La distribution de films ou édition de films est une étape de la filière cinématographique, en aval de la production (conception et réalisation de films) et en amont de l'exploitation cinématographique (diffusion du film dans les salles de cinéma). Les entreprises de cette étape intermédiaire sont appelées distributeurs ou éditeurs. Par extension, on appelle aussi distributeurs les dirigeants de ces structures.

Définition En tant qu'individu, le distributeur est d'abord et avant tout, celui qui cherche puis choisit les (nouveaux) films qui seront montrés sur son territoire. Il en estime le potentiel artistique et commercial. Son influence culturelle sur son territoire est donc décisive. Dans le même temps, chacun de ces choix recèle une part de risque pour le distributeur, en tant qu'entreprise. Cette prise de risque est renforcée pour les distributeurs prenant en charge la distribution de films en langue étrangère. Les structures de distribution sont ainsi parmi les plus précaires de la filière cinématographique, remettant en jeu leur indépendance et leur pérennité à chaque lancement de film.

Le distributeur est confronté à l'importante masse des films produits chaque année (près de longs-métrages en 2006 World Film Production/Distribution profile, rapport publié en 2006 par le FAFO, Autorité autrichienne de l'industrie audiovisuelle et cinématographique.). Pour choisir, il repose d'abord sur son propre réseau de producteurs et de réalisateurs dont il a déjà pu apprécier le travail. Il est également épaulé par les festivals de films et les vendeurs internationaux. Les premiers comme les seconds ont pour mission de découvrir et valoriser les nouveaux talents. Les premiers les récompensent par des prix, les seconds vendent les plus porteurs.

Alors que durant la seconde moitié du , les festivals de films jouaient le rôle de tête chercheuse de la filière cinématographique, les distributeurs les ont peu à peu remplacés dans ce rôle. Depuis le début du , les droits de la plupart des films sélectionnés au Festival de Cannes sont ainsi achetés par les distributeurs avant même le début de la manifestation.

Le métier de distributeur se décompose en trois dominantes inséparables : financière : achat de droit, duplication de copies ; promotionnelle : choix de la date de sortie d'un film, établissement de plan-média et de partenariats, opérations de relation-presse, fourniture des films annonce aux exploitants de salles, organisation d’événements en salle avec les équipes du film ; programmation : négociation avec les salles de cinéma : exploitants ou programmateurs de réseaux d'exploitants.

Territoires et gestion de droits audiovisuels Le distributeur d'un film est détenteur des droits sur celui-ci pendant un certain temps (3 à 15 ans), pour un territoire donné (un pays ou une région délimitée sur le plan linguistique) et pour un médium (cinéma, télévision, VOD, SVOD).

Territoires Par territoire, on entendra le plus souvent un pays. Certains territoires cependant sont définis par des frontières linguistiques, et ce, pour des raisons d'économie d'échelle, le doublage ou le sous-titrage d'un film coûtant cher. Mieux vaut donc faire partager ce coût sur l'ensemble de la zone linguistique : On compte quatre territoires pour l'Amérique du Nord : États-Unis, Canada anglophone, Canada français, Mexique. En Europe, les frontières de territoires sont plus fluctuants. Coexistent ainsi les territoires : Europe francophone d'une part et Communauté française de Belgique et France d'autre part ; Europe germanophone et Allemagne, Autriche et Suisse alémanique, ou encore CEI (sauf pays baltes) et Russie et Ukraine distinctes. En Asie, Hong Kong est un territoire indépendant sur le plan cinématographique de la Chine continentale, etc.

Gestion de droits audiovisuels L'« ayant droit ultime » d'un film est très souvent son producteur. C'est lui qui confie à un distributeur actif sur un territoire, un certain nombre de droits relatifs à celui-ci. On dit alors que le distributeur est mandataire de ces droits : c'est au nom du producteur qu'il exige rétribution de l'exploitant (une part des recettes salle) ou de l'éditeur vidéo (un pourcentage sur les ventes vidéo par exemple).

Les droits sont non seulement limités dans l'espace, mais aussi dans le temps. Ce temps varie le plus souvent entre 3 et 15 ans « The purchase price of independant foreign films in France », synthèse publiée par Antoine Rein et Antoine Gandaubert dans Ecran Total n°612, mai 2006.

L'accord avec l'ayant droit (producteur ou vendeur international de film) précise également la qualité des droits confiés en mandat au distributeur. De fait, parallèlement à l'activité de distribution proprement dite, une majorité des distributeurs prennent également en charge la gestion des droits des films qu'ils distribuent. Ces droits concernent au minimum, l'exploitation en salle sur copie film ou en public-video (supports numérique). Peuvent également s'ajouter (en particulier pour les films étrangers) les droits d'édition vidéo (location et vente), de diffusion sur chaîne de télévision cryptée et/ou en clair, de diffusion en VOD, de diffusion sur Internet, etc. Le contrat peut préciser des durées d'exploitation différentes selon les droits concédés. L'utilisation de ces droits obéit dans certains pays à la règle de la chronologie des médias.

Les distributeurs spécialisés en films étrangers prennent généralement en charge la totalité des droits sur un film (distribution en salle, édition vidéo et diffusion à la télévision).

Certains distributeurs proposent aux producteurs, de prendre en charge la « vente internationale » du film. Cette activité spécifique a deux objectifs : faire connaître et reconnaître le film et la vente de celui-ci aux distributeurs étrangers. Le vendeur international est donc notamment en relation avec les festivals de cinéma (« faire connaître ») et les distributeurs étrangers (« vendre »). On pourrait citer par exemple Les Films du Losange, à la fois distributeur en France et vendeur international.

Position dans la filière cinématographique La filière cinématographique, dont la distribution fait partie, est elle-même prolongée et intégrée économiquement à la filière audiovisuelle. En aval de l'exploitation, on trouvera donc le métier d'éditeur vidéo (édition de VHS, DVD, Blu-ray..., puis location ou vente de ces supports vidéo), avec laquelle le métier de distributeur ne doit pas être confondu.

Opérateurs du secteur de la distribution Typologie des distributeurs En France

Présentation générale Plusieurs typologies permettent de décomposer le secteur de la distribution française. Certains distributeurs se spécialisent ainsi sur les films d'une certaine origine géographique (les films américains pour Metropolitan FilmexportMetropolitan FilmExport sur unifrance.org (page consultée le 10 mars 2008), les films asiatiques ou d'Europe centrale pour CTV International, etc.), d'autres enfin se spécialisent sur un genre de films particulier (Eurozoom et le documentaire par exemple) tandis que d'autres se spécialisent sur un type de films (art et essai pour les distributeurs indépendants, blockbusters pour les filiales françaises des majors).

Au-delà de ces spécialisations à la fois artistiques, changeantes et difficilement généralisables, on peut aussi départager les distributeurs selon leur modèle économique et leur pouvoir financier. Avec l'inflation des coûts liés à la sortie d'un film (forte hausse du nombre des copies dupliquées et promotion notamment), ce dernier critère illustre bien souvent la dépendance économique des distributeurs vis-à-vis des grands opérateurs du secteur audiovisuel. On distingue notamment : les distributeurs affiliés à une major (Warner Bros Discovery France, Walt Disney Company France, Universal Pictures France, Sony Pictures France, Paramount Pictures France) ; les distributeurs adossés à une chaîne de télévision (SND pour M6, Studiocanal pour Canal +) ou à un circuit de salles de cinéma (Pathé Films pour Les cinémas Pathé, Apollo Films pour CGR, UGC Distribution pour les cinémas UGC) ; les distributeurs indépendants (Metropolitan Filmexport, Bac Films, Diaphana, Memento Films, Zinc, Ad Vitam, Wild Bunch, Pyramide Films). La situation, fragile, de ces distributeurs indépendants les a incités à se rassembler en syndicats (cf. infra) pour mieux défendre leurs intérêts (et indirectement, la diversité culturelle) ; les distributeurs de film de patrimoine (Acacias Films, Action Cinémas, Carlotta Films, Mission Distribution, Solaris Distribution). Avec des coûts de tirage de copie réduits au minimum (mais des frais de restauration importants), le modèle économique des distributeurs de film de patrimoine est assez distinct de celui des autres distributeurs. La grande majorité des distributeurs de film de patrimoine sont des distributeurs indépendants.

Les distributeurs français sont représentés, selon les cas, par la Fédération nationale des éditeurs de films (FNEF), par le Syndicat des Distributeurs Indépendants (SDI) ou par le syndicat DIRE (Distributeurs Indépendants Réunis Européens).

Distribution indépendante La distribution indépendante rassemble les distributeurs indépendants d'un groupe audiovisuel, industriel ou financier. Le Syndicat des distributeurs indépendants précise qu'un distributeur est indépendant s'il n'est pas filiale d'une autre structure industrielle ou financière et s'il ne fait pas partie d'un groupe (que celui-ci soit spécialisé en exploitation cinématographique, en télédiffusion, en télécommunication et s'il n'est pas lié à un distributeur non européenProposition de définition de l’INDEPENDANCE d’une entreprise dans le secteur de la DISTRIBUTION CINEMATOGRAPHIQUE par le Syndicat des Distributeurs Indépendants.). Cette indépendance est un élément distinctif de l'identité de ces structures, car selon elles, elle seule autorise une véritable liberté éditoriale. Dans le sens où ces distributeurs restent cependant dépendants des relations qu'ils entretiennent avec les exploitants, cette notion d'indépendance reste relative.

L'ensemble des distributeurs indépendants regroupe des expériences et des moyens hétérogènes. On distingue notamment : les « distributeurs indépendants de taille moyenne », capable de rivaliser avec les distributeurs intégrés aux chaînes de télévision ou aux majors ; les petits indépendants, spécialisés sur des niches (films étrangers difficile, etc.), nécessitant un travail en réseau plus poussé.

Les « distributeurs indépendants de taille moyenne » ont été successivement représentés par le « Club des Cinq », (fondé en 2000 et réunissant Diaphana, Haut et Court, Les Films du losange, Pyramide Distribution, Rezo Films), puis par les Distributeurs Indépendants Réunis EuropéensDiRE - site officiel des Distributeurs Indépendants Réunis Européens. (fondé en 2005). Parmi eux, on compte les cinq membres de l'ancien « Club des Cinq » complétés par BAC Films, Wild Bunch Distribution, Le Pacte distribution, Ad Vitam et Memento films Présentation DIRE sur le site de DIRE..

Les petits indépendants sont représentés par le Syndicat des distributeurs indépendants(SDI) - site officiel du Syndicat des Distributeurs Indépendants., fondé en 1991. Il rassemble les distributeurs suivants : Acacias Films, Acte Films, Albany Films Distribution, Bodega Films, Capricci Films, Carlotta Films, Chrysalis Films, KMBO, Art'mell, Contre-Allée Distribution, Documentaire Sur Grand Écran, Cinéma Public Films, Heliotrope Films, Les Films de l'Atalante, Équation Distribution, Gebeka Films, Les Films du Préau, La Géode, Jour2Fête, La Médiathèque des 3 Mondes, Shellac, Solaris Distribution, Les Films du Whippet, Tadrart films, Acte Films, Théâtre du Temple.

La distribution indépendante : les R&D de la filière