Hilaire Germain Edgar de Gas, dit Edgar Degas, né le à Paris et mort le dans la même ville, est un artiste peintre, graveur, sculpteur, photographe, naturaliste et impressionniste français.
Si Degas est un membre fondateur du groupe des impressionnistes, son œuvre est si variée par ses thèmes et sa pratique qu'il ne les rejoint pas dans leurs traits les plus connus. Sa situation d’exception n’échappe pas aux critiques d’alors, souvent déstabilisés par son avant-gardisme, qui fait, encore aujourd’hui, l’objet de nombreux débats auprès des historiens d’artPaul Lafond, cité par ..
Biographie Origine familiale Edgar Degas est le fils d'Auguste de Gas, banquierL'origine de la fortune familiale remonte à l'or du prince Murat, roi de Naples, dont Hilaire de Gas était l'agent de change ()., et de Célestine Musson, une créole de Louisiane, native de La Nouvelle-Orléans. Son grand-père maternel, Germain Musson, est un Français né à Port-au-Prince (Haïti) et qui s'est installé à La Nouvelle-Orléans en 1810 Marilyn R Brown, Degas and the Business of Art, The Pennsylvania State University Press, United States, 1994, 14 .Edgar Degas est le petit-fils d'Hilaire de Gas (1770-1858) dont la fiancée fut guillotinée pendant la Révolution. Hilaire de Gas émigre alors à Naples où il fonde une banque et épouse Aurore Freppa. dont un des fils, Auguste de Gas, banquier parisien, épouse Célestine Musson, Créole de Louisiane née à La Nouvelle-Orléans, dont on peut voir la famille dans un célèbre tableau, Le Bureau de coton à La Nouvelle-Orléans de Degas (Sophie Moneret, L'Impressionnisme et son époque, Paris, Bouquins, 1979, 171..
Si le peintre est né sous le patronyme de De Gas, il n’a en réalité fait que reprendre le nom d’origine de sa familleIssu d'une ancienne famille aristocratique languedocienne du diocèse d'Uzès dont les traces remontent au (). en se faisant appeler Degas déclarait Degas ().. En effet, son grand-père paternel, le banquier Hilaire De Gas, a séparé son nom en deux après avoir quitté la France pour le royaume de Naples au moment de la RévolutionEdgar Degas, sur le site landrucimetieres.fr, consulté le 3 août 2014.. Ce dernier demeure à Naples où il épouse Aurore Freppa, une Napolitaine, et achète en outre une maison de campagne à Capodimonte, la villa Paternò, qui accueille plusieurs fois le jeune Edgar Degas en vacances.. Le père d'Edgar, Pierre-Auguste, s'était installé à Paris pour ouvrir une filiale de la banque paternelle.
Enfance Edgar Degas naît à Paris au rue Saint-Georges, le , et grandit dans un milieu bourgeois cultivé. Il a deux frèresAchille de Gas (mort en 1895) et René de Gas (1845-1920). et deux sœursThérese, épouse du duc de Morbili, prince de Naples, et Marguerite, épouse Henri Fevre, architecte. et jouit d’une enfance dorée rue Saint-Georges. Entre 1845 et 1853, il fait ses études au lycée Louis-le-Grand où il a pour professeur de dessin Léon CognietAnnick Notter, Léon Cogniet, Musée des Beaux arts d'Orléans, 2005.. Il y rencontre Henri Rouart, Paul Valpinçon et Ludovic Halévy qui seront ses amis intimes. En 1847, sa mère meurt à l'âge de 32 ans.
Les années de formation Après son baccalauréat en 1853, Edgar Degas s'inscrit à la faculté de droit, pour satisfaire les ambitions de son père, mais arrête ses études en 1855. Dès 1853, il commence à fréquenter le Cabinet des estampes de la Bibliothèque nationale. Dessinateur inlassable, il y copie des œuvres d'Albrecht Dürer, Andrea Mantegna, Paul Véronèse, Francisco de Goya, Rembrandt. Il passe ses journées au Louvre, où il est admis comme copiste le , fasciné par les peintres italiens, hollandais et français. Il s’inscrit dans l’atelier de Félix-Joseph Barrias, alors assez célèbre, puis étudie la peinture en 1855 avec Louis Lamothe, qui avait été un disciple d'Ingres et des frères Paul et Hippolyte Flandrin. De son côté, son père, amateur raffiné d’art et de musique, lui présente quelques-uns des plus grands collectionneurs de Paris, comme Lacaze, Marcille, et Valpinçon.
Un Autoportrait au col blanc de 1857 était conservé en 1966 dans une collection Mellon (reprod. ds le catalogue de l'exposition French Paintings Washington, National Gallery of Art, 1966, ).
À cette époque, en rupture avec son père qui s'oppose à sa vocation de peintre et à l'abandon de ses études de droit, Degas s'installe dans une mansarde non chauffée dans le Quartier latin. Il attribuait le début de ses problèmes oculaires, et plus tard de sa demi-cécité, au froid de l'hiver : . Bien plus tard, en 1877, il écrivait à un ami : , et symptôme connu de faiblesse cardiaque.
En 1855, il commence à suivre des cours à l’École des beaux-arts de Paris. La même année, il rend visite à Ingres pour lui présenter ses dessinsLa visite est racontée dans Degas Danse Dessin de Paul Valéry.. Cependant, préférant approcher directement l’art des grands maîtres classiques tels Luca Signorelli, Sandro Botticelli et Raphaël, il entreprend de 1856 à 1860 de nombreux voyages en ItalieMarina Robbiani, Degas, Paris, CELIV, 1988, ., d’abord dans sa famille à Naples, puis à Rome et Florence, où il se lie d’amitié avec le peintre Gustave Moreau sans doute en 1858. En 1859, de retour à Paris, Degas prend un atelier au rue de Laval. En 1862, il rencontre Édouard Manet au Louvre, et fait la connaissance d'autres jeunes peintres et écrivains au Café Guerbois à Montmartre : Monet, Ludovic-Napoléon Lepic, Pissarro, Bazille, Fantin-Latour ou même Zola. Là les artistes échangent des points de vue, des critiques et des théories sur ce que doit être l'art.
Ses œuvres de jeunesse comptent quelques peintures d’inspiration néoclassique, mais surtout de nombreux portraits des membres de sa famille. En 1865, il expose au Salon Scène de guerre au Moyen Âge, ou encore le Portrait de Madame Camus en rouge en 1870. L'ami et écrivain Louis Edmond Duranty écrit à propos du jeune peintre copiant un Poussin au Louvre : Maurice Sérullaz, Encyclopédie de l'impressionnisme, 1974, , citation extraite de Edmond Duranty, le Pays des Arts, Éditions G. Charpentier, Paris 1881 à lire sur Gallica.fr.
Toujours profondément marqué par le style d'Ingres, il visite la rétrospective organisée après le décès du maître en 1867. Il part en voyage avec Manet à Boulogne-sur-Mer et Bruxelles où il vend trois tableaux, . Degas signe son premier contrat avec un marchand belge. Il passe l'été de 1869 à Étretat et Villers-sur-Mer où il exécute ses premiers pastels.
Il s'enrôle dans l'infanterie lorsque éclate la guerre franco-prussienne de 1870 et, avec Manet, il est placé sous les ordres d'Ernest Meissonier.
En 1871, Degas se rend à Londres où il expose et Paul Durand-Ruel lui achète trois œuvres en 1872.
Le voyage en Louisiane thumb|right|La maison familiale de Degas à La Nouvelle-Orléans et sa plaque commémorative. thumb|left|upright=1.2|Le Bureau de coton à La Nouvelle-Orléans (1873), huile sur toile, , musée des beaux-arts de Pau. Entre octobre 1872 et mars 1873, il séjourne chez son frère René à La Nouvelle-Orléans, dans la famille de sa mère où il peint le Portraits dans un Bureau ou Le Bureau de coton à La Nouvelle-Orléans. Cette toile, qui présente son oncle, ses frères et ses cousins au travail, a été présentée à la seconde exposition Impressionniste, où Zola lui reproche d'être trop proche d'une illustration pour un journal illustré. En 1878, le Musée de Pau achète le tableau qui est la première œuvre de Degas à entrer dans une collection publique française.
Il revient à Paris, fin et s'installe au rue Blanche.
Malgré ses voyages en province et à l’étranger, en particulier en Italie, c’est Paris qui compte essentiellement pour Degas — et à Paris, Montmartre. Il fréquente certains cénacles, ateliers, cafés littéraires, la famille de l'ingénieur et artiste peintre Henri Rouart, la famille Manet, Berthe Morisot et Stéphane Mallarmé. Il mène avec quelques bourgeois, ses intimes, une vie conformiste de célibataire hautain, mais mondain. De son milieu familial, il conserve la réserve et le respect des principes. Sa délicatesse de cœur, son intransigeance morale, lui valent l’estime de tous, mais ses répliques cinglantes bien connues en font fuir quelques-uns, aurait-il déclaré (). et lui valent d'être surnommé le « terrible Monsieur Degas ».. Il participe activement aux discussions qui réunissent les jeunes artistes d’avant-garde et son ami Édouard Manet au café Guerbois. Degas vit alors entouré de nombreux artistes comme Camille Desboutin, de Nittis, James Tissot, Zandomeneghi, Sognorini, Martelli, Gioli, mais aussi Chialiva, Rossano, Boldini, Stevens, Whistler… Plus tard il se lie d'amitié avec Mary Cassatt, Louise Catherine Breslau, Madeleine Zillhardt qui écrira sa biographie, puis avec Jean-Louis Forain, Paul Gauguin ou le marchand d'art Michel Manzi, puis se brouillera plus tard encore avec Claude Monet et Caillebotte.
Les expositions impressionnistes et la reconnaissance vignette|droite|La Chanteuse au gant (1878), Cambridge, Fogg Art Museum. Le , Edgar Degas, Claude Monet, Auguste Renoir, Alfred Sisley, Camille Pissarro, Ludovic-Napoléon Lepic et Berthe Morisot, fondent la Société anonyme coopérative des artistes peintres, sculpteurs et graveurs, société à capital et personnel variables, dont le gérant provisoire est Pierre–Firmin Martin. Ils y investissent leurs fonds propres pour organiser une première exposition dans les locaux du photographe Nadar. La réception critique de cette exposition donne son nom au groupe impressionniste alors que Degas, contre l'avis de Monet et de Renoir, aurait voulu l'intituler Les Intransigeants.
De 1874 à 1886, Degas confie des œuvres aux expositions impressionnistes (il participe à sept d'entre elles sur huit) et participe très activement à leur organisation. Il a alors de très nombreux contacts avec des peintres de sa génération, notamment Camille Pissarro, mais aussi avec des artistes d’avant-garde plus jeunes.
En 1875, il voyage en Italie à Naples. Puis participe à la deuxième exposition des impressionnistes chez Paul Durand-Ruel. Degas change successivement d'atelier de la rue Blanche pour la rue Lepic. À partir de 1875, en proie à de nombreuses difficultés matérielles, la peinture devient sa source de revenus.
Le , le critique Arthur Baignières écrit : Cité in collectif, Degas, un peintre impressionniste?, Gallimard, 2015, ..
À la fin des années 1870, il travaille en collaboration avec Camille Pissarro qui cherche une nouvelle orientation à son travail, et ils réalisent ensemble des estampes. Il encourage aussi Pissarro à produire des éventails et envisage alors une salle consacrée aux éventails lors de l'exposition impressionniste de 1879Notice du Metropolitan.
Les Années 1880 Dans les années 1880, alors que sa vue commence à décliner, Degas privilégie le pastel, auquel il mêle parfois l'aquarelle et la gouache. Les tableaux de cette période témoignent d’un travail très moderne sur l’expressivité de la couleur et de la ligne. Il parraine Paul Gauguin auprès des impressionnistes. En 1878, il peint La Chanteuse au gant (Cambridge, Fogg Art Museum). Degas va au concert, à l'Opéra, il mène une vie mondaine, le dimanche il va aux courses de chevaux… Toute la vie moderne et parisienne l'intéresse, aussi bien les cafés-concerts, les terrasses des cafés sur les grands boulevards, les prostituées ou les ouvrières blanchisseuses. vignette |Apothéose de Degas (1885), photographie de Walter Barnes mise en scène par Degas à Dieppe, devant la maison de la famille Halévy. Paris, musée d'Orsay« Apothéose de Degas », notice sur musee-orsay.fr..