L'église Notre-Dame-en-Saint-Melaine (dénommée couramment Notre-Dame-en-Saint-Melaine) est aujourd'hui une église paroissiale située à Rennes , dans le département français d'Ille-et-Vilaine en région Bretagne. Elle est bordée sur sa façade sud par l'extrémité ouest du parc du Thabor.
Le sanctuaire est dédié à saint Melaine, considéré traditionnellement comme le premier évêque de Rennes, qui mourut ici au , puis fut enterré sur la colline du Champ du Repos à Rennes, où fut construite l'abbaye Saint-Melaine.
D'abord abbatiale, l'édifice servit de cathédrale durant la première moitié du . Entre 1803 et 1844, la cathédrale Saint-Pierre située à Rennes, volontairement démolie à la fin du et non encore reconstruite, n'était plus utilisable en tant que cathédrale ni comme sanctuaire. Étienne Célestin Enoch, évêque de Rennes, décida donc d'installer provisoirement le siège du diocèse dans l'abbatiale Notre-Dame-en-Saint-Melaine, laquelle devint ainsi pro-cathédrale, c'est-à-dire cathédrale provisoire.
Notre-Dame-en-Saint-Melaine se présente aujourd'hui comme un édifice composite de style roman et gothique, derrière une tour-clocher classique et néoclassique. Son plan est en forme de croix latine.
Aujourd’hui, l’église Notre-Dame-en-Saint-Melaine demeure un lieu de culte catholique vivant au cœur de Rennes. Une messe y est célébrée chaque jour à 18 h, tandis que la messe solennelle dominicale est célébrée à 10 h 30.
Histoire de l'édification du sanctuaire actuel L'église primitive fut construite sur la tombe de saint Melaine, évêque de Rennes à la fin du et début du . Elle fut incendiée et reconstruite deux fois, aux .
Les moines, contraints de fuir, emportèrent au avec eux le corps de leur saint patron, et vinrent se réfugier à l'abbaye de Preuilly, en TouraineVers cette même époque, une portion du corps des saints Mevennius et Judicacl était apportée du château de Thouars à Saumur..
L’église est reconstruite au . En 1026, la construction est suffisamment avancée pour que des offices y soient célébrés.
Geoffroy Grenonat, comte de Rennes, voulut rétablir l'abbaye de Saint-Melaine. Il envoya, en l'année 1054, des députés à Sigo, abbé de Saint-Florent de Saumur, pour lui demander un homme capable de rétablir le monastère dans son ancienne splendeur ; en même temps, il le soumit à l'abbé de Saint-Florent. Sigo lui envoya un de ses religieux, nommé Even. Celui-ci, voulant rendre les reliques de l'ancien fondateur à leur premier lieu de repos, s'adressa à Gervais de Belleme, évêque de Reims, qui en possédait une partie.
Rorans avait obtenu une partie des reliques de saint Melaine qu'elle conservait avec une grande vénération à ArgentréTerre qui faisait partie de son douaire.. Ce fait est connu car dans une lettreLe texte latin se trouve dans le tome I des Acta Sanctorum, 6 janvier , p. 333., Gervais de Belleme, archevêque de ReimsII avait auparavant été évêque du Mans., annonce à Even, abbé et réformateur de l'abbaye Saint-Melaine de Rennes, que, cédant enfin à ses instances, il consent à lui rendre la relique si chère à sa familleIl y a long-temps, mon cher frère, que vous m'avez prié de vous donner les reliques du glorieux confesseur saint Melaine, qui nous étaient si chères, à mon père et à moi. Vous aviez de la peine de voir vôtre maison privée de ce précieux gage et vous avez employé les prières et les sollicitations les plus pressantes pour obtenir ce que vous souhaitiez. Enfin l'on n'a pu vous refuser, et l'on espère , en récompense , que vous vous souviendrez éternellement de mon père Haimon, de ma mère Hildeburge, de monseigneur le roi Henry, et de moi. Après cela je ne doute pas qu'un aussi saint homme que vous l'êtes n'apprenne avec plaisir les miracles que Dieu a opérés par ces précieuses reliques. Je parle comme témoin oculaire d'une partie, et le reste m'a été rapporté par des personnes dont le témoignage ne me parait pas de peu de considération. J'en ferai donc le récit à votre charité , pour l'édification de ceux qui pourront lire ceci. « Mon aïeule Rorans, demeurant dans le pays du Maine, dans un lieu appelé Argentré qui était de son douaire, une partie de la maison fut brûlée par accident. On présenta les reliques aux flammes qui allaient consumer le reste et aussitôt elles s'éteignirent. Ces reliques, après la mort de Rorans , passèrent, avec les terres de son douaire, en la possession de Haimon, fils de son fils , et mon père, qui transporta les reliques à sa terre de Château-du-Loir..
La datation de l’abbatiale romane qui subsiste en partie, remaniée (bases de la tour du clocher-porche, parties de la nef, croisée et transepts) est débattue. Sa construction est souvent attribuée à Gervais, abbé de Saint-Melaine de 1081 à 1109, mais selon Marc Déceneux, celui-ci aurait fait reconstruire le chœur aujourd’hui disparu, les éléments subsistants présentant les caractéristiques d’un édifice du premier tiers du .
Dans la première moitié du , le carré du transept fut recouvert d'une voûte d'ogives dont le départ est encore actuellement visible.
Au , pendant la guerre de Succession de Bretagne, l’abbaye est saccagée et les moines s’installent intra-muros dans le logis dit du Petit Saint-Mélaine, rue du Chapitre.. Les arcades de la nef et les fenêtres hautes sont refaites, ainsi que le chœur. En 1432, la tour du clocher est reconstruite sur les bases romanes.
Le , les mauristes s'installent à Saint-Melaine et exécutent de lourdes modifications. alt=|vignette|Vue de l'abbaye Saint-Mélaine de Rennes au (Monasticon Gallicanum). En 1676, sous l'abbatiat de Jean d'Estrades, la façade du clocher est entièrement refaite en calcaire sculpté par l'atelier de Corbineau, célèbre sculpteur de retables lavallois, qui réalise également en 1683 un nouveau cloître, mais les chapiteaux et les colonnes de l'ancien cloître du , sont conservés au Musée de Bretagne.
L'église abbatiale Saint-Melaine devient paroissiale en 1791, l'abbaye étant supprimée. Elle est érigée en pro-cathédrale de 1803 à 1844 sous le nom de Saint-Pierre pendant la reconstruction de la cathédrale du même nom, écroulée au , puis elle redevient paroissiale à partir de 1844 sous le nom de Notre-Dame (aujourd'hui "Notre-Dame-en-Saint-Melaine").
Le curé de la paroisse, nommé Meslé (ne pas confondre avec les architectes cités infra), décide alors d'embellir son église et de faire de son sommet le point le plus élevé de Rennes, visible de toute la ville. En 1855, la tour du clocher est surélevée d'un étage supplémentaire par l'architecte Jacques Marie Mellet, père d'une célèbre dynastie, et couronnée d'une statue de la Vierge en plomb doré, œuvre de l'atelier de l'abbé Choyer à Angers. Meslé dote aussi l'église d'un buffet d'orgue en style romantique, d'un orgue réalisé par Jean-Baptiste Clauss, ancien contremaître de Cavaillé-Coll, et d'un chemin de croix peint en quatorze toiles réalisées dans un style classique, inspiré du français ou italien.
L'église fait l'objet d'une inscription au titre des monuments historiques depuis le , transformée en classement par arrêté du . Elle a été endommagée durant la Seconde Guerre mondiale puis restaurée dans les années 1960. Elle sera ensuite entretenue par des travaux en 2024 et 2025.
Architecture Extérieur La façade du clocher dessinée de façon parfaitement symétrique est en très bon état. Elle date dans son aspect actuel de 1676, et est faite en calcaire sculpté par l'atelier Corbineau de l'école lavalloiseArchitectes lavallois spécialisés dans l'édification de retables.. Une tour octogonale couronnée d'une statue de la Vierge en plomb doré surélève l'ensemble en 1855. De belles corbeilles de fruits ornent des scènes paradisiaques et partout, une multitude de chérubins entoure un moine portant une crosse, représentant sans doute saint Melaine, dans une vue allégorique.
Intérieur Architecture Malgré les transformations ultérieures, il reste de nombreux vestiges de l’édifice roman qui permettent de restituer une vaste église en croix latine à trois vaisseaux précédée d’un clocher-porche, aux grands volumes austères dépourvus d’articulation, entièrement couverts de charpente, caractéristiques du premier âge roman breton (comme l’abbatiale de Locmaria à Quimper ou l’abbatiale Saint-Sauveur de Redon). Une datation de la fin en ferait une œuvre singulièrement archaïque alors que se construisent à cette époque l’abbatiale de Sainte-Croix à Quimperlé, la cathédrale romane de Nantes et le chœur de l’abbatiale de Landévennec.
Le clocher-porche dont la base date de l’époque romane ouvre sur la nef par une arcade de plein cintre à triple rouleau.
L’ouest de la nef a conservé les larges piles rectangulaires datant du , flanquées d’un pilastre vers l’intrados et d’un contrefort plat côté collatéraux et ceinturées d’une imposte biseautée. Elles portaient des arcades de plein cintre à double rouleau, retaillées en arc brisé ultérieurement. Au dessus, le haut mur nu était percé de fenêtres au rythme indépendant de celui des arcades. L’une d’elles, rebouchée, est visible sous l’enduit dans le mur nord. Les trois travées à l’est de la nef sont supportées par des piliers flanqués de quatre colonnes engagées datant de la campagne de restauration du , tout comme les petites fenêtres hautes en arc brisé.
La croisée du transept romane est globalement préservée sur trois côtés (il manque le côté ouest donnant sur le chœur). Au débouché de la nef, elle est marquée par un grand arc diaphragme outrepassé à double rouleau reposant sur de hautes piles complexes, surmonté de deux baies de plein cintre géminées et de deux oculus. À son revers, on voit la trace du voûtement du carré de transept au . Les arcades latérales donnant sur les bras du transept sont moins hautes et ont également un profil outrepassé.
Les bras du transept, de même hauteur que la nef, ont conservé une grande partie de leurs fenêtres romanes de plein cintre et leurs oculus, mais des grandes fenêtres à remplage y ont été percées au .
Le chœur roman était aussi large que la nef et entouré de bas-côtés communiquant avec les bras du transept par des arcades de plein cintre à double rouleau toujours existantes. On en ignore le plan. Il a été remplacé au par le profond chœur gothique flanqué de collatéraux. Son élévation reproduit les dispositions de la partie est de la nef et s’achève sur un chevet plat percé d’une grande fenêtre à remplage.
Les vitraux Des vitraux anciens de l'édifice soufflés au cours de la Seconde Guerre mondialeRapports d'activité du XXVe corps d'armée allemand en occupation en Bretagne, 13 décembre 1940-20 novembre 1944, texte présenté, traduit et annoté par le commandant Even. Service historique de l'armée de terre, p. 192, 1978., lors du bombardement de la ville, le Extrait du rapport municipal, Archives municipales de Rennes, 6H23. qui toucha notamment le Thabor, subsiste, au chevet du collatéral nord, une verrière caractéristique de la production du . Les vitraux sont remplacés dans les années 50 par de simples verres colorés.
La grande baie du transept sud s'orne d'un vitrail de huit mètres de hauteur et quatre mètres de largeur évoquant "La Translation (reliques) de la dépouille du saint évêque Melaine arrivant aux portes de la ville de Rennes par la Vilaine" alors que les laïcs et clercs se prosternent sur son passage. Elle est accompagnée de l'inscription " Corpus Melani Rhedonas Honorifica DXXX" - Le corps de saint Melaine honoré par les Rennais en l'an 530.