Le siège de la citadelle d'Anvers eut lieu du au , lors de la guerre belgo-néerlandaise.
Il fait suite à la retraite des forces armées néerlandaises après leur défaite lors de la campagne des Dix-Jours, dès le . Celles-ci avaient quitté le jeune territoire belge à l’exception notable de plusieurs garnisons laissées dans certaines forteresses, dont la citadelle d'Anvers dirigée par le général David Chassé.
En vertu des traités signés lors de la conférence de Londres, la France intervient alors une nouvelle fois en Belgique en y envoyant l'Armée du Nord, commandé par le maréchal Étienne Maurice Gérard, dans le but de chasser les dernières troupes néerlandaises d'Anvers. Après le refus de reddition, les français assiègent la forteresse pendant jusqu'à la capitulation des forces néerlandaises.
C'est la dernière bataille officielle de la guerre et les pourparlers diplomatiques qui s'ensuivent, avec la signature de la convention de Londres, jettent les bases de la paix, finalement signée lors de la convention de Zonhoven le .
Contexte
Révolution et indépendance belge
Les tensions politiques et culturelles dans le royaume uni des Pays-Bas déclenchent la révolution belge le avec l'insurrection de 1830 dans les Pays-Bas méridionaux, qui mène rapidement à l'indépendance de la Belgique, proclamée le puis au déclenchement de la guerre belgo-néerlandaise.
Le bombardement d'Anvers de 1830
vignette|Le général d'infanterie David Chassé était le commandant des forces armées néerlandaises stationnées dans la citadelle d'Anvers lors du bombardement de la ville en 1830, ainsi que lors du siège de 1832. Les insurgés belges chassent d'abord les forces armées du Royaume uni des Pays-Bas de Bruxelles lors de l’épisode des Journées de Septembre puis les poursuivent vers la frontière entre la Belgique et les Pays-Bas, au travers de la Flandre. Le , les troupes de volontaires belges entrent dans Anvers, défendue par sa citadelle qui abrite le quartier général de la afdeeling, dirigée par le général d'infanterie David Chassé. Pour éviter les combats de rue, celui-ci ordonne à ses troupes de se retirer dans la citadelle et conclut un cessez-le-feu avec le commandement belge. Les volontaires belges, peu disciplinés, ne respectent pas la trêve et, le au matin, se remettent à tirer sur les « Hollandais ». Chassé répugne à bombarder la ville, mais son supérieur, Bernard de Saxe-Weimar-Eisenach le lui ordonne, . Les bâtiments échelonnés le long des quais dans l'Escaut, et sur lesquels on tire, répondent par des bordées et, à ce signal, le feu commence depuis la forteresse Tête de Flandre et depuis la citadelle, où le général Chassé fait arborer le drapeau noir. Le bombardement dure depuis quatre heures jusqu'à plus de dix heures du soir, touchant particulièrement le quartier de Saint-André. Cet acte, qui cause de graves dégâts et coûte la vie à ., reçoit l'approbation du roi des Pays-Bas, Guillaume , qui envoie au général Chassé la grand-croix de l'ordre militaire de Guillaume.
Par ailleurs, à l'exception du mouvement orangiste, la population d'Anvers abandonne toute la sympathie qu'elle peut encore avoir envers le régime néerlandais et le Congrès National vote le décret constitutionnel du 24 novembre 1830 qui exclu à perpétuité les membres de la maison d'Orange-Nassau du trône de Belgique.
Armistice puis reprise des combats
Le , les grandes puissances européennes se saisissent du problème et se réunissent lors de la conférence de Londres, imposant, dès le jour même, un armistice aux deux belligérants. Toutefois, Guillaume , tente de reprendre ses territoires en envahissant la Belgique l'année suivante lors de la campagne des Dix-Jours, qui se tient du 2 au . En vertu des traités et protocoles contractés lors de la conférence de Londres, le nouveau roi des Belges, Léopold , fait appel à l'aide de la France qui s'était portée garante de la neutralité et de l'inviolabilité de la Belgique. Avec la première intervention de l'Armée du Nord commandée par le Maréchal Étienne Maurice Gérard, la coalition franco-belge remporte la victoire et les armées néerlandaises se retirent du jeune Royaume.
Toutefois, Guillaume refusait toujours de reconnaitre l'indépendance de la Belgique et de signer le traité officiel de partage des deux pays, le . Il pensait la Belgique non viable et que ce ne serait qu'une question de temps pour que celle-ci ne s'effondre et ne repasse sous son giron. En conséquence de quoi, il laissa une garnison dans plusieurs forteresses, notamment celle de Maastricht mais aussi dans celle d'Anvers. Cette présence néerlandaise sur son territoire était inacceptable pour la Belgique, mais son armée n'avait toutefois pas les moyens de les en déloger.
Déroulement vignette|gauche|Vue de la citadelle d'Anvers après le bombardement de 1832 (Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique). Lassée de la situation, la Belgique requiert une nouvelle fois l'aide de la France pour chasser les Néerlandais de la citadelle d'Anvers. L'Armée du Nord et le Maréchal Étienne Maurice Gérard revient dès le , dans le but d'assiéger la forteresse avec environ .
Initialement le Maréchal Gérard avait voulu mener le siège seul, craignant les débordements des volontaires qui seraient susceptibles de contaminer les populations au-delà même des frontières belges. C'est que l'époque était troublée, on l'avait vu en France où la deuxième révolution avait renversé le dernier roi de France, Charles X. On le voyait en Prusse où l'opinion fermentait, comme en Pologne où l'insurrection de Novembre se faisait écraser par les Russes. Mais la jeune armée belge, progressivement reformée et rééquipée, s'en alla défendre les digues de l'Escaut, au nord d'Anvers, empêchant les Néerlandais de les faire sauter et allait harceler la Marine royale néerlandaise qui tentait de secourir la ville. Les Français aménagèrent leurs positions du au . Le , le maréchal Gérard somme le général Chassé, qui commande toujours la citadelle, de la lui livrer, mais ce dernier refuse. Les Français commencent alors le siège et le 4, ils débutèrent le bombardement de la citadelle avec d'artillerie. Au feu des Français, les Néerlandais répondirent avec férocité et précision.
Le , les hommes du Maréchal attaquèrent l'ouvrage appelé « lunette Saint-Laurent » dont une brèche avait été ouverte grâce à des travaux de sape. L'assaut fut mené par le de ligne qui s'empara de l'ouvrage. Quelques Néerlandais furent tués ou blessés, 60 furent capturés. Le dernier épisode du siège eut lieu le au matin, le jour même de la reddition, lorsque les garnisons néerlandaises des forts de Lillo et de Liefkenshoek (que les Français se contentaient de surveiller) tentèrent une sortie contre la digue de Doel, tenue par la division Sebastiani. Après un vif combat, les Néerlandais sont repoussés avec de fortes pertes. Cette dernière action coûta et une quarantaine de blessés aux Français.
Il fallut au spécialiste français des sièges, le général Haxo, pour faire céder le général néerlandais qui capitula le , estimant qu'il avait fait une démonstration de force. Le chef d'escadron Pierre Nicolas Gannal, frère de l'inventeur Jean-Nicolas Gannal est mort au cours de ce siège en 1832, décapité par un boulet tiré par les Néerlandais assiégés dans la citadelle, en présence du duc d'Orléans, Ferdinand-Philippe Gallica, in Quelques traits de la vie du prince royal, Paris, 1843..
Aspects tactiques vignette|La citadelle d'Anvers à l'époque. Alors que depuis plusieurs décennies, les tactiques de siège de forteresses à la Vauban se résumaient à la méthode des sapes et parallèles, entraînant habituellement la capitulation du fort assiégé peu de temps après que les fortifications furent percées, l'Armée du Nord eut l'idée d'employer pour l'une des premières fois des mortiers, utilisant à la fois cette arme de manière massive et dans des dimensions exceptionnellesLe « mortier monstre », engin envoyant des projectiles de , utilisé pour le siège, venait d'être mis au point par le général Paixhans.. À la différence des canons et mousquets qui ont un tir tendu (ou par ricochet), les mortiers permettent des tirs paraboliques qui survolent les fortifications pour bombarder directement l'intérieur d'une citadelle ou d'une ligne fortifiée.
Forces en présence Forces françaises vignette|Mortier de gros calibre utilisé lors du siège d'Anvers. vignette|Le duc de Nemours et le maréchal Gérard dans la tranchée de la citadelle d'Anvers en décembre 1832. Peinture d'Amédée Faure de 1837. Avant-garde L'avant-garde était commandée par le Duc d'Orléans, Ferdinand-Philippe d'Orléans et composée de trois régiments : Le d'infanterie légère Le de hussards Le de lanciers
Infanterie Quatre divisions d'infanterie : La division d'infanterie, commandée par le général Tiburce Sébastiani : Brigade Harlet : d'infanterie légère d'infanterie de ligne Brigade de Rumigny : d'infanterie de ligne d'infanterie de ligne
La division d'infanterie, commandée par le général Achard : Brigade Castellane : d'infanterie légère d'infanterie de ligne Brigade Voirol : d'infanterie de ligne d'infanterie de ligne
La division d'infanterie, commandée par le général Jamin : Brigade Zœpfel : d'infanterie légère d'infanterie de ligne Brigade Georges : d'infanterie de ligne d'infanterie de ligne, commandé par le colonel Mocquery
La division d'infanterie, commandée par le général Fabre : Brigade Rapatel : d'infanterie de ligne d'infanterie de ligne Brigade d'Héricourt : d'infanterie de ligne d'infanterie de ligne
Cavalerie Deux brigades et deux divisions de cavalerie : La Brigade Lavoestine : de chasseurs de chasseurs
La Brigade Simonneau : de chasseurs de hussards
La Division Dejean : Brigade de Rigny : de chasseurs de hussards Brigade Latour-Maubourg : de dragons de dragons, commandé par le colonel de Galz de Malvirade
La Division Gentil de Saint-Alphonse : Brigade Villate : de cuirassiers de cuirassiers Brigade Gusler : de cuirassiers de cuirassiers
Réserve Une cinquième division, dite de réserve, formée à Valenciennes, Lille et Maubeuge :
Elle était commandée par le général Schramm qui avait sous ses ordres les généraux Rullière et Durocheret et composée du d'infanterie de ligne. Le général Haxo commandait le génie. Le général Neigre commandait l'artillerie.
Forces néerlandaises
Victimes
Parmi les victimes notoires dont la mort est causée par le siège, l'on retrouve : Nicolas von Gumoëns, colonel néerlandais d'origine suisse, décédé des suites de ses blessures le à l'hôpital d'Anvers ;
Mémoire et notoriété vignette|gauche|Monument rappelant le souvenir des soldats français morts durant le siège de la citadelle d'Anvers en 1832. (Tournai, place de Lille). Léopold donna plusieurs canons de différents calibres à la France et le maréchal Gérard reçut une épée d'honneur offerte par le roi et le gouvernement belge en témoignage de reconnaissance. Un Monument français, fut sculpté en 1897 et érigé à Tournai pour célébrer la mémoire des soldats français tombés pour la prise d'Anvers en 1832. Il se trouve là en raison du refus de la ville d'Anvers d'accueillir ce monumentLa ville de Tournai fut choisie pour deux raisons. Parce qu’Anvers n’a pas accédé au souhait émis en 1894 par des bourgeois bruxellois d’y faire ériger un monument en l’honneur des français tués, blessés ou restés invalides durant le siège en 1832. Et ensuite parce que la ville de Tournai a accédé au souhait du Comité bruxellois auquel s’était joint un Comité tournaisien, du fait que c’est par Tournai que le corps expéditionnaire français était entré en Belgique pour aller assiéger Anvers. Hommage aux soldats français, discours d’André BRUNEAU, Président du Comité FNACA de Belgique, ..