Le château de Maisons, communément appelé château de Maisons-Laffitte, situé à Maisons-Laffitte dans le département des Yvelines, est considéré comme un chef-d'œuvre de l'architecture civile du . Constituant une référence dans l'histoire de l'architecture française, et associé au nom de François Mansart, il marque la transition entre l'architecture de la renaissance tardive et celle du classicisme.
Histoire
L'histoire du domaine de Maisons-sur-Seine est très liée à celle de la famille de Longueil, une famille de parlementaires appartenant à la noblesse de robe.
Famille de Longueil (1390 à 1731) En 1390, la seigneurie de Maisons est achetée par Jean II de LongueilRacineshistoire. Frère du cardinal de Longueil, Jean II de Longueil est un homme considérable, possesseur de grands biensClaude Sauvageot, Palais châteaux hôtels et maisons de France du XV au XVIII siècle, A. Morel, 1867, tome 2, pages 35 à 38., seigneur de Varangeville, d'Offranville, etc., et du Rancher, du chef de sa femme Jeanne Bouju, dame du Rancher (1350-1430), fille de Jacques Bouju, seigneur du Rancher, conseiller au Parlement de Paris.
En 1460, Jean III de Longueil, fils de Jean II de Longueil et de Jeanne Bouju, dame du Rancher, achète d'autres terres dépendant de la seigneurie de Maisons, divisée au cours du .
En 1602, Jean VIII de Longueil se porte acquéreur de terres qui doubleront l'étendue de la seigneurie de Maisons.
Le , le dauphin de France Louis, alors âgé de sept ans, est reçu à Maisons-sur-Seine par Jean VIII de Longueil pour une collation dans le parc. Le dauphin revient en visite le . À partir de 1610, alors même qu'il est devenu roi, sous le nom de Louis XIII, il rend régulièrement visite à Jean VIII de Longueil en sa terre de Maisons à l'occasion de chasses suivies de repas ou de collations.
En 1629, René de Longueil hérite de la fortune et des biens de Jean VIII, son père. En homme politique avisé des affaires de son temps, le potentiel de la seigneurie de Maisons ne lui échappe pas : proche à la fois de la capitale royale et du château de Saint-Germain-en-Laye, résidence de chasse favorite du roi Louis XIII.
À partir des années 1640, René de Longueil consacre une partie de sa fortune, dont la conséquente dot reçue de son épouse Madeleine Boulenc de Crèvecœur (décédée depuis 1636), à la construction d'une demeure fastueuse, à même de recevoir le roi. La construction du château proprement dit s'achève vers l'année 1650, mais plusieurs autres structures et aménagements (grandes écuries, jardins, entrées du parc...) seront achevés durant les deux décennies suivantes.
Sur la foi des témoignages des contemporains, le bâtiment est attribué à l'architecte François Mansart. Aucun document ne corrobore cette attribution, en dehors d'un paiement de effectué par René de Longueil au profit de François Mansart en 1657, a priori après l'achèvement du château. Néanmoins, elle est affirmée par un pamphlet intitulé « La Mansarade » qui accuse l'architecte de s'être rendu compte, après avoir fait élever le premier étage, qu'il avait commis une erreur dans ses plans et d'avoir fait abattre tout ce qui avait été construit pour tout recommencer. Charles Perrault attribue également Maisons à François Mansart : « Le château de Maisons, dont Mansart a fait tous les bâtiments et les jardinages, est d'une beauté si singulière qu'il n'est point d'étranger qui ne l'aille voir comme l'une des plus belles choses que nous ayons en France. » Perrault souligne que l'architecte avait l'habitude de faire refaire parfois plusieurs fois certaines parties de ses bâtiments, à la recherche de la perfection.
Le , le roi Louis XIV, alors âgé de , profite de l'occasion d'une chasse en forêt de Saint-Germain pour rendre visite à René de Longueil qui le reçoit à diner en son château de Maisons. Cette visite est rendue par le souverain au seigneur de Maisons, qui est aussi capitaine des domaines de chasse de Versailles et Saint-Germain-en-Laye, à l'occasion de son accession à la surintendance des finances du royaume de France. Le roi reviendra le , pour une fête somptueuse, accompagné de son frère et de leur mère Anne d'Autriche, alors reine-régente .
Après s’être vu retirer son poste de surintendant, René de Longueil est condamné à l’exil à Maisons-sur-Seine, dont il augmente le domaine par l'achat de petites seigneuries voisines. Revenu en grâce auprès du roi en 1656, René de Longueil voit sa terre de Maisons-sur-Seine être érigée en marquisat en 1658.
Le , le roi Louis XIV et la reine, son épouse Marie-Thérèse d'Autriche, viennent visiter le château de Maisons alors qu'ils séjournent au château de Saint-Germain-en-Laye. Ils sont reçus par René de Longueil et son fils Jean de Longueil, alors chancelier de la reine-mère, Anne d'Autriche.
Le roi Louis XIV, comme son père Louis XIII avant lui, viendra faire quelques courtes visites à Maisons-sur-Seine à l'occasion de chasses ou de déplacements divers tout au long de sa vie (le , le et le )Christophe Levantal, Louis XIV, chronographie d'un règne, Paris, 2009.. Une visite royale restera plus mémorable que les autres, celle des 11 et . De retour des Flandres, le roi Louis XIV accompagné de son épouse, Marie-Thérèse d'Autriche, et de son frère, Philippe d'Orléans, est reçu le à Maisons-sur-Seine par la famille de Longueil et par Marie-Louise d'Orléans, venue les rejoindre avec sa gouvernante, la maréchale de Clérambault. Les membres de la famille royale restent dormir à Maisons avant de reprendre la route de Versailles le lendemain . Cette visite est la seule qui a vu un membre de la famille royale dormir au château.
À la mort de René de Longueil, en 1677, l'immense chantier qu'il avait initié est achevé.
En 1723, lors de l’une de ses visites à Jean-René de Longueil, Voltaire tombe malade et est soigné sur place aux frais de son hôte. Il est logé dans une chambre au-dessus de celle de la reine. Remis de son mal, Voltaire quitte le château, avant d’apprendre que la chambre qu’il occupait vient d'être dévastée par un incendie. Cet accident, en plus de toucher la chambre qu’il occupait, ravage la pièce du dessous et détruit le décor qui l'ornait.
La seigneurie reste dans la descendance directe de René de Longueil jusqu'à son arrière petit-fils, Jean-René de Longueil, président à mortier au Parlement de Paris, membre de l'Académie des Sciences, mort prématurément en 1731, en laissant un fils, mort enfant en 1732. Le domaine passe à sa cousine, Marie-Renée de Belleforière de Soyecourt, aussi arrière-petite-fille de René de Longueil, qui donne le château à son propre petit-fils, Louis-Armand de Seiglière de Belleforière, marquis de Soyécourt (1722-1790), à l'occasion de son mariage. Ce dernier, criblé de dettes, cherche, peu de temps après la mort de sa grand-mère, en 1739, à se défaire du marquisat.
En mai 1747, le château est visité par Louis XV. La marquise de Pompadour cherche une demeure en bordure de Seine, elle est alors tentée d’acheter le domaine. Le château est alors en fort mauvais état, surtout depuis l'incendie survenu en 1723 dans un des pavillons latéraux. Le roi confie le projet de restauration et de modification du château à l'arrière-petit-neveu de François Mansart, Jacques Hardouin-Mansart de SagonnePhilippe Cachau, Jacques Hardouin-Mansart de Sagonne, dernier des Mansart (1711-1778), thèse d'histoire de l'art soutenue à Paris-I en 2004, t. II, .. Mais soucieux de ne pas engager trop de dépenses, le Roi écarte l’idée de cette acquisition. La marquise jettera finalement son dévolu sur Bellevue, près de Meudon. Les modifications envisagées par le dernier Mansart ont été décrites et commentées par Jacques-François Blondel, célèbre théoricien et professeur de l'Académie royale d'architecture et grand admirateur du château, dans son Cours d'architectureJacques-François Blondel, Cours d'architecture, t. III, Paris, 1777, ..
Le comte d'Artois (1777-1798) En 1777, les Belleforière-Soyécourt vendent finalement le château à Charles Philippe, comte d'Artois, frère de Louis XVI et futur Charles X, qui se voit offrir la même année le château de Saint-Germain-en-Laye, dans le cadre de son apanage. Il décide d’installer sa résidence au château de Maisons-sur-Seine, et de réunir les deux domaines afin de se constituer un immense parc. Le château étant en mauvais état et distribué selon d’anciens usages, le comte fait réaliser d'importantes transformations intérieures par son premier architecte, François-Joseph Bélanger, désigné sur les conseils de Marc-René de Voyer d'Argenson, éminent mécène du temps.. Ces travaux sont interrompus en 1784 par manque d'argent. Le château, peu entretenu et laissé en chantier, entre dans une nouvelle phase d’abandon et de délabrement.
En 1791, durant la révolution française, le domaine de Maisons-sur-Seine, comme tous les autres biens du comte d’Artois, est saisi comme bien d'émigré, puis vendu comme bien national en 1798 au citoyen Lanchère, fournisseur aux armées de la république.
Ce dernier fait essentiellement usage des grandes écuries, et n’habite pas le château.
D'un acquéreur à l'autre (1798-1905) En 1804, le maréchal Jean Lannes se porte acquéreur de l’ensemble du domaine de Maisons-sur-Seine. Il fait réaliser des aménagements dans le parc et fait achever les travaux entamés par le comte d’Artois.
En 1811, la première pierre du pont de Maisons-sur-Seine est posée, entrainant la perte d’une partie des jardins du château. Ce pont ne sera achevé qu’en 1822.
En 1818, Louise de Guéhéneuc, veuve du maréchal depuis 1809, vend le domaine au banquier Jacques Laffitte.
Récompensé pour son rôle dans la révolution de juillet, le banquier devient ministre des finances du roi Louis-Philippe, ce qui l'entraîne à négliger ses affaires personnelles. Contraint de vendre ses biens pour couvrir ses dettes, Laffitte procède dans les années 1830 à un morcellement du parc du château. Il conserve un jardin réduit et fait lotir , soit l’essentiel du grand parc..
Pour attirer les constructeurs, il fait raser les grandes écuries et livre à bas prix les matériaux récupérés.
En 1844, la fille de Jacques Laffitte, Albine Laffitte, hérite du château, avant de le vendre en 1850 à Charles Xavier Thomas de Colmar, assureur et inventeur de l'arithmomètre.
En 1877, les héritiers de Thomas de Colmar cèdent le château au Russe Wilhelm-Tilman Grommé (1836-1900), né à Saint-Pétersbourg de parents protestants d'origine française. Ce peintre fortuné qui fréquenta l'Académie russe des beaux-arts et l'école de Düsseldorf avant de passer à Barbizon y créa une sorte de colonie d'artistes, recevant des peintres nordiques dont ses amis Albert Edelfelt et Gunnar Berndtson, qu'il incita à s'inspirer du domaine dans leurs œuvres; le russe Vassili Verechtchaguine construisit dans le parc un atelier tournant afin de suivre la course du soleil (cf. l'exposition « 1882, un été nordique au château de Maisons », sur place du au ).
Grommé légua son château à la ville de Viipuri, située dans le grand-duché de Finlande. Grommé entretenait un lien étroit avec Viipuri, car il y avait fréquenté l’école et sa famille y possédait une villa. Il était également parent de la riche famille viaporiote Hackman. La ville de Viipuri transféra le mobilier du château au musée historique de Viipuri. La ville décida ensuite de vendre le château, sa possession s’étant révélée peu pratiqueKoskivirta, Anu & Paavolainen, Pentti & Supponen, Sanna: Muuttuvien tulkintojen Viipuri - Viipurin Suomalaisen Kirjallisuusseuran toimitteita. Helsinki: Viipurin Suomalainen Kirjallisuusseura, 2016..