Helmuth Johann Ludwig, comte von Moltke, né à Gersdorf dans le grand-duché de Mecklembourg-Schwerin le et mort à Berlin le , est un général prussien. Il a servi comme chef du Grand État-Major général de l'armée allemande de 1906 à 1914, assurant le commandement pendant les six premières semaines de la Première Guerre mondiale avant d'être remplacé.
Responsable de la planification en temps de paix (le plan Schlieffen-Moltke, plan utilisé pendant la Première Guerre mondiale) puis du déploiement des troupes allemandes lors de la mobilisation d', il est souvent présenté comme un des responsables de la défaite allemande lors de la première bataille de la Marne en .
Famille Helmuth Johannes Ludwig von Moltke est le fils d' (1804-1871), un fonctionnaire danois, représentant des duchés de Schleswig-Holstein à Copenhague (), avant que ces duchés deviennent une province prussienne en 1867. Le frère d'Adolf est Helmuth Karl Bernhard von Moltke (dit « Moltke l'Aîné »), le général prussien puis maréchal et surtout ancien chef de l'État-Major général pendant les guerres de 1866 contre l'Autriche et de 1870-1871 contre la France. Helmuth Johannes Ludwig von Moltke étant le neveu du maréchal, sa carrière a bénéficié de ce nom prestigieux.
En 1878, Helmuth von Moltke se marie avec Eliza Hvitfeld (1859-1932) ; ils eurent deux filles et deux fils.. Son frère, Friedrich von Moltke (1852-1927), fut ministre de l'Intérieur et ministre d'État de Prusse, tandis que son petit-fils, Helmuth James von Moltke (1907-1945), fut un des opposants au nazisme exécutés après le complot du 20 juillet 1944.
Début de carrière Il intègre l'armée en , comme au à Flensbourg. Il est affecté le au de grenadiers qui tient garnison à Liegnitz, avec lequel il participe à la guerre franco-prussienne de 1870 : cité pour bravoure, il est décoré de la croix de fer, puis passe au grade de le ..
Le , Moltke le Jeune est transféré au à pied de la Garde, à Potsdam, puis intègre le la à Berlin. Promu au grade de le , il rejoint son précédent régiment le , puis devient membre du Grand État-Major général à Berlin en 1880. Nommé le , puis le , il exerce les fonctions d'adjudant auprès de son oncle en 1889. Le , alors qu'Alfred von Schlieffen devient le nouveau chef de l'État-Major, Moltke le Jeune est nommé aide de camp de l'empereur () avec le commandement de la compagnie des gardes du château ().
La faveur impériale et son nom prestigieux lui offrent une carrière rapide : le , il passe au grade d’, puis le d’. Le , il obtient le commandement du de grenadiers de la Garde, à Berlin, puis le de la brigade d'infanterie de la Garde à Potsdam avec le grade de . Le , il obtient le commandement de la division de la Garde, à Berlin, avec le grade de . En 1902, il réintègre la Cour, au sein du cabinet militaire impérial, comme .
Chef de l'État-Major Le , l'empereur le place au sein du Grand État-Major général, avec la fonction de quartier-maître général () auprès de Schlieffen, avant de prendre le rôle de celui-ci comme chef de l'État-Major général () le , devenant le , puis le .
En tant que chef du Grand État-Major général, Moltke a la responsabilité en temps de paix des nominations aux grades et fonctions de tous les officiers allemands, ainsi que les choix d'équipement : c'est sous son autorité que sont lancés les programmes d'obusiers de 105 et de , ainsi que le développement de l'aéronautique militaire. Il dirige aussi la mise à jour annuelle du plan de déploiement de l'armée allemande ; les plans pour les années 1912, 1913 et 1914 sont préparés en collaboration avec ses subordonnés les lieutenants-colonels Erich Ludendorff, Hermann von Kuhl et Gerhard Tappen. Ce plan, surnommé le plan Schlieffen, prévoit de masser la majeure partie de l'armée allemande à l'ouest, notamment face à la Belgique et aux Pays-Bas : la traversée de ces pays permettant de contourner par le nord les fortifications de l'Est français. Cette idée de base datant de 1905, Moltke l'a modifié jusqu'en 1914 pour l'adapter au contexte (d'où l'autre nom de « plan Schlieffen-Moltke »), avec essentiellement l'interdiction de passer par les Pays-Bas, le besoin de prendre Liège en tentant un coup de main, le renforcement de l'aile gauche (en Alsace-Lorraine) jugée trop faible et le choix de ce plan comme seul applicable (aucun autre plan n'est prévu à partir de 1913).
À partir de 1910, Moltke est malade (du gros intestin et du foie) ; malgré les cures thermales annuelles, son état de santé se dégrade en 1913, le diminuant physiquement et intellectuellement. Le , il quitte sa cure à Karlsbad pour rejoindre son poste à Berlin..
Déclenchement de la guerre thumb|Helmuth von Moltke en 1914. Inquiet pour le devenir de l’hégémonie allemande sur le continent européen, il est partisan d'une guerre préventive contre l'Empire russe qui représente un péril grandissant, tant en raison de son énorme potentiel démographique et industriel que de l’accroissement sensible de son budget militaire, destiné notamment à renforcer sa marine de guerre.. La crise entre l’Autriche-Hongrie et la Serbie, qui suit l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand, lui en offre l'occasion. : il intervient auprès de pour cautionner l'ultimatum autrichien à la Serbie contre l'avis du chancelier Bethmann-Hollweg et pour refuser la réponse serbe, malgré la mise en garde de l'ambassadeur d'Allemagne à Londres, le prince Lichnowsky.. En aidant l'Autriche contre la Serbie, l’Allemagne va favoriser l'escalade diplomatique avec la Russie (qui protège la Serbie) puis la France (qui est l'alliée de la Russie), processus qui aboutira à la Première Guerre mondiale. Moltke est ainsi considéré par les historiens Craig., Fischer. . et Mombauer. comme un des responsables du déclenchement de la guerre.
Le , la section III.b du Grand État-Major général chargé de l'espionnage informe Moltke que l'armée russe a pris depuis le des mesures de précaution prévues en « période de préparation à la guerre ». : en conséquence le , le chancelier ordonne d'appliquer des mesures de sécurité concernant les frontières.. Le , l'Empire russe et l'empire d'Autriche-Hongrie ordonnent leur mobilisation, ce qui ne peut pas avoir d'autre conséquence que l'inévitable mobilisation allemande. Le à , est décrété l'« état de danger de guerre » (), permettant de commencer une partie des réquisitions, la fermeture des frontières, la surveillance des voies de communication et le rappel de certains réservistes. Toujours le , l'Allemagne adresse deux ultimatums à la rédaction desquels Moltke aurait participé, d'une part à la Russie pour exiger sa démobilisation immédiate, d'autre part à la France pour exiger qu'elle reste neutre...
Le , un malentendu fait croire au gouvernement allemand que le Royaume-Uni garantit la neutralité française si l'Allemagne renonce à tout acte d'hostilité envers la France : l'empereur ordonne donc à au général Moltke de suspendre le déploiement de l'armée allemande à l'ouest et d'en masser la majorité face à la Russie ().. Si Moltke répond que c'est impossible (), Guillaume maintient son ordre après lui avoir dit que ., avec rappel immédiat des unités de couverture : Moltke sort effondré de cette réunion.. Mais le malentendu est levé en soirée par un télégramme de ; à , l'empereur convoque de nouveau Moltke et lui déclare : .. La mobilisation commence donc le lendemain matin avec application du plan de déploiement comme prévu : la est de toute façon déjà entrée au Luxembourg (en application du plan pour couvrir le déploiement). Moltke écrira plus tard : ..
Opérations d'août à septembre 1914 Lors de la mobilisation allemande de 1914, le Grand État-Major général devient le noyau du commandement suprême de l'armée allemande ( : OHL), sous le commandement purement nominal de l'empereur ; Moltke le Jeune est nommé chef de l'État-Major général de l'armée en campagne (), avec la charge de la conduite réelle de la guerre. Étant donné son état de santé, son épouse (Eliza von Moltke-Huitfeldt) demande et obtient de l'empereur l'autorisation d'accompagner Moltke lors du déménagement de l'OHL à Coblence le , pour surveiller son régime alimentaire et lui servir d'infirmière.. Moltke avait conscience de ne pas être totalement à la hauteur et disait : .. Cette intuition allait se vérifier en août- lorsqu'il eut la charge du commandement des forces allemandes.
La première moitié d' est consacrée essentiellement à la mobilisation des réservistes et au déploiement des troupes le long des frontières, en application du plan préparé en temps de paix par le Grand État-Major général. Pendant ce temps, Moltke fait attaquer la place forte de Liège dès la nuit du 5 au ; ce coup de main ne réussissant que partiellement (la ville est prise mais les forts résistent), il ordonne un siège en règle qui se termine le . Moltke est malgré tout félicité par l'empereur. Du 21 au , les différentes armées allemandes écrasent leurs adversaires françaises ainsi que celle britannique lors de la bataille des Frontières : la victoire semble acquise sur le front de l'Ouest, les troupes allemandes marchent sur Paris. Les nouvelles alarmantes du front de l'Est décident Moltke le de remplacer à la tête de la armée allemande le général von Prittwitz par le général Hindenburg et le de transférer deux corps d'armée et une division de cavalerie du front de l'Ouest vers le front russe. Au même moment, l'état de santé de Moltke l'oblige à s'aliter, laissant les principaux officiers de l'OHL prendre de nombreuses initiatives., à tel point que des historiens ont parlé d'un « conseil de direction » le remplaçant partiellement, composé des chefs de section Gerhard Tappen (section opérations), Richard Hentsch (section renseignement) et Wilhelm von Dommes (section politique).. Selon le major Hans Tieschowitz von Tieschowa (premier officier adjoint du chef de l'État-Major général), Témoignage de Tieschowitz aux Archives du Reich le , conservé par les Archives fédérales-Archives militaires (BA/MA) sous la cote W 10/50 604, cité dans ..
Moltke étant malade et ébranlé par les premières difficultés, sa femme Eliza, membre de la Société théosophique, fait venir à son chevet le Rudolf Steiner.. Le même , Moltke envoie à ses commandants d'armée une Directive générale de la Direction suprême pour la continuation des opérations : il prévoit l'encerclement de Paris (y compris par l'ouest de l'Oise), la traversée de la Champagne et le siège de la place de Verdun. Mais le 30, il modifie ses ordres à la suite du changement d'axe de la armée allemande : désormais toute l'aile droite allemande marche à l'est de Paris. Cette situation est mise à profit par l'État-Major français qui a considérablement renforcé son aile gauche en utilisant le transport ferroviaire : le 5 septembre, le général Joffre, l'homologue de Moltke, ordonne une contre-offensive générale, déclenchant la première bataille de la Marne. Si les premiers jours l'État-Major allemand est optimiste, Moltke (à Luxembourg) a du mal à communiquer avec ses subordonnés et s'inquiète : il envoie le le lieutenant-colonel Hentsch faire le tour des états-majors. Le 9, c'est en présence de Hentsch que les chefs de la armée allemande (Bülow et Lauenstein) prennent la décision de battre en retraite, suivie de ceux de la (Kluck et Kuhl) et armées. À le 9, Moltke est mis au courant.
Le , Moltke quitte Luxembourg où réside l'empereur et l'OHL pour se rendre auprès des états-majors des , , et armées (Kluck est alors à Reims), en compagnie des colonels Tappen et Dommes : c'est lors de ce voyage qu'il ordonne le repli général. Le , il aurait déclaré à Hermann von Stein en se jetant à son cou : Le soir, l'empereur envoie Hans von Plessen pour constater l'état du chef de l'État-Major : Extrait du Carnet de guerre de Hans Georg von Plessen, cité par ..