Le massacre d'Hébron de 1994 (ou massacre du tombeau des Patriarches ou massacre de la mosquée d'Ibrahim ou massacre de la grotte de Mahpéla) est un acte de terrorisme qui eut lieu le , lorsqu'un colon israélien, Baruch Goldstein, membre du parti nationaliste-religieux Kach et Kahane Chai, tua de la ville d'Hébron et en blessa 125 autres, alors qu'ils étaient en train de prier un vendredi du mois sacré de ramadan.
La résolution 904 du Conseil de sécurité des Nations unies a été émise pour exprimer la condamnation ferme de cet acteRésolution 904. Le massacre, commis sur fond des accords de paix d'Oslo, a déclenché un renouveau de la violence entre communautés juives et palestiniennes.
Contexte vignette|Vue extérieure de la mosquée d'Abraham (tombeau des Patriarches).|gauche Hébron est considérée comme une ville sainte par les trois grandes religions monothéistes, depuis l'acquisition, par Abraham, selon la Bible, d'une grotte où est bâtie actuellement le tombeau des Patriarches, devenu la mosquée d'Abraham, qui abrite notamment des cénotaphes construits au-dessus de tombes attribuées aux patriarches bibliques Abraham, Isaac, Jacob et à leurs épouses Sarah, Rébecca et Léa.
La Bible indique également qu'Hébron est attribuée à la tribu de Juda. puis est déclarée ville sacrée. et devient la propriété des descendants d'Aaron, .. Après la victoire de David contre le Phillistin Goliath, David y est sacré roi de JudaProphètes Samuel 2 ch. 2, v. 4. et en fait sa capitale jusqu'à la prise de Jérusalem.
Hébron a connu à plusieurs reprises la cohabitation d'une minorité juive aux côtés d'une majorité musulmane, après la conquête arabe en 638. Des émeutes émaillent l'histoire et des massacres notables d'une partie de la population juive de la ville ont lieu en 1517, et de Juifs et palestiniens en 1834.
En 1929, le conflit entre Juifs et Arabes donne lieu sur tout le territoire palestinien à des émeutes, qui atteignent leur paroxysme avec le massacre de 67 des juifs de la ville. En 1936, après de nouvelles exactions, les derniers habitants juifs sont évacués.
Après la conquête d'Hébron par Tsahal à la suite de la guerre des Six Jours, une nouvelle population de Juifs, appartenant au mouvement Goush Emounim, établissent sur une colline proche la colonie de Kiryat ArbaLe nom de la ville d'Hébron était auparavant « Qiriath-Arba ». Voir , , , , , , ., et négocient avec l'armée le droit d'accéder au caveau des Patriarches, générant la colère de la population palestinienne. Il s'ensuit une escalade de violence entre les deux communautés, chacune des deux s'estimant dépossédée par l'autre, avec des exactions physiques et des actes réciproques de vandalisme de livres sacrés.
En , Yitzhak Rabin et Yasser Arafat signent les accords d'OsloAbout Hebron. Alors que les attaques palestiniennes avaient considérablement décliné tout de suite après la signature de ces accords de paix, le mouvement islamique Hamas, opposé à ces accords, multiplie les attentats faisant au total israéliens qui génèrent en représailles des raids de colons contre des localités palestiniennes jusqu'en .
Du côté palestinien, Hébron est considérée comme étant une ville traditionaliste et religieuse et comme un bastion du Hamashttps://www.usnews.com/usnews/news/articles/970113/archive_005969_2.htm, mouvement islamiste et radical palestinienhttp://news.bbc.co.uk/2/hi/in_depth/middle_east/2001/israel_and_the_palestinians/issues/1683017.stmhttp://partners.nytimes.com/library/world/mideast-talks-hebron.html qui exerce notamment son contrôle sur l’université d'Hébronhttp://www.haaretz.com/print-edition/news/hamas-scores-decisive-win-in-hebron-university-elections-1.153309.
Du côté israélien, la colonie de Kiryat Arba est peuplée majoritairement par des sympathisants et des militants du mouvement sioniste fondamentaliste Goush Emounim The Ideological Resonance of Zionist Fundamentalism in Israeli Society Katherine Allen, Behavioral Sociology of Identity Conflict. qui est engagé depuis 1974 dans le développement de petites communautés juives à proximité de zones à forte densité arabehttp://www.britannica.com/EBchecked/topic/755673/Gush-Emuni. Baruch Goldstein était un sioniste religieux d'origine américaine habitant la colonie de Kiryat Arba, membre du parti Kach et médecin servant dans l'armée israélienne.
Événements ayant précédé le massacre Au début de , lors de la prière musulmane à la mosquée d'Ibrahim, Sheikh le juge islamique en chef de l'Autorité palestinienne fait un sermon incitant à « la lutte armée » et à « tuer les infidèles ». Des tracts appelant à une attaque contre les Juifs sont distribués par le Hamas dans la ville. À l'issue d'une réunion d'urgence sans précédent du commandement militaire israélien d'Hébron ordre est donné aux soldats de faire preuve d'une « vigilance extrême ». Les habitants de Kiryat Arba, dont Baruch Goldstein, furent informés trois jours avant la fête juive de Pourim de renseignements militaires faisant état de l'intention d'introduire des explosifs dans l'enceinte de l’édifice et de l'imminence d'une attaque planifiée par le Hamas pour le matin de ce jour de fête durant l'office religieux juif au tombeau des Patriarches. Le quotidien israélien Yediot Aharonot avait publié dans le même temps une information faisant état d'avertissements par le Hamas à la population arabe lui enjoignant de s'approvisionner en nourriture en anticipation d'un couvre-feu militaire qui ferait suite à une attaque importante contre les Juifs.
La veille du massacre, des tensions se manifestèrent par le rassemblement de nombreux fidèles musulmans en colère durant le service religieux juif dans le hall d'Isaac, auquel assistait Goldstein. Selon la commission Shamgar qui a enquêté sur ce massacre, « la raison de cette tension était un arrangement entre le gouverneur militaire et le Waqf, qui n'était pas du goût de quelques-uns des fidèles musulmans. Selon cet arrangement, en raison de la fête de Pourim et la lecture du Livre d’Esther dans le hall d'Isaac, les prières musulmanes du vendredi soir dans ce hall ne commenceraient seulement qu'à 20 h 00. ». La mort d'un membre des Brigades Izz al-Din al-Qassam du Hamas le à Abu Dis et la capture d'un autre considérés comme responsables de plusieurs assassinats d’Israéliens American Jewish Year Book, 1996, Volume 96,pages 370,371 ont suscité une vive émotion parmi les fidèles musulmans ; environ 200 scandèrent des slogans appelant à « tuer les Juifs », l'un des fidèles juifs souligna « Les Arabes hurlaient durant nos prières que les Juifs devaient être égorgés » Jerold S. Auerbach; Hebron Jews: Memory and Conflict in the Land of Israel, p. 125, 126.http://mfa.gov.il/MFA/AboutIsrael/State/Law/Pages/COMMISSION%20OF%20INQUIRY-%20MASSACRE%20AT%20THE%20TOMB%20OF%20THE.aspx Citation de la Commission d'enquête : . Selon l'un des témoins musulmans, « les juifs aussi scandaient des slogans hostiles ». Les fidèles juifs quittèrent le Hall d'Isaac à l'heure convenue, le service musulman débuta à , la situation se calma.
Le massacre Le gouvernement israélien avait partagé le tombeau des Patriarches en deux sections distinctes : l'une réservée au culte juif et l'autre réservée au culte musulman. Le matin du à 05 h 00, 800 musulmans palestiniens entrent dans le Tombeau pour la prière de l'aube (fajr), la première des cinq prières quotidiennes. L'armée israélienne gardait le Tombeau, mais des neuf soldats qui étaient censés être de garde, quatre étaient en retard et seulement un officier était présent.
Peu de temps après, Baruch Goldstein entre dans le tombeau des Patriarches vêtu de son uniforme militaire et portant un fusil d'assaut IMI Galil et quatre chargeurs de munitions pour un total de 140 cartouches. Il n'a pas été arrêté par les gardes qui ont supposé qu'il était un officier se rendant du côté juif du Tombeau pour prier. Il se plaça devant l'unique sortie de la section musulmane, dans le dos des fidèles, et ouvrit le feu, abattant 29 Palestiniens en pleine prière et en blessant 125 autresLa Paix impossible ? de Fabien Ghez, Liliane Messika, . D'après les rescapés, il avait attendu le sojud, la prière que les musulmans disent en étant agenouillés en direction de la MecqueYoram Peri, The assassination of Yitzhak Rabin, Stanford University Press, 2000 .. Un fidèle lui lança un extincteur sur la tête, puis, avec d'autres fidèles, le battit à mort.
Lors d'entretiens avec le New York Times, des témoins palestiniens ont affirmé que pendant le chaos, au moins un soldat a ouvert le feu sur la foule qui essayait de s'échapper et qu'au moins une personne avait été tuée. Deux soldats en faction devant la porte ont reconnu qu'ils avaient tiré non seulement en l'air mais aussi au moins quatre fois vers la porte, certains de ces tirs étaient à hauteur de poitrine, mais ils ont soutenu que personne n'a été touché par leurs balles. Ces soldats ont dit qu'ils voulaient créer un bouchon à la porte pour empêcher le tireur de sortir, et que les tirs ont cessé quand ils ont vu un homme blessé sortir de la mosquée. Ils ont compris à ce moment que le tireur était juif et non palestinien. Le commandant de la police frontalière à Hébron, où des petites colonies juives sont entourées de la population palestinienne, déclara que les ordres de l'armée étaient de ne jamais tirer sur un colon, même si ce dernier était en train de faire feu sur des Palestiniens ou des soldats.
Les circonstances exactes de ce massacre donnent lieu à nombreux témoignages contradictoires relayés par la presse sur la présence d'une autre personne venant en aide à Goldstein, sur l'arme utilisée, sur l'attitude de l'armée immédiatement après le massacre. D'après la commission d'enquête Shamgar, le terroriste a prémédité et accompli seul le massacre.
Motivations De la mouvance Loubavitch, Baruch Goldstein était un fondamentaliste religieux, membre du parti messianiste Kach, regroupant de nombreux autres immigrés juifs américains vivant dans des colonies en vase-clos, en raison de leur mauvaise connaissance de l'hébreu, qui en tant que médecin de l'armée, refusait de soigner les Arabes, y compris ceux appartenant à l'armée israélienne, même sur les injonctions de sa hiérarchie, au point qu'un de ses supérieurs directs tenta sans succès de l'envoyer en cour martiale. Cette information a toutefois été atténuée par la suite, il avait en effet déjà apporté des soins médicaux d'urgence à au moins un patient palestinien et en avait soigné plusieurs autres durant son service.
Plusieurs hypothèses ont circulé sur ses motivations, sans qu'aucune ne puisse être prouvée.
Selon le New York Times et l'Independent, Baruch Goldstein avait juré de venger la mort du rabbin Meir Kahane, dirigeant du Kach, assassiné par un Égyptien quelques années plus tôt. Selon Amnon Kapeliouk, il aurait déclaré : .
D'autres, et notamment la commission Shamgar lui attribuent la volonté de faire échec au processus de paix à la suite des accords d'Oslo signés en septembre de l'année précédente, processus de paix qui aurait validé la présence de Palestiniens sur la « terre d'Israël », à l'instar de Yigal Amir, l'assassin de Yitzhak Rabin, qui indique aux enquêteurs avoir pris sa décision le , jour des funérailles de Baruch Goldstein, et justifie son geste l'année suivante par sa volonté .
Pour l'anthropologue Robert Paine, les motivations possibles sont essentiellement d'ordre religieux, en raison de son caractère doublement profanatoire : massacre commis dans la symbolique Hébron, et le jour de la conjonction de la fête juive de Pourim et du début du Ramadan, et peuvent s'analyser soit comme une lutte fratricide entre descendants du Livre, soit comme tentative de réparation d'autres profanations commises par les musulmans, avec la volonté de purifier la Terre promise de ses éléments étrangers.