Cet article traite de l'histoire des Seychelles, îles d’Afrique de l’Océan Indien.
De 500c à 1500c : époque pré-coloniale Parce qu’elles se situent trop loin des routes de navigations fréquentées, il est à peu près certain que les Seychelles n’ont pas été visitées par les premiers marins persans et arabes qui ont navigué dans l’océan Indien autour des côtes asiatiques, du golfe Persique, de l’Afrique du Nord et de la mer Rouge. En revanche, il ne fait pas de doute qu’ils furent bien, plus tard, les premiers visiteurs des Seychelles, longtemps avant sa « découverte » par les européens. Le marchand Al Mas’eudi qui s’est rendu régulièrement aux Maldives au a évoqué dans ses écrits les « hautes îles » qui se trouvaient sur sa route. La découverte de tombes en 1910 a confirmé la présence de marins arabes sur l’île. Dans des documents du et du , les Seychelles apparaissent sous le nom de Zarin, les sœurs.
De 1500c à 1750c : approches européennes vignette|Île de Mahé Les Portugais sont les premiers européens à s’aventurer dans l’océan Indien. En 1498, Vasco de Gama passe le cap de Bonne-Espérance et est le premier Européen à atteindre l’Inde – avec l’assistance d’un navigateur arabe. En , lors d’un second voyage vers l’Inde, Vasco de Gama atteint des îles qui appartiennent aujourd’hui aux Seychelles, l'Île Silhouette puis l'Île Desroches, d'après rend compte par écrit du voyage de la , selon la compilation Delle Navigationi et Viaggi (1550-1559) de Giovanni Battista Ramusio. À partir de 1506, les Seychelles commencent à apparaître sous différents noms sur les cartes portugaises. Il est donc vraisemblable que les Portugais sont passés à plusieurs reprises à proximité de ces îles et y ont éventuellement fait escale. Aucun élément ne permet de supposer qu’ils aient fondé des colonies, les îles leur servant avant tout de source d’approvisionnement en nourriture, par exemple avec les tortues géantes. Avec l’aide de navigateurs arabes, les Portugais explorent la région : Madagascar, l'archipel des Comores, La Réunion et l’île Maurice.
À partir du , les Anglais commencent à naviguer dans l’océan Indien. En 1609, une expédition de la British Indian Ocean Company (Compagnie britannique des Indes orientales (BEIC)) accoste sur les îles qui portent désormais le nom de Mahé, Sainte-Anne, Île North, Silhouette et Praslin. Ils y restent une semaine avec la certitude d’être les premiers à y poser le pied.
À partir du et du , les Français et les Néerlandais naviguent à leur tour dans l’océan Indien. Les Français disposent d’une première base fortifiée sur la pointe de Madagascar avec Fort-Dauphin, puis bientôt sur l’île Bourbon, aujourd’hui la Réunion. À partir de cette époque, les navires de commerce anglais, français et hollandais croisent de plus en plus régulièrement dans la région et, attirée par l’appât du gain, la piraterie se développe. On a trouvé des traces du passage de pirates sur l’île Frégate et sur Mahé.
Domination française (1735-1794) vignette|right|Statue de François Mahé de La Bourdonnais au Barachois, à Saint-Denis de La Réunion. En 1735, les Français, qui sont présents à La Réunion et sur l'Île Maurice, décident de fortifier leurs colonies. Cette opération est sous la direction de Bertrand-François Mahé de La Bourdonnais. Afin d’assurer la sécurité des positions françaises en Inde, il lui parait nécessaire de prendre possession des îles du nord, sur la route des Indes : les Seychelles actuelles. En 1742, il envoie des bateaux en reconnaissance sur les îles avec à leur tête le commandant Lazare Picault. Avec ses hommes, il débarque le sur l'île portant aujourd'hui le nom de Mahé. À peine a-t-il fait son rapport à La Bourdonnais que celui-ci le renvoie vers cette île, en 1744, afin de l'explorer plus en profondeur. Ils baptisent alors l'archipel « Iles de La Bourdonnais » et la plus grosse de ses îles, Mahé.
Malgré le portrait enthousiaste que Picault dresse de l'île, il faut attendre douze ans avant que les Français y reviennent. Le successeur de La Bourdonnais envoie une expédition vers Mahé en 1756 pour s'emparer de l'île et empêcher du même coup les Britanniques d'y débarquer. C'est à cette époque que l'île change de nom pour être nommée d'après le ministre des Finances de Louis XV, Jean Moreau de Séchelles. Cette fois encore, les Français se contentent de débarquer et de graver les armoiries françaises dans la pierre avant de quitter l'île qui n'est plus visitée pendant douze autres années. La guerre maritime que se mènent Français et Britanniques contrecarre tout projet de colonisation. À partir de 1768, des expéditions à intervalles réguliers permettent d'avoir une bonne connaissance de l'île.
La première colonie permanente est bâtie en 1770 sous le commandement de Jean-Charles de Launay de la Perrière à Sainte-Anne. La preuve est faite rapidement que l'île était très favorable à l'agriculture et à la vie en général. En 1771, une seconde colonie s'établit sur Mahé. Il semble cependant que ces premiers colons n'aient jamais souhaité s'établir durablement aux Seychelles et ils retournent à Maurice dès leur contrat échu. Mis à part quelques exceptions, comme les plantations de M. Hangard ou de Larue, aucune tentative de colonie n'est prospère et les colons se contentent de vivre de chasse et de cueillette. De plus, ils abattent les tortues géantes par milliers afin de les vendre comme provisions aux équipages qui font escale. En 1778, le lieutenant Romainville est envoyé avec quinze soldats, pour mettre fin à cette situation désastreuse. Les soldats construisent les premiers bâtiments de ce qui est aujourd'hui le port de Victoria, dont l'Établissement du Roi.
À cette époque, la vie aux Seychelles suit un modèle relativement simple. Le commandant sur place représente le gouverneur général qui représente lui-même le roi à l'île Maurice. En 1788, l'île compte pour « habitants » une trentaine de Français qui règnent en maîtres sur environ 200 esclaves noirs. Ils vivent des produits issus du commerce avec les équipages et de l'agriculture : riz, manioc, maïs et toutes sortes de légumes ainsi que le coton, le café et l'indigotier. Jean Baptiste Philogène de Malavois (1757-1825) est nommé pour rétablir dans la colonie un certain ordre, plus respectueux des ressources.
Le , après que les nouvelles de la Révolution colportées par bateau ont atteint les Seychelles, les colons formulent quelques revendications d'après la « nouvelle » constitution du . C'est la première demande (modeste) d'indépendance vis-à-vis de l'administration mauricienne de l'île. Mais les velléités d'indépendance prennent fin avec la visite des commissaires du roi Gautier et Yvon à Mahé le qui réaffirment l'autorité du souverain sur l'île et ses habitants. Un nouveau gouverneur est nommé, Jean-Baptiste Quéau de Quinssy (1748-1827), qui administre depuis 1793 l'île selon les intérêts de la cour. Ce même gouverneur doit cependant se mettre au service de la République après la proclamation de la République en France le .
À partir de cette période, les Seychelles deviennent le port de stationnement des navires de corsaires chargés de pourchasser les bateaux britanniques dans l'océan Indien. Après que ceux-ci ont pris le contrôle de la plus grande partie des richesses de l'Inde, il leur faut sécuriser la route maritime. La première attaque contre les Seychelles a lieu le . Quinssy, qui dispose en tout de 60 fusils, n’a aucune chance de défendre l'île contre les du commandant britannique Newcome. La capitulation signée dès le lendemain de l'attaque garantit aux Français le maintien de leurs possessions et de leur administration. Les Britanniques ne restent pas longtemps sur l'île et il faut attendre les défaites napoléoniennes de 1811 pour qu'ils en prennent possession.
Entre 1800 et 1810, la population passe de à , essentiellement composée d'esclaves déportés avec violence sur l'île depuis l'Afrique subsaharienne. À eux s'ajoutent en nombre légèrement inférieur des immigrés venus d'Inde, d'Europe ou de Madagascar. Pendant cette période prospère, le commerce depuis Victoria se développe rapidement, les produits coloniaux se vendant bien en Europe. L'agriculture et la pêche sont elles aussi florissantes. Les esclaves ne profitent évidemment nullement de cette période de prospérité. Dans les premières années du , Quinssy met en place une petite administration et un tribunal civil.
Domination britannique (1794-1976) Envoyé par le roi britannique, Barthelemy Sullivan prend la place de Quinssy comme gouverneur des Seychelles le . Le principal changement qu’apporte la domination britannique sur ce territoire est l’abolition de l'esclavage en 1812. Le roi de France cède formellement les Seychelles et Maurice aux Britanniques le , par un traité plus global, le traité de Paris. Il faut cependant attendre 1836 pour que l'interdiction de l'esclavage soit effectivement appliquée sur toutes les îles de l’archipel. À cette époque, parmi les 7 500 habitants de l’île, on retrouve plus de esclaves, dont Créoles, Africains, 300 Malgaches et 40 Hindous. Les esclaves libérés travaillent dès lors comme « apprentis » contre un maigre salaire. À partir de 1839, ils obtiennent le droit de décider s’ils préfèrent continuer à travailler pour leur employeur ou se mettre à leur compte. Beaucoup se contentent de culture vivrière et un grand nombre de grandes plantations périclitent. Néanmoins, leur situation générale s'améliore. Un certain nombre de planteurs se contentent de vivre des dédommagements qu’ils ont reçus pour la libération de leurs esclaves. Il se développe une population de pêcheurs, artisans et petits paysans. L'abolition de l'esclavage prive les colons européens d'une main-d'œuvre.
Dans les années qui suivent, la situation économique se dégrade : l’administration britannique, pour garantir l’interdiction de l’esclavage, fait passer tout commerce par Maurice. La concurrence de l’agriculture américaine et mauricienne se fait sentir et les propriétaires terriens manquent de main d’œuvre.
Contrairement aux habitants de l'île Maurice, les Seychellois ne sont pas autorisés à faire venir des travailleurs hindous, les Coolies, et doivent se contenter de la main d’œuvre disponible sur place. Ils compensent cette situation en abandonnant la culture du coton et des céréales au profit de cultures moins exigeantes en main-d'œuvre comme la vanille, la cannelle et la culture des noix de coco afin d’exporter l'huile de coprah. La situation économique reste néanmoins très précaire et la population chute à 5 500 habitants.
Malgré la souveraineté britannique et le serment de fidélité à George III du Royaume-Uni, la population est toujours française et catholique dans l'âme. Elle perçoit d'autant plus mal l'arrivée du premier pasteur anglican sur l’île en 1832. Une mission catholique est fondée le avec le soutien de la population et malgré les réticences du gouverneur. En , 5 000 Seychellois sont baptisés.
Le a lieu la seule catastrophe naturelle qu’a connue l’îleHormis le tsunami du 26 décembre 2004 qui a fait des dégâts mais aucune victime sur l’île. : un glissement de terrain, connu aujourd’hui aux Seychelles sous le nom créole de Lavalas, détruit des vies et des moyens de subsistance. Cette catastrophe est suivie de la dernière grande vague d'immigration. Les négriers arabes et européens interceptés par la marine britannique sont conduits à Victoria. Les esclaves y sont libérés et on leur attribue un lopin de terre sur l’île. Entre 1860 et 1874 arrivent de cette manière environ 3 000 nouveaux habitants. De même qu’à Maurice, l’ouverture du canal de Suez favorise l’économie, l’île devenant beaucoup plus facile à atteindre depuis l’Europe. Les Seychelles exportent l’huile de coprah, la vanille, le cacao, le café et le clou de girofle.