La cathédrale Saint-Tugdual de Tréguier est un édifice religieux situé à Tréguier, dans le département des Côtes-d'Armor en France. Elle était la cathédrale de l'ancien évêché de Tréguier, l'un des neuf évêchés de la Bretagne historique jusqu'en . Elle est aujourd'hui le siège de la paroisse Saint-Yves de Tréguier. Lieu de sépulture de saint Yves, elle est un sanctuaire où l'on vient en pèlerinage, notamment autour du à l'occasion de la fête de saint Yves, où a lieu un grand pardon. Elle est une des sept cathédrales étapes du Tro Breiz.

Construit en style gothique du , le bâtiment comporte cependant une partie romane, la tour de Hastings, conservée de la cathédrale romane antérieure. Les phases de construction du en font un édifice majeur de l'architecture bretonne, qui a servi de laboratoire aux formes du gothique breton aux côtés d'autres églises comme la collégiale Notre-Dame de Lamballe ou la basilique Notre-Dame-de-Bon-Secours de Guingamp.

Les éléments architecturaux les plus marquants en sont les trois tours qui s'élèvent au-dessus du transept, tandis que la façade n'en comporte aucune, les trois portails hors-œuvre, et la localisation du plus grand clocher avec sa flèche à l'extrémité méridionale du transept, qui donnent à la cathédrale une silhouette peu commune.

Elle abrite de nombreux objets mobiliers importants, parmi lesquels le tombeau du duc , celui élevé à saint Yves en , un orgue dont le buffet date du et provient de l'abbaye de Bégard, diverses sculptures et statues, ainsi qu'un ensemble de stalles sculptées au début du . Sous les galeries du cloître se trouvent d'autres tombeaux, notamment des plaques funéraires provenant de divers édifices de la région.

L'édifice est classé monument historique par la liste de 1840, et élevé au rang de basilique mineure par le pape , le , à l'occasion du sixième centenaire de la canonisation de saint Yves.

Histoire Avant la cathédrale gothique vignette|redresse|gauche|Tugdual de Tréguier, statue de la cathédrale.|alt=Une photo d'une statue représentant un saint évêque en ornements liturgiques.

D'après les sources traditionnelles, un moine gallois nommé Tugdual fonde un monastère à Tréguier au . On y institue un siège épiscopal au milieu du : l'abbatiale devient alors cathédrale. Elle est ruinée par les Normands, puis rebâtie vers par l'évêque Gratias. Aujourd'hui il ne reste rien de cet ancien édifice.

Au , on reconstruit la cathédrale, cette fois dans le style roman. Il ne subsiste de cette époque qu'un clocher, appelé Tour de Hastings, à l'extrémité du bras nord du transept. Cette tour Hàsteinn, devenu tour Hastings, probablement après 1066, fut surélevée d'un étage, avec adjonction d'un escalier à vis externe. L'ouverture sur le transept, par l'adjonction d'une colonne circulaire supportant une double arcature, relève d'un roman tardif. La sculpture des chapiteaux, en méplat, se confond avec des réalisations antérieures, mais dans un esprit néoceltique.

L'implantation et les dimensions de cette tour indiquent que la cathédrale romane était probablement déjà imposante, avec un transept particulièrement important, sur le même modèle de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon ou la basilique Notre-Dame-de-Bon-Secours de Guingamp ; des traces de deux solins sur les murs de la tour indiquent que le transept roman devait probablement atteindre la hauteur du triforium actuel. Ces deux solins indiquent clairement deux phases romanes, passant d'un angle de couverture de 120 degrés, à 45 degrés. La conservation de cette partie ancienne de l'édifice s'explique sans doute par le fait que c'est là que se trouvait le tombeau d'Yves de Tréguier, très vénéré des fidèles. Ce prélat, official du diocèse, lance une campagne de travaux sur le bâtiment autour de , peut-être une restauration du bâtiment roman ; il pourrait s'agir d'une réfection d'une partie de la toiture.

Les vitraux de la Cathédrale Saint-Tugdual de Tréguier constituent un ensemble remarquable mêlant créations anciennes et œuvres contemporaines. Certains datent du début du , notamment ceux réalisés en 1921 par Henri-Marcel Magne et Charles Champigneulle dans la chapelle Saint-André, formant un triptyque évoquant la grande guerre et le naufrage du cuirassée Bouvet aux Dardanelles. Plus récent, les vitraux du chœur, conçus entre 1971 et 1977 par Hubert de Sainte-Marie, maître verrier de Quintin, s'inscrivent dans une marche à la fois spirituelle et moderniste, illustrant plusieurs thèmes bibliques. Ces compositions, mêlant symbolisme religieux et hommage à l'histoire bretonne, ajoutent une dimension artistique essentielle à l'atmosphère de l'édifice gothique.

La construction de l'édifice gothique Après la mort d'Yves, un culte se développe rapidement sur sa tombe. Cela a deux conséquences : les pèlerins qui affluent auprès des reliques du saint drainent de nouveaux moyens financiers, mais leur nombre rend l'ancienne cathédrale romane trop étroite. Il faut donc construire une église plus grande. Peut-être est-ce , évêque de à , qui projette le premier ces travaux ; cependant, d'après la plupart des historiens qui suivent en cela René Couffon, les travaux ne commencent réellement qu'en sous l'impulsion de l'évêque Richard du Perrier, par les parties basses de la nef. Après une interruption d'une durée indéterminée, peut-être due à la guerre de Succession de Bretagne, les travaux reprennent dans le bas-côté nord, puis dans le bas-côté sud. Les parties hautes de la nef sont construites d'une traite lors de cette deuxième phase du chantier.

vignette|redresse|Saint Yves peint par Rogier van der Weyden vers 1450.|alt=Peinture représentant un homme en costume de savant, lisant un parchemin.

L'historien de l'architecture Yves Gallet est en désaccord avec cette lecture traditionnelle, principalement parce que la nef est d'une architecture trop hétérogène pour avoir été entièrement bâtie en moins d'une vingtaine d'années (ce qui serait le cas si elle avait été entreprise en 1339, et le chevet, mis en chantier vers 1360). Il propose, pour les travaux, la progression suivante. La construction démarre à la façade occidentale et se fait en plusieurs temps : d'abord le mur extérieur des bas-côtés dans les deux premières travées ainsi que la tourelle d'escalier située à l'angle sud-ouest. On commence également la construction de la troisième travée. Une deuxième phase voit la construction du porche de la façade, l'achèvement de la troisième travée et du haut du mur des bas-côtés et la mise en place des culées des arcs-boutants. Ces phases de construction pourraient remonter aussi haut que le troisième quart du , ce qui expliquerait les similitudes des chapiteaux de la façade avec ceux de l'abbaye de Beauport. L'étape suivante voit la construction des travées orientales du mur extérieur du bas-côté nord ; puis une autre amène l'établissement des piles occidentales des deux travées occidentales de la nef, en commençant par l'extrémité ouest ; cette étape peut être datée des années – par comparaison avec l'église Notre-Dame de Guingamp. En parallèle, il est possible qu'un projet de construction de façade en calcaire ait été avorté. Lors d'une cinquième étape de chantier, les piles de la troisième travée sont implantées, puis on achève le mur extérieur du bas-côté sud, avec un nouveau système de supports : un faisceau de trois colonnettes monte depuis le sol, coiffé de chapiteaux à crochets à feuillage qui reçoivent les ogives. On construit ensuite la cinquième pile du côté sud du vaisseau central, dont les pans accueillent des peintures aujourd'hui perdues.

Ce n'est qu'ensuite, lors d'une septième phase, que les dernières piles du vaisseau central sont implantées, avec les grandes arcades des travées orientales. On peut dès lors voûter l'ensemble des bas-côtés. Suit la construction du triforium, très disparate donc sans doute à son tour construit en plusieurs étapes, puis celle du clair-étage et des voûtes du vaisseau central, plus homogène. Les travaux du clair-étage pourraient correspondre à l'année 1339 mentionnée dans les sources textuelles comme le départ d'une nouvelle campagne de construction : stylistiquement, le remplage des baies se rapproche de ceux de la collégiale de Lamballe, construite sous Charles de Blois. C'est également à cette phase de travaux qu'on peut rattacher le chantier du grand porche situé au sud de la nef, appelé « Porche du Peuple ». Cette campagne correspond probablement à la préparation de la canonisation d'Yves Hélory de Kermartin en et à la translation de son corps : on donne un nouvel éclat architectural au bâtiment abritant les reliques du saint.

Les historiens s'accordent en revanche sur le fait qu'après une interruption, les travaux reprennent au chevet, à une date inconnue située entre et . Cette datation peut se déduire de la présence des armoiries de l'évêque Pierre Morel sur les clés de voûte à la fois de la deuxième travée nord et sud du déambulatoire et du vaisseau central. Le projet est particulièrement ambitieux : le maître d'œuvre choisit de bâtir un chevet à déambulatoire, ce qui implique de lourds travaux de terrassement du terrain en pente. En Bretagne, les seules constructions d'ampleur comparable sont les chevets des cathédrales de Quimper et de Saint-Pol-de-Léon.

Enfin, une dernière étape permet la jonction entre le chevet et la nef : la construction du transept. Cette phase de construction a duré tout le premier tiers du , et a bénéficié du mécénat du duc . La construction de la flèche de la Tour des Cloches est en cours en . Les travaux sont sans doute achevés sous l'évêque Jean de Plouec, qui commande alors le vitrail de la grande baie du transept sud, fait refaire le dallage et reconstruit l'autel majeur.

Le duc se fait ensuite construire une chapelle funéraire le long du collatéral nord, tout près du transept. L'acte de fondation de la chapelle porte la date du . Le duc y est enterré en . Les travaux de la chapelle sont sans doute achevés par l'évêque Jean de Plouec, évêque de à . désirait probablement être enterré auprès du tombeau de saint Yves, situé dans le bas-côté nord de la nef. Plus tard, en , les clés de voûtes de la chapelle sont repeintes aux armes du duc et de sa femme Marguerite. Enfin, Jean de Plouec commande la décoration murale du chevet et les vitraux de la façade sud du transept.

Le chantier s'achève par la construction du cloître dont les travaux sont attestés en . Il est béni le . Les travaux avaient été lancés par Jean de Plouec et sont achevés sous l'épiscopat de Christophe du Châtel, qui fait mettre ses armes à l'entrée. Ils ont probablement été réalisés par les maîtres d'œuvre Pierre Le Tirant et Rolland Le Besque.

On dispose enfin de diverses mentions de travaux ponctuels : les vitres sont posées aux fenêtres de la librairie, c'est-à-dire de la bibliothèque, en ; en , on procède à des réparations au porche de la tour des cloches, au sud, où intervient le sculpteur Hervé Ploegolm.

Après l'époque gothique Après la fin du Moyen Âge, il y a peu de travaux d'ampleur à la cathédrale de Tréguier : le jubé est démoli au ; entre et , on reconstruit la flèche de la tour des cloches.

La liturgie de la cathédrale à l'époque moderne vignette|redresse|Un chanoine en tenue de chœur hivernale, début .|alt=Aquarelle représentant un chanoine vêtu d'habits liturgiques. vignette|redresse|gauche|Missel romain du concile de Trente.|alt=Photographie de la page de garde d'un livre liturgique.