Jean-Julien Chapelant, né le à Ampuis, dans le Rhône, et mort le à Beuvraignes, dans la Somme, est un sous-lieutenant français commandant la de mitrailleuses du RI. Il est fusillé pour l’exemple le .

Biographie Engagé volontaire au RI le , il y est nommé caporal le puis sergent le . Rengagé le au RI de Roanne, il est chef de la de mitrailleuses lors du déclenchement de la Première Guerre mondiale, promu au feu au grade de sous-lieutenant à titre temporaire.

Le , après sept jours et sept nuits de combats et de bombardements ininterrompus autour de Beuvraignes (Somme), il est capturé avec une poignée de survivants (trois) après s'être rendu. Grièvement blessé à une jambe par une balle allemande, il réussit cependant à s’échapper et à regagner les lignes françaises deux jours plus tard, dans un état d’épuisement.

Une autre version des faits, corroborée par les dépositions de soldats (ayant assisté aux événements) lors de plusieurs instructions menées entre 1915 et 1934 par des tribunaux militaires et civils, atteste que Chapelant, après s'être rendu avec soldats, a été blessé par une balle française alors qu'il agitait un mouchoir blanc pour inciter les soldats français restés dans les tranchées à capituler.

Son chef de corps, après enquête et sur ordre de sa hiérarchie, le fait traduire devant un « conseil de guerre spécial » qui le condamne à mort pour « capitulation en rase campagne ». Le , Chapelant est fusillé attaché à son brancard dressé contre un pommier, sur un terrain situé face à l'entrée du château des Loges, à l'entrée sud du village.

Réhabilitation

Très peu, environ une quarantaine de soldats fusillés pour l'exemple, sur six cents ont été rétablis dans leur honneur dans les années 1920 ou 1930. Malgré les démarches entreprises par son père qui n'avait que ce fils et les nombreuses campagnes menées par la Ligue des Droits de l'Homme, Jean-Julien Chapelant n'a pas été réhabilité mais son nom figure sur le monument aux morts d'Ampuis. Et l’Union des mutilés et anciens combattants déposa une plaque sur sa tombe portant l’inscription suivante : « les anciens combattants à leur frère d’armes Jean Julien Chapelant, martyr des cours martiales ».

Jean-Julien Chapelant n'a pas été réhabilité en 2012 mais déclaré « Mort pour la France » à l’occasion des cérémonies du .

Bien avant cette attribution de la mention "mort pour la France" notifiée le par Kader Arif, une nouvelle rue de son village natal Ampuis, celle de la nouvelle gendarmerie, fut nommée Jean Julien Chapelant.

En , une stèle a été érigée sur un terrain donné par la commune de Crapeaumesnil près du château des Loges au bois des Loges à l'initiative de particuliers.

Le une stèle a été élevée après jour pour jour sur le lieu même de son exécution à Beuvraignes au bois des Loges. Inaugurée par la préfète de Région Picarde Nicole Klein, en présence du Contrôleur général des Armées Serge Barcellini, du président du Conseil général de la Somme Christian Manable ; Christian Rollat à l'initiative de l'érection de ce monument a retracé le martyre de ce jeune lieutenant innocent « reconnu mort pour la France » le .

Déroulement des faits Historique

Il est incorporé au RI (Régiment d'Infanterie) en comme engagé volontaire pour . Réengagé, il incorpore le le RI où il est promu sous-lieutenant à titre temporaire à compter du .

Un régiment d'infanterie (RI) est composé en de environ organisés en :

3 bataillons, comprenant chacun de et une section de mitrailleuse de ; 1 compagnie hors-rang (estafettes, téléphonistes, service divers) ; l'état-major.

Le RI fait partie du d'armée, , . Il est commandé depuis le par le lieutenant-colonel Didier en remplacement du lieutenant-colonel Deffis.

Depuis le le RI se trouve, en liaison avec le RI, au Bois des Loges dans la Somme, position de , barrant la route de Paris à l'ennemi. Le sous-lieutenant Chapelant commande la de mitrailleuses, en .

La du RI commandée par le capitaine Rigault, renforcée par la de mitrailleuses, est positionnée face à l'ennemi, à gauche du village des Loges, au nord de celui-ci. Elle est organisée en quatre sections dont les tranchées longent la route menant à Beuvraignes, de part et d'autre de la voie ferrée. Chaque section a sa propre tranchée. De gauche à droite on trouve successivement :

la augmentée de quelques hommes de la qui n'ont pu se loger dans leur tranchée, établie à gauche de la voie ferrée, commandée par le lieutenant Fougeron. À noter que cette section est isolée des autres par le talus de la voie ferrée ; la de mitrailleuse de l'autre côté de la voie ferrée, adossée au talus, commandée par le sous-lieutenant Chapelant ; la commandée par le sergent Cahen ; la commandée par le sergent-major Girodias ; la commandée par le sergent Orphelin.

Le capitaine Rigault se trouve au centre de sa compagnie, à l'extrémité gauche de la tranchée de la , le sergent-major Girodias étant à l'extrémité droite de la même tranchéeSGA Mémoire des hommes – Les fusillés de la mondiale – Dossier Chapelant..

Depuis sept jours, les hommes du RI mènent de durs combats et sont bombardés par l'artillerie ennemie. Le , après de violents bombardements entre 4h15 et 5h00, suivis d'une attaque de l'infanterie sur le village des Loges, l'ennemi est finalement repoussé vers 9h30 du village (en laissant environ sur le terrain et ), sauf devant les tranchées de la où une centaine d'Allemands isolés se terrent à environ des lignes. Vers 10h30 le capitaine Rigault commandant la compagnie est tué en observant avec ses jumelles par un créneau. Les soldats les plus gradés sont alors le sergent-major Girodias, et le sous-lieutenant Chapelant seul officier. Ce dernier devait alors prendre le commandement des trois sections situées à sa droite. Ses mitrailleuses hors service, sans possibilité de communiquer avec le reste du régiment et sur la base de fausses informations colportées par ses hommes prétendant que le village des Loges est occupé par les Allemands (dépositions des soldats Desportes du et Cahen du ), il laisse ceux-ci se rendre et les suit. Ainsi, vers 11h, dont 23 de la se rendent à l'ennemi (déposition Mercier du 28/01/1922).

Parmi eux :

le sous-lieutenant Chapelant (mitrailleur du RI) ; le sergent-major Girodias ( du RI) ; le sergent Cahen Maurice ( du RI, revenu avant midi dans nos lignes avec un message du capitaine allemand sommant le -98è RI de se rendre) ; le caporal Duffour Louis ( du RI) ; le caporal Morton Joseph (mitrailleur du RI revenu immédiatement) ; le soldat Dossing ( du RI, revenu immédiatement dans nos lignes) ; les soldats Dupuy, Mary ( du RI, revenus dans nos lignes) ; les soldats Lacroix, Cheminet, Charnet, Quereuil, Basset, Raynaud ( du RI) le soldat Monier Pierre (mitrailleur du RI) ; le soldat Bost (mitrailleur, revenu vers 13h30) ; le soldat Peillon Barthélémy (mitrailleur du RI revenu dans la nuit du 7 au 8) ; le soldat Desportes (mitrailleur revenu immédiatement).

Il est à noter que et de la restent dans la tranchée (voir effectif de la le . ou se sont repliés dans le village comme ceux de la (déposition du sergent Orphelin du ), et que l'ennemi n'occupe à aucun moment les tranchées abandonnées après la reddition (déposition Gaube du ).

À 11h15, le lieutenant-colonel Didier apprend coup sur coup par le capitaine Hérail commandant le , la mort du capitaine Rigault (déposition Hérail du ), et par un soldat arrivant en courant que le sergent-major Girodias venait de se rendre, entraînant avec lui ses hommes et le sous-lieutenant Chapelant (dépositions Grosleron du et Bancillon du ). Il rend compte à son supérieur, le colonel Pentel, et demande du renfort : Puis, craignant une ruse des Allemands il donne l'ordre de tirer sur tous ceux qui chercheraient à s'avancer depuis les lignes ennemies vers nos positions (lettre Didier du ).

thumb|right|Le lieutenant Lionel Lemoël (1892-1916), petit-fils naturel de Lord Lionel Widdrington Standish, en uniforme et décoré de la Croix de guerre en 1915. Il est commissaire du gouvernement et rapporteur de la République lors du procès du sous-lieutenant Jean-Julien Chapelant. Mort pour la France le .

À 11h30, le sous-lieutenant Lemoël part avec sa compagnie, qui était en réserve à l'arrière, réoccuper les tranchées en partie évacuées par la (déposition Lemoël du ). Il croise la route du sergent Cahen qui, revenant des lignes ennemies lui déclare : (déposition Lemoël du et lettre du soldat Sotton du ). À 12h, le colonel Pentel commandant la envoie le message suivant au lieutenant-colonel: (extrait du carnet de poche du colonel Pentel). À 13h30, le capitaine Hérail rend compte que la tranchée a été réoccupée sans difficulté (dépositions Didier du 03/01/1922 et Hérail du 05/04/1922). Vers 14h, on apporte au lieutenant-colonel le message du capitaine allemand le « sommant de se rendre » (déposition Faure du ). Se faisant préciser l'emplacement exact de l'ennemi, le lieutenant-colonel fait immédiatement bombarder les positions : les derniers Allemands qui cherchaient encore à se cramponner s'enfuient (déposition Clerc du ). Vers 17h30, quelques officiers dont le capitaine Hérail apprennent au lieutenant-colonel (déposition Didier du ) que vers 13h30 le sous-lieutenant Chapelant s'avançant depuis les lignes ennemies avait fait des signes à une de nos tranchées pour que les défenseurs qui l'occupent se rendent (faits confirmés par les déclarations de Chapelant du ci-dessous, ainsi que les dépositions de Monier du et du , Millerat du ). Il reçut alors une balle française qui le blessa grièvement et tomba (déposition Mercier du ).

Le , à 9h30, après l'enquête menée, le lieutenant-colonel adresse à la Brigade le compte-rendu ci après : À 16h40, le colonel Pentel demande les noms des transfuges et ordonne d'établir une plainte en conseil de guerre (voir complément d'information Didier du 26/01/1922).

Le au matin, Chapelant aidé par un soldat de la se traîne jusqu'aux tranchées françaises après avoir passé sans soins entre les lignes. Vers 10h, on le porte au poste de secours à en arrière où on lui fait un pansement sommaire (déposition Sabatier du ). Il est blessé au niveau du genou. À 10h30, le lieutenant-colonel va voir Chapelant qui déclare que les Allemands ont refusé de le soigner (déposition Didier 1919 confirmée par déposition Grapin du ). Puis il le fait évacuer à l'ambulance du Plessier à environ des Loges (déposition Bierce du ). Il avise ensuite son supérieur, le colonel Pentel, du retour de Chapelant et demande des instructions.

Sur demande du général Demange commandant la , et par application de l'ordre du général Alix commandant le d'armée, « d'éclaircir l'incident auquel a été mêlé Chapelant, et de lui donner la sanction nécessaire », « le colonel Pentel, commandant la brigade, fait recueillir par son officier d'état-major, le capitaine Grapin, les déclarations ci-dessous du sous-lieutenant Chapelant » signées et certifiées par lui (c'est un papier jauni, écrit au crayon):

Il est à noter que ce document est écrit de la main du lieutenant Grapin (déposition Grapin du 27/01/1922), et que la signature est bien authentifiée comme étant celle du sous-lieutenant Chapelant (voir document daté du ).

À 13h15, un message envoyé par le général de brigade Demange au colonel Pentel, donne l'ordre suivant : (extrait du journal de marche de brigade). À 17h20, l'ordre est confirmé au lieutenant-colonel Didier de traduire Chapelant seul et de suite devant la cour martiale du RI, accompagné des aveux écrits de ce dernier. Chapelant est renvoyé au poste de secours des Loges par la Brigade. Réponse par écrit à 17h30 du lieutenant-colonel Didier au colonel Pentel:

Chapelant est renvoyé à l'ambulance du Plessier (déposition Bierce du ).