Marco Minghetti (né à Bologne le , mort à Rome le ) est un homme d'État italien.

Biographie Les premières années Marco Minghetti est né le à Bologne dans une famille de propriétaires terriens : son père, Giuseppe Minghetti, est un riche propriétaire terrien qui s'est enrichi grâce au commerce pendant l'occupation des États pontificaux par Napoléon, tandis que sa mère, Rosa Sarti, est issue d'une famille de classe moyenne aux idéaux politiques libéraux. Marco a une sœur Alma (1821 - ; d'abord épouse de Valentino Amici puis d'Eugenio Vecchietti) et un frère Filippo (1825 - Florence ), qui, après une brève carrière militaire, entre dans le corps diplomatique.

Le parcours culturel du jeune Minghetti est très profond : orphelin de père à l'âge de 10 ans, il fréquente l'école latine Barnabite de Bologne, où il reçoit l'enseignement de deux libéraux : Ugo Bassi et Alessandro Gavazzi, complétant sa formation par de fréquents voyages culturels, comme à Venise en 1830. C'est là, avec sa mère, qu'il visite les chefs-d'œuvre artistiques de la cité lagunaire et qu'il s'intéresse à la peinture, une passion qui durera toute sa vie.

D'autres voyages éducatifs suivent : fin , Minghetti se rend pour la première fois à Paris en tant qu'invité de son oncle Pio Sarti, un patriote en exil après le soulèvement de 1831 à Bologne. À Paris, Minghetti rencontre d'éminentes personnalités politiques françaises et italiennes, telles que La Fayette, Talleyrand, Terenzio Mamiani, Pietro Maroncelli et bien d'autres. En avril, avec son oncle, il se rend finalement à Londres, où il reste quelques mois avant de retourner à Bologne.

Les intérêts culturels de Minghetti vont de la littérature à la science et à l'économie : en 1833, il commence ses études scientifiques avec le professeur Vincenzo Michelini, médecin et mathématicien, qui l'emmène également assister à des conférences à l'université de Bologne, auxquelles il ne participe qu'occasionnellement. Son éducation littéraire, en revanche, lui a été inculquée par le physiologiste de renom de l'époque, Michele de' Medici di Ottajano, qui était également un bon érudit et un latiniste, tandis que Paolo Costa était son professeur pour les matières philosophiques. Minghetti prendra plus tard ses distances avec lui, le jugeant trop lié au sensisme, et publie un essai à ce sujet en 1837, un an après la mort de Costa, qui paraît dans le Nuovo Giornale dei letterati. L'année suivante, il écrit une critique de la pièce de Luigi Biondi, Dante in Ravenna, dans un autre journal, LIstitutore.

Formation politique Membre fondateur de la Cassa di Risparmio in Bologna en 1837, Marco Minghetti participe en 1839 au premier congrès des savants italiens, organisé à Pise par concession du grand-duc de Toscane Léopold II, au cours duquel il rencontre d'illustres personnalités scientifiques et économiques, tant italiennes, comme Raffaello Lambruschini, Giuseppe Montanelli, Giuseppe Giusti et Giovan Battista Giorgini, qu'étrangères, comme l'astronome belge Adolphe Quetelet. Après la conclusion du congrès, Minghetti voyage à Rome et à Naples, rencontrant à nouveau l'élite cultivée des deux villes, tout en approfondissant ses études en philosophie, en langues (il apprend l'allemand) et en économie (il étudie les essais d'Adam Smith et de Jean-Baptiste Say). Le résultat de ce travail acharné est la publication de son premier ouvrage d'économie, Intorno alla tendenza agli interessi materiali che è nel secolo presente (A propos de la tendance aux intérêts matériels dans le siècle actuel), publié à Florence en 1841.

Devenu administrateur du domaine familial en 1843, Minghetti s'engage également sur le plan théorique à étudier les problèmes de l'agriculture et à expérimenter de nouvelles techniques agricoles. En outre, il ne tarde pas à rejoindre le mouvement réformateur qui s'est étendu aux États pontificaux. Entre 1842 et 1847, il participe activement aux travaux de la "Société agraire de Bologne", contribuant également au journal Il Felsineo, dont il devient ensuite le rédacteur en chef pendant une courte période. Pendant cette période, il reprend également ses voyages à l'étranger, visitant la Suisse, l'Allemagne, la Belgique et les Pays-Bas, puis, en , la France et le Royaume-Uni. Le savant italien reste à Paris pendant cinq mois, fréquentant la Sorbonne et le Collège de France, où il suit le cours de droit constitutionnel de Pellegrino Rossi, avec qui il se lie d'amitié, et rencontre les historiens Jules Michelet et Edgar Quinet. Il entre également en contact avec les thèses nationales des patriotes italiens modérés Vincenzo Gioberti (qu'il rencontre personnellement à Zurich) et Cesare Balbo. Pendant son séjour à Londres, qui dure de mai à , Minghetti approfondit ses connaissances économiques en visitant des usines et des manufactures : dans la capitale anglaise, il rencontre également Giuseppe Mazzini, qui y est en exil depuis des années, et dont il se sépare dès le début par une vision et une action idéologiques claires.

De retour à Bologne, Minghetti noue des relations de plus en plus étroites avec d'autres représentants du patriotisme modéré, comme Massimo d'Azeglio, qu'il rencontre à Florence, et Montanelli et Rinaldo Ruschi, qu'il rencontre à Pise, dans le but de créer une opinion publique nationale d'obédience catholique, que l'élection du pape Pie IX le semble provoquer, ainsi qu'une alliance entre les libéraux italiens et l'Église. Un projet porteur d'espoir, surtout au vu de la visite du propriétaire terrien émilien au pape, qu'il a reçu en audience privée peu après son élection.

Expériences politiques à Rome et à Turin Après la nomination de Pie IX et ses premières réformes libérales, Minghetti, profitant de la liberté de presse limitée qui venait d'être accordée, publie, en tant que rédacteur en chef du Felsineo, des articles politiquement pertinents appelant à de plus grandes réformes économiques et sociales (travaux publics, chemins de fer, administration, éducation scolaire). En , il devient membre de la Consulta di Stato (une institution qui représente légalement les provinces avec des fonctions économiques, administratives et militaires), créée par le pape en avril, et en même temps il fait partie de la commission qui devait préparer le discours du pape à l'occasion de l'inauguration de la Consulta elle-même, qui a lieu le . En raison de ses brillantes compétences politiques, le , Minghetti est appelé à Rome par Pie IX, qui lui propose le poste de ministre des travaux publics dans le premier gouvernement constitutionnel des États pontificaux. Le , après le discours dans lequel Pie IX a annoncé le retrait de l'armée papale du front de la première guerre d'indépendance, Minghetti démissionne, avec six autres membres du gouvernement.

Il décide donc de participer directement au conflit, s'enrôlant dans l'armée sarde (Regia Armata Sarda) du roi Carlo Alberto de Savoie, servant du au comme officier d'état-major au quartier général piémontais, participant aux batailles de Goito et de Custoza. Entre-temps, la Constitution étant encore en vigueur dans l'État pontifical, il est élu député de la circonscription de San Giovanni in Persiceto : après la signature de l'armistice de Salasco, Minghetti rentre à Rome pour participer aux travaux du Parlement, mais il démissionne le après l'assassinat de son ami Pellegrino Rossi, premier ministre du gouvernement pontifical, tué par des extrémistes, outré par l'hésitation du nouvel exécutif à entamer le procès contre les meurtriers. À la suite de cela, Pie IX se réfugie à Gaète auprès de Ferdinando II, à la suite de quoi la République romaine est proclamée. Minghetti est immédiatement à la tête des modérés qui refusent d'amener leurs propres députés à l'Assemblée constituante.

En , il est rappelé au siège piémontais, après la reprise des hostilités contre l'Autriche : après la défaite de Novare et la montée sur le trône de Vittorio Emanuele II de Savoie, fils de Carlo Alberto, Minghetti est relevé de ses fonctions en novembre. Il passe donc les premières années de la seconde Restauration (1850-1851) dans sa ville natale de Bologne, où il se consacre à des études philosophiques. En , il s'installe enfin à Turin, où il est reçu en audience par le nouveau roi de Sardaigne, à qui il parle des conditions dans les provinces de Romagne, mais surtout il rencontre Camillo Cavour, dont les idées économiques et politiques l'unissent, comme la nouvelle vision économique donnée à l'agriculture, l'efficacité du système parlementaire et la possibilité de réaliser l'Unification de l'Italie par la diplomatie piémontaise avec l'aide des États européens. C'est donc de manière informelle qu'il prépare le terrain à la diplomatie du Premier ministre sarde, en rencontrant à Londres en 1853 les hommes politiques Henry John Temple, vicomte Palmerston, William Ewart Gladstone et Lord John Russell, tandis que l'année suivante, il soutient activement l'intervention piémontaise dans la guerre de Crimée aux côtés de la France et de l'Angleterre. En 1855, au cours d'une pause dans ses voyages, Minghetti publie Della Libertà religiosa en 12 lettres, qui sera ensuite publié avec d'autres œuvres de jeunesse dans Opuscoli letterari ed economici.

Membre du comité bolognais de la Società nazionale italiana (Société nationale italienne), il rédige en 1856 un mémorandum pour Cavour sur l'état des provinces pontificales à présenter au , pour mieux mettre en évidence le retard du gouvernement pontifical. Entre-temps, il poursuit son engagement civil et littéraire : en 1857, il est l'un des fondateurs de la Banca delle Quattro Legazioni (Banque des Quatre Légations), tandis que l'année suivante, il publie son ouvrage le plus célèbre, Delleconomia pubblica e delle sue attinenze con la morale e con il diritto (L'économie publique et ses rapports avec la morale et le droit), qui connaît un grand succès en Italie et en Europe. Au début de l'année 1859, après avoir obtenu la nationalité sarde, Minghetti est nommé par Cavour secrétaire général du ministère des Affaires étrangères, avec pour mission d'informer le Premier ministre sur les affaires intérieures italiennes. Après la démission de Cavour le , à la suite de l'armistice de Villafranca qui met fin à la deuxième guerre d'indépendance, il devient, le , président de l'Assemblée de Romagne, convoquée pour préparer l'annexion des nouvelles provinces au royaume de Sardaigne. Le , à la suite des élections législatives convoquées pour faire entrer les députés d'Italie centrale dans le nouveau Parlement subalpin, Minghetti est élu dans sa circonscription, et est reconduit jusqu'à la seizième législature.

Le gouvernement du royaume d'Italie Par la suite, le , il est ministre de l'Intérieur auprès de Cavour, restant à ce poste même après la proclamation du royaume d'Italie le , et, après la mort du comte le , dans le gouvernement de Ricasoli. En tant que ministre, Minghetti avait déjà proposé en avril un projet de décentralisation administrative du nouvel État (projet également soutenu par des fédéralistes comme Giuseppe Montanelli), qui aurait permis un plus grand respect des réalités locales, mais qui fut rejeté après un mois d'intenses débats par le Parlement italien, craignant les éventuelles pressions sécessionnistes que la décentralisation aurait provoquées, en plus des revendications de centralisation de Ricasoli. Démissionnant le en raison de ces divergences, Minghetti revient à la politique active le , comme ministre des Finances avec Luigi Carlo Farini. Lorsque Farini est atteint de maladie mentale, il lui succède comme Premier ministre du royaume d'Italie le , en conservant le ministère des Finances.