Le Mouvement du est un mouvement étudiant français d'extrême-gauche antiautoritaire fondé trois jours après l'occupation d'un bâtiment administratif, dans la soirée du vendredi à la faculté de Nanterre pour obtenir la libération de militants en opposition à la guerre du Viêt Nam, et en référence à cette soirée. Il sera ensuite considéré comme faisant partie des éléments déclencheurs des événements de mai-juin 1968Philippe Artières, « 22 mars 1968 : l'émergence de Cohn-Bendit », Le Figaro, 21 mars 2008, lire en ligne.. Il fait partie des mouvements étudiants de l'université Paris-Nanterre. La perception des Soixante-huitards ayant évolué avec l'historiographie de , l'importance du Mouvement du dans la perception de cet événement social a également fluctué.

La notoriété du Mouvement du est postérieure à celle acquise au début du mois de par un de ses militants sans appartenance syndicale, Daniel Cohn-Bendit, et il n'a pas de lien avec le Mouvement du 25 avril 1968 créé à Toulouse à la même époque ni avec le Mouvement du 11 mai, qui a lancé à Marseille le premier appel à une grande manifestation le .

L'historiographie de Mai 68 a cependant rappelé à partir des années 1990 que la révolte étudiante avait eu lieu sur l'ensemble du territoire, dès le mois de février comme lors du Mai 68 à Nantes ou dans les résidences universitaires de nombreuses villes de province, pour constituer le plus important mouvement social de l'histoire de France du . Les universités de Clermont-Ferrand, Nantes, Montpellier ou Nancy sont ainsi en ébullition avant le , qui leur fait référence dans ses premiers tracts"Mise en perspective historique sur les événements de mai 19683 par Catherine Dupuy, professeur au lycée Jacques Decour? .

Mouvement spontanéiste., le revendique des méthodes d'action directe (occupations de bâtiments administratifs, notamment) et de démocratie directe en assemblées générales ouvertes à tous et déjà pratiquées dans d'autres villes au début 1968 (Nantes et Caen). Tout en refusant l'institutionnalisation en « organisation », il veut participer à ce processus d'auto-organisation - Interview du Mouvement du , in Jean-Marc Salmon, Le désir du , 1973.« La forme qui s’est imposée en mai puis en juin, c’est le comité d’action qui s’est imposé absolument partout. Pas une entreprise pas une administration qui y ait échappé… Il y a une filiation entre le 22 mars et les comités d’action d’entreprises, d’universités, d’hôpitaux ou d’usines qui vont se créer. Il y a eu en France des milliers et des milliers de comité d’action. » - Serge July, « Le 22 mars 1968, “personne ne voulait de leaders” », Libération, 21 mars 2018. des étudiants « ici et maintenant »Jean-Marc Salmon, « Le désir du 22 mars », L'Homme et la société, , 1973, Analyse institutionnelle et socioanalyse, , , ..

Inspirés notamment par le mouvement Provo des Pays-Bas, les modes d'action souvent provocateurs (happening, prises de parole sauvages, interruptions de cours, refus systématique de toute autorité, fût-elle symbolique) et, surtout, la critique virulente du contenu de l’enseignement universitaire attirent l'attention au-delà des cercles restreints des étudiants politisésSylvain Boulouque, Jean-Pierre Duteuil, Dictionnaire des anarchistes, « Le Maitron », 2014, notice biographique..

Mouvement pluraliste, il réunit selon Daniel Cohn-Bendit des libertaires, des situationnistes, des trotskistes, des futurs mao-spontex, des chrétiens de gauche, des « sans étiquette »Geneviève Dreyfus-Armand, Daniel Cohn-Bendit, « Le mouvement du 22 mars. Entretien avec Daniel Cohn-Bendit », Matériaux pour l'histoire de notre temps, 1988, , Mai-68 : Les mouvements étudiants en France et dans le monde, , lire en ligne.. Daniel Cohn-Bendit en est la personnalité la plus médiatisée.

Il est interdit par le gouvernement, dans le cadre du décret du 12 juin 1968 portant dissolution d'organismes et de groupements, en même temps que onze autres mouvements d'extrême gauche.

1967 Les tensions avec l'extrême-droite Le virage d'Occident après la présidentielle de 1965 Lors de l'Élection présidentielle française de 1965 la première depuis un siècle et surtout depuis la guerre d'Algérie, le score jugé décevant de Jean-Louis Tixier-Vignancour qui ne passe à peine le cap des 5% et fédère guère au-delà de l'électorat traditionnel de l'extrême droite et des rapatriés d'Algérie entraine un déplacement du militantisme depuis la scène politique vers la rue. À gauche, après l'Élection présidentielle française de 1965, le soutien de tous les partis à Mitterrand dès le tour, y compris du Parti communiste français déclenche des départs massifs au sein de ce dernier et du PSU, en particulier de jeunes qui s'étaient mobilisés contre la guerre d'Algérie.

Fin 1965 intervient un tournant très net dans la tactique du mouvement d'extrême-droite Occident après l'éviction de Pierre Sidos, vers une action « jeuniste » et proaméricaine. exclusivement tournée vers la politique internationale, le Viêt Nam en premier lieu, en réaction, à la fondation de deux groupes d'extrême gauche issus du Parti communiste, l'Union des jeunesses communistes marxistes-léninistes et les Jeunesses communistes révolutionnaires. Sur cette période, les différentes estimations convergent pour évoquer un quadruplement de ses effectifs.

À partir du printemps 1966, l'extrême droite durcit sa tactique en s'attaquant à la représentation de la pièce de Jean Genet Les Paravents au Théâtre de l’Odéon à Paris le , parvenant finalement à son retrait, la librairie de gauche de François Maspero ou encore le café Champollion, le même mois. Le plus sérieux de ces assauts a lieu en octobre et et cause sept blessés parmi les militants d'extrême gauche, dont trois sont hospitalisés, lorsqu'il vise des partisans du Nord-VietnamJoseph Algazy, L’Extrême droite en France, de 1965 à 1984, Paris, L’Harmattan, 1989, p. 52-53..

Les violences de novembre 1966 à janvier 1967 Le 16 et , Occident intervient deux jours de suite à Nanterre. Le mouvement a lui-même déclaré qu'une de gauche devant le restaurant universitaire, déclenchant causant . La police a bouclé les facultés, mais n'a pas procédé à des arrestations. De son côté, l'UNEF répond qu'ils ont été avec un seul blessé mais . Le Monde note que et qu'Occident veut se faire de la publicité parmi les étudiants en droit, dont le bâtiment à Nanterre est terminé.. Des représailles ont lieu à Assas, l'extrême-gauche ayant évalué le bilan à six blessés gravesLa France blafarde: Une histoire politique de l'extrême droite, par Jean-Christophe Cambadélis, et Éric Osmond aux Éditions Plon 1998. le samedi , Pierre Rousset, militant des JCR est blessé au crâne et trépané, après une manifestation contre la guerre au Vietnam devant le lycée Voltaire, attaquée par le groupe OccidentBiographie de Pierre Rousset dans Le Monde . Au cours du samedi , le Lycée Jacques Decour, autre fief du combat contre la guerre au Vietnam a aussi été attaqué. le sur le campus de l’université de Rouen, quand une petite équipe attaque les comités Viêt Nam blesse grièvement des étudiants, dont un, Serge Bolloch, tombe dans le comaFrédéric Charpier, op. cit., p. 132., en représailles après leur éviction trois jours plus tôt, ce qui déclenche l’interpellation rapide d’une vingtaine de militants d'Occident, parmi lesquesl Gérard Longuet, Alain Madelin et Patrick DevedjianIn Libération du : « Quand, le 12 janvier 1967, une petite équipe d’Occident attaque les comités Viêt Nam sur le campus de l’université de Rouen, la “rixe” politique entraînera l’interpellation rapide d’une vingtaine de membres du groupuscule dont Gérard Longuet, Alain Madelin et Patrick Devedjian. ». les condamnation du . Un total de 13 condamnations est prononcé par la Justice le pour "violence et voies de fait avec armes et préméditation"Frédéric Charpier, op. cit., p. 142. ». En , Alain Madelin et Patrick Devedjian avaient déjà été condamnés par le tribunal correctionnel de Draguignan à un an de prison avec sursis et trois ans de mise à l'épreuve pour vol et détention d'armes La page du Petit Varois du 11 novembre 1965, sur edito.nicematin.net. Le compte-rendu d'audience dans Nice Matin du 11 novembre 1965, sur cuverville.org..

Début 1968, les militants d'Occident reprennent des provocations bien que très affaiblis par les 13 condamnations du , et sous forme de bris de vitres ou d'incendies, au point que, selon Joseph Algazy, « il est vraisemblable que ces violences dans les campus ont contribué, elles aussi, au déclenchement de l'explosion de Mai 68Joseph Algazy, L’Extrême droite en France, de 1965 à 1984, 57-58. »

Le mouvement des résidences universitaires vignette|L'université de Nanterre en mars 2010. vignette|Campus de Nanterre de l'université Paris X en 2011. L'affaire démarre un an plus tôt, le Monique Suzzoni, « Mai-68 : Chronologie générale », Matériaux pour l'histoire de notre temps, , 1988, lire en ligne., lorsque décident de manière spontanée d'investir un des pavillons de la cité universitaire réservé aux étudiantes : les garçons ont le droit d'accueillir des filles dans leur chambre mais l'inverse est interdit. Les étudiants revendiquent « la libre circulation » dans l'ensemble de la résidence universitaireVincent Lucy, Geoffroy Mannet, « Nanterre, 22 mars, les racines de Mai », Libération, 21 mars 2008, lire en ligne.Natacha Polony, « Daniel Cohn-Bendit va siéger à l'université de Nanterre », Le Figaro, 12 avril 2012, lire en ligne..

Le doyen Grappin fait appel aux forces de l'ordre, ce qui choque, car à l'époque, et depuis le Moyen Âge, les forces de police n'ont pas le droit d'intervenir dans le périmètre universitaire. Cernés par la police, maintiennent l'occupation pendant une semaine, nourris par les filles. Enfin, après de longues tractations, ils obtiennent le droit de se retirer du pavillon des filles sans donner leur identité et avec l'engagement qu'il n'y aura ni poursuites, ni sanctions.

Cependant, quelques jours plus tard, (les 25 derniers occupants et 4 autres n'ayant pas participé à l'action mais étant connus comme « militants politiques ») reçoivent un courrier les informant qu'ayant enfreint le règlement intérieur, ils sont exclus des œuvres universitaires et perdent le droit à avoir une chambre, sanction appliquée avec sursis. Le cas des 4 n'ayant pas participé lance la rumeur de l'existence d'une « liste noire » dressée par les autorités universitaires, qui ressurgira à plusieurs reprises. Finalement, le , une nouvelle occupation des bâtiments réservés aux filles impose de fait la liberté de circulation comme c'était le cas depuis des années à la Résidence universitaire Jean-Zay d'Anthony.

La grève des cours de novembre 1967 Sur le même campus, le , protestent contre la bibliothèque non terminée, et les laboratoires de langues indisponibles. Puis a démarré une grève des étudiants en second cycle de sociologie, le , menée par des trostkistes et chrétiens"Lucien Rioux et René Backmann, L'Explosion de mai 1968. Histoire complète des événements, Paris, Robert Laffont, 1968 , dans un département qui compte environ .

L'UNEF met en place des comités de grève incluant des non-syndiqués, présidés par Philippe Meyer, dont le « comité d'action » donne naissance au journal-mouvement d'actualité sociale « Nous sommes en marche » (1968-1972)Archives numérisées de « Nous sommes en marche » (1968-1972) . L'UNEF les transforme en "association fédérative des groupes d'études de Nanterre" (AFGEN)"La section des ESU à Nanterre", par Jean-Pierre Dupuis, dans Tribune socialiste , présidée par Jean-François Godchau (JCR, étudiant en histoire). Yves Stourdzé de l'UNEF, arrivé pendant l'hiver 1967-1968 y représente la sociologie et il prend ensuite sa suite.