Georges (en géorgien : , Guiorgui I ; 996/1006–) est le second roi du royaume unifié de Géorgie. Appartenant à la dynastie des Bagrations, il règne de 1014 à 1027.
Georges , monté sur le trône alors qu'il est encore trop jeune pour égaler son père Bagrat III, doit tout d'abord essuyer une première défaite contre les nobles qui lui imposent le retour à l'indépendace de la Kakhétie. Mais bientôt, il réussit à reprendre des forces et étend sa puissance dans la région, avec de nombreux vassaux en Ciscaucasie et une véritable sphère d'influence (même si éphémère) en Arménie. Toutefois, l'Empire byzantin, avec lequel son père a déjà connu des premières tensions, se montre assez fort pour combattre dans un conflit enclenché par Georges sous le règne de Basile II, conflit qui dévaste tout le sud du pays pour annexer l'ancien « Royaume des Géorgiens », le Tao. Heureusement pour son héritage, Georges, grâce à une diplomatie astucieuse (alliance avec les Fatimides, etc.) préserve l'indépendance de son pays qui ne se vassalise guère et ne paie sous son règne aucun tribut.
Biographie
Les débuts Guiorgui Bagrationi est né en 996 ou en 1006Selon le fait que Georges est devenu roi à l'âge de 18 ans. Selon , il naît en 1006., probablement en Abkhazie ou en Ibérie (Géorgie occidentale), domaines de son père, Bagrat III ., qui avait déjà commencé son œuvre d'unification des terres géorgiennes (projet qui ne s'achèvera officiellement qu'en 1010). De par celui-ci, Guiorgui est le petit-fils adoptif du grand David III le Curopalate., véritable architecte de l'unification géorgienne, mais aussi biologiquement de Gourgen d'Ibérie, dernier titulaire de la distinction de Roi des Géorgiens. De ces deux paternités, Guiorgui se retrouve l'héritier d'une ancienne famille de la haute noblesse géorgienne, celle des Bagrations, qui régnait sur la majorité de la dizaine d'États géorgiens d'avant 1010.
Comme il a été dit plus haut, en cette année 1010, lorsque le monarque de Kakhétie et d'Héréthie Kviriké III fut finalement vaincu et ses domaines annexés après une guerre de deux ans, la Géorgie se retrouva enfin unifiéeMarie-Félicité Brosset, Histoire de la Géorgie, de l'Antiquité au , Saint-Pétersbourg, 1848-1858, 299.. Le père du jeune prince se retrouvait ainsi l'un des monarques les plus puissants du Caucase et en quelques années, réduisit à la vassalité l'émirat de Gandja. et, selon les chartes géorgiennes, les terres arméniennesMarie Félicité Brosset, op. cit., 301, et note 1., de même que la totalité des tribus caucasiennes de CiscaucasieDavid Mouskhelichvili, Atlas de l'Histoire de la Géorgie, Tbilissi, 2003, 20.. Toutefois, Bagrat III meurt quatre ans plus tard, le Marie-Félicité Brosset, op. cit., 302.. Son fils unique et prince héritier, Guiorgui, alors tout juste âgé de 18 ansMarie-Félicité Brosset, op. cit., 310., est dès lors appelé au trône de Koutatissi.
Perte de la Kakhétie Le nouveau roi Georges est donc bien peu expérimenté dans les affaires politiques, contrairement à son père, vu son jeune âge. En effet, à 18 ans, le monarque n'a pas acquis assez de connaissances sur le dossier complexe de la noblesse mais a déjà atteint un âge où on ne peut plus penser à un régent (ou, du moins, à un conseiller avec trop d'influence), si on ne veut pas finir comme un fantoche de quelque seigneur ne pensant qu'à ses alliés nobles. Pour cette raison, Georges ne peut empêcher la première crise de son règne de se produire avec la noblesse. Celle-ci, représentant l'ancienne haute classe géorgienne d'avant l'unification, décide de s'en prendre à la région la plus susceptible du royaume car l'ayant rejoint en dernier et dans de grandes difficultés : la Kakhétie.
thumb|left|La province historique de Kakhétie-Héréthie Les aznaours (seigneurs), qualifiés de « perfides » par les Chroniques géorgiennes, qui vivaient dans de bonnes conditions lorsque la Kakhétie était un royaume indépendant et furent exilés en Géorgie occidentale par le roi Bagrat III en 1010Marie-Félicité Brosset, op. cit, 299., se révoltent contre le pouvoir du roi et l'unité du pays. De retour dans leur contrée, ils (leurs noms sont inconnus) capturent et prennent en otages les gouverneurs (eristavi, signifiant également « grand-duc ») locaux nommés par Koutatissi, réclamant le rétablissement d'une Kakhétie indépendante comme celle des années 580-1010La Kakhétie avait accédé une première fois à l'indépendance en 580, quand le royaume d'Ibérie fut aboli par la Perse.. Le roi Georges , pris au dépourvu, ne peut alors que se plier aux requêtes de la noblesse et, dans un accord qui ampute la Géorgie de plus d'un tiers de son territoire dès la première année du règne de Georges, reconnaît l'indépendance de la Kakhétie et libère l'ancien « Chorévêque » Kviriké III, qui prend le titre de « Roi de Kakhétie-Héréthie ». De son côté, le roi Georges doit enlever le nom des peuples Ran et Kakh de l'ancienne titulature de son père, pour conserver le titre de « Roi des Abkhazes et Kartvels » Nodar Assatiani et Otar Janelidze, History of Georgia, Tbilissi, 2009, 176..
Toutefois, on ne peut prétendre que Kviriké III se considère vraiment comme autre chose qu'un monarque géorgien. En effet, son peuple tout comme lui-même dépend toujours de l'Église orthodoxe géorgienne, avec uniquement un évêque de facto indépendant siégeant à Alaverdi. Contre toute source contraire, la langue géorgienne est toujours usitée par les Kakhs et politiquement, il se retrouve plus tard allié à Koutatissi contre deux ennemis communs : les Alains, vivant sur l'autre flanc du Grand Caucase, et les musulmans de Gandja, et ce dès le règne du successeur de Georges , Bagrat IVMarie-Félicité Brosset, Histoire du Héreth du Coukheth et du Cakheth, 142.. Alors pourquoi avoir privé un tiers des territoires d'un royaume dont Kviriké se considère comme allié et de même culture ? La véritable raison n'est pas connue. Toutefois, l'historien Nodar Assatiani proposa une théorie semblant expliquer l'affaire kakho-kartvel : soit le jeune roi géorgien avait passé un accord avec la noblesse de Kakhétie et profité de l'isolement diplomatique de la Kakhétie pour s'allier avec Alaverdi, soit la région géorgienne avait été donnée de plein gré à Kviriké III par Georges , afin de ne pas subir une invasion et une dévastation par l'empire byzantin dans cette région. Dans ce second cas, l'histoire racontée par Marie-Félicité Brosset aurait été faussée, la source primaire du livre ayant été rédigée sous le règne de Tamar la Grande, sous forme de propagande pour ne pas discréditer l'image de son ancêtre.
L'influence géorgienne dans le Caucase thumb|upright=1.5|Le Royaume de Géorgie avant la perte de la Kakhétie (1010-1014) Quand en 1014 Bagrat III mourut, la Géorgie peut être qualifiée de « première puissance du Caucase ». En effet, peu nombreux sont les prétendants à ce titre. Au nord, la totalité des tribus nomades et des peuples pensant former des « pays » sont déjà tombés sous la suzeraineté du premier souverain de la Géorgie unifiée, même si certains (tels les Alains) échappent de facto à la juridiction de Koutatissi. À l'est, comme il a été dit plus haut, ni le royaume de Kakhétie-Héréthie, ni l'émirat de Gandja (qui continue alors à payer tribut) ne font face à la Géorgie et, alors qu'un est considéré comme allié, l'autre est vraiment vassal. Finalement, seul le royaume d'Arménie, au sud, avait la même puissance militaire que la Géorgie.
Gagik Shahinshah régnait sur ledit royaume arménien depuis 989. Les chroniques arméniennes comme étrangères le qualifient de roi fort et puissant dans la région, alors au même titre que David le Curopalate. Toutefois, il mourut près de trente ans plus tard, en 1020Samuel d'Ani le fait mourir en 470 de l'ère arménienne (16 mars 1021-15 mars 1022) mais Marie-Félicité Brosset rectifie son calcul et propose 1020., croyant laisser des domaines définitivement puissants à sa descendance. Toutefois, son fils aîné et successeur désigné, Hovhannès-Smbat III, ne se montre guère à la hauteur de son pèreAristakès Lastivertsi, Concernant le royaume arménien., ce qui attise la colère de son cadet Achot, surnommé le Vaillant. Celui-ci se révolte et, sans trop utiliser les armes, réussit à se tailler un véritable petit royaume indépendant, dans le nord-est de l'Arménie en 1021. Le roi de Vaspourakan, Sénéqérim-Hovhannès, décide ingénieusement de se poser en arbitre des deux frères pour éviter un conflit civil dans la région qui pourrait par la suite inciter Byzance à intervenir. Mais là encore, rien de nouveau n'est proposé et il reste désormais la première personne en Arménie.
C'est alors qu'intervient Georges . Le roi de Géorgie remplace Sénéqérim-Hovhannès et propose une véritable solution au problème. En tant qu'arbitre, il partage l'Arménie de Gagik et donne la région d'Ani à Hovhannès-Smbat III, tandis qu'Achot reçoit les terres situées entre la Géorgie et le Califat abbasside. Toutefois, un simple incident brise l'accord. Aristakès Lastivertsi raconte qu'Achot est pris de colère quand il apprend que son frère, pour se reposer sur le chemin d'Ani, s'arrête une nuit à Chatik, dans les domaines du cadet. Achot envoie une délégation auprès de Georges , qui décide de lui venir « en aide ». De suite, le monarque géorgien se rend jusqu'à Ani et, sans rencontrer de défense, prend la ville, la pille et la détruit. Par la suite, des nobles fidèles au successeur légitime de Gagik changent de camp et livrent Hovhannès-Smbat à Georges, qui le libère en échange de plusieurs forteresses et de la vassalité d'AniMarie-Félicité Brosset, Histoire de la Géorgie : Additions et éclaircissements, Additions XI : « Récits des auteurs géorgiens sur le règne de Giorgi ».. La Géorgie se retrouve désormais en première position dans le Caucase. Toutefois, cela ne suffit pas à Georges. Il ne veut pas seulement un titre, mais aussi des terres. Apparemment, il s'est remis de la perte de la Géorgie orientale et est prêt à s'en prendre à un plus grand ennemi.
Georges contre le Bulgarochtone Georges , encore jeune et fier de ses quelques exploits, décide de raviver les anciennes tensions entre sa nation et l'Empire byzantin, qui connaît des poussées impérialistes dans cette région du Caucase depuis au moins le règne de Justinien (527-565). De plus, il se considère véritablement comme le successeur de celui qui tenta d'unifier les terres géorgiennes, et la perte de la Kakhétie et de l'Héréthie l'entraîne à chercher de nouveaux domaines au sud-ouestIvane Djavakhichvili, Histoire de la Géorgie du , Tbilissi, 1949, 10.. C'est ainsi qu'il pense au Tao, ancien Royaume des Géorgiens et domaine héréditaire des premiers Bagrations, qui avait été légué par testament au Basileus Basile II par David le Curopalate, comme terme d'une punition en raison du soutien de ce dernier pour le rebelle Bardas Phocas, et dont une partie fut offerte par Constantinople à Bagrat III.
Depuis l'an 1000, Basile II est en guerre totale contre les Bulgares (d'où son surnom, Bulgarochtone) et n'a donc guère le temps de s'occuper de la Géorgie. Pour cette raison, Georges envahit une première fois le patrimoine contesté dès 1015/1016, sans recevoir de réponse militaire directe de la part de l'empereur. Toutefois, Aristakès Lastivertsi rapporte un échange épistolaire entre Basile et le monarque géorgien. Dans celle-ci, il est dit : — Abandonne la portion de l'héritage du curopalate que j'avais donné à ton père, et contente-toi de régner dans ton patrimoine.— De ce que le prince mon père a possédé, je ne cèderai pas une seule maison à personneKalistrat Salia, Histoire de la nation géorgienne, Paris, 1980, 158..