Éléonore ou Aliénor de Castille, comtesse de Ponthieu, née vers 1241 et morte le , a été, en tant que première épouse du roi , reine d'Angleterre de 1272 à 1290.

Biographie Naissance Éléonore, née en 1241 à Burgos, est la fille de , roi de Castille et de Léon, et de sa seconde épouse Jeanne de Dammartin, comtesse de Ponthieu - et donc arrière-petite-fille de .. Pour les cérémonies de 1291 marquant le premier anniversaire de la mort d'Éléonore, on paye 49 porteurs de chandelles pour le cortège, chaque chandelle représentant une année de sa vie. Cela ferait dater sa naissance de l'année 1241. Comme ses parents sont séparés pendant les treize mois où le roi Ferdinand mène une campagne militaire en Andalousie et qu'il ne revient dans le nord de l'Espagne qu'en , Éléonore naît probablement vers la fin de cette année. Éléonore est la deuxième des cinq enfants de ses parents. Elle a un frère aîné, , et trois frères cadets morts jeunes, Louis, Simon et Jean.

La cour de son père et de son demi-frère est connue pour son atmosphère intellectuelle. Les deux rois encouragent une éducation approfondie des enfants royaux, et il est donc probable qu'Éléonore ait reçu une éducation supérieure à la norme, ce que tend à confirmer son mécénat littéraire en tant que reine..

Elle est auprès de son père lorsqu'il meurt à Séville en 1252..

Fiançailles avec Le mariage d'Éléonore en 1254 avec le futur d'Angleterre n'est pas le premier mariage prévu pour elle par sa famille.. Les rois de Castille ont en effet de longue date affirmé leur suzeraineté sur le royaume de Navarre, et depuis 1250, et son héritier, le futur , demi-frère d'Éléonore, espèrent la marier à . Pour éviter de tomber sous la tutelle de la Castille, la mère de , Marguerite de Bourbon, conclut en 1252 avec une alliance qui comporte l'engagement solennel que jamais Thibaut n'épousera Éléonore.

Mariage En 1252, fait revivre des prétentions dynastiques douteuses sur le duché de Gascogne, au sud de l'Aquitaine, qui est la dernière possession des rois d'Angleterre en France. se hâte de contrer les prétentions d'Alphonse par des mesures diplomatiques et militaires. Au début de 1254, les deux rois commencent à négocier et, après avoir discuté les conditions financières, Henri et Alphonse conviennent du mariage d'Éléonore avec le fils d', Édouard, et qu'Alphonse transférera à Édouard ses prétentions sur la Gascogne. Henri, tellement impatient que le mariage ait lieu, renonce délibérément à continuer les préparatifs déjà entamés pour l'adoubement d'Édouard en Angleterre, et accepte que ce soit Alphonse qui adoube Édouard avant le mariage.

Le jeune couple se marie au monastère de Las Huelgas, à Burgos, le . Après le mariage, le couple passe près d'un an en Gascogne, Édouard assurant le gouvernement du duché. Éléonore, âgée de treize ans et demi, y donne probablement naissance à son premier enfant, une fille mort-née. Elle se rend seule en Angleterre à la fin de l'été 1255. Édouard la suit quelques mois plus tard.

est fier d'avoir résolu définitivement la crise gasconne, mais ses sujets anglais craignent qu'Éléonore fasse venir avec elle une nuée de cousins et de compatriotes qui vivraient de la générosité ruineuse d'Henri. Plusieurs de ses proches viennent effectivement en Angleterre peu de temps après son mariage. Elle est trop jeune pour arrêter leur intrusion ou empêcher de leur donner de l'argent, mais elle est la cible de toutes sortes de reproches et son mariage devient impopulaire.

Seconde guerre des barons Il y a peu de renseignements sur la vie d'Éléonore en Angleterre jusqu'aux années 1260, quand une guerre civile entre et ses barons divise le royaume. Au cours de cette période, Éléonore soutient activement les intérêts d'Édouard, en faisant venir des archers du Ponthieu, le comté de sa mère en France. Il est douteux, cependant, qu'on l'ait envoyée en France pendant la guerre civile pour la mettre à l'abri du danger ; elle est en Angleterre au moment de la lutte. Les rumeurs qu'elle cherche des troupes fraîches de Castille amènent le chef des barons révoltés, , à ordonner son enlèvement du château de Windsor après sa victoire de Lewes en . Édouard y est capturé et emprisonné et elle-même est honorablement confinée au palais de Westminster. Après qu'Édouard et l'armée d'Henri aient vaincu l'armée des barons à la bataille d'Evesham en 1265, Édouard reçoit un rôle important dans la réforme du gouvernement et Éléonore gagne en importance à ses côtés. Sa position s'accroît encore en quand elle donne finalement naissance à un fils, Jean, suivi d'un second, Henri, au printemps 1268, et en 1269 d'une fille en bonne santé, Aliénor.

Croisade En 1270, le royaume étant apaisé, Édouard et Éléonore vont rejoindre son oncle Saint Louis à la Huitième croisade. Saint Louis meurt cependant à Carthage avant leur arrivée, et après avoir passé l'hiver en Sicile, le couple continue sa route vers Saint-Jean-d'Acre en Palestine, où il arrive en . Éléonore y donne naissance en avril 1272 à une fille, connue sous le nom de Jeanne d'Acre.

Militairement la croisade est infructueuse mais Baibars, de la dynastie Bahri, est assez inquiété par la présence d'Édouard à Saint-Jean d'Acre pour qu'une tentative d'attentat soit commise sur la vie de l'héritier du trône d'Angleterre en . Il est blessé au bras par une dague que l'on croit empoisonnée. La blessure s'enflamme bientôt sérieusement et un chirurgien anglais parvient à la guérir en enlevant la chair malade, mais seulement après qu'Éléonore « pleurant et gémissant » soit retirée de force d'auprès du lit de son mari. Par la suite les narrateurs embellirent cet incident, proclamant qu'Éléonore avait sucé le poison de la blessure, mais cette histoire fantaisiste ne repose sur rien. Ils quittent la Palestine en et en décembre, en Sicile, ils apprennent la mort d' survenue le . Après un séjour en Gascogne, où naît leur fils Alphonse en novembre 1273, Édouard et Éléonore reviennent en Angleterre et sont couronnés ensemble le .

Reine d'Angleterre Les mariages royaux arrangés au Moyen Âge ne sont pas toujours heureux, mais les preuves disponibles indiquent qu'Éléonore et Édouard sont dévoués l'un à l'autre. Édouard est l'un des rares rois anglais médiévaux à ne pas avoir eu de relations extraconjugales ou engendré des enfants hors mariage. Le couple est rarement séparé et Éléonore accompagne son mari dans ses campagnes militaires. Elle va ainsi contribuer en 1284 à donner la principauté de Galles à la couronne britannique. En effet, au cours de sa campagne contre les Gallois, le roi Édouard fait édifier une forteresse, celle de Caernarfon. C'est là qu'il installe la reine Éléonore pendant qu'il guerroie contre le comte de Snowden et où elle met au monde un fils, le futur . La campagne terminée, le roi réunit les Gallois et leur propose la paix et un prince. Mais ceux-ci réclament un prince né dans la principauté, ne parlant ni le saxon ni le français, croyant ainsi mettre leur vainqueur dans l'embarras. Alors le roi leur présente le nouveau-né, et les rudes Gallois vinrent baiser la main de la reine et de l'enfant devenu premier prince de GallesRaymond Petit et Andrieu Lerou, Le Ponthieu et la dynastie anglaise, Société d'émulation d'Abbeville, 1969..

Les archives familiales témoignent d’événements qui indiquent une relation confortable, voire enjouée. Chaque année, le lundi de Pâques, Édouard laisse les dames d'Éléonore le piéger dans son lit et leur paye une rançon symbolique pour qu'il puisse aller dans sa chambre le premier jour après le carême ; cette coutume est si importante pour lui qu'en 1291, le premier lundi de Pâques après la mort d'Éléonore, il donne à ses dames l'argent qu'il leur aurait donné si elle avait été en vie. Édouard n'aime pas les cérémonies et refuse en 1290 d'assister au mariage du comte-maréchal Roger Bigot ; Éléonore, avec considération, paye des ménestrels pour qu'ils jouent pour lui alors qu'il est assis seul pendant le mariage.

Popularité Éléonore reste dans l'histoire comme la reine qui a inspiré les Croix d'Éléonore, mais elle n'est pas si aimée à son époque. Sa réputation est principalement celle d'une femme d'affaires passionnée. Walter de Guisborough rapporte un poème contemporain : Le roi voudrait obtenir notre or,

la reine, nos beaux manoirsMorris, Marc, A Great and Terrible King (2010), p.225.Les annales du prieuré de Dunstable font écho dans un avis de décès contemporain : "Espagnole de naissance, elle a acquis de nombreux beaux manoirs"Morris, Marc, A Great and Terrible King (2010), p.229..

Son acquisition de terres se situe à un degré d'activité économique inhabituel pour toute aristocrate ou reine médiévale : entre 1274 et 1290, elle acquit des domaines d'une valeur supérieure à 2 500 £ par an. C'est lui-même qui initie ce processus et ses ministres l'assistent. Il veut en effet que la reine détienne des terres suffisantes pour ses besoins financiers sans puiser dans les fonds nécessaires au gouvernement. L'une de ses méthodes pour aider Éléonore à acquérir des terres consiste à lui remettre les dettes que les propriétaires chrétiens doivent aux usuriers juifs. En échange de l'annulation des dettes, elle reçoit les terres mises en gage pour les dettes. Les débiteurs sont souvent contents de se débarrasser des dettes, et profitent de la faveur qu'Éléonore leur témoigne ensuite ; elle accorde à plusieurs d'entre eux, à vie, des terres valant autant que les domaines qu'ils lui ont cédés, et certains d'entre eux deviennent les chevaliers de sa maison.

Il existe cependant des preuves très claires que les transactions immobilières d'Éléonore la rendent largement impopulaire. John Peckham, archevêque de Cantorbéry, avertit les serviteurs d'Éléonore de ses activités sur le marché foncier et de son association avec des usuriers très impopulaires : « Une rumeur court dans tout le royaume et a fait beaucoup de scandale. On dit que l'illustre reine, que vous servez, occupe de nombreux manoirs, terres et autres possessions de nobles, et en a fait sa propriété - terres que les Juifs ont extorquées avec usure aux Chrétiens sous la protection de la cour royale.". Au vu des passages de chroniqueurs cités plus haut, l'accusation est bien corroborée par des écrivains contemporains. Peckham la met également en garde contre les plaintes contre les exigences de ses fonctionnaires envers ses locataires. Éléonore doit être au courant de la véracité de tels rapports puisque, sur son lit de mort, elle demande à Édouard de nommer des juges pour examiner les actions de ses fonctionnaires et faire des réparations. Les procédures de cette enquête révèlent un schéma d'exactions impitoyables, souvent, mais pas toujours, à l'insu d'Éléonore. Les comptes de ses exécuteurs testamentaires enregistrent les réparations à bon nombre de ceux qui ont intenté des actions avant les procédures judiciaires en 1291. De son vivant, Éléonore répare de tels torts lorsqu'elle en entend parler, et sa demande à Édouard indique qu'elle sait, ou du moins soupçonne et craint que ses fonctionnaires aient commis beaucoup plus de transgressions qu'on ne lui en ait jamais signalé.