Le château de Noyers-sur-Serein, ou Vieux Château, est une ancienne forteresse médiévale située à Noyers, dans l'actuel département de l’Yonne dans le nord de la Bourgogne.
Édifié avant le par les seigneurs de Noyers, le château est agrandi et fortifié au début du par Hugues de Noyers, évêque d'Auxerre. Le personnage marquant de la lignée de cette famille puissante est sans conteste Miles X de Noyers, maréchal de France et conseiller du roi.
Le comté de Noyers passe ensuite pour un siècle aux ducs de Bourgogne et le château constitue l’une des clés du duché.
Propriété du prince de Condé, chef du parti huguenot, Noyers devient pendant les guerres de religion l’enjeu de combats et de sièges acharnés entre catholiques et protestants puis entre ligueurs et royalistes, avant d’être détruit en 1599 par ordre du roi Henri IV.
Il ne subsiste que des ruines de ce qui fut, aux dires de l’historien Ernest Petit, une .
Géographie Le château est construit à au nord du village, sur un éperon rocheux dominant un méandre marqué du Serein Couches « Cartes IGN classiques », « Limites administratives » et « Hydrographie » activées.. Le site offre une configuration idéale pour la défense : le village est protégé sur trois côtés par la boucle très resserrée de la rivière et au nord par l'éperon du château.
Histoire Les seigneurs de Noyers
Dans la seconde moitié du , les seigneurs de Noyers commencent à faire parler d’eux. Quatre-vingt fiefs relèvent de leur château, bien situé sur un éperon barré dominant largement un méandre du Serein. Il ne se compose alors que d’un grand donjon carré et d’une chapelle..
thumb|left|upright=0.7|Sceau de Clérambaud de Noyers Un siècle plus tard, Clarembaud de NoyersClarembaud de Noyers est le fils de Milon [IV] de Noyers. Voir . fait élever une muraille autour du donjon, avant d’accompagner en 1190 le roi Philippe-Auguste à la croisade, où il trouve la mort. Son frère Hugues de Noyers, évêque d'Auxerre et tuteur de son neveu Miles VI, agrandit le château et le fortifie de 1196 à 1206. Il fait construire un logis seigneurial, une triple enceinte, des souterrains et une chapelle. Il fait creuser de profonds fossés. Il transforme ainsi l’ancien donjon en un vaste château moderne, conforme aux principes de l’architecture philippienne. Noyers est alors cité comme l’un des plus beaux et riches châteaux de FranceMérimée. Il se préoccupe également du village qui s’est développé au pied du château, dans un méandre de la rivière, et le fait entourer d'une muraille.
En 1216 éclate la guerre de Succession de Champagne. Miles VI et son beau-frère Erard de Brienne, prétendant au comté de Champagne, s’enferment à Noyers avec leurs partisans. Ils soutiennent un siège victorieux de plusieurs mois contre la comtesse Blanche de Navarre.
thumb|left|upright=0.7|Blason des Miles de Noyers
Noyers était jusqu’alors un franc-alleu noble, libre de tout hommage. Mais à la fin du , Miles X de Noyers cède au duc de Bourgogne Robert II la suzeraineté sur sa châtellenie, moyennant le versement de livres tournois.. Noyers devient dès lors une place bourguignonne, à la frontière entre le duché et le comté de Champagne réuni depuis peu au domaine royal. Ce seigneur de Noyers est un personnage important de l'époque, fait maréchal de France par Philippe le Bel en 1303, gouverneur d’Artois, conseiller de plusieurs rois de France, il participe aux batailles de Courtrai, de Mons-en-Pévèle, de Cassel et de Crécy.
À partir de 1337, les prétentions du roi Édouard III d'Angleterre sur la couronne de France déclenchent une longue succession de conflits entre la France et l’Angleterre, la guerre de Cent Ans. En 1360, ayant échoué à prendre Reims, la ville du sacre, Édouard III conduit son armée dans une chevauchée à travers la Bourgogne. Jean de Noyers étant alors prisonnier des anglais depuis la bataille de Poitiers, Édouard III renonce à assiéger son château.. Il suit le Serein jusqu’à Guillon, qu’il occupe et où il signe avec le duc de Bourgogne Philippe de Rouvre le traité des moutons d'or. Mais après le traité de Brétigny, Édouard licencie son armée de mercenaires, qui se livre alors au pillage des villes de Bourgogne, dont Noyers qui souffre beaucoup du passage de ces Grandes Compagnies.
À Pâques 1366, Miles XII, petit-fils du maréchal, reçoit dans son château le duc Philippe de Bourgogne, qui se rend de Paris à Avignon pour y rencontrer le pape Urbain V.
La branche aînée de cette puissante famille s'éteint en 1370 à la mort de Miles XII ; la branche cadette continue jusqu'au début du avec les comtes de Joigny issus de Jean (1323-1362), le dernier fils du maréchal.
Au thumb|upright=1.0|Philippe le Bon, duc de Bourgogne En 1419, la châtellenie de Noyers est achetée par la duchesse de Bourgogne Marguerite de Bavière, veuve de Jean sans Peur. Le château de Noyers n’avait pas traversé intact les décennies précédentes, autant à cause du manque d’entretien que des troubles de la guerre de Cent Ans, comme le confirme un rapport établi à la demande de la duchesse. D’importants travaux de remise en état sont alors entrepris jusqu’en 1429, réfection des maçonneries, travaux de charpente, couverture des tours. On procède également à des aménagements afin d’installer de l’artillerie : trois veuglaires, quatre canons dont un de très gros calibre.
thumb|left|upright=0.7|Armoiries des ducs de Valois-Bourgogne Pendant la guerre entre les Armagnacs et les Bourguignons, Noyers est l’une des clefs de la Bourgogne, du côté de la Champagne. En , Philippe le Bon, venu avec l’armée ducale déloger d’Avallon Jacques d'Espailly, dit Fortépice, en fait son quartier général. L’année suivante Fortépice, à la tête d’une troupe d’écorcheurs, tente en vain de s’emparer de Noyers et de Montréal.
En 1463, les troupes du roi Louis XI, en conflit avec le duc Charles le Téméraire, mettent le siège devant Noyers, sans résultat. En 1472, la menace française se précise aux frontières de la Bourgogne. Des renforts et de l’artillerie sont envoyés à Noyers pour parer à toute attaque.
Mais les armes de Bourgogne ne flottent bientôt plus sur Noyers, car l’État bourguignon s’effondre à la mort de son maître, Charles le Téméraire, lors de la bataille de Nancy en 1477. Noyers échoit alors en récompense à Charles d’Amboise de Chaumont, comte de Brienne en 1475 (à la disgrâce du connétable Louis de Luxembourg), qui a mené la conquête du duché de Bourgogne pour Louis XI.
Noyers passe en 1493 à la maison d'Autriche, à la suite du traité de Senlis qui compensait la rupture de fiançailles entre Marguerite d’Autriche, petite-fille de Charles le Téméraire, et le roi Charles VIII.
Au En 1508, une clause du traité de Cambrai prévoit la remise de la châtellenie de Noyers, et de Château-Chinon, à Jeanne de Hochberg, comtesse de Neuchâtel, arrière-petite-fille de Charles VII, en compensation de la perte de son Fort de Joux, pris par les troupes autrichiennes.. François profite de la mort de Louis d’Orléans-Longueville, époux de Jeanne de Hochberg, pour s’approprier Noyers en 1516. Il faut attendre le traité de Nice en 1538 pour que Jeanne entre en possession de l’héritage de son époux. Elle décède en 1543 ; son fils François d’Orléans-Rothelin lui succède, mais meurt au château de Noyers en 1548. Sa veuve, Jacqueline de Rohan, gère les domaines comme tutrice de ses enfants Léonor et Françoise..
thumb|upright=1.0|Louis de Bourbon, prince de Condé
Héritant de Noyers, Françoise d'Orléans-Longueville épouse le Louis de Bourbon, prince de Condé. La terre de Noyers est alors érigée en comté, et Louis de Bourbon devient de Noyers.
Les guerres de Religion
Dans la guerre de Religion qui vient d’éclater en France, le nouveau maître de Noyers s’est imposé à la tête du parti protestant, plus sans doute par opposition aux Guise que par ferveur religieuse. Les protestants sont alors présents dans de nombreuses villes de la région : Avallon, Cravant, Vézelay, Noyers possèdent des lieux de culte. La région est ravagée par les troupes protestantes de l’amiral de Coligny et de son frère François d’Andelot, depuis leur château de Tanlay, et par les troupes catholiques du maréchal de Saint-André et du comte de Tavannes. Les violences des deux partis, renforcés de troupes étrangères, se répondent. L’édit d'Amboise, signé en 1563 par le prince de Condé et le connétable de Montmorency, ramène dans le royaume une paix passagère.
En Bourgogne, le prince de Condé partage sa résidence entre ses châteaux de Noyers et de Vallery, qu’il a reçu de la veuve du maréchal de Saint-André. Après la deuxième guerre de Religion à laquelle il a activement participé, Condé se réfugie à Noyers avec sa femme et ses enfants. Malgré la fragile paix de Longjumeau (1568), il craint pour sa sécurité et fait renforcer le château et la ville, dont la garnison s’élève désormais à 200 hommes. Pourtant, les protestants sont en pays ami dans le Tonnerrois, entre les châteaux d’Ancy-le-Franc, de Noyers et de Tanlay, qu’occupent les Coligny.
thumb|left|upright=0.7|Blason du prince de Condé Ses craintes sont pourtant fondées puisqu’en juillet 1568, le comte de Tavannes, gouverneur de Bourgogne, reçoit de la cour l’ordre d’arrêter les chefs protestants, avec le soutien de quatorze compagnies d’infanterie. Toutefois, l’ordre n’est pas signé du roi mais de Catherine de Médicis, et Tavannes se décide à avertir Condé de ce qui se trame. Le , Condé et les Coligny, accompagnés de leurs familles, fuient la Bourgogne pour La Rochelle, place-forte qui leur est acquise.
Ayant reçu du roi l’ordre de s’emparer de Noyers, Tavannes met le siège et fait donner son artillerie qui perce rapidement trois brèches dans les murailles médiévales. La garnison doit capituler le . Le château est saccagé et son riche mobilier dispersé, malgré les clauses de l’acte de capitulation. Une compagnie est laissée en garnison et peu de temps après, les protestants s’en emparent. Mais quelques semaines plus tard, à la fin de l’année 1568, ils doivent se rendre au maréchal de Cossé, qui ne laisse qu’une faible garnison.
Au début de l’année 1569, la guerre reprend et le a lieu la bataille de Jarnac. L’affrontement tourne mal et Condé, blessé et son cheval tué sous lui, se rend lorsqu’il est abattu par un capitaine du duc d’Anjou. Le premier prince de Condé, premier comte de Noyers, chef de l’armée huguenote, meurt à 39 ans.
Le château de Noyers est resté sous la garde d’un capitaine et d’une petite garnison de 25 hommes. Mais la peste se déclare dans la ville et la garnison déserte. Avertis, les huguenots s’installent dans le château en août. Le roi Charles IX décide alors d’en finir et donne l’ordre de démanteler la forteresse. Une armée royale se dirige vers Noyers, prend le château, le pille et le ruine, une partie de la garnison est massacrée par la population.
La Ligue
En 1589, le roi Henri III meurt assassiné. Son cousin Henri de Navarre lui succède sous le nom d’Henri IV. Mais une partie importante des catholiques refuse de reconnaitre sa légitimité. La guerre civile n’oppose désormais plus les catholiques et les protestants, mais le parti royaliste et ceux qui sont hostiles à Henri IV, organisés autour de la Ligue.
Noyers est alors entre les mains d’un capitaine et d’une garnison royalistes. En , ils sont délogés par des ligueurs venus de Chablis. En 1591, ce qui subsiste du château est assiégé par Charles de Choiseul-Praslin (1563-1626), lieutenant du roi en Champagne, mais c’est le maréchal d’Aumont qui parvient à prendre Noyers.
upright=1.0|thumb|François de la Magdelaine,gouverneur de Noyers