La Grande Illusion est un film français, réalisé par Jean Renoir et sorti en 1937. Ce film est considéré comme un chef-d'œuvre du cinéma mondialNomination aux Oscars en 1939..
Synopsis
Pendant la Première Guerre mondiale, l'avion du lieutenant Maréchal et du capitaine de Boëldieu est abattu par le commandant von Rauffenstein, un aristocrate connaissant par hasard la famille du capitaine de Boëldieu. Les deux officiers français sont envoyés dans un camp en Allemagne. Là, ils retrouvent de nombreux officiers prisonniers français, britanniques et russes issus de différents milieux sociaux. Ensemble, les prisonniers organisent différentes activités, partagent leurs maigres ressources et vivent au rythme des nouvelles de l'armée française qui prend et perd successivement des positions sur le front nord, notamment lors de la bataille de Douaumont. La chambrée, outre Maréchal et Boëldieu, regroupe également le lieutenant Demolder, un amoureux des lettres, le lieutenant Rosenthal, fils d'une riche famille juive dans les finances, un ingénieur du cadastre et Cartier, un lieutenant populaire et volubile issu des cabarets parisiens. Ils décident de s'échapper de l'Oflag en creusant un tunnel dans des conditions périlleuses. Le jour même de leur évasion, le sort veut qu'ils soient transférés dans un autre camp.
Les mois passent. Maréchal et Boëldieu, après diverses tentatives d'évasion avortées, sont transférés dans un ultime camp fortifié en montagne, où ils ont la surprise de découvrir qu'il est dirigé par von Rauffenstein, maintenant infirme après une grave blessure et inapte au combat. Ils retrouvent également, par hasard Rosenthal. Les deux officiers aristocrates se respectent et fraternisent courtoisement, ayant en commun leur milieu et leur éducation, sous le regard de Maréchal l'ouvrier et de Rosenthal le fils de banquier juif. Poursuivant leur projet d'évasion, Maréchal, Rosenthal et de Boëldieu montent un stratagème raffiné pour s'échapper, mais un certain honneur personnel vis-à-vis à la fois de von Rauffenstein et de Maréchal, pousse de Boëldieu à se sacrifier pour couvrir la fuite de Maréchal et Rosenthal. L'évasion des deux compères réussit, mais de Boëldieu est abattu par von Rauffenstein, forcé par le devoir de tirer en direction de celui qui était devenu presque un ami.
Dans leur fuite vers la Suisse à travers la campagne allemande, dans le froid et la neige, affamés et épuisés, Maréchal et Rosenthal sont accueillis dans une fermette par Elsa, une jeune femme qui élève seule sa fille Lotte et mène du mieux qu'elle peut l'exploitation. Tous les hommes de la famille d'Elsa sont morts à la guerre, dans des batailles qui sont autant de grandes victoires allemandes. Rosenthal, blessé, et Maréchal décident de passer quelques semaines là pour reprendre des forces avant de reprendre leur route. Maréchal tombe amoureux d'Elsa, laquelle revit grâce à la présence des pas d'un homme dans sa maison. Le soir de Noël, ils passent la nuit ensemble. Le jour du départ arrive ; Maréchal, avec Rosenthal, reprend sa route vers la Suisse, tout en promettant à Elsa de revenir après la guerre, s'il vit toujours. Ensemble, ils franchissent finalement la frontière suisse malgré les gardes frontières allemands qui les ont aperçus. Ces derniers commencent à tirer, mais cessent immédiatement, se rendant compte qu'ils viennent de franchir la frontière.
Le scénario initial prévoyait une issue différente. En se séparant, Maréchal et Rosenthal, avant de se lancer à découvert, se disaient au revoir et se donnaient rendez-vous dans un grand restaurant parisien pour fêter la victoire. Au jour dit, les deux chaises restaient vides, sans qu'on sache s'ils avaient renoncé à continuer à fraterniser, la paix revenue, ou s'ils avaient été tués ou épargnés.
Fiche technique
Titre original : La Grande Illusion Réalisateur : Jean Renoir Scénario et dialogues : Charles Spaak et Jean Renoir Conseiller technique : Carl Koch Assistants réalisateur : Jacques Becker et Robert Rips Chef opérateur : Christian Matras Second opérateur : Claude Renoir Assistant opérateur : Jean-Serge Bourgoin et Ernest Bourreaud Ingénieur du son : Joseph de Bretagne Décors : Eugène Lourié Costumes : René Decrais Scripte : Françoise Giroud (sous le nom de Gourdji). Photographe de plateau : Sam Lévin Montage : Marguerite Renoir (nouveau montage de restauration réalisé en 1958 par Renée Lichtig) Musique : Joseph Kosma (Éditions Smyth) Directeur d'orchestre : Émile Vuillermoz Chansons : Frou-Frou de Hector Monréal et Henri Blondeau, musique d'Henri Chatau, chantée par Lucille Panis Si tu veux Marguerite de Vincent Telly et Albert Valsien, interprétée par Julien Carette Affiche : Bernard Lancy Production : Frank Rollmer et Albert Pinkévitch Directeur de production : Raymond Blondy Régisseur général : Pierre Blondy Société de production : Réalisation d'art cinématographique (RAC) Sociétés de distribution : RAC, puis Cinédis, Filmsonor Gaumont Dates de tournage : Hiver 1936-1937 Pays de production : Langues originales : français, allemand, anglais et russe Format : noir et blanc - mono - (tirage : Laboratoire Franay L.T.C) Genre : Film dramatique, Film de guerre Durée : ( pour la version de 1937 et pour la version allemande) Dates de sortie : France : (première au Marivaux à Paris) ; (première ressortie) Belgique : (Bruxelles) États-Unis : Classification CNC : tous publics, Art et essai (visa d'exploitation délivré le ). Affiches : René Ferracci, Bernard Lancy, Hervé Morvan (France)
Distribution Jean Gabin : Le lieutenant Maréchal Pierre Fresnay : Le capitaine de Boëldieu Erich von Stroheim : Le capitaine puis commandant von Rauffenstein Marcel Dalio : Le lieutenant Rosenthal Julien Carette : Cartier, l'acteur Gaston Modot : L'ingénieur au cadastre Dita Parlo : Elsa Georges Péclet : Le serrurier Werner Florian : Le sergent Kantz, dit Arthur Jean Dasté : l'instituteur Sylvain Itkine : Le lieutenant Demolder, dit Pindare Jacques Becker : L'officier anglais qui casse sa montre Habib Benglia : Le Sénégalais Pierre Blondy : Un soldat Albert Brouett : Un prisonnier Roger Forster : Maison-Neuve Georges Fronval : Le soldat allemand qui vise le capitaine de Boëldieu Karl Heil : Un officier de la forteresse Carl Koch : Un gendarme de campagne (l'ordonnance de von Rauffenstein) La petite Peters. : Lotte, la jeune fille d'Elsa Claude Sainval : Le capitaine Ringis Michel Salina Claude Vernier : L'officier prussien
Genèse du film vignette|Générique du film Le film devait initialement s'appeler Les Aventures du lieutenant Maréchal, ce personnage étant le seul présent du début à la fin. Le scénario d'origine se concentrait sur les relations du lieutenant Maréchal et du capitaine de Boëldieu.
Renoir précisa qu'il avait choisi le titre la Grande illusion ..
Le film s'inspire des récits d'évasion du Général Amand Pinsard. Jean Renoir l'a rencontré pendant la Première Guerre mondiale et ce dernier lui a sauvé la vie alors qu'il était pris en chasse par un avion allemand. Les deux hommes se perdent de vue pendant la guerre mais se retrouvent par hasard en 1934 pendant le tournage de Toni. Amand Pinsard raconte alors sa captivité en Allemagne et son évasion facilitée par le général Paul de Villelume, personnage à rapprocher du capitaine de Boëldieu.. Renoir s'inspire de ce récit pour écrire un premier scénario avec Charles Spaak. Le projet s'intitule d'abord L'évasion de Pinsard .
En 1914, quand commence la Première Guerre mondiale, Jean Renoir est maréchal des logis au de dragons sous les ordres du capitaine Louis Bossut, modèle possible du capitaine de Boëldieu.
Production
Jean Renoir a eu beaucoup de difficultés pour financer ce film et n'a pu trouver un producteur qu'avec le soutien de Jean Gabin réédité dans ..
Attribution des rôles Jean Renoir a confié les rôles principaux à trois figures emblématiques de l'époque : Pierre Fresnay en aristocrate déclinant, Jean Gabin en titi parisien gouailleur et Erich von Stroheim en officier très rigide, trait accentué par sa minerve. La présence de ce dernier a été imposée à Renoir par la production. Renoir a alors développé un personnage sur mesure pour l'acteur, avec Rauffenstein..
À la suite d'un malentendu avec Erich von Stroheim, Jean Renoir dut réécrire le scénario, alors que le tournage était commencé, pour lui donner un rôle plus important car il ne devait faire, à l'origine, qu'une apparition. À l'origine également, le rôle de Boëldieu était écrit pour Louis Jouvet.
La petite Peters, qui interprète le rôle de Lotte, ne vit jamais le film : elle décède en , emportée par une grippe quelques semaines avant sa sortie..
Sylvain Itkine, qui joue le rôle de l'officier prisonnier amateur de Pindare, a été membre d'un réseau de renseignements pendant l'Occupation ; il fut arrêté par la Gestapo en été 1944 et fusilléCommentaire du film sur le DVD..
Jouant des héros de guerre, Gabin et Fresnay vont, peu d'années plus tard, durant la Seconde Guerre mondiale, avoir des attitudes opposées l'un par rapport à l'autre. Alors que Fresnay adopte une attitude complaisante vis-à-vis de l'occupant allemand, Gabin s'engage dans les Forces françaises combattantes.
Tournage Le tournage de La Grande Illusion s'est déroulé de janvier à .. Les scènes d'intérieur ont été tournées aux studios de Billancourt et Éclair à Épinay-sur-Seine. Les scènes d'extérieur ont été tournées à Neuf-Brisach, à la caserne (quartier Walter) de Colmar, au château du Haut-Koenigsbourg, dans une ferme près de Ribeauvillé sur les hauteurs de Fréland, et à Chamonix pour la dernière séquence (sans Jean Gabin parti pour un autre film).
Claude Renoir, qui travaillait auprès de son oncle Jean Renoir depuis 1932, fut contraint de quitter le tournage en Alsace pour raisons de santé et fut remplacé durant trois semaines par son assistant, Jean-Serge Bourgoin.
Musique La trame sonore contient plusieurs mélodies, bien connues à l'époque, des cultures française, anglaise et allemande :
Frou-Frou (1897), paroles d'Hector Monréal (1839-1910) et Henri Blondeau (1841-1925), musique d'Henri Chatau (18..-1933), chantée par Lucile Panis. Frère Jacques Ma bergère ou Le pâtre des montagnes (1902 ou plus ancien), paroles de Victor Nivelet (1829-1903), musique d'Eugène Mathieu fils (1842-1907) Carette/Cartier cite le début de ce pastiche d'air tyrolien lorsque Gabin/Maréchal se fait expliquer le mécanisme de secours pour les tunneliers ("Et pi alors, y'm'ramènent par les pattes - "les pâtres des montagnes, j'aime l'air, la liberté"...) Aux bat' d'Af''' chanson d'Aristide Bruant (1851-1925), dont le refrain est chanté par Carette pendant la préparation de la fête, juste avant qu'il ne tombe nez à nez avec un garde. Der alte Dessauer, marche militaire allemande (jouée pour la première fois en 1706) ; dans le film, elle s'enchaîne avec la précédente lorsque le garde fait irruption dans la pièce. Si tu veux Marguerite (1913), paroles de Vincent Telly, musique d'Albert Valsien, créée par Fragson It's a Long Way to Tipperary La Marseillaise Il était un petit navire, joué par Boëldieu avec son pipeau, ou penny whistle, pour distraire les gardes pendant l'évasion de Rosenthal et Maréchal, qui plus tard, lors d'une altercation sur la route, se la crient l'un à l'autre. Die Wacht am Rhein Diffusion et audience