Alexeï Arkhipovitch Leonov (en ), né le à Listvianka (oblast de Kemerovo) et mort le à Moscou, est un cosmonaute soviétique.

Pilote de chasse de formation, il est sélectionné en 1961, au tout début de l'ère spatiale, pour faire partie du premier groupe de cosmonautes. Il est le premier homme à avoir réalisé une sortie extravéhiculaire dans l'espace dans le cadre de la mission , le . Leonov est un des cosmonautes entraînés pour participer aux premières missions vers la Lune mais le programme lunaire habité soviétique est arrêté en 1974 à la suite des échecs répétés du lanceur géant N-1. Pour son deuxième séjour dans l'espace qui a lieu en 1975, il est commandant du et participe à la mission Apollo-Soyouz qui constitue le premier vol spatial conjoint entre les États-Unis et l'Union soviétique. Cet événement symbolique marque un réchauffement des relations entre les deux pays qui s'affrontaient jusque-là durant la guerre froide. De 1976 jusqu'à sa retraite en 1991, il est responsable de l'entraînement des cosmonautes soviétiques.

Biographie Enfance et formation Alexeï Leonov naît le dans le village de Listvianka situé dans le district de Tisoulski (oblast de Kemerovo) en région économique de Sibérie occidentale. Il est un des neuf enfants survivants du mineur et électricien Arkhip et de sa femme Ievdokia. Avant même de savoir lire et écrire, il se prend de passion pour le dessin. En 1937, en pleine purges staliniennes, son père est emprisonné pour activités anticommunistes, de fausses accusations selon Alexeï. Sa famille doit quitter le village après avoir été dépouillé de tous ses biens par les autres villageois y compris les vêtements qu'ils portent. Les années de guerre sont comme dans toute l'Union soviétique marquées par les privations. C'est un enfant espiègle. Il continue de dessiner et ses œuvres sont considérées comme suffisamment bonnes pour décorer l'hôpital local. Les autorités soviétiques ayant décidé de repeupler de Russes les anciens territoires allemands du bord de la mer Baltique qui ont été annexés à la fin de la Seconde Guerre mondiale, la famille de Leonov doit déménager à Kaliningrad en 1948. Leonov découvre la mer qui devient un des sujets favoris de ses peintures par la suite. La région, bien qu'abandonnée par ses anciens occupants allemands, est imprégnée de leur culture. Ce contexte jouera peut-être un rôle dans la formation de la personnalité de Leonov qui deviendra un des cosmonautes les plus diplomates capable de charmer aussi bien les dirigeants du monde capitaliste que les responsables soviétiques. Leonov, devenu adulte, envisage de suivre une carrière artistique. Mais son frère ayant choisi de devenir mécanicien sur avion, il décide de suivre une formation de pilote dans l'armée de l'air. Entre également en ligne de compte, le fait que, contrairement à l'école des Beaux Arts, l'école militaire lui fournit le logement. Il commence à suivre des cours théoriques de pilotage en , réalise son premier vol en et effectue son premier vol en solo quatre mois plus tard. Il n'a pas renoncé à sa passion pour la peinture et suit en parallèle des cours de dessin le soir. Il rencontre à cette époque Svletana Pavlova, une future enseignante, avec laquelle il se mariera en 1959. Il décroche en 1957 un diplôme de pilote à l'académie militaire de Tchouhouïv (Ukraine).

Sélection comme cosmonaute À sa sortie de l'école, Leonov reçoit une affectation prestigieuse de pilote de chasse en Allemagne de l'Est. Il y effectue des patrouilles aériennes aux frontières de l'empire soviétique. Mais avant même de recevoir cette affectation il a postulé pour devenir cosmonaute.

Le lancement du premier satellite artificiel en 1957 par l'Union soviétique marque le début de l'ère spatiale. Durant cette période de Guerre froide chacune des deux superpuissances, les États-Unis et l'Union Soviétique, tentent de prouver la supériorité de son système politique par le biais de ses succès dans le domaine spatial. Le lancement du premier homme dans l'espace devient rapidement le nouvel enjeu de cette course à l'espace. En , les responsables soviétiques décident de recruter leurs futurs cosmonautes parmi les pilotes de l'armée de l'air car ceux-ci sont déjà, par leur métier, accoutumés à subir des accélérations importantes, sauter en parachute Contrairement aux Américains, qui ont sélectionné des pilotes seniors, les responsables soviétiques ont décidé de choisir des pilotes relativement novices, ayant entre 25 et , en grande partie parce que les vaisseaux spatiaux doivent être entièrement automatisés et que les cosmonautes doivent essentiellement avoir un rôle d'observateur. Leonov est un des de l'armée de l'Union soviétique sélectionné en 1960 pour faire partie du premier groupe de cosmonautes.

vignette|Les cosmonautes Gagarine, Leonov et Volynov durant un pique-nique à Dolgoprudn en août 1963.

Leonov entame son entraînement de cosmonaute mais les premiers mois sont difficiles. Il échoue aux tests en centrifugeuse et manque pour cette raison de se faire expulser du corps des cosmonautes. Ses performances en chambre d'altitude sont médiocres et on découvre que les battements de son cœur sont irréguliers. Néanmoins il se distingue au saut en parachute. Pour les entraîneurs, il sort du lot par sa force de volonté, la rapidité avec laquelle il acquiert de nouvelles compétences et sa capacité à faire face à des situations imprévues. Peu après son admission, il est victime d'un grave accident de circulation sur la route allant de Moscou à la cité des étoiles. La voiture dans laquelle il se trouve avec sa femme, conduite par une troisième personne, dérape sur une route verglacée et finit sa course dans un étang dont la surface gelée se brise. La voiture s'enfonce dans les eaux, mais Leonov parvient à s'en extraire puis à sortir de l'habitacle sa femme et le conducteur. Sur le plan du caractère Youri Gagarine le compare à Titov : comme celui-ci il travaille rapidement et fait preuve d'initiative. Il est impétueux. Il se détache du groupe des cosmonautes par sa forte personnalité et un certain raffinement. Il devient un des cosmonautes préférés de Sergueï Korolev, le responsable du programme spatial soviétique. À cette époque il publie au sein du groupe une lettre d'informations satirique baptisée Neptun. Durant le vol de Gagarine, il assure la liaison radio avec celui-ci.

Première sortie dans l'espace : la mission Voskhod 2 (1965)

Contexte vignette|Alexeï Leonov (sur la gauche, second rang) avec Valentina Terechkova (au centre, premier rang) et d'autres cosmonautes en 1965.

Leonov n'est pas retenu pour les premières missions du programme Vostok qui emportent ses collègues dans l'espace car il est trop grand pour les aménagements des premiers exemplaires de la capsule Vostok. Initialement l'astronautique soviétique démontre qu'elle possède une large avance sur son homologue américaine : Youri Gagarine (Vostok 1) effectue le premier vol dans l'espace le , Andrian Nikolaïev (Vostok 3) et Pavel Popovitch () réalisent un quasi rendez-vous spatial en tandis que Valentina Terechkova () est la première femme à voler dans l'espace en . Le programme Mercury, homologue américain du programme Vostok, parvient à faire jeu égal mais avec un temps de retard. Nikita Khrouchtchev, qui dirige l'Union Soviétique jusqu'au , a assigné une place centrale au programme spatial dans la propagande du régime et veut maintenir cette avance. Cet objectif se traduit notamment par la recherche systématique de premières, des prises de risque importantes et la dissimulation des échecs et des défaillances. Mais avec le programme Gemini qui fait ses débuts en 1963 en inaugurant un nouveau vaisseau doté de capacités nettement améliorées, la NASA est sur le point de dépasser son homologue soviétique. Pour maintenir, sinon l'avance, du moins une parité apparente du programme spatial soviétique avec celui de la NASA, le responsable soviétique, l'ingénieur Sergueï Korolev, propose d'adapter le vaisseau Vostok pour lui permettre d'emporter trois cosmonautes. Cette modification peut être réalisée rapidement et doit permettre plusieurs premières qui donneront l'impression que l'astronautique soviétique domine toujours sa rivale. La version modifiée du vaisseau Vostok est baptisée Voskhod. Pour pouvoir emporter trois passagers dans l'espace limité du vaisseau qui a été conçu pour une seule personne des impasses importantes sont faites sur la sécurité : il n'y a plus de tour de sauvetage et les cosmonautes ne portent pas de scaphandres. La mission est lancée le avec à son bord un équipage de trois cosmonautes établissant une nouvelle première par rapport aux vols américains et soviétiques précédents qui n'emportaient qu'un seul occupant. En Korolev décide que la prochaine mission comprendra une sortie dans l'espace d'un des membres de l'équipage. Ce choix est sans doute principalement motivé par l'annonce de la NASA qui a également inscrit cet objectif dans son programme Gemini.

La mission soviétique est baptisée initialement Vykhod (). Contrairement au vaisseau américain Gemini, le vaisseau Voskhod n'est pas conçu pour permettre une sortie extravéhiculaire : la cabine ne peut pas être dépressurisée du fait des limitations du système de support de vie et d'une instrumentation qui ne supporterait pas une exposition au vide. Les ingénieurs soviétiques décident de contourner ces contraintes en ajoutant un sas externe réalisé dans une matière caoutchoutée qui sera déployé dans l'espace et largué une fois la sortie achevée. Pour effectuer la sortie, le sas est déployé et pressurisé, le cosmonaute y pénètre et referme l'écoutille du vaisseau derrière lui, puis il ouvre l'écoutille du sas donnant dans le vide pour sortir. Il effectue les manœuvres inverses pour réintégrer le vaisseau. Début 1965, les Américains annoncent leur intention de réaliser sous trois mois une mission avec une sortie extravéhiculaire.

Entraînement Leonov est sélectionné pour devenir le premier homme à effectuer une sortie extravéhiculaire dans l'espace. L'équipage de la future mission, baptisée , comprend également Pavel Beliaïev qui en est le commandant. Pour se préparer à cette première spatiale, Leonov suit un entraînement particulièrement intensif destiné à l'habituer à l'impesanteur. Il parcourt un millier de kilomètres à vélo, effectue de la sortie extravéhiculaires et réalise en parachute. Les simulations de vol en apesanteur sont effectuées à bord d'un avion Tupolev Tu-10 spécialement équipé qui effectue des vols paraboliques pour reproduire des situations d'apesanteur qui durent une trentaine de secondes. Une réplique complète du vaisseau spatial est installée dans la carlingue de l'avion pour permettre de simuler le déroulement de sa sortie extravéhiculaire y compris le déploiement du sas. Au sol, Leonov équipé de sa combinaison spatiale est placé dans une chambre barométrique qui reproduit les conditions de pression rencontrées à très haute altitude. Pour préparer psychologiquement Leonov à sa sortie dans l'espace, le cosmonaute est placé durant un mois dans une chambre coupée de toute communication avec le monde extérieur. À sa sortie de celle-ci, il est immédiatement placé aux commandes d'un chasseur MiG-15 et on lui demande d'effectuer une série de manœuvres compliquées avant de s'éjecter et d'atterrir en parachute. Le but de l'exercice est de tester ses réflexes après une période d'isolement.

Déroulement de la mission Le matin du , les deux cosmonautes arrivent sur le pas de tir par un temps neigeux et froid. Beliaïev est comme à son habitude très calme tandis que Leonov est visiblement excité. Le responsable du programme spatial soviétique, Sergueï Korolev, bien qu'en mauvaise santé, est sur place et fait ses dernières recommandations. Korolev demande à Leonov « de ne pas faire le malin » et de se contenter de sortir dans l'espace puis de réintégrer le vaisseau. La fusée emportant les deux hommes décolle à .