Le Mouvement jeunes communistes de France (MJCF), communément appelé JC (initiales de « jeunes communistes »), est une organisation politique de jeunesse, proche du Parti communiste français (PCF). Au sein du MJCF, les étudiants sont organisés dans sa branche étudiante, l'Union des étudiants communistes.

Le MJCF s'organise indépendamment du PCF : il décide de ses statuts, de son organisation et de ses dirigeants ainsi que de son orientation. Néanmoins il entretient un dialogue permanent avec lui sur les actions à mener et des orientations à prendre dans une visée transformatrice de la société. Dans les faits, militants du PCF et du MJCF partagent dans la majeure partie des cas les mêmes locaux et réalisent des événements communs.

La jeunesse communiste a été fondée le , à la veille du congrès de Tours, par une transformation des jeunesses socialistes en jeunesses socialistes-communistes et leur adhésion à la internationale. Par la suite les jeunesses socialistes-communistes prennent le nom de jeunesse communiste (JC).

Le secrétaire général actuel est Bastien Bonnargent depuis le . Le mouvement revendique , sur toute la France..

Le MJCF édite un journal du nom d'Avant-garde. Il fait partie de la Fédération mondiale de la jeunesse démocratique (FMJD).

Histoire

Origines Quand s’organise le mouvement ouvrier, dès le , des organisations de jeunesse se développent en son sein. Comptant fort peu de militants, ces mouvements peinent pourtant à se rassembler et ce n’est qu’en 1912 (soit sept ans après l’unification socialiste ayant donné naissance à la SFIO) qu’une organisation unie voit le jour : les jeunesses socialistes. Déchirés par la Première Guerre mondiale à l’image de leurs aînés de la SFIO, les jeunes socialistes ne font pas tous les mêmes choix : certains optent pour l’union sacrée, d’autres optent pour le refus de la guerre, jugée impérialiste, suivant en cela les socialistes russes (à commencer par Lénine), très isolés au sein de la Internationale.

Après la guerre, l'Internationale ouvrière a beaucoup perdu en considération pour avoir soutenue celle-ci, aux dépens des racines pacifistes du mouvement socialiste, d’autant qu’a émergé en 1917 une voie nouvelle au cœur de la révolution russe : la voie bolchevique. C’est dans cet élan de rupture avec les compromissions passées, de quête de paix et de changement, que se développe en France un courant croissant pour l’adhésion à la Internationale, l’Internationale communiste.

Naissance et premiers combats (années 1920) Deux mois avant le congrès de Tours qui vu naître la S.F.I.C., les jeunesses socialistes tiennent leur congrès à l’automne 1920 à Paris et, le novembre. Par contre (et 350 abstentions), les délégués optent pour l’adhésion à l’Internationale communiste des jeunes (soit environ 75 %). Les jeunesses socialistes sont mortes ; les jeunesses socialistes-communistes sont nées – elles prendront le nom de Fédération nationale des jeunesses communistes de France en 1921.. Maurice Laporte, dix-neuf ans, en devient le premier dirigeant. À la suite de ce congrès, nombre de jeunes décident de quitter l'organisation pour refonder les jeunesses socialistes et conserver leur place au sein de l'Union internationale des organisations socialistes de la jeunesse.

vignette|Logotype officiel de l'Internationale des jeunes communistes dans les années 1920.

En 1923, le gouvernement français de Raymond Poincaré décide d’envahir la Ruhr, en Allemagne. Aussitôt, la jeunesse communiste française entre en contact avec la JC allemande et organise en commun des collages, des distributions de tracts, etc. Le journal de la JC destiné aux jeunes soldats français (Le Conscrit) multiplie les articles incendiaires pour dénoncer la politique d’agression menée par le gouvernement français. Les principaux dirigeants eux-mêmes défilent dans la Ruhr, de Maurice Laporte à Simon Rolland en passant par Gabriel Péri. C’est la plus grande campagne antimilitariste de l’époque. La répression est importante : la direction de la JC est arrêtée (Maurice Laporte, Gabriel Péri, Maurice Tréand, Henri Lozeray, Raymond Guyot…).

En 1925, lors de la guerre du Rif, la province du Rif, au Maroc, entre en sécession pour obtenir son indépendance face aux puissances coloniales, tout d’abord contre le protectorat espagnol puis contre l’intervention franco-espagnole. Abd El-Krim mène la lutte contre les opérations coordonnées entre les états-majors français et espagnols. Le Parti communiste français et la Jeunesse communiste mènent alors une campagne anticoloniale active contre la guerre du Rif diffusant journaux, tracts, chansons et mots d’ordre antimilitaristes. L’essentiel de l’action se déroule en France métropolitaine David Drake, The PCF, the Surrealists, Clarté and the Rif War, Sage Journals, Volume 17, numéro 2, doi.org/10.1177/095715580606444. L’ampleur de la répression à chacun des pas de la jeune Fédération freine son développement mais, plus profondément, par ses positions radicales et avant-gardistes, la JC, anticolonialiste, anti-impérialiste, est en trop net décalage avec la masse des jeunes. Les effectifs s’effondrent et passent de près de en 1924 à en 1931.

D'une manière générale, les historiens du communisme français expliquent le recul des effectifs de la Jeunesse communiste par plusieurs facteurs : isolement politique, radicalisation imposée par l’Internationale communiste, faiblesse organisationnelle et difficulté à recruter hors des milieux ouvriers militantsAnnie Kriegel, Structures d'organisation et mouvement des effectifs du Parti Communiste Français entre les deux guerres, International Review of Social History, Volume 11, Numéro 3, Cambridge University Press, 18 décembre 2008.

À l’heure du Front populaire (années 1930) Les années 1930 sont l’occasion d’un tournant important. La Section française de l’Internationale communiste (qui deviendra le PCF en 1937) est dirigée depuis 1930 par Maurice Thorez, jeune homme de trente ans ; ce n’est pas sans conséquences, à terme, sur la JC Par ailleurs, l'extrême droite connaît un essor considérable : Le P.N.F. prend le pouvoir en Italie en 1922 et le N.S.D.A.P. en Allemagne en 1933, terre où les partis ouvriers sont pourtant très forts et de vieille implantation. La France elle-même semble menacée par le fascisme en 1934 lorsque les ligues d’extrême droite se rassemblent et se dirigent contre l’Assemblée nationale. Sous l’impulsion de Maurice Thorez (trouvant un écho auprès du slovaque Eugen Fried et, surtout, du bulgare Georges Dimitrov), le Mouvement communiste international tout entier va se lancer dans un nouveau combat prioritaire : l’antifascisme. Pour mener à bien cet objectif, le rassemblement le plus large s’impose et c’est la logique des .

Pour ce qui est de la JC, cela se manifeste par le développement d’activités susceptibles de toucher de larges pans de la jeunesse : activités récréatives (ping-pong, pianos, dominos, billard, radio…) ou d’éducation populaire (bibliothèque, sorties de plein-air ou dans des lieux de culture, projections cinématographiques…). Dans le même sens sont créées de nouvelles organisations de jeunesse liées à la JC : l’Union des jeunes filles de France en 1936 sous l’impulsion de Danielle Casanova (qui mourra quelques années plus tard, déportée) et organisée par Paulette Decluset et Josette Cothias ; l’Union des jeunesses agricoles de France en 1937, sous la houlette d’Albert Ouzoulias, Léo Figuères et Gaston Plissonnier ; l’Union des étudiants et lycéens communistes de France, fondée en 1938 et dirigée par Pierre Hervé.

Cet élargissement tous azimuts en ce temps de constitution du Front populaire rencontre un succès allant au-delà de toutes les prévisions : .

À l’Internationale des jeunes communistes (dirigée à cette époque par celui qui est aussi le secrétaire de la JC française, Raymond Guyot ), des projets de vastes rassemblements sont formés et, pour la France, Raymond Guyot propose aux autres organisations de jeunesse de gauche une fédération unique de la jeunesse. La direction de la SFIO, Léon Blum en tête, l’interdit aux jeunesses socialistes et seule une fraction de la JS rejoindra la JC. Côté Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC), tout rapprochement est prohibé par l’encyclique du pape Pie XI Divini Redemptoris. La Fédération unique de la jeunesse ne naît pas mais les organisations de gauche travaillent davantage ensemble et de multiples congrès antifascistes de jeunes se réunissent de par le monde ; la JC y tient toujours une place de choix.

Épreuves de la Seconde Guerre mondiale (1939-1945) Après le pacte germano-soviétique (août 1939), le développement de la JC est violemment interrompu. Le gouvernement du radical Daladier interdit toutes les organisations communistes ainsi que leurs journaux par décret le , le PCF et la JC étant accusés de défaitisme et de soutien indirect à l’URSS. La JC continue néanmoins clandestinement la propagande et les actions militantes. Elle est à l'origine de la première action connue de résistance à l'occupation le à Toulouse, lorsqu'un groupe de sept membres ou sympathisants des Jeunesses communistes, composé d’André Delacourtie, Jean Bertand, Yves Bettini, Marcel Clouet, Robert Caussat, Angèle Del Rio, et Angèle Delacourtie, jette des tracts artisanaux à l'aide d'une machine élaborée pour l'occasion sur la foule rassemblée pour la première sortie officielle du maréchal Pétain. Ils furent arrêtés, jugés et condamnés par le tribunal militaire de Toulouse à des peines de prison le 19 mars. Angèle Del Rio, Maria et Pierre Bettini furent internés quelques jours après leur sortie de prison. Pierre mourra quelques mois plus tard des mauvaises conditions d’internement au Camp du Récébédou.

La résistance est initialement très fragmentée, géographiquement (zone occupée ou zone libre), structurellement (réseaux et mouvements), politiquement (gaullistes, communistes, réseaux locaux, socialistes, catholiques, etc.). Après 1941 et le début de l'opération Barbarossa, la résistance communiste joue un rôle majeur contre l’occupant nazi, notamment grâce à la structuration des FTP et FTP-MOI. La JC, sous la direction d’André Leroy en zone occupée et de Léo Figuères en « zone libre », mène des combats importants. Un groupe va se distinguer tout particulièrement dans cette lutte antinazie de la JC : les Bataillons de la jeunesse menés par Albert Ouzoulias, et le colonel Fabien, . Ils commettent plusieurs attentats contre l’armée allemande dont l’attentat contre l’aspirant de Marine Moser à Paris le et celui contre le Feldkommandant de Loire-Inférieure à Nantes le . La recherche historique note néanmoins la faible efficacité militaire initiale de ces attentats, les représailles massives qu'ils provoquent et les débats internes au PCF concernant la lutte arméeLe parti communiste français des années sombres (1938-1941), Sous la direction de Jean-Pierre Azéma, Antoine Prost et Jean-Pierre Rioux, Le Seuil, 1986Olivier Wieviorka, Une histoire de la Résistance 1940–1945, Perrin, 2013Stéphane Courtois et Marc Lazar, Histoire du Parti communiste français, PUF, 1995.

Les actions de résistance des JC entrainent une répression brutale. À l’image de l’exécution de Guy Môquet, fusillé avec ses 26 camarades à Châteaubriant, une logique de coopération policière contre les communistes est mise en place par les Allemands et les collaborateurs français, dont un élément est constituée par le Service de police anti-communiste (S.P.A.C.). La répression est forte, malgré une efficacité relative et fluctuante : les Bataillons de la Jeunesse sont démantelés progressivement entre fin 1941 et 1942. Ils sont peu à peu intégrés aux FTP (Francs-Tireurs et Partisans) en 1942. Plus largement, quand la guerre est finie, sur du Comité central de la JC, , beaucoup sont dans les camps nazis.

Union de la jeunesse républicaine de France (1946-1956)