Le Sorraia () est une race de chevaux dont l'origine est très ancienne, découverte au Portugal au début du par l'agronome et éleveur Ruy d'Andrade. Caractérisé par sa morphologie archaïque bien que proche du cheval ibérique et par sa robe exprimant le gène Dun, le Sorraia est généralement de couleur souris, avec des marques primitives. Le Sorraia montre une grande ressemblance avec les chevaux préhistoriques, bien que ses origines exactes restent à déterminer. Si sa relation avec certains chevaux exportés vers les Amériques durant la Renaissance est possible, il n'existe pas de preuve solide de sa relation avec le Barbe, le Lusitanien et les autres chevaux ibériques.
Tous les Sorraia actuels descendent d'un très petit groupe de reproducteurs, sélectionnés au par la famille d'Andrade. La race a subi un goulet d'étranglement de population et présente une très faible diversité génétique, ce qui fait peser sur elle une lourde menace d'extinction et entraîne des problèmes d'infertilité.
Le Sorraia est désormais surtout élevé par curiosité, notamment en raison de sa couleur de robe, bien qu'il puisse être monté, bâté et attelé. Sa population est très réduite et ne compte pas plus de quelques centaines d'individus. La plupart des sujets sont au Portugal et en Allemagne, quelques-uns ayant été exportés vers la France, le Canada et le Brésil.
Dénomination vignette|Groupe de Sorraia dans la Vale de Zebro au Portugal.|alt=Photo de chevaux à la robe grise broutant des herbes sèches L'agronome Ruy d'Andrade explique durant son intervention au XII congrès international de zoologie, en 1935, qu'il a choisi le nom de « chevaux du Sorraia » (en portugais : ) pour désigner cette race. Ce nom a été repris en anglais et en français.
Dans leur région d'origine, ces animaux sont décrits en fonction de leur couleur. Ceux dont la robe est dans les tons jaunes sont nommés baio, tandis que ceux de robe dans les tons gris souris sont nommés rato ; les individus portant de nombreuses zébrures sont nommés gateado, signifiant « zébré » en portugais. Le nom de Sorraia a été donné à ce cheval en référence à deux rivières situées dans son biotope d'origine. Au Portugal moderne, il est parfois nommé zebro en raison des zébrures sur ses membres. Le nom zebra est attesté dans des documents médiévaux pour désigner un équidé portugais, qui pourrait être l'ancêtre du Sorraia.
D'après l'éleveuse et autrice allemande Oelke Hardy, le Sorraia était autrefois confondu avec le Marismeño (cheval des marais), mais les deux races ont ensuite connu une évolution divergente, ce qui a conduit à l'abandon du nom de Marismeño pour désigner le Sorraia, afin d'éviter toute confusion entre ces deux races.
Histoire En raison de son aspect archaïque et de sa valeur patrimoniale, le Sorraia suscite l'intérêt de nombreux zoologues et généticiens. Son histoire même est l'objet de fortes controverses. Si la plupart des sources décrivent l'éleveur et agronome Ruy d'Andrade comme le découvreur de cette race, l'enseignant-chercheur Carlos Henriques Pereira note que d'Andrade l'a croisé avec d'autres chevaux présentant des caractéristiques primitives, et estime qu'il a donc « réinventé » la race. Il existe un antagonisme entre les personnes qui soutiennent que Ruy d'Andrade a découvert une race de chevaux primitifs, et celles qui estiment qu'il a sélectionné des chevaux à la couleur de robe primitive parmi une population portugaise présentant originellement des couleurs de robe variées..
Origine Les études génétiques menées sur le Sorraia n'ont pas permis de déterminer quel est son plus proche parent, et se révèlent non-concluantes.. Les études génétiques récentes sur l'ADN mitochondrial montrent que le Sorraia appartient à un cluster de gènes largement séparé de la plupart des races ibériques..... Cette situation est attribuée à la très faible diversité génétique des Sorraia subsistants.. Cette variabilité génétique très faible ne permet pas de rattacher le Sorraia à un cluster particulier.
Historiquement, de nombreuses hypothèses ont été formulées.
Le Sorraia est considéré comme l'un des premiers chevaux à avoir été domestiqués en Europe, et comme un patrimoine de l'histoire du cheval ibérique. Hermann Ebhardt inclut en 1962 le Sorraia à une liste de quatre chevaux sauvages, avec l'Exmoor, le Takh et le Pur-sang Ur Susanna Forrest, Inventing the wild horse, dans .. Il est ensuite désigné comme un descendant direct d′Equus stenonius.., à la suite d'une théorie émise en 1977 par Daphne Machin Goodall dans son ouvrage A History of Horse Breeding, et qui en fait une sous-espèce ancienne à l'origine des chevaux domestiques de la Péninsule Ibérique..
Une relation avec le Tarpan ? vignette|Un Tarpan (Equus ferus ferus), cheval sauvage considéré comme proche du Sorraia.|alt=Gravure ancienne d'un cheval au galop. La parenté éventuelle du Sorraia avec le Tarpan ne peut pas être évaluée, puisque le Tarpan s'est éteint.
Plusieurs auteurs soulignent cependant une proximité du Sorraia avec le Tarpan, l'autrice du guide Delachaux Élise Rousseau allant jusqu'à affirmer qu'il en descend directement. Le journaliste autrichien Martin Haller, plus prudent, déclare comme possible que le Sorraia constitue une . Cette possibilité reste ouverte, notamment selon les chercheurs Lilla Lovász et al. (2021)..
Une relation avec le Przewalski ? vignette|gauche|Un cheval de Przewalski.|alt=Vue avant d'un cheval de couleur fauve avec une grosse tête. Dans les ouvrages généralistes, Le Sorraia est souvent présenté comme un croisement entre le Tarpan et le cheval de Przewalski. Les autrices Héléna Kholová (tchèque) et Bonnie Lou Hendricks (Université de l'Oklahoma) jugent cette information erronée, car le Przewalski n'a jamais été présent en Europe occidentale.
Plusieurs études utilisant l'ADN mitochondrial ont montré une relation entre le Sorraia et le cheval de Przewalski, en ce que le cheval de Przewalski présente un haplotype unique (A2) que l'on ne trouve pas chez les chevaux domestiques, et qui diffère par un seul nucléotide de l'un des principaux haplotypes du Sorraia (JSO41, puis A7). En comparaison, les distances génétiques au sein du cheval domestique atteignent 11 nucléotides de différence. Cette relation est infirmée par une autre étude qui analyse des données microsatellites, publiée en 2004, qui conclut à une très grande distance génétique entre le Przewalski et le Sorraia..
Convergences morphologiques Les généticiens à l'origine des études sur les chevaux ibériques soulignent que la convergence morphologique ne constitue pas un critère fiable pour évaluer une parenté entre deux races de chevaux. Cependant, certaines représentations des gravures rupestres de grottes préhistoriques ressemblent au Sorraia., en particulier celles de La Pileta, datées de .. La couleur de robe du Sorraia, avec ses marques primitives, est proche de celle des chevaux dépeints dans ces grottes...
Morphologiquement, le Sorraia est également proche des races Gallego et Asturcón.. D'Andrade insiste sur sa proximité avec le Marismeño, présent en Espagne.
Influence sur les races de chevaux modernes Bien que Ruy d'Andrade suppose que le Sorraia soit l'ancêtre des chevaux ibériques présents dans le sud de la péninsule, et que ce propos soit largement repris, il n'existe pas de preuve solide de cette relation. Une lignée maternelle perdue du Sorraia a cependant été retrouvée chez le Lusitanien..
La question de savoir si le Sorraia est une forme primitive du cheval ibérique ou bien une simple population férale reste donc débattue. Plusieurs auteurs lui attribuent une parenté avec le Barbe, en raison de points communs morphologiques, notamment de son profil de tête nettement convexe. ; pour Ruy d'Andrade, le Sorraia est l'ancêtre du Barbe. Selon Hendricks, le Sorraia a migré durant la Préhistoire en traversant le détroit de Gibraltar, et serait au moins en partie à l'origine du Barbe. Cependant, cette théorie n'est pas validée par les études génétiques incluant le Barbe.
Il existe des haplotypes en commun entre les chevaux modernes des Amériques et le Sorraia, plus précisément avec certaines lignées du Mustang espagnol et du Criollo d'Amérique du Sud.. Le Sorraia est donc aussi présenté comme l'un des ancêtres des chevaux exportés vers les Amériques., notamment vers le BrésilMiriam Adelman et Ana Lucia Camphora, Crioulos e crioulistas : Southern Brazilian equestrian culture in a changing world, dans ..
Déclin et sauvegarde vignette|Un étalon Sorraia de la Vale de Zebro, une réserve portugaise.|alt=Photo de deux chevaux à la robe grise marchant dans une prairie aux fleurs bleues Cette race de chevaux est découverte accidentellement par Ruy d'Andrade, qui trouve une petite harde d'animaux portant des caractéristiques primitives évidentes au début des années 1920. Son biotope originel se situe en Espagne et au Portugal, dans la Vale do Sorraia, une région portugaise située entre les rivières et , affluent du qui se jette dans l'estuaire du Tage, à l'est de Lisbonne. Il y est élevé dans les vallons, tandis que les parties hautes sont dévolues à l'élevage bovin. Ces chevaux de type primitif se raréfient en raison des croisements fréquents avec d'autres races.
Autrefois utilisé pour l’équitation de travail et les travaux de ferme, le Sorraia vit en petits troupeaux sauvages. Avec l'arrivée de la motorisation de l'agriculture, la race est laissée à l'abandon et décline.. L'éleveur renommé de Lusitanien Ruy d'Andrade en capture et conserve une harde durant les années 1930. En 1935, il sélectionne 10 individus (7 juments et 3 étalons) et démarre un programme d'élevage, dans le but de fixer les caractéristiques primitives de la race. Il déclare avoir cherché des animaux portant beaucoup de rayures, mais échoué à trouver des chevaux de cette robe car ils sont très rares. La popularité du Sorraia à l'époque s'inscrit dans le contexte d'une recherche de chevaux ayant conservé leurs caractéristiques sauvages Susanna Forrest, Inventing the wild horse, dans .. L'initiative privée et individuelle de Ruy d'Andrade est aussi un exemple de sauvegarde d'une race animale menacée grâce à l'action d'une personne unique..
En 1948, un étalon Criollo argentin à la robe Dun est adjoint au programme d'élevage de Ruy d'Andrade ; c'est le seul cheval d'origine extérieure qui ait influencé le Sorraia. Les efforts de l'agronome et éleveur, ainsi que de son fils Fernando, permettent de sensibiliser à l'importance de conserver cette race.. En 1975, deux autres centres d'élevage voient le jour. Le premier élevage hors de la péninsule ibérique est créé en 1976, en Allemagne, avec 3 juments et 3 étalons. Le stud-book (registre généalogique) du Sorraia est créé en 1993, puis officiellement fonctionnel en 2004, enregistrant alors 564 animaux depuis les origines de la race jusqu'à .
Description vignette|Sorraia au modèle.|alt=Cheval grisâtre vu de profil. Le Sorraia appartient au groupe des races de chevaux de type primitif.
Taille et poids
Les données de taille et de poids de référence indiquées sur la base de données DAD-IS de la FAO indiquent une taille de en moyenne chez les juments et de en moyenne chez les mâles, pour un poids médian respectif de 350 et .
Les auteurs donnent des mesures diverses. L'Anglais Elwyn Hartley Edwards cite entre et (2016), le journaliste autrichien Martin Haller et le Guide Delachaux (2016) donnant une fourchette plus large, de à , avec une médiane à pour les femelles et pour les mâles. Nicola Jane Swinney le décrit comme un poney de à ; Emmanuelle Hubrecht et Cheval Magazine lui attribuent une taille moyenne de , et le classent parmi les chevaux et non parmi les poneys, bien que sa taille corresponde à la catégorie officielle des poneys.
Kholová lui attribue une taille de à (en 1997), et les auteurs italiens à . Ruy d'Andrade et Bonnie Lou Hendricks soulignent l'existence de petits chevaux hauts d'..
Morphologie