est un poème d'adolescence de Jim Morrison écrit lors de ses dernières années d'école secondaire. La chanson qui en a été tirée, qui consiste en fait en une lecture déclamatoire du poème avec des bruits de fond, des effets musicaux et stéréophoniques, apparaît sur le deuxième album des Doors, Strange Days, sorti en 1967.
Narration et analyse thumb|gauche|James Douglas Morrison, poète. C'est ainsi qu'il voulait signer ses recueils de poèmes. Ce poème à l'ambiance inquiétante, comme une sorte de cauchemar, raconte l'histoire de chevaux jetés en mer afin d'alléger les navires des marins dans ces , nom donné aux eaux entre 30° et 35° de latitude. Jim Morrison s'est inspiré d'une couverture de livre qu'il avait vu lorsqu'il était enfant, sur laquelle un cheval était jeté à la mer, et qui l'avait beaucoup marqué.
On sait la dimension affective et symbolique importante que le cheval revêt aux États-Unis, en lien avec l'épopée mythique de la Conquête de l'Ouest, ainsi qu'avec le mode de vie des populations autochtones amérindiennes, qui y nourrissent amplement l'imaginaire enfantin.
On pourra noter aussi que « horse » (cheval) signifie en argot « héroïne », comme dans le titre du film La Horse de Pierre Granier-Deferre en 1969, et que peut-être cette connotation du mot dans le titre, accordée avec l'atmosphère cauchemardesque et hallucinée du morceau, n'est pas absente du poème de Morrison, de même qu'elle sera un sous-entendu provocant de l'intitulé du premier album de Patti Smith : Horses, dont la poésie sulfureuse et inspirée est souvent considérée comme l'héritière de celle de Jim MorrisonNotre traduction de : .. Ainsi le critique William Ruhlmann dit d'elle :
thumb|Horsesvisions, exposition en hommage à l'album de Patti Smith Horses pour son quarantième anniversaire - Espace Niemeyer, Paris 2015.Si l'on suit cette analyse, on comprend bien en outre la filiation poétique et stylistique évidente entre Patti Smith et la manière inaugurée par les enregistrements de Jim Morrison avec les Doors, avec cette sorte de harangue comme un « sprechgesang » (parlé-chanté) rock, mais serti dans une musique d’un côté plus punk rock (en avance)Dans le même texte Ruhlmann dit : . Notre traduction de : . et rhythm and blues chez le Patti Smith Group, et bien sûr chez les Doors dans un rock plus psychédélique à la confluence d’influences jazz (John Densmore), blues, flamenco (Robby Krieger, par exemple dans "Spanish Caravan".) et classique (Ray Manzarek, par exemple dans sa version de l’Adagio d’Albinoni.). [Sur ce thème des influences musicales des Doors, consulter les sections « Formation (1965) » et «The Doors : l'album culte (1966–1967) » de l’article consacré au groupe].
Fond sonore et musical, bruitage Comme on peut le constater à l’auditionLe morceau est disponible à l’écoute sur internet, par exemple : ., le morceau commence dans le mugissement d’un grand vent du large, qui renvoie à la navigation à voile évoquée par ces « latitudes de cheval ». La voix de Jim commence relativement calme, comme surgissant au cœur du vent, donc un peu lointaine, et avec réverbération. Elle est scandée au début du fort claquement d’un fouet, comme dans un cirque (la thématique des baladins et du cirque est récurrente chez MorrisonVoir notamment son poème les mettant en scène : . Poème que l'on retrouve au sein du morceau Curses, Invocations dans l'album publié par le groupe en 1978 après sa mort, avec sa voix "d’outre-tombe" remixée avec la musique, An American Prayer, plage 11 : ., comme l’indique d’ailleurs la couverture de l’album Strange Days).
Puis la tension monte peu à peu jusqu’à un paroxysme où la voix se résout en cri, pour finir par s’évanouir dans le lointain en un dernier mot hurlé désespérément. Elle est ponctuée de battements et de notes en rafales (surtout au clavier) désordonnées, erratiques, comme éparpillées par le vent, sans mesure et sans tonalité repérable, avec des effets stéréophoniques marqués qui accroissent son relief et son amplitude, et "spatialisent" le son, lequel balance de droite à gauche (et réciproquement), comme cherchant une issue impossible à trouver, et comme les gestes découplés et hystériques des chevaux plongeant dans la mort.
La voix se détache sur la rumeur d’une foule d’abord lointaine, puis se marie peu à peu avec elle à mesure que la foule se fait de plus en plus présente, avec des cris qui s’individualisent, là encore plus désespérés que terrifiés, comme ceux que l’on imagine dans des enfers dantesques, ou sourdant d’un tableau de Jérôme Bosch, dont Morrison avait exploré l’œuvre durant ses études supérieures (consulter la section « Un étudiant atypique » de l’article consacré à Jim Morrison).
Paroles originales et traduction Ci-après, voici le poème original de Jim Morrison (support du morceau) dont le caractère obscur, surréaliste, hallucinatoire et tragique, fait que sa traduction en français représente une gageure. Certains s'y sont néanmoins essayés, et on en proposera quand même une tentative de traduction, en la comparant avec celles des sites spécialisés dans les paroles de chansons :
Les sites qui proposent des paroles de chansons, comme "Paroles 2 chansons" de Cypok Média, qui est partenaire du groupe du journal Le MondeLe journal Le Monde est effectivement en lien sur ce site : ., présentent une version légèrement différente du texte original tel qu'il est retranscrit ci-dessus (et comme il l'est dans le livret accompagnant la réédition en CD de l'album). Ainsi, au vers , la préposition est remplacée par l'article , et au vers l'adjectif est remplacé par le nom . Or à l'écoute du morceau, il est difficile de trancher pour savoir quelle est la vraie version originale écrite et déclamée par Morrison ; dans le doute on a préféré retenir la version du livret. Ceci en tout cas explique une partie des différences d'interprétation avec la traduction alternative suivante qu'ils en proposent, qui diffère sur d'autres points avec celle indiquée ci-dessus, mais dont le sens est globalement le même :
Articles connexes Strange Days (album) The Doors Jim Morrison Autres chansons des Doors sous forme de poèmes mis en musique : The End [in The Doors (premier album)] ; When the Music's Over (in Strange Days, deuxième album) ; Not to Touch the Earth (extraite du poème The Celebration of the Lizard, in Waiting for the Sun, troisième album) ; Riders on the Storm (in L.A. Woman, sixième album) ; ainsi que l'ensemble de l'album posthume An American Prayer: Jim Morrison À titre de comparaison : Horses, l'album de Patti Smith
Liens externes Une version du texte, légèrement différente de celle du livret de l'album ici retenue, avec sa traduction en français : . Ce morceau est encore disponible en CD dans le commerce, au sein de l'album Strange Days : . Ce morceau est disponible à l’écoute sur internet, par exemple : .
Notes et références
Catégorie:Chanson interprétée par les Doors Catégorie:Chanson de 1967