La Minerve (indicatif visuel S647) est un sous-marin d'attaque à propulsion diesel-électrique français de la classe Daphné (800 tonnes, dit « à hautes performances »). Mis à flot le , il disparaît corps et biens avec ses d'équipage au large de Toulon le .

Les causes de la perte du bâtiment n'avaient pu être établies en 1968. La découverte de l'épave en 2019 conduit à retenir que le naufrage serait dû à une soudaine entrée d'eau, causée par une avarie du schnorchel, possiblement consécutive à un abordage avec un bateau.

Disparition

Après des recherches infructueuses menées de 1968 à 1970, l'épave est finalement retrouvée en 2019 lors de nouvelles recherches engagées par le ministère des Armées sur l'insistante demande des familles des marins disparus. Le bâtiment repose par de fond, à au large de Toulon.

Parmi les onze sous-marins de cette classe construits en France pour la Marine nationale, deux disparurent en mer, la Minerve en 1968 et lEurydice en 1970 au large de Saint-Tropez.

La Minerve est l'un des quatre sous-marins à avoir disparu durant l'année 1968, avec le sous-marin israélien , le sous-marin américain et le sous-marin soviétique K-129.

Construction et mise en service Construction La Minerve fait partie de la classe de sous-marins français de , comptant construits pendant les années 1950 et les années 1960 pour les forces sous-marines de la Marine nationale.

Son nom s'inspire de celui de la déesse romaine des métiers et des artisans, qui est également la déesse de la guerre. sortie armée et casquée du crâne de Jupiter.. Outre des navires de surface, un autre sous-marin qui a servi de 1936 à 1943 dans les Forces navales françaises libres, a porté le nom de Minerve (Minerve - Q185).

Mis sur cale en par les chantiers Dubigeon à Nantes, il est baptisé le et mis à flot à Nantes le .

Essais En octobre 1962, il effectue une première plongée statique dans la darse transatlantique. de l'arsenal de Cherbourg. Du 2 au , le navire réalise une croisière d'endurance en eaux froides. De Cherbourg, il fait escale à Londonderry (en Irlande), à Bergen (en Norvège), puis à Göteborg (en Suède), avant son retour à Cherbourg.. Il rejoint Toulon, où il est basé, le .

Admission au service actif Entré en service actif le , il est affecté à la première escadrille des sous-marins pour naviguer essentiellement dans les eaux de la Méditerranée.. Le bateau sort de carénage le ..

Sous-marins identiques visitables Le sous-marin Flore (S645) (1964-1989) se visite au musée naval de Lorient, de même que le Delfin (S61). à Torrevieja en Espagne, ainsi que le Barracuda (S164). à Cacilhas, près d'Almada, au Portugal.

Tous appartiennent à la même classe Daphné que celle de la Minerve.

Naufrage Faits Le , à et vingt-trois secondes. la Minerve disparaît corps et biens au large du Cap-Sicié avec à son bord.

C'est le dernier jour d'entraînement pour la Minerve. En début de journée, à , dans la rade des Vignettes devant Toulon, le sous-marin débarque l'officier d'entraînement de l'escadrille, le lieutenant de vaisseau Marc Merlo, qui a évalué le degré d'entraînement de l'équipage depuis le 21 janvier. Au terme de cette semaine de stage de mise en condition opérationnelle suivant la prise de commandement du lieutenant de vaisseau Fauve, l'équipage est peut-être fatigué. Le sous-marin fait route vers le secteur T-65, qui lui est attribué jusqu'à afin d'effectuer des exercices avec un avion de patrouille maritime Breguet Atlantic. Il s'agit essentiellement de calibrer le radar de l'aéronef. Le sous-marin navigue à une vitesse d'environ sept noeuds, à l'immersion périscopique. Ayant décollé à de Nîmes-Garons, l'Atlantic prend contact à avec le sous-marin. Il se trouve à vingt-cinq nautiques des côtes.

Les mauvaises conditions météorologiques et les mauvaises liaisons par radio U.H.F. conduisent à réduire l'exercice à deux passages et à la seule calibration du radar de l'avion. À bord de la Minerve l'équipage s'active pour le changement de quart de à . À , naviguant à l'immersion périscopique et au schnorchel comme prévu par l'exercice, dans une forte houle, à environ de la base de Toulon, le sous-marin, par la voix du second-maître radio Nicolas Migliaccio demande à l'avion la confirmation de la fin de l'exercice conjoint.. Le contact radio cesse d'une manière qualifiée « d'abrupte » par le rapport d'enquête. C'est le dernier message émis par le sous-marin qui coule par des fonds de l'ordre de de profondeur (sa limite de sécurité de plongée étant à ).

La dernière position relevée et connue du sous-marin est au .

Le Breguet Atlantic fait route vers sa base à , après deux appels par radio sans aucune réponse du sous-marin.

Dans la journée du 27 janvier, les contacts par radio planifiés par vacations de la base sous-marine de Toulon restent également sans réponse.

Le sous-marin devait rentrer à Toulon à ., n'ayant plus de secteur de plongée après .

L'absence est relevée à , le , alors même que l'heure maximale de retour était donc fixée à (+ 4 h de tolérance) la veille ; l'alerte « sous-marin disparu » est lancée à . Le matin, les familles sont directement prévenues de la disparition du bateau. La presse diffuse l'information dès le à midi ; le drame rencontre un écho considérable dans les médias.

Causes possibles du naufrage La cause du naufrage de la Minerve n'est pas déterminée avec certitude. Le seul facteur certain est que la météo était très mauvaise, avec des rafales de vent (mistral) proches de et une mer creusée. Les sismographes de Cadarache, Chaudanne, Serre-Ponçon et Isola ont enregistré une onde de choc au large de Toulon, le à . pouvant résulter de l'implosion de la coque lors de l'atteinte de la profondeur d'écrasement du sous-marin, vers .

L'endroit exact du naufrage reste alors inconnu. Au moment du dernier contact radio à , l'avion situait le sous-marin au sud du secteur T-65.

Selon le rapport d'enquête de 1968, « la cause initiale la plus probable de l'accident » résiderait dans la possible avarie de la gouverne de profondeur arrière dite « barre arrière »., à la suite d'un dysfonctionnement de l'alimentation en huile, entraînant un angle à plonger privant rapidement l'équipage de toute possibilité de manœuvre contraire. Les avaries de barre sont fréquentes pour les sous-marins de type DaphnéRapport d'enquête, § 4.3.1.c, comme pour le sous-marin Galatée en 1962., ou encore pour le Gymnote en 1975. ; l'un comme l'autre doivent leur salut à la faible profondeur. En 1964, la Diane S642, en plongée à , coule subitement de sans explication..

L'analyse des photos de l’épave prises lors de sa découverte en 2019 incite à rejeter cette hypothèse. En effet, la position des barres arrière de plongée montre qu’elles n’étaient pas désemparées à l’instant de l’implosion..

L'autre principale hypothèse retenue repose sur une soudaine entrée d'eau, principalement par cause d'une avarie du schnorchel. La défaillance d'un clapet d'étanchéité en l'absence d'effet des sécurités prévues en pareil cas aurait entraîné l'entrée massive d'eau dans le bâtiment, sa mise en pointe le poussant dans une forte plongée et son naufrage rapide. Cette éventualité est également étudiée lors du naufrage de l'''Eurydice quelque temps plus tard. En 1961 (17 février), le sous-marin Aréthuse (S635) a ainsi embarqué dix tonnes d'eau en trente secondes, lui donnant un angle à plonger de 60° de pointe. De même pour la Flore, le .. À l'immersion périscopique, une voie d'eau n'empêche généralement pas le navire de manœuvrer pour revenir en surface. S'il n'y parvient pas, dans un tel scénario le sous-marin coule par l'arrière, durant une dizaine de minutes.

La troisième cause examinée est celle d'une explosion ; le sous-marin n'emportait aucune torpille susceptible d'exploser. Sa batterie était neuve.

La quatrième et dernière hypothèse, l'entrée d'eau soudaine, pourrait également provenir d'une collision avec un autre navire, notamment de commerce. Cette hypothèse d'entrée d'eau brutale est privilégiée à la suite des plongées près de l'épave, du 31 janvier et du .

Enquête officielle de la Marine nationale La commission d'enquête, présidée par l'amiral Jules Évenou et composée de quatre officiers, a analysé les éléments disponibles du 5 février au 2 juillet 1968, pour rendre ses conclusions le .. Le rapport de conclusions d'enquête .

Le lieutenant de vaisseau André Fauve possédait plus de en plongée durant les quatre dernières années à bord de ce type de sous-marin. Commandant du navire disparu, il avait pris son commandement le 17 janvier 1968 et était sous-marinier depuis 1961.. Le rapport d'enquête le qualifie Rapport d'enquête, § 2.1. a. Le capitaine de vaisseau Philippe Bouillot, précédent commandant de la Minerve (du 5 avril 1966 au 17 janvier 1968) déclare que son successeur disposait de la compétence requise.. L'équipage était compétent et entraîné. Le sous-marin n'avait jamais connu d'anomalie, après environ de plongée. ; son dernier grand carénage était récent (1967), sans que le rapport d'enquête précise si les flexibles d'alimentation d'huile avaient, ou non, été changés. Les auditions dévoilent que le changement des flexibles n'était ni systématique lors des carénages, ni même signalé dans le rapport de fin de carénageRapport d'enquête, Annexe A, page 97 ; voir la bversion en ligne.. De même, le rapport d'enquête ne remet pas en cause ni ne propose de modification quant au choix, fait lors de la conception initiale du navire, de bloquer les barres arrière en position maximale de plongée en cas de manque d'huile.

Le rapport d'enquête suggère plusieurs améliorations, en particulier en matière de formation des équipages à la sécurité en plongée.

Hypothèse de la collision Le 15 décembre 2020, un rapport d'enquête réalisé par le contre-amiral Jean-Louis Barbier à la demande des familles est dévoilé. Il provient des plongées effectuées près de l'épave grâce à un submersible propriété de l'industriel américain Victor Vescovo. Les informations sont exposées sur les ondes de France Bleu Provence, puis relayées par France Info le 18 décembre 2020.

Jean-Louis Barbier, ancien commandant de sous-marins, est expert auprès de la Cour d'appel d'Aix-en-Provence. Dans son rapport, il fait état de la cause probable du naufrage : la collision avec un navire de surface. L'expert s'appuie sur les photos de l'épave prises grâce à sa découverte de juillet 2019, ainsi que sur les constatations visuelles effectuées lors des deux plongées, le 31 janvier et le 1 février 2020. Ces images montrent clairement la prise d'air (le schnorchel) en position sortie, le sous-marin étant en plongée périscopique le 27 janvier vers 7h30 du matin, au moment de l'accident. Or, le clapet automatique devant empêcher la prise d'eau inopinée apparaît ouvert. Cette position anormale provient soit d'une avarie de son mécanisme, soit des suites d'un choc.

Recherches de l'épave Premières recherches de l'épave (1968-1970) La première campagne de recherche a démarré immédiatement après le naufrage, la deuxième, une année plus tard et la troisième, après la disparition de l’ en 1970 en utilisant les moyens mis en œuvre pour retrouver l'épave de ce second sous-marin.

Les premières opérations de recherche débutèrent le vers , le commandement de celles-ci étant assuré par un contre-amiral à bord de l'escorteur d'escadre . Les échantillons d'hydrocarbures prélevés en mer ne purent être identifiés comme appartenant au sous-marin. La campagne REMINER (« REcherche MINERve ») se déroula entre et avec le concours du bâtiment hydrographe La Recherche et du bathyscaphe Archimède. sans permettre de localiser l'épave. Une troisième opération eut lieu en 1970 avec le bateau américain qui avait permis de retrouver lEurydice et en utilisant un traîneau sous-marin baptisé « troïka » mais n'aboutiront pas faute de temps pour ratisser une zone trop importante.