existence d'une assemblée non démocratique. Pourtant c'est bien le cas, l'Assemblée de Saint-Marc est loin d'adhérer aux idéaux révolutionnaires de l'Assemblée constituanteP. Butel, Histoire des Antilles françaises, , éd. Perrin, Paris, 2002, . À la fin de l'année 1790, les colons blancs accusent ouvertement le gouverneur Antoine de Thomassin et le colonel Mauduit, commandant de la place de Port-au-Prince, d'être les protecteurs des hommes de couleursP. de Lacroix, Mémoire pour servir à l'histoire de la révolution de Saint-Domingue, tome I, Paris, 1819, ..