La Maison de la culture yiddish – Bibliothèque Medem, en yiddish פאריזער יידיש-צענטער־מעדעם ביבליאטעק (Parizer yidish tsenter – Medem biblyotek), est une bibliothèque et médiathèque associative française, située 29 rue du Château d'eau, dans le de Paris.

Également centre d'enseignement, lieu d'exposition et de conférences, elle se consacre à la conservation, l'étude et la diffusion de la langue et de la civilisation yiddish dans un cadre séculariste et areligieux.

Fondée en 1929 au sein de la section parisienne du Bund dans le but d'émanciper par la culture les ouvriers yiddishophones non francophones, elle porte le nom du syndicaliste socialiste et théoricien d'un judaïsme anétatique et non-territorial, Vladimir Medem.

Héritière des fonds de différentes bibliothèques yiddish parisiennes qui ont peu à peu fermé, elle est aujourd'hui, avec ses 30 000 volumes, le plus important centre culturel d'Europe voué à la défense et à l'illustration de la « yidishkeyt », la culture juive ashkénaze dans son expression yiddish, et le second au monde après lInstitut pour la recherche juive, dit YIVO, à New York, comportant également une antenne à Buenos Aires.

Fonds Évolution du fonds de la bibliothèque 1930 : 500 volumes, 200 donnés par Sholem Asch, 300 expédiés par .. 1931 : volumes, dont 800 donnés par le Syndicat de casquettiers, qui connait des difficultés financièresBernard Vaisbrot, « Historique de la Bibliothèque Medem », in Carrefour des littératures européennes, , Bibliothèque Medem, Paris, 19 octobre 1989.. 1939 : volumes, presque tous en yiddishM. Roblin, Les Juifs de Paris : Démographie, économie, culture., , A. & J. Picard, Paris, 1952.. 1949 : volumes, dont 5000 tirés des bibliothèques ouvrières juives de New York et des États-Unis.. 1993 : volumes, à la suite de la fermeture de la bibliothèque de l'UJRE, héritière de la bibliothèque Scholem Alekhem fondée en 1920 par la Kultur LigeG. Rozier, « The Medem-Bibliotek : The Yiddish library of Paris. », in , , , , Purdue University Jewish Studies Program, Lafayette ouest, 1996., et du legs des trois mille ouvrages de la bibliothèque Kouliche, elle aussi fermée. 1997 : volumes, à la suite du transfert du fonds du Centre Jefroykin de la FSJF.. 1998 : volumes, grâce à un legs fait par le Foyer ouvrier de Poale Zion d'un fonds principalement hébraïque, de ses archives et de la collection du journal . 2006 : volumes.. 2018 : volumes dont en yiddish et en hébreu, français, anglais, allemand ou polonais.

Poésie En 2006, la bibliothèque détenait 1600 ouvrages de poésie yiddish, de Oser Warszawski à , de Yankev Glatshteyn à Peretz Markish..

Périodiques La bibliothèque archive les . Parmi ceux ci se distinguent les collections rares et souvent incomplètes de cent six périodiques périmés., dont : Der Veker, journal de la section parisienne du Bund durant l'entre-deux-guerres, , organe du comité central du Bund, Der Yidisher Arbeyter, journal de la section juive de la CGT, Morgen Stern, Freje Shriften, publié par Isaac Nachman Steinberg entre 1927 et 1937, , dont un des éditorialiste est jusqu'en 1961 , , , Davke, revue de philosophie.

Fonds musical enregistrements de chansons yiddish, musique klezmer et chants liturgiques. 500 partitions. 150 recueils. 150 vidéos.

Dépôts À l'instar de la bibliothèque Jacques Doucet, la bibliothèque Medem conserve les livres voire les archives de personnalités qui ont, eux-mêmes ou leurs ayants droit, souhaité, par attachement à la civilisation yiddish, les lui léguer :

l’écrivain et photographe (1885-1941), l’écrivain Moyshe Broderzon (1890-1956), le poète Elkhonen Vogler (1907-1969), l’essayiste Itshe Vagman (1890-1974), le romancier Shmarye Gutman (1897-1975), le journaliste Bentsyen Frydman (1893-1984), le dramaturge et historien Khayim Sloves (1905-1988), le journaliste Mordkhe LitvineTal Hever-Chybowski, « Mordkhe Litvine », Maison de la culture yiddish, Paris, 2013. (1903-1993), la poétesse Rivke Kope (1910-1995), le peintre Moyshe Bahelfer-Bagel (1908-1995), le résistant Claude Kelman (1907-1996), le romancier et poète Jacques Burstein-Finer (1908-1996), le poète Moyshe Waldman (1911-1996), la romancière Lili Berger (1916-1996), le sculpteur Mikhoel Milberger (1922-1997), l’historien Shmuel Kerner (1907-1999), la nouvelliste Menuha Ram (1916-2000), Kiwa Vaisbrot.

Livres du souvenir La bibliothèque conserve 82 témoignages rédigés après guerre par des rescapés de l'extermination nazie. Elle a ajouté à cette collection 68 autres de ces , livres du souvenir, choisis parmi six cents et rédigés tardivement, à la fin du ...

Collection du Kines Buch, trad. , Amsterdam, 1718. Yitschak ben Elyakim, trad. , Seyfer Lev tov, Amsterdam, 1723. Seyfer Yosipon, trad. , Amsterdam, 1771. Siddur, , trad. , Amsterdam, 1768.

Conservateurs ou faisant fonction vignette|redresse|Réfugié politique arrivé d'Argentine pour un stage en 1979 et resté définitivement en France, Yitskhok Niborski est un acteur majeur du renouveau culturel du yiddish en Europe. 1929 : Meir Mendelsohn., seul des fondateurs ayant fait des études. 1945 : Chiva Vaisbrot., garant de la pérennité d'un judaïsme opposé à tout nationalisme et des principes d'humanisme et d'internationalisme qui ont présidé à la fondation de la bibliothèqueBernard Vaisbrot, « Historique de la Bibliothèque Medem », in Carrefour des littératures européennes, , Bibliothèque Medem, Paris, 19 octobre 1989.. 1979 : Yitskhok Niborski, qui a transformé la Bibliothèque Medem en un centre d'enseignement. 1994 : Gilles Rozier, directeur, créateur de la maison d'édition Bibliothèque Medem. 2014 : Tal Hever-Chybowski, directeur, à l'origine des universités d'été de langue et littérature yiddish à Berlin, dont la première a eu lieu en 2017.

Histoire La bibliothèque du Kemfer (1904-1917) Dès les moisD. Epelbaum, Les Enfants de papier. Les Juifs de Pologne immigrés en France jusqu’en 1940., , Grasset, Paris, 2002. qui suivent son adhésion au nouveau Parti ouvrier social-démocrate de Russie, , en , soit cinq mois après sa création, l'Union ouvrière juive de Pologne, Russie et Lituanie, alias Bund, dispose à Paris de deux antennes clandestinesClaudie Weill, « Le Bund russe à Paris, 1898-1940 », in Archives Juives, , , juin 2001.. Chargées de récolter des fonds et transmettre les messages dans le cadre plus secret d'un trafic d'armes destinées aux groupes socialistes d'autodéfense affrontant les pogromsHenry J. Tobias, The Jewish Bund in Russia. From its Origins to 1905., , SUP, Stanford, 1972., elles opèrent sans liens entre elles dans des milieux différents par des voies différentes. Ce sont une section d'étudiants russophones, qui constitue en 1900 la Société culturelle ouvrière et socialistePinches Szmajer, « Contribution à l’histoire du Bund à Paris », in Combat pour la diaspora, n° 4, , septembre 1980., et une section d'ouvriers yiddishphones, qui organise en 1902 une société de secours mutuelle appelée Arbeter-Tareyn KemferFranz Kurski, in Unzer Stimme, Paris, 4 février 1939., c'est-à-dire Union des travailleurs Le Combattant.

vignette|À gauche, le 27 rue des Écouffes, à l'angle de la rue des Rosiers, en 2010.|alt= En 1904, les deux sections fusionnentN. Weinstock, Le Pain de misère. Histoire du mouvement ouvrier juif en Europe., , , Maspero, Paris, 1986.. C'est alors. que le Kemfer ouvre une bibliothèque yiddish qui, située 27 rue des Écouffes, sert aussi de salle de réunion et de conférenceN. L. Green, Les Travailleurs immigrés juifs à la Belle Époque. Le « Pletzl » de Paris, , Fayard, Paris, 1984., sinon de masque au siège clandestin. C'est au cœur du Pletzl, alors peuplé à soixante et un pour cent d'Ashkénazes. Ceux ci sont à quatre-vingt-trois pour cent employés par l'industrie du vêtement, le plus souvent comme façonnier pour la confection. Très politisés, ils regardent leur langue comme l'instrument de leur émancipationR. Ertel, « Sécularisation et politisation de la société juive à la fin du », in Combat pour la diaspora, , juin 1983. dans laquelle la bibliothèque a un rôle de premier plan. Au sein de celle ci, est dispensée une formation dramatique, la Fraye yididshe arbeter Bine, la Scène libre du travailleur juif.

Le , le Kemfer devient l'Arbeter ringN. L. Green, Les Travailleurs immigrés juifs à la Belle Époque. Le « Pletzl » de Paris, , Fayard, Paris, 1984., sur le modèle de l'Arbeter Ring de New York, fondé douze ans plus tôt, le . Grande guerre, Révolution et indépendance du royaume du Congrès vont dans la mouvance socialiste, communiste et anarchiste disperser les engagements, exacerber les concurrences, modifier les populations. En 1917, les responsables de la bibliothèque sont repartis vers la Russie soviétique naissante et l'établissement ferme..

La bibliothèque Sholem Alekhem (1922-1928) En 1922, le Komintern, le Bund et Poale Zion s'accordent pour reconstituer ensemble à Paris une offre dirigée vers la classe ouvrière qui mêle éducation et propagande, la Ligue pour la culture, Kultur lige. Une nouvelle bibliothèque commune est ouverte, la bibliothèque Sholem Alekhem, Yidishe folks-bibliotek untern nomen Sholem-Alekhem.

En 1925, après trois années de cogestion mal partagée, le Bund de Paris, soit une soixantaine d'adhérents, crée son propre cercle culturel, le Club des travailleurs Vladimir Medem, Arbeter klub oyfn nomen Vladimir Medem, qui est appelé au quotidien Union Medem, Medem farband, ou Club Medem, Medem-Klub.. Les bundistes évincés par le Komintern, la bibliothèque Sholem Alekhem continue de fonctionner et continuera jusqu'à la guerre, avant d'être reprise, sans son nom toutefois, par l'Union des juifs pour la résistance et l'entraide.

La bibliothèque Nomberg (1928-1939) vignette|Le comité fondateur en 1929, Yitzhok Blumenstein, Meir Mendelsohn, Haïm Golub, Leyb Tabatchnik, Avraham Zusman, Eli Shirinski, Dovid Leiber et Chiva Vaisbrot.|alt= Fin 1928, huit des adhérents de l'Union Medem, immigrés du Yiddishland, organisent autour des écrivains , Sholem Ash, Shneour Zalman et une soirée de collecte de fonds pour créer au sein du Medem-farband une bibliothèque.. Elle s’appellera Bibliothèque Nomberg au sein de l’Union Medem, Nomberg-bibliotek baym Medem-farband, en hommage à l’écrivain , décédé un an plus tôt, qui avait participé à la de Tchernovitz mais pour beaucoup présentait l'inconvénient d'avoir adhéré non au Bund mais à son rival « bourgeois », le Folkspartei. Grâce aux trois cents francs réunis, elle est inaugurée en au nord du Pletzl, 50 rue des Francs Bourgeois, dans le de Paris, qui héberge aussi de nombreux immigrés ashkénazes. Quatre-vingts pour cent de ceux ci continuent d'utiliser le yiddish au quotidienM. Roblin, Les Juifs de Paris. Démographie, économie, culture., Picard, Paris, 1952..

En 1932, le Bund recréé l'Arbeter ring sous le nom de Cercle amical de secours mutuel et le domicilie au 110 rue vieille du Temple, quatre cent cinquante mètres plus au nord, dans le vieux quartier du marais du Temple. Ayant eu à subir déjà trois déménagements., c'est là qu’est alors installée la bibliothèque Nomberg. En 1939, Paris compte cinq autres bibliothèques yiddish, dont la plus importante, après celle que gère la Fédération des sociétés juives de France., reste la bibliothèque Sholem Alekhem.

Boîtes de conserve et Gestapo (1939-1944) vignette|redresse|Durant la guerre, le dispensaire de l'hôtel d'Hozier, 110 rue vieille du Temple, qui y a pour voisin de palier le Medem depuis 1932, est déserté et illégalement réinvesti pour le Comité de la rue Amelot.