vignette|Symbole de l'athéisme.
Au sens large, l'athéisme est défini comme l'absence. ou le refus. de toute croyance en quelque divinité que ce soit. Ainsi, il se désigne comme la considération qu'il n'existe aucune notion de divinité plausible, prouvable et donc réelle..., ceci tant pour un dieu unique que pour un ensemble de divinités intégrées dans un même mythe. Au sens fort toutefois, l’athéisme désigne l'affirmation d'inexistence d'une divinité.
Le terme s'oppose donc au théisme, toutefois cette définition ainsi posée ne permet pas de le distinguer clairement de l'agnosticisme, de l'antithéisme et de l'apathéisme avec lesquels il peut être confondu.
Cette conception de l'athéisme a changé suivant les auteurs et les époques.
Qualifiés tour à tour d'apostats, d'hérétiques, de blasphémateurs, de mécréants ou encore d'infidèles (« kufr » chez les Musulmans), les athées ont été et sont toujours largement victimes de persécutions et de discriminations, légales ou non, y compris dans des pays développés et laïques.. L'athéisme est passible de la peine de mort dans treize pays du mondeAfghanistan, Iran, Malaisie, Maldives, Mauritanie, Nigeria, Pakistan, Qatar, Arabie saoudite, Somalie, Soudan, Émirats Arabes Unis, Yemen ..
Étymologie Du grec ancien (littéralement « sans dieu »), qui a donné le terme latin .
Usages anciens thumb|upright=1.0|ἄθεοι (átheoi) dans la lettre aux Éphésiens (2,12) attribuée à Paul de Tarse – Papyrus 46 du début du ().
Dans la Grèce antique, l’adjectif (en grec ancien : , composé du ἀ- privatif + qui veut dire « dieu ») signifie . Le préfixe a- indique une absence de dieu revendiquée en Grèce dès le et prend le sens de « rompre la relation avec les dieux » ou « réfuter les dieux » à la place de l’ancien sens ) (« impie »).
(Cicéron, De la nature des dieux : I, i, 2 et XXIII, 63).
Le terme est fréquemment utilisé au cours du débat entre les premiers chrétiens et les païens, chaque camp accusant l'autre d'être « atheos » dans le seul sens péjoratif qui existait à l'époqueDrachmann, AB Atheism in Pagan Antiquity. Ares Publishers ..., qui n'est pas celui d'incroyance ou d'hérétique, mais d'impiété ou de vanité. Il existait aussi en grec le terme ἀθεότης (atheotēs), « athéisme », que Cicéron transcrivit par le mot latin, atheos.
Avant d’acquérir son sens actuel, le mot « athée » a eu nombre d’usages différents, qui ne sont plus utilisés. Selon Émile Littré, « les Grecs distinguaient les prénoms athées (par exemple Platon) et les prénoms théophores (par exemple Dionysios) ». Un prénom « athée » est donc simplement un prénom laïque, qui ne se réfère pas à la religion. En , à Smyrne, un chrétien nommé Polycarpe de Smyrne, refusant de rendre hommage à l’empereur alors divinisé, se vit proposer le choix entre le bûcher ou crier publiquement « Mort aux athées ». Polycarpe s'exécuta, mais en indiquant clairement que c’étaient ses accusateurs qu’il désignait ainsi.
Définitions vignette|300px|Diagramme de positions irreligieuses. vignette|300px|Positions théologiques. vignette|160px|Logo de l'association American Atheist (Image symbolisant l'athéisme comme le cœur de la science).
De plus, la diversité des définitions possibles de la divinité engendre des ambiguïtés dans le champ de la notion d'athéisme : une croyance sera compatible ou non avec l'athéisme selon que son objet sera ou pas considéré comme une divinité. « Comme la religion, l'athéisme varie avec le type de civilisation dont il est une des facettes. De même qu'il n'existe pas de religion universelle et immuable, il n'y a pas non plus d'athéisme universel et immuable »..
Selon André Comte-Sponville, il convient de faire le distinguo entre deux formes d'athéisme. : un athéisme négatif : ne pas croire au dieu des théistes un athéisme positif (ou militant) : nier l'existence des dieux théistes
Théisme fait référence à une conception non-prouvée qui affirme l'existence d'un Dieu unique et cause du monde, l'athée rejette tout simplement cette conception tant qu'aucune preuve ne permet de vérifier cette théorie.
D'après Georges Minois, on peut répertorier diverses formes d’athéismes en Occident. : Athéismes théoriques : assertorique (affirme la non existence de théismes) agnostique (déclarant que le problème est insoluble) sémantique (déclarant que le problème n'a pas de sens) Athéisme pratique (vivre en estimant le problème de l'existence ou l'inexistence du divin sans conséquences sur la vie, donc pratiquement, en ignorant le sujet) Athéisme spéculativo-pratique (déclarant que l'existence éventuelle d'une religion ne doit pas avoir de conséquence sur le comportement)
D'après Jean Vernette, « l'athéisme est la négation de l'existence de Dieu » (alors que certains préfèrent utiliser le néologisme « adéisme »), mais se décline sous de multiples formes. : athéisme théorique (qui a autant de déclinaisons que de philosophes et de courants philosophiques se déclarant athées) athéisme pratique (soustraire sa vie à la sphère religieuse) athéisme de méthode (condition nécessaire à l'activité scientifique : Dieu n'est pas supposé influencer les données expérimentales)
L'athéisme pragmatique considère la croyance en une ou des religions comme non nécessaire dans une vie pragmatique et préconise leur rejet. C'est une notion liée et proche de l'apathéisme et l'athéisme pratique..
Distinction d'avec l'agnosticisme L'athéisme n'adhère pas au théisme (dont le déisme) qui est la croyance en au moins une divinité. Quant à l’agnosticisme, il n'est pas nécessairement vu comme une opposition, mais peut l'être comme une position additionnelle compatible avec le théisme et avec l'athéismeMartin 1990, p. 467–468: "In the popular sense an agnostic neither believes nor disbelieves that God exists, while an atheist disbelieves that God exists. However, this common contrast of agnosticism with atheism will hold only if one assumes that atheism means positive atheism. In the popular sense, agnosticism is compatible with negative atheism. Since negative atheism by definition simply means not holding any concept of God, it is compatible with neither believing nor disbelieving in God."Flint 1903, p. 49–51: "The atheist may however be, and not unfrequently is, an agnostic. There is an agnostic atheism or atheistic agnosticism, and the combination of atheism with agnosticism which may be so named is not an uncommon one."., considérant l'existence des dieux comme inconnaissable« Personne qui professe que ce qui n'est pas expérimental, que l'absolu, est inconnaissable, sceptique en matière de métaphysique et de religion », Dictionnaire Dixel, 2010.. Ainsi certains ne savent pas et ne croient pas (les athées agnostiques) alors que d'autres croient sans pour autant élever cette croyance au rang de connaissance (les théistes agnostiques)..
Fondements vignette|Pour Friedrich Nietzsche, « Dieu est mort ! Dieu reste mort ! Et c'est nous qui l'avons tué ! ». L'athéisme est une position philosophique qui admet des fondements divers selon les auteurs.
Athéisme et science Le progrès des sciences et l'existence de Dieu Les progrès de la science, notamment à partir de la révolution copernicienne, puis à l'époque des Lumières, permettent d'expliquer le monde de manière de plus en plus satisfaisante sans recours à aucun dieu de type biblique, comme le montre l'échange célèbre entre Napoléon et Laplace rapporté par Victor Hugo : « M. Arago avait une anecdote favorite. Quand Laplace eut publié sa Mécanique céleste, disait-il, l'empereur le fit venir. L'empereur était furieux. — Comment, s'écria-t-il en apercevant Laplace, vous faites tout le système du monde, vous donnez les lois de toute la création, et dans tout votre livre vous ne parlez pas une seule fois de l'existence de Dieu ! — Sire, répondit Laplace, je n'avais pas besoin de cette hypothèse »Victor Hugo, Choses vues, 572,8/972 (epub). C'était le principe même du rasoir d'Ockham. Certains historiens soulignent que dès l'Antiquité, les atomistes affirmaient que les mouvements des atomes expliquaient l'ensemble des phénomènes naturels, et que dès lors on n'avait pas besoin de faire intervenir les dieux dans la création et dans le fonctionnement de l'univers. La considération que le monde pût exister sans dieu n'est donc pas récente..
Alors que jusqu'au en Europe, la science était censée se conformer à la vision aristotélicienne, qui affirmait l'existence d'un monde sublunaire imparfait, fait de changement, de génération et de corruption, et d'un monde céleste parfait, immobile ou doué d'un mouvement circulaire éternel et parfait, vision validée par le christianisme, la physique de Galilée affirmait au contraire l'existence de taches solaires, symboles d'imperfection, et surtout, que le monde céleste obéissait aux mêmes lois que le monde sublunaire. Kepler affirma que la trajectoire des astres était elliptique. et non circulaire, ce qui contredisait la vision que Copernic lui-même avait de la perfection céleste divine, cité par . Un demi-siècle plus tard, les lois de Newton confirmèrent que l'univers entier obéissait aux mêmes lois, ruinant la division entre un monde céleste divin et un monde humain.. Pour autant, ces scientifiques ne se disaient pas nécessairement athées. En effet, ils remettaient certes en question la littéralité des textes, mais pas forcément le christianisme lui-même, et à plus forte raison l'existence d'un Dieu. Copernic se défendait de remettre en cause la perfection divine en mettant la Terre en mouvement. Newton croyait en l'existence d'un Dieu auteur de l'univers, et pensait même que Dieu devait intervenir pour maintenir la stabilité du système solaire«Ce système si merveilleux qui est l’univers avec le soleil, les planètes et les comètes ne peut que provenir de la volonté et du pouvoir d’un être intelligent…Cet être gouverne toute chose et pas seulement le monde. Reconnaissant son pouvoir sur toute chose, on se doit de l’appeler «Seigneur Dieu» ou «Le souverain universel»…Ce Dieu suprême est un être éternel, inifini et absolument parfait» (Isaac Newton, Principia, livre , cité dans «Une sélection des écrits de Newton» de H.S. Thayer, p.42). Darwin, quant à lui, s'avoua agnostique ; l'affirmation explicite de l'athéisme n'était guère possible avant le ..
Séparation des magistères