vignette|Accouchement au forceps de Smellie, dessin de A Sett of Anatomical Tables with Explanations and an Abridgement of the Practice of Midwifery (1754), par l'obstétricien écossais William Smellie.

Le forceps obstétrical (forceps signifiant « tenaille » en latin) est un instrument d'extraction d'un enfant vivant au cours du travail d'accouchement.

L'instrument s'utilise comme un moyen de préhension de la tête fœtale engagée (pose du forceps), sur lequel, dans un second temps, on exerce une traction orientée pour guider l'extraction du fœtus. La pose et la traction diffèrent selon le type de forceps.

L'utilisation de forceps peut être indiquée lorsque la descente ou le dégagement de la présentation est arrêté ou trop lent par insuffisance contractile, résistance périnéale ou lorsque l'expulsion spontanée est dangereuse pour la mère (par exemple à cause d’une cardiopathie) ou pour l'enfant à cause d’une souffrance fœtale au cours de l'accouchement.

Principe Un forceps obstétrical est une pince ou tenaille constituée de deux branches indépendantes séparables mais pouvant s'articuler par un point d'appui. Chaque branche comporte un manche, une articulation et une cuillère. Sur certains forceps on peut adjoindre un tracteur ou système de traction.

Chaque branche du forceps est introduite séparément : à l'intérieur du vagin d'abord, puis le long du crâne fœtal à l'intérieur de l'utérus, selon une disposition précise qui évite les lésions de la tête et de la face de l'enfant. Les cuillères s'appliquent sur le contour de la tète fœtale, elles sont le plus souvent fenêtrées avec différentes courbures (selon le type de forceps) pour faciliter l'introduction, la pose, et la traction.

Les deux branches sont ensuite solidarisées l'une à l'autre, formant soit un forceps à branches croisées (forceps de Pajot, de Tarnier, de Simpson…), soit un forceps à branches parallèles ou convergentes (forceps de Demelin, de Suzor…). Dans les forceps croisés l'articulation peut se faire par encoche et vis, par enclenchement de deux encoches, par coulissement en rainure… Dans les forceps parallèles, la solidarité des deux branches est réalisée par une tige à pas de vis avec ou sans barre transversale.

On réalise ensuite des tractions régulières, modérées et correctement orientées sur l'instrument, de manière à aider l'enfant dans sa descente et son expulsion des voies génitales.

Histoire Dès l'antiquité, et jusqu'au , de nombreux instruments furent utilisés par les matrones pour terminer l'accouchement au plus vite dans les situations sans issue (affaiblissement extrême de la mère, constat sommaire de la mort de l'enfant dans son ventre…). Le plus souvent, il s'agissait d'objets immédiatement disponibles comme les crochets de levage ou de suspension (crochet de pelle à feu, de lampe à huile, de balance romaine…).

Ces interventions par instruments de fortune s'accompagnaient de gros dégâts : infections, déchirures utérines, délabrement d'un enfant encore vivant. Au , l'avènement du chirurgien-accoucheur incite à l'abandon de ces crochets, remplacés par de nouveaux instruments spécifiques ayant le label de « l'art chirurgical » : tire-tête à trois branches, pinces à dents, crochets-mousses ou crochet-faucille, tracteurs…

Selon Gélis, cette nouvelle panoplie ne donnait guère plus de chances aux accouchées, mais elle justifiait la prétention de tout patricien à se faire accoucheur. En effet, la mise au point d'un nouvel instrument était un moyen sûr d'accéder à la notoriété, ou pour en faire un secret de famille établissant des dynasties d'accoucheurs, tout en interdisant aux matrones de s'en servir. L'accouchement s'éloigne de la convivialité féminine, les accoucheuses sont alors dénigrées et reléguées à la barbarie de leurs crochets.

Le forceps des Chamberlen Secret de famille Le véritable forceps obstétrical permettant d'obtenir, en cours d'accouchement, l'extraction d'un enfant vivant, fut inventé dans une famille de chirurgiens, les frères Chamberlen, huguenots français d'origine normande (de Tancarville), mais exerçant à Paris, ayant émigré en Angleterre en 1569 pour fuir les guerres de religion..

vignette|Forceps type Chamberlen, période 1680-1750. Le père Guillaume et ses deux fils, tous deux prénommés Pierre (anglicisé ensuite en Peter) — devenus aussi chirurgiens accoucheurs — exercèrent d'abord à Southampton puis s'installèrent à Londres. L'inventeur fut probablement Pierre l'aîné qui devint chirurgien et accoucheur de la reine Henriette, épouse de Charles roi d'Angleterre et fille de Henri IV de France. À la Cour lui succéda ensuite son neveu, Peter dit Doctor Peter, car le premier de la dynastie à obtenir le titre envié de docteur en médecine (les chirurgiens-barbiers accoucheurs n'étaient pas médecins)..

Les succès de cette dynastie d'accoucheurs, d'origine étrangère, dans la famille royale et les milieux princiers, étaient liés en partie à l'utilisation d'un instrument secret qui permettait de dégager des enfants vivants de situations difficiles. L'instrument était toujours transporté dans un coffret fermé, l'accouchée avait les yeux bandés, et l'accouchement se déroulait derrière des couvertures avec la seule présence des Chamberlen.

Le secret de l'instrument métallique fut ainsi gardé pendant près d'un siècle, bien que la présence de cet instrument fût attestée dès 1634.

Révélation publique vignette|Les forceps des Chamberlen, retrouvés en 1813. Hugh Chamberlen, petit neveu de Peter aîné, tenta de vendre l'instrument à Paris, en 1670, mais la démonstration qu'il en fit devant François Mauriceau, accoucheur responsable de la maternité de l'Hôtel-Dieu de Paris, fut un échec retentissant, se soldant par la mort de l'enfant et de la mère..

Le secret en aurait été vendu par ce même Hugh à un accoucheur hollandais, au tout début du , qui lui-même le céda au Collegium Medico-pharmaceuticum d'Amsterdam. Il existe des doutes sur l'authenticité de ce qui fut alors réellement fourni aux acheteurs et de la vente elle-même : en effet, une première publication en 1753, décrit l'instrument comme formé d'une seule branche, on ne sait si l'escroquerie est de Hugh Chamberlen lui-même ou des accoucheurs hollandais.

En 1813, dans les combles de la maison occupée, les dernières années de sa vie, par Hugues Chamberlen, à Maldon dans lʼEssex, on trouva dans une malle quatre paires de forceps très anciens. La nouveauté essentielle à cette époque reposait sur l'idée d'avoir séparé les deux branches d'une pince à sucre, permettant ainsi leur mise en place l'une après l'autre dans le bassin maternel.

Chaque branche était une cuiller de grande dimension, fenêtrée, avec une courbure céphalique pour s'adapter à la tête fœtale. Les deux branches s'articulaient entre elles en restant droites par leur direction. Le forceps des Chamberlen était donc un forceps droit..

Évolution du forceps En trois siècles, plus de 700 types de forceps ont été décrits.. Ces forceps varient selon leur matière (bois, fer, acier), le type et la longueur des manches, les courbures de branches, la forme et les dimensions des cuillères, le type et la position de l'articulation, et l'adjonction éventuelle de suppléments comme un système de traction.

« Mains de fer » vignette|upright=0.5|Les « mains de fer », de Jan Palfijn. Durant la période « secrète » du forceps des Chamberlen, d'autres instruments du même genre apparaissent peu à peu en Europe du nord au début du . Entre autres, celui de Jean Palfyn ou Jan Palfijn (1650-1730), chirurgien de Gand, qui aurait fait le voyage à pied, à l'âge de 71 ans, pour présenter son modèle devant l'académie des Sciences de Paris en 1721.

Cet instrument dit « mains de fer » était formé de deux cuillers indépendantes et parallèles, non fenêtrées. Elles pouvaient être utilisées séparément ou jointes au moyen d'un ruban, d'un crochet mobile ou d'une virole. Sa démonstration n'eut aucun succès, subissant les critiques du chirurgien Guillaume de La Motte (1655-1737), mais l'instrument est resté utilisé jusqu'en 1753.

Ces mains de fer, utilisées dans la première moitié du , étaient plus minces que les mains de l'accoucheur, avec un accès plus facile à la tête de l'enfant pour le tirer progressivement. Cependant, les accoucheurs d'alors ne connaissent que des forceps courts et droits, insuffisants pour accéder à une tête élevée (en situation profonde dans le pelvis maternel) ou à s'adapter à toute la circonférence de la tête. Des manœuvres mal conduites pouvaient entrainer des déchirures du périnée de l'accouchée..

Forceps moderne vignette|Le forceps de Levret de 1747, ou long forceps à branches courbes. vignette|Forceps de Smellie, ou forceps court, recouvert de cuir (1740-1760). C'est le français André Levret (1703-1780), en 1747 (dans Observations sur les causes et accidents de plusieurs accouchements laborieux), repris ensuite par l'Anglais William Smellie en 1751 (dans ), qui apporta au forceps son amélioration essentielle, la courbure pelvienne, qui permettait à l'instrument de suivre la courbure du bassin.

Levret et Smellie ont inventé indépendamment l'un de l'autre, et presque simultanément, les prototypes du forceps moderne (à deux branches courbes), qui diffèrent toutefois par leur dimension (le « long forceps français » et le « court forceps anglais ») et leur mode d'articulation : French lock (pivot unique avec entablure) et English lock (en deux encoches profondes) .

Le forceps de Smellie était aussi recouvert de cuir lubrifié à la graisse de porc, à la fois pour faciliter l'insertion sans que l'accouchée ressente la froideur du métal, et pour qu'elle n'entende pas le cliquetis métallique lors de la réunion des branches..

À la fin du , le forceps amélioré (courbure pelvienne) est devenu, du moins en France, l'instrument vedette de l'obstétrique quotidienne, autorisant une préhension sur une tête encore haute dans l'excavation pelvienne maternelle, c'est-à-dire dans les cas les plus difficiles et les plus fréquents.

Il existe néanmoins de grandes différences culturelles selon les pays. Si la France et l'Allemagne sont « instrumentalistes » dans la pratique des accouchements, l'Angleterre, la Hollande et l'Autriche le sont beaucoup moins.

Ainsi, l'obstétricien anglais William Hunter (1718-1783), médecin de la reine Charlotte, est d'abord collaborateur de Smellie en anatomie mais il finit par s'opposer à lui en obstétrique. Hunter rejette le forceps qui, selon lui « s'il sauve un enfant en tue vingt ». Il se vantait d'avoir des forceps rouillés pour montrer qu'il ne s'en servait jamais.

Quant aux « instrumentalistes » de tous pays, ils sont eux-mêmes divisés en partisans du forceps (jugé plus efficace) et en partisans du levier ou de la spatule (jugée plus simple et moins dangereuse).

En Allemagne et en Autriche À la fin du et au début du , les obstétriciens allemands et autrichiens s'opposent totalement sur la question des forceps. En Allemagne, le forceps de Levret est introduit par (1737-1803) surnommé le « Levret du Nord » car il appliquait le forceps selon les indications et la technique de Levret.

Un élève de Stein, Friedrich Benjamin Osiander (1759-1822) de Göttingen allonge le forceps de Levret en remplaçant les cuillères fenêtrées par des cuillères pleines, ce qui le rendait analogue aux « mains de fer » de Palfijn. Partisan acharné du forceps, Osiander l'utilise au moindre retard et à la moindre difficulté, soit 1 016 fois sur 2 540 accouchements (40 % des cas) effectués de 1792 à 1823, en proclamant aucun incident dans une série continue de 175 applications.

À l'interventionnisme allemand s'oppose l'attentisme autrichien de (1751-1835) de Vienne qui préfère faire confiance à la nature, n'utilisant le forceps que 21 fois sur 4 456 accouchements (moins de 0,5 % des cas).

En Italie vignette|upright=0.5|Forceps type Assalini.