thumb|260px|À la fin du la forêt a fortement reculé, hormis localement pour quelques forêts royales, relativement épargnées pour les besoins de chasse de la noblesse (Meister des Hausbuches, Hochwildjagd, vers 1485-1490 ; Cabinet royal des images, Rijksmuseum, Amsterdam).

La forêt hercynienne ou forêt d'Orcynie (Hercynia, Orcynia, Orcunion...) est le nom donné dans l'Antiquité à une très vaste forêt primaire qui était située en Europe centrale avant l'ère chrétienne.

Elle est citée par Jules César dans ses Commentaires sur la Guerre des GaulesGuerre des Gaules, Livre VI, 26, 27, 28., ainsi que par Tacite, Tite-Live et d'autres auteurs antiques ou plus récents (Diodore de Sicile, , l'empereur Julien…). Pline l'Ancien s'émerveillait de "l'énormité de ses chênes, contemporains de l'origine du monde" et à la "condition presque immortelle".

Position géographique Elle a été très discutée par les historiens et chroniqueurs anciens : Jules César situe clairement cette forêt en Europe centrale, au niveau de la haute vallée du Danube ; pour d'autres auteurs antiques, lOrcynie s'étendait sur les territoires de peuples celtes et germains ; pour Lucius de Tongres, elle couvrait l'Ardenne et au moins une partie du Hainaut et s'étendait jusqu'au Jura ; Dans un chapitre intitulé (Chap LXXVIII du livre III de l'Histoire de Hainaut (p 47), ; Jacques de Guyse réconcilie l'hypothèse de Lucius de Tongres avec la description de César, en commentant comme suit la localisation faite par Jules César : Jacques de Guyse, Jean Lefevre, Histoire de Hainaut, tome III, traduite en français, avec le texte latin en regard, et accompagnée de notes (le texte est publié la première fois sur deux manuscrits de la bibliothèque du Roi) [by marq. Fortia d'Urban. With] Suppl. Annales de Hainaut, par Jacques de Guyse, Jean Lefevre, Imprimerie de H Fournier, rue de Seine, . A Paris, chez A. Sautelet et Cie, Libraires, Place de la Bourse. A Bruxelles, chez Arnold Lacrosse, Imprimeur-Libraire, M DCCC XXVII (période couverte : depuis la guerre du consul Fabius contre les Arvernes, l'an 121 avant notre ère jusqu'à, la défaite de Quintilius Varus, l'an 9 de notre ère.).

Étymologie

Il pourrait avoir un lien avec celui du peuple des Hercuniates ou plus probablement des Herciniens, peuple belge évoqués par le chroniqueur et historien médiéval Jacques de Guyse qui évoque un roi saxon, Ansanorix. J. de Guyse dit d'Ansanorix qu'après avoir subjugué le royaume des Belges et avant de retourner dans son pays, ce roi saxon a publié un édit général :

Une autre hypothèse rapproche le mot hercynien d'un mot celtique * Ercunia issu d'une racine indo-européenne * perkʷu- signifiant « chêne », qu'on retrouve également dans le latin quercus et le lituanien perkūnas. On trouve en gotique la forme fairguni qui signifie « montagne » et une forme latinisée Fergunna issue du germanique et désignant les Monts métallifères au Moyen Âge.

Les encyclopédistes du avaient fait une autre hypothèse : hercynien pourrait dériver du mot allemand Harz. On lisait par exemple dans l'''Encyclopédie méthodique de géographie moderne de 1782 :

En latin hercinia sylva, vaste forêt de la Germanie, dont les anciens parlent beaucoup, & qu'ils imaginoient traverser toute la Celtique. Plusieurs auteurs frappés de ce préjugé, prétendent que les forêts nombreuses que l'on voit aujourd'hui en Allemagne, sont des restes dispersés de la vaste forêt Hercynienne : mais il faut remarquer ici que les anciens se sont trompés, quand ils ont crû que le mot hartz étoit le nom particulier d'une forêt ; au lieu que ce terme ne désignoit que ce que désigne celui de forêt en général. Le mot arden, d'où s'est formé celui d'Ardennes, & qui n'est qu'une corruption de hartz, est pareillement un terme générique qui signifie toute forêt sans distinction. Aussi Pomponius Mela, Pline, & César se sont abusés dans leurs descriptions de la forêt Hercynienne. Elle a, dit César, douze journées de largeur ; & personne, ajoute-t-il, n'en a trouvé le bout, quoiqu'il ait marché soixante joursVoir page XXX de l’Encyclopédie méthodique de géographie moderne imprimée à Paris, M DCC. LXXXII (1782), Chez Plomteux, Imprimeur des états (...)..

Le toponyme Ardennes se rattache à toute une série connue par ailleurs en France. Ardenne (Calvados ), Ardenais (Cher ), Ardres (Pas-de-calais ) composés avec l'élément celtique ard « haut » (cf. vieil irlandais et artuas sur une inscription gauloise, ainsi quArduenna, nom d'une déesse celtique )Albert Dauzat et Ch. Rostaing, Dictionnaire étymologique des noms de lieux en France, Librairie Guénégaud, Paris .. Le terme allemand Harz d'un primitif * hart n'a pas d'étymologie connueDas Herkunftswörterbuch, Duden Band 7, Dudenverlag.. Le Hartz ou le Harz, région d'Allemagne, dérive du nom d'une tribu germanique qui peuplait la région, les Harudes. Cependant, il est possible que le Harz dérive du nom de Hercinia et non l'inverse.

On peut toutefois noter que la géologie fait référence depuis plusieurs siècles à un ensemble montagneux appelé « Plissement Hercynien ». Ce terme désigne grosso modo le bourrelet européen constitué au nord par le massif du Hartz, à l'est par les Alpes, y compris les Alpes austro-italiennes, au sud par le massif corse, et à l'ouest par le Massif Central , voire les Pyrénées. Il englobe aussi les Vosges et les Ardennes. Le terme de « plissement hercynien » semble être apparu vers le milieu du , se basant sur le mot français « hercynien » attesté par le dictionnaire étymologique de 1721. Sa définition et les hypothèses quant à sa formation ont cependant beaucoup évolué au cours des dernières décennies.

Sources historiques

Alors qu'une partie significative des forêts d'Europe de l'Ouest est déjà défrichée au profit de l'agriculture, Jules César dans un chapitre consacré à la description des Germains, l'un des peuples qu'il combat lors de sa conquête de la Gaule, évoque « les terres les plus fertiles de la Germanie », qu'il situe « près de la forêt Hercynienne », qui précise-t-il lui « paraît avoir été, par la renommée, connue d'Ératosthène et de quelques autres Grecs, sous le nom d'Orcynie. » Ces terres ont selon lui été envahies par les Volques et les Tectosages, qui s'y fixèrent dans le passé et qui jusqu'à son époque s'y sont maintenues en jouissant d'une « grande réputation de justice et de courage ».

César la décrit comme suit : La largeur de cette forêt d'Hercynie, dont il vient d'être fait mention, est de neuf journées de marche accélérée, et ne peut être autrement déterminée, les mesures itinéraires n'étant point connues des Germains. Elle prend naissance aux frontières des Helvètes, des Némètes et des Rauraques, et s'étend, en suivant le cours du Danube, jusqu'aux pays des Daces et des Anartes : de là elle tourne sur la gauche, en s'éloignant du fleuve ; et, dans son immense étendue, elle borde le territoire d'une foule de nations ; il n'est point d'habitant de ces contrées qui, après soixante jours de marche, puisse dire avoir vu où elle finit, ni savoir où elle commence.

Pomponius Mela, premier géographe romain dont l'histoire ait gardé trace, dans sa Description de la Terre, au début de notre ère, écrit : Le sol est entrecoupé d’une multitude de fleuves, hérissé de montagnes, et en grande partie impraticable à cause des bois et des marais. Ses plus grands marais sont le Suesia, l’Estia et le Melsiagum ; ses forêts les plus étendues sont l’Hercynie, et quelques autres, qui ont aussi un nom ; mais, comme celle-là couvre un terrain de soixante jours de marche, et qu’elle est la plus considérable, elle est aussi la plus connueDescription de la Terre, III, 3..

Tite-Live, dans son Histoire Romaine, lorsqu'il évoque deux chefs gaulois qui ont vécu plus de quatre cents ans avant César insiste sur la barrière des Alpes et ne parle pas d'une forêt hercynienne mais des « forêts hercyniennes »Histoire Romaine, V, 34., ce qui est peut-être un indice pouvant laisser penser que la forêt n'est pas homogène mais composée de plusieurs massifs, ou qu'elle est déjà fragmentée par des voies de circulation gauloises et des abattis y permettant l'agriculture. Le sort assigna à Segovesos (ou Ségovèse) les forêts hercyniennes; à Bellovesos (ou Bellovèse), les dieux montrèrent un plus beau chemin, celui de l'Italie. Il appela à lui, du milieu de ses surabondantes populations, des Bituriges, des Arvernes, des Héduens, des Ambarres, des Carnutes, des Aulerques ; et, partant avec de nombreuses troupes de gens à pied et à cheval, il arriva chez les Tricastins. Là, devant lui, s'élevaient les Alpes.

Comme les autres grandes forêts, elle semble avoir souvent abrité plusieurs peuples gaulois, au moins sur ses abords, et aussi les populations ou individus qui fuyaient les invasions ou les attaques des légions romaines.

De nombreuses tribus et peuples vivent autour de cette forêt, voire à l'intérieur de celle-ci, notamment dans un canton fertile situé en son centre, nous explique StrabonStrabon Géographie, VII, 1, 3, 5 : « Il s'en faut bien pourtant que ces montagnes de la Germanie atteignent à l'immense altitude des Alpes. C'est dans cette partie de la Germanie que s'étend la forêt Hercynienne, et que se trouve répandue la nation des Suèves. Quelques tribus suéviques, celle des Quades notamment, habite l'intérieur même de la forêt » Strabon précise qu'« on y rencontre aussi Buiaemum, cette résidence du roi Marobod, qui, pour la peupler, y a transplanté naguère différentes tribus, celle entre autres des Marcomans, ses compatriotes » (..) « La plus remarquable de ces forêts, la forêt Hercynienne, couvre de ses hautes et épaisses futaies les pentes abruptes de tout un massif de montagnes, cercle immense ayant pour centre ce canton fertile et peuplé dont nous avons parlé plus haut, qu'avoisinent les sources de l'Ister et du Rhin, le lac situé entre deux et les marais formés par les débordements du Rhin. Le circuit de ce lac est de plus de 500 stades, et sa traversée en ligne droite de près de 200. Il s'y trouve en outre une île dont Tibère fit sa base d'opérations dans le combat naval qu'il livra aux Vindéliciens. Ajoutons que le dit lac se trouve, être, comme la forêt Hercynienne elle-même, plus méridional que les sources de l'Ister, et qu'il faut nécessairement, quand on vient de la Gaule et qu'on veut traverser la forêt Hercynienne, franchir d'abord le lac, puis l'Ister, après quoi des chemins plus faciles vous conduisent par une suite de plateaux ou de hautes vallées jusqu'au cœur de la forêt. Tibère avait laissé le lac à une journée de marche derrière lui, quand il rencontra les sources de l'Ister. Bordé dans une faible partie de sa circonférence par les Rhétiens, le même lac l'est sur un espace beaucoup plus étendu par les Helvètes et les Vindéliciens. [Puis, aux Vindéliciens du côté de l'E. succèdent les Noriques) et le désert des Boïens, lequel s'étend jusqu'à la Pannonie ».

Un peu plus loin, le même Strabon préciseStrabon, Géographie, VII, 3, 1 : « Pour ce qui est de la Germanie méridionale au-delà de l'Elbe, nous dirons qu'elle se trouve, dans la partie du moins qui touche au fleuve, encore occupée par des tribus Suéviques, mais qu'aux Suèves succèdent bientôt les Gètes. Le pays qu'habitent ceux-ci commence par être fort resserré : bordé au midi par l'Ister, il longe du côté opposé les montagnes de la forêt Hercynienne, qui y projette même quelques contreforts, après quoi il s'élargit et s'étend vers le Nord jusqu'au pays des Tyragètes. Nous ne pouvons pas malheureusement déterminer avec précision la limite qui sépare les deux peuples. On est si ignorant de la topographie de ces contrées qu'on a admis l'existence des Monts Riphées et des Hyperboréens et pris au sérieux cette double fiction des mythographes, ainsi que les mensonges du Massaliote sur les pays qui bordent l'Océan boréal, mensonges à vrai dire habilement déguisés sous un grand appareil de science astronomique et mathématique ».