Le royaume d'Italie (Regno d'Italia - Archivi storici - Lombardia Beni Culturali. ) est un État pré-unitaire italien créé par Napoléon . Il comprend l'Italie centre-orientale et une bonne partie du Nord, avec pour capitale Milan.
Un royaume autonome sous tutelle française Naissance Napoléon Bonaparte, qui s'est fait proclamer empereur des Français par le sénat et couronner par Pie VII, transforme la République italienne en royaume d'Italie, se nommant roi d'Italie le . Le couronnement a lieu le dans le de Milan.
Eugène de Beauharnais, fils du premier mariage de la femme de Napoléon, Joséphine de Beauharnais, à qui Napoléon se fie aveuglément et dont il est sûr de ne pas avoir à craindre les ambitions politiques, est nommé vice-roi d'Italie le . En 1806, l'Empereur adopte légalement le vice-roi Eugène pour en faire son fils adoptif, et le déclare héritier de la couronne d'Italie. Ce dernier épouse la même année la Princesse Augusta-Amélie de Bavière, fille du roi de Bavière Maximilien Ier afin de conclure l'alliance franco-bavaroise. Malgré le caractère arrangé de cette union, le mariage fut réputé heureux.
Au sud, les pays de Massa, Carrare et la Garfagnana sont cédés à la Principauté de Lucques et Piombino : celle-ci est attribuée au prince Félix Baciocchi, beau-frère de l'empereur par son mariage avec Élisa Bonaparte. Cette cession est reconnue par le sénat de Lucques le .
À la suite des défaites autrichiennes à Ulm (16-) et Austerlitz (), l'Autriche doit signer le traité de Presbourg, le , par lequel elle renonce à Gorizia, à la province vénitienne et à l'Istrie, ainsi qu'au royaume de Dalmatie : ces territoires sont unis au royaume d'Italie.
La Dalmatie est occupée par les Français à l'issue de la première campagne de Dalmatie (1806-1807) ; elle est confiée à un administrateur civil italien, le provéditeur Vincenzo Dandolo, bien qu'une certaine rivalité l'oppose à l'administrateur militaire français, le général Marmont.
Une pièce du système napoléonien Par la suite, le royaume d'Italie bénéficie de la cession de parties du Frioul oriental (région de l’Isonzo, ) et annexe la république de Raguse, rattachée à la Dalmatie (), puis les Marches enlevées au pape (). Après le second traité de Schönbrunn (), l'armée italienne, commandée par Eugène de Beauharnais, est chargée de réprimer l'insurrection du Tyrol, cette province refusant son rattachement au royaume de Bavière : en échange, l'Italie obtient la cession du Trentin perdu par la Bavière ().
Mais la création des Provinces illyriennes avec pour capitale Ljubljana en , rattachées directement à l'Empire français, enlèvent à la souveraineté italienne l'Istrie, la Dalmatie et les villes de Gorizia, Trieste et Raguse. La Toscane, Parme et Plaisance () et surtout le reste des États pontificaux () sont eux aussi réunis à la France, formant les départements français d'Italie.
Le royaume d'Italie, à sa plus grande extension, est divisé en vingt-quatre départements. Il fournit des contingents à la Grande Armée napoléonienne, notamment pendant la campagne de Russie (1812) où les troupes italiennes, commandées par Eugène de Beauharnais, forment la plus grande partie du Corps.
Armée du royaume d'Italie
Éclatement de l'Empire napoléonien
Reprise de la guerre contre l'Autriche (1813-1814) vignette|100px|gauche|Période napoléonienne, monnaie de 40 lires.
En , Napoléon rentre de Russie avec une armée considérablement réduite et épuisée. Au cours de ce mois, la Prusse se déclare neutre, puis s'allie le à la Russie et au Royaume-Uni, formant la sixième Coalition. L’Autriche adhère seulement le et participe à la victoire de Leipzig du 16 au . Napoléon s'en retire en ordre et traverse le Rhin, laissant derrière lui plusieurs places fortes pour ralentir l'avancée ennemie.
En août, l’Autriche a organisé une armée pour envahir l'Italie, la confiant au feld-maréchal Hiller. Il a, face à lui, une armée franco-italienne dirigée par Eugène de Beauharnais, vice-roi du royaume d'Italie. Ce dernier, sur instruction de l'Empereur, est rentré à Milan le et s'est employé à reconstituer l'armée en prévision de la probable adhésion de l'Autriche à la coalition anti-française.
Malgré les fortes pertes subies pendant la campagne de Russie, Eugène de Beauharnais réussit à mettre sur pied une armée bien organisée qui se compose de presque hommes.
vignette|droite|Eugène de Beauharnais peint par Andrea Appiani.
Le , le vice-roi Eugène de Beauharnais sort de Milan pour rejoindre les unités déployées contre l'Autriche, qui entrera en guerre quinze jours plus tard. Le gros de l'armée franco-italienne est encore en préparation, et le vice-roi ne peut empêcher l'armée autrichienne, commandée par le feld-maréchal Radivojevich, d'avancer dans les Provinces illyriennes. Le vice-roi se retire derrière le fleuve Isonzo, tandis qu'un corps autrichien marche vers la Dalmatie, assiégeant la place-forte de Raguse.
À la suite de la bataille de Leipzig (du 16 au ) et de la défection du royaume de Saxe, faisant suite à celle du royaume de Bavière, un second petit corps autrichien commandé par le feld-maréchal pénètre, en novembre, dans le Haut-Adige sans être inquiété et menace Eugène. Une fois encore, le vice-roi recule, se repliant sur la ligne de l'Adige. Les Autrichiens en profitent pour reprendre la Vénétie et attaquer Vérone.
Les deux replis ont permis à Eugène de gagner du temps pour absorber les soutiens qui arrivent petit à petit. Il attend, de plus, l'arrivée de l'armée du royaume de Naples commandée par Murat, peut-être le meilleur commandant de cavalerie de l'époque. Ce dernier a été envoyé à Naples par Napoléon au lendemain de la bataille de Leipzig pour réorganiser l'armée napolitaine et l'emmener se joindre à celle d'Eugène sur l’Adige.
Au cours de la campagne de Russie, les divisions du royaume d'Italie et du royaume de Naples se sont comportées valeureusement ainsi qu'à la bataille de Leipzig. Pendant que les troupes des armées allemandes désertent, en commençant par celles de Bavière, les troupes italiennes se montrent solides. La division Fontanelli se met en évidence : elle réussit lors de la bataille de Leipzig à conserver Lindenau, maintenant ouverte l'unique voie de retraite à ce qui reste de la Grande Armée.
Napoléon, informé de ce comportement, sait que seules l'Italie et la France n'ont pas déserté. Son unique espoir est de recréer une grande armée en France et une seconde en Italie, plus modeste mais proportionnée à la hauteur de la menace autrichienne.
Les plans doivent permettre l'union à l'armée d'Eugène des hommes de Murat en s'appuyant sur les forteresses de Peschiera et Mantoue, ainsi qu'aux hommes laissés à l'arrière en garnison à Venise-Mestre, Legnago, Palmanova et Osoppo, et Napoléon a la possibilité de tenir l'Italie du nord.
Les deux généraux sont en place depuis dix ans dans les deux royaumes qui se reconnaissent en eux. Ce sont deux fidèles de Napoléon, respectivement beau-frère et fils adoptif de l'empereur des Français. De plus, ils font preuve d'excellentes qualités militaires.
Les intentions de l'empereur deviennent explicites quand, le , depuis l'Allemagne, il envoie la division Fontanelli, avec d'autres divisions italiennes subsistantes de la Grande Armée, pour rejoindre Eugène. Il les congédie avec les mots suivants :
De toute évidence, il a besoin d'eux. vignette|gauche|220px|Gaetano Monti, Napoleon couronné Roi d'Italie (1807).
Quant à l'état d'âme de l'armée du royaume d'Italie et du royaume de Sicile, une phrase de Cesare Balbo la résume : « Ce n'est pas l'indépendance, c'est vrai, mais nous n'en avons jamais été aussi près ».
Le dispositif conçu par Napoléon et mis en place par Eugène est important et s'appuie sur les forteresses de Peschiera au nord, Mantoue au centre et Legnago au sud-est, qui barrent la route de Milan. Il s'agit des futures forteresses du quadrilatère, bien que Vérone dispose de peu de fortifications vers le nord/nord-est, largement détruites en 1801.
Au-delà de l’Adige, les franco-italiens sont retranchés dans les forteresses de Palmanova, Osoppo et surtout Venise-Mestre, avec une forte garnison et une petite flotte (les Autrichiens en sont privés) qui s'appuie sur l'arsenal que Napoléon avait fait aménager dans les années précédentes.
Il s'agit de positions extrêmement puissantes, comme les événements qui vont suivre vont le montrer. Venise résistera plus d'un an au siège autrichien de 1848-49. Palmanova et Osoppo sont les dernières à céder avant le siège de Venise. Autour des forteresses du quadrilatère, qui seront aux mains des Autrichiens, se déroulera la première, la seconde et aussi la troisième guerre d'indépendance italienne. Sans compter que Mantoue, en 1797, avait résisté pendant neuf mois au siège du jeune général Bonaparte.
thumb|Le comte Heinrich de Bellegarde (1757–1845). À la mi-, Vienne remplace le commandant de l'armée d'Italie, le feld-maréchal Hiller, par le feld-maréchal Bellegarde, lequel se trouve en excellente position pour obtenir le commandement puisqu'il est, depuis août, président du conseil aulique de la guerre.
Parallèlement, Vienne cherche à obtenir des soutiens en Italie, avec des proclamations comme celle du général Nugent, du , à Ravenne :
Mais Eugène se renforce de jour en jour avec des recrues italiennes, et il attend l'arrivée des troupes napolitaines de Murat au moment où l'Autriche doit engager ses meilleures troupes dans la campagne de France.
L'évolution du rapport de forces fait qu'ayant atteint l’Adige, les Autrichiens ne cherchent même pas à affronter l'armée franco-italienne. Les événements se succèdent rapidement sur le front français, où les coalisés avancent sur plusieurs fronts. Le Prussien Blücher et l'Autrichien Schwarzenberg, à partir du , franchissent le Rhin, tandis qu'une autre armée autrichienne, traversant la Suisse, avance vers Genève et entre par la vallée du Rhône. Les Autrichiens ne peuvent risquer leurs forces dans l'occupation du royaume d'Italie avant la reddition de Napoléon en France. Dans le cas contraire, au terme des hostilités, Eugène aurait pu négocier des conditions qui auraient empêché l'annexion de Milan et Venise à l'Autriche.
Défection du royaume de Naples de Joachim Murat vignette|200px|gauche|Le roi Murat, par Heinrich Schmidt (1814). Vienne joue alors une partie diplomatique visant à soumettre ses adversaires sans mobiliser trop d'hommes sur le front italien. Les émissaires promettent à Joachim Murat qu'il pourrait conserver le royaume de Naples, Eugène le royaume d'Italie avec la Lombardie, l'Émilie-Romagne et les Marches (mais sans la Vénétie et le Trentin, destinée à Vienne).
Eugène, bien que gendre du roi de Bavière refuse l'offre autrichienne le . Cette décision est attribuée à sa volonté de rester fidèle jusqu'à la fin à Napoléon, son père adoptif. D'autre part, l'armée du royaume d'Italie est en grande partie composée d'officiers français et il est peu probable que ceux-ci acceptent de combattre contre leur mère patrie. Cela aurait eu aussi pour conséquence de renoncer à la ligne de défense sur le Mincio et de permettre aux Autrichiens de transiter par la Lombardie pour rejoindre la France. De plus il y a lieu de craindre l'Autriche car elle fait valoir ses droits sur le duché de Milan et sur la république de Venise, elle n'y a renoncé qu'en raison de la puissance de Napoléon.
Murat, par contre, gouverne un royaume de Naples qui n'est pas directement sous la visée expansionniste autrichienne et il sait que les Habsbourg ne risqueront pas leurs intérêts pour soutenir la branche cadette des Bourbon qui depuis leur exil à Palerme, revendiquent leurs droits sur Naples. En fait les Bourbons d'Espagne ont récupéré leur trône, ceux de France vont le récupérer, il n'est pas indispensable de faire une faveur à une maison depuis toujours ennemie des Habsbourg