vignette|Myxomes, ici sous l'œil et à la base de l'oreille.

La est une maladie virale des lagomorphes due à un poxviridé, très souvent mortelle. Elle atteint tout particulièrement les lapins de garenne sauvages et les lapins domestiques, mais ne touche que très rarement les lièvresHenri Siriez (ingénieur agronome et administrateur civil au ministère de l'Agriculture), « La Myxomatose, moyen de lutte biologique contre le lapin, rongeur nuisible ». Transmise par l'intermédiaire d'Arthropodes vecteurs (puces, moustiques, simulies), elle apparaît sous sa forme classique nodulaire, caractérisée par la présence de pseudotumeurs cutanées, les myxomes. Plus rarement, elle peut aussi être transmise par voie aérienne, sans vecteur, et apparaître sous une forme respiratoire anodulaire. Elle n'est transmissible ni aux humains ni aux autres animaux.

Selon l'Organisation mondiale de la santé animale, la maladie n'a pas été signalée en Asie, ni en Afrique australe ni en Nouvelle-ZélandeMyxomatose, présentation de la maladie par l'OIE.

Symptômes vignette|L'atteinte des yeux est souvent le premier signe de la maladie. vignette|L'animal malade est fiévreux et affaibli, parfois aveugle et ne peut plus se nourrir.

Chez les lapins du genre Sylvilagus, la myxomatose ne provoque que des tumeurs cutanées localisées. Chez le lapin de garenne (Oryctolagus cuniculus) en revanche, les symptômes sont souvent bien plus sévères G.R. Carter et D.J. Wise, Poxviridae, A Concise Review of Veterinary Virology, 2006. Consulté le 13 juin 2006..

Après une incubation de cinq à dix jours, la maladie se manifeste habituellement d'abord par des myxomes (tumeurs fluides en forme de nodules cutanés caractéristiques des infections par poxviridae) et des œdèmes des organes génitaux et de la tête. Ces myxomes, proéminents et nombreux, sont souvent accompagnés de lésions auriculaires amenant la ptôse des oreilles. Si l'animal ne guérit pas spontanément à ce stade, une conjonctivite aigüe et éventuellement une cécité (qui sont parfois la première indication de la maladie) s'ensuivent. Le lapin devient apathique, fiévreux, perd l'appétit et devient sensible à la lumière. Des infections bactériennes opportunistes secondaires surviennent dans la plupart des cas qui causent une pneumonie avec inflammation purulente des poumons. Au stade terminal, la maladie entraîne la prostration et la mort. Les lapins peu résistants ou touchés par des souches virulentes peuvent mourir en 48 heures; en général, la mort survient plutôt dans les deux semaines « Myxomatosis in Rabbits » sur Exoticpets.about.com, 14 décembre 2009. Consulté le 3 juin 2010..

Des formes atténuées ou des formes subaiguës existent, mortelles en 20 à 30 jours quand il n'y a pas de guérison spontanée. Dans ce cas, les myxomes de la face sont petits, cachés ou faiblement exsudatifs avant de se dessécher en une croûte qui tombera après deux semaines, laissant une zone sans poils pour plusieurs semaines. La guérison peut toutefois laisser des séquelles génitales souvent temporaires (orchites, ovarites, stérilité…) qui nuisent aux élevages ou au développement des populations sauvages.

Une souche nouvelle a été découverte ou est apparue chez le lapin domestique en élevage industriel, décrite à la suite d'accidents de vaccination avec le vaccin S.G. 33J. Chantal, « Compte rendu des travaux effectués sur les accidents de vaccination en élevage de lapins domestiques », Convention 80-12, École nationale vétérinaire de Toulouse-Office national de la Chasse, février 1981, 101, puis a été trouvée dans des élevages familiaux. C'est une myxomatose à symptômes respiratoires, dite « amyxomateuse ». L'incubation est plus longue (jusqu'à trois semaines), précédant une tuméfaction des yeux, des atteintes génitales, nasales (avec coryza évoluant en jetage mucopurulent, et avec des croûtes obstruant les narines) et oculaire (avec conjonctivite et larmoiement). Des taches rouges ou rougeâtres (macules congestives) peuvent toucher les oreilles, sans lésions nodulaires cutanées. Les myxomes sont invisibles ou peu développés.

Ces symptômes peuvent parfois faire croire à une pasteurellose, infection bactérienne qui peut être traitée avec des antibiotiques tout en nécessitant parfois aussi un acte chirurgical pour ôter les tissus purulents et abcès « Pasteurellosis », Long Beach Animal Hospital..

Traitements curatifs, préventifs ou palliatifs Il n'existe pas de traitement curatif à 100 %. Il existe néanmoins des traitements palliatifs pour diminuer la souffrance de l'animal. En termes de traitement préventif, le traitement des terriers par pesticides est trop délicat, et il est lui-même source de pollution.

Pour l'élevage, le seul moyen de protection est la prévention par vaccination des lapinsA. Brun, A. Godard et Y. Moreau, « La vaccination contre la myxomatose. Vaccins hétérologues et homologues », Les Entretiens de Bourgelat, Ed. du Point Vétérinaire, 1981, 83-87..

Vecteurs et contagion Le virus de la myxomatose, , fait partie des nombreux virus transmis par des arthropodesWorld Health Organization/OMS (1961). Virus transmis par les arthropodes : rapport d'un groupe d'étude [réuni à Genève du 5 au 10 septembre 1960].. Il semble principalement transmis par des vecteurs arthropodes hématophages (avec des pics d'infections en automne). Les principaux vecteurs seraient : Les mouches hématophages (simulies a priori) ; elles se posent sur les yeux, les narines, l'anus du lapin, etc., y compris à l'intérieur de terrier, après avoir été contaminées sur des lapins malades ou morts ; et les puces (Siphonaptera). Selon Joubert L. Joubert, E. Leftheriotis et J. Mouchet, La myxomatose, Expansion éd., 1972, 583, le virus ne se multiplie pas chez la puce mais il est absorbé avec le repas sanguin et éliminé dans les fèces de la puce où il reste infectant. Et, directement inoculé dans l'hémocèle de la puce, il n'a pas été ensuite retrouvé dans ses pièces buccales ni dans ses glandes salivaires ; l'Arthropode n'est donc pas infectant dans ce dernier casDay 1956. Néanmoins ses piqûres, ou les microplaies produits par les griffes du lapin qui se gratte, sont peut-être des portes d'entrée supplémentaires pour le virus. De plus, le virus prélevé par la puce au sein de tumeurs (très riches en particules virales) est retrouvé sur les pièces buccales, où il pourrait persister avec des protéines provenant des exsudats du myxomeChapple & Lewis 1964. Selon Mead-Briggs & Vaughan (1975), les souches virales moyennement virulentes (tuant entre 17 et 44 jours) infectent une proportion plus élevée de puces (47 %) que les souches virulentes (12 %) ou au contraire très atténuées (8 %). Certains moustiques ; l'anophèle et le culexB. Gilot et L. Joubert « Le rôle vectoriel des Culicidés dans l'épidémiologie de la myxomatose : Bilan critique des études effectuées dans la région Rhône-Alpes de 1975 à 1980 » Bull. mens. Off. nat. Chasse, numéro spécial scientifique et technique, décembre 1980 : 243-263). constituent également un vecteur du parasite. Aragão en 1920 avait déjà observé que des Aedes aegypti et des Aedes scapularis piquant des lapins sud-américains porteurs du virus, pouvaient contaminer des lapins européens lors d'une piqûre ultérieure. Le virus ne se multiplie pas en laboratoire dans les cultures de lignées cellulaires chez Aedes albopictusHagen 1971, mais le moustique femelle le transmet lors de ses repas. On a retrouvé le virus sur les pièces buccales de moustiques anophèles (Anopheles atroparvus) jusqu'à après leur repas de sang, et jusqu'à chez des culex (Culex pipiens) hibernantsAndrewes & Muirhead-Thompson 1958, Rioux 1963, et jusqu'à 70 jours chez des puces Spilopsyllus cuniculi prélevées dans des terriers non utilisésBrowa et al. 1956, in loc. cit.. Le moustique perdant une part importante de sa charge virale à chacune des piqûres qu'il fait sur un hôte vertébré, sa période d'infectiosité n'est que d'environ 24 jours chez Aedes alboannulatus et Aedes camptorhynchus selon les études faites en AustralieFermer 1955, in loc. cit., Spilopsyllus cuniculi n'est infectante avec une haute probabilité que lors du repas suivant celui qui l'a infectéeMuirhead-Thompson 1956, in loc. cit.. On a montré dans un foyer naturel de la maladie en Californie, mais sur des lapins d'élevage (Oryctolingus) que c'était dans ce cas un anophène (anopheles freebornì) qui était vecteurMarshall & Regnery 1963, Joubert 1972. La reconnaissance du rôles des moustiques (reconnaissance plus tardive en Angleterre où l'on avait accordé bien plus d'importance aux puces) a eu une grande importance pour la compréhension de l'épidémiologie de cette épizootie, car les moustiques sont capables de détecter leurs proies à des distances plus grandes et de franchir des distances bien plus grandes que les puces ne peuvent le faire (bien qu'elles puissent aussi se faire transporter par un hôte mobile), mais les moustiques sont souvent dépendants de la présence d'eau. Les tiques ; les tiques Ixodidae muent après chaque repas de sang, perdant les téguments de leurs pièces buccales, probablement, pensait-on, avec les virus qui s'y seraient accumulés (dans ce cas, la tique ne conserverait pas ou peu d'infectiosité lors d'un changement de stadeBlanc & Ascione 1961). En théorie (sauf repas interrompu, ou décrochage avant que le repas ne soit entamé), elle ne prend qu'un seul repas de sang à chaque stade, ce qui laisse penser qu'elle n'est pas un vecteur de la myxomatose. Mais, comme pour la puce, les plaies qu'elle occasionne (parfois suivies d'un prurit) pourraient être des portes d'entrées pour le virus ou des bactéries intervenant secondairement (infections opportunistes). De plus, on a récemment empiriquement démontré (étude par PCR en temps réel) chez plusieurs espèces de tiques (Ixodes ricinus, Ixodes hexagonus, Dermacentor reticulatus, Rhipicephalus bursa et Ornithodoros savignyi), que ces tiques contaminées par des orbivirus lors d'un repas de sang voyaient le virus traverser leur barrière intestinale et diffuser dans l'hémolymphe vers les glandes salivaires et les ovaires. Trois semaines après nourrissage, le virus BTV8 était par exemple trouvé dans beaucoup de tissus et organes des tiques dures (contre pour les Ornithodoros). Et le virus persistait dans la tique après chaque mue (« passage transstadial »). Un passage transovarien (passage du virus à la descendance) est même observé en laboratoire chez les tiques molles laissant penser qu'elles ont un réel potentiel vectoriel. Ceci expliquerait aussi l'énigme de la survie hivernale de certains virus en Europe.

La contagion de lapin à lapin semble notamment pouvoir se faire par contact génital, lors du coït, par contact oculaire, par contact anal avec les litières (les excréments du lapin contiennent le virus), par voie respiratoire (dans les terriers ou dans les élevages industriels) ou via des lésions cutanées (lors du fouissement, à la suite des grattages des piqûres de puces, tiques ou moustiques ou par contact avec des épines infectées par d'autres lapins de garenne…). Par exemple, le virus a été inoculé aux lapins introduits dans les îles Kerguelen ; il y persiste dans des populations devenues plus résistantes, mais apparemment sans vecteurs, à moins que certains Acariens déjà observés sur Lapin puissent être en cause.

Résistance du virus myxomateux Hors des cellules hôtes où il se reproduit, il peut survivre longtemps dans les terriers ou à température basse ou modérée, ce qui lui permet de persister longtemps sur les pièces buccales des Arthropodes hibernants ainsi que dans le sol des terriers.

Facteurs favorisant la myxomatose