Serge Mikhaïlovitch de Russie, en russe : Сергей Михайлович Романов (Sergueï Mikhaïlovitch) ( à Borjomi - assassiné le à Alapaïevsk) est un grand-duc de Russie, membre de la maison Romanov, colonel en 1899, général de division en 1904, général d'artillerie de 1905 à 1915, adjudant-général en 1908, général de cavalerie en 1914 et inspecteur général de l'artillerie de à .

Biographie Serge Mikhaïlovitch de Russie naquit le à Bojormi dans la région du Caucase. Il est le fils du grand-duc Michel et d'Olga Fiodorovna, née princesse de Bade.

Enfance Serge Mikhaïlovitch de Russie passa la première année de sa vie dans le Caucase. En 1881, son père fut nommé président du Conseil d'État et cette année-là sa famille s'établit à Saint-Pétersbourg. Le grand-duc reçut une éducation stricte et militaire. Ses parents manifestaient peu d'affection pour leurs enfants. Son père était très occupé par ses fonctions gouvernementales et militaires. Sa mère exigeait de ses enfants une stricte discipline, elle fut une mère distante, n'accordant aucune affection à ses enfants. Comme ses frères, Serge Mikhaïlovitch fut destiné à une carrière militaire. Âgé de deux semaines, il fut inscrit dans une unité militaire qui portait son nom : le d'infanterie Vakousnky de Son Altesse Impériale le grand-duc Serge Mikhaïlovitch. Il lui fut attribué le surnom de « Monsieur Tant Pis »www.hrono.ru Alexandre Mikhaïlovitch (Romanov) Mémoires du Grand-duc, chapitre IX, Moscou, 2001.

Carrière militaire Serge Mikhaïlovitch se passionnait pour la vie militaire, et effectua son service dans plusieurs régiments. Comme son père, son attirance allait vers l'artillerie et le matériel militaire. Le grand-duc sortit diplômé de l'École d'artillerie Michel et commença sa carrière militaire dans la brigade d'artillerie et de cavalerie de la garde. En 1891, Alexandre III le nomma aide de camp de SMI. En 1899, il fut promu colonel. En 1904, il fut élevé au grade de général de division dans les gardes de la brigade de la maison de SM l'Empereur. En 1905, il remplaça son père au poste de général d'artillerie, fonction occupée par le grand-duc jusqu'en 1915. Une polémique causa son expulsion pendant la Première Guerre mondiale. En 1908, Serge Mikhaïlovitch de Russie fut nommé adjudant- général. En 1914, il fut promu général de cavalerie. En 1916, le grand-duc remplit les fonctions d'inspecteur général de l'artillerie. Il démissionna de ce poste à la chute de la monarchie, en mars 1917.

Physique et personnalité thumb|left|200px|Le grand-duc Serge Mikhaïlovitch pendant la Première Guerre mondiale.

Serge Mikhaïlovitch de Russie était un homme de haute taille, seul enfant du grand-duc Michel à hériter de ses cheveux blonds et de ses yeux bleus. Très tôt, il devint chauve. Physiquement, le grand-duc était jugé comme le moins agréable de la famille. Il possédait un sens aigu du ridicule. influencé par son directeur d'études, le colonel Helmerson, le grand-duc était d'une nature pessimiste. Il avait l'habitude de dire : Il était considéré par beaucoup comme un homme grossier et lunatique, mais c'était à la fois un homme sincère et affectueux qui aimait la simplicité. Il affectait d'ignorer son rang d'Altesse impériale et était facilement accessible. Le grand-duc resta célibataire. Il résida avec son père, puis avec son frère aîné dans un palais près de la perspective Nevski, le nouveau palais Michel à Saint-Pétersbourg. Serge Mikhaïlovitch de Russie utilisait une bicyclette pour rendre visite à ses frères les grands-ducs Georges et Nicolas qui demeuraient dans les autres ailes de l'immense palais.

Passions et loisirs Contrairement à ses frères, le grand-duc Serge Mikhaïlovitch s'intéressait beaucoup aux mathématiques et à la physique, passion qui coïncidait avec celle qu'il avait pour l'artillerie. Son attrait pour l'art se limitait uniquement au chant de chorale. Il forma un chœur d'amateurs d'une soixantaine de voix et de quelques chanteurs professionnels. Cette chorale fut dirigée par le professeur du Théâtre impérial, Kassatchenko. Durant une décennie, chaque lundi soir, cette chorale se réunissait au palais du grand-duc. La guerre russo-japonaise de 1904-1905 y mit un terme.

Fortune Comme tous les grands-ducs de Russie, Serge Mikhaïlovitch était immensément riche. En plus de son revenu annuel grand-ducal s'élevant à roubles, le grand-duc percevait également les revenus d'une vaste propriété comprenant un pavillon de chasse situé à 60 kilomètres de Saint-Pétersbourg. Au décès de son père survenu le , sa fortune s'accrut considérablement.

Ménage à trois thumb|right|200px|Mathilde Kschessinskaïa. Au début des années 1890, Serge Mikhaïlovitch de Russie fut particulièrement proche de son frère Alexandre. Ils voyagèrent aux Indes, mais durent arrêter leur voyage à Bombay, car leur mère venait de décéder le . Les deux frères s'éprirent aussi de leur cousine, la grande-duchesse Xénia. Le , la grande-duchesse épousa le grand-duc Alexandre.

Pendant la dernière année du règne d'Alexandre III, Serge Mikhaïlovitch et ses frères furent les meilleurs compagnons du futur tsar Nicolas II. Cette amitié cessa en 1894, lors du mariage et de l'accession au trône impérial du tsarévitch Nicolas Alexandrovitch.

Nicolas alors prince héritier rompit en effet avec sa maîtresse, la célèbre ballerine Mathilde Kschessinska, et demanda à Serge Mikhaïlovitch de prendre soin d'elle. À partir de 1894, le grand-duc alors âgé de vingt-cinq ans devint donc le protecteur de la ballerine. Il fut très généreux avec sa maîtresse. En 1895, le grand-duc fit pour Mathilde l'acquisition d'une datcha située à Strelna. Ambitieuse, la ballerine utilisa ensuite ses liens avec les membres de la famille Romanov pour promouvoir sa carrière. Le grand-duc, qui était président de la Société des théâtres impériaux de Russie, joua un rôle considérable dans l'obtention pour Mathilde des meilleurs rôles au sein du ballet impérial. Malgré les largesses et les attentions de Serge Mikhaïlovitch à l'égard de la ballerine, celle-ci n'éprouvait pas de grande passion pour lui. Le grand-duc resta son ami dévoué jusqu'à la fin de sa vie. Il ne se maria jamais et trouva auprès de sa maîtresse et de son fils un substitut de vie de famille.

En , Mathilde Kschessinska fit la rencontre du grand-duc André dont elle s'éprit. Serge Mikhaïlovitch toléra cette situation en restant un ami proche et fidèle de la ballerine, mais la relation entre les deux grands-ducs était tendue. Ils tentaient l'un et l'autre de s'éviter, tout en partageant la même femme. Cet état de chose dura près de vingt ans. Le ménage à trois devint plus complexe lors de la naissance du fils de Mathilde, Vladimir, le . Chacun des deux grands-ducs revendiqua la paternité de l'enfant que l'on surnommait « Vova ». Il reçut par la suite le patronyme de Serge, mais il ne fut jamais reconnu comme membre de la famille impériale. Ce n'est qu'en 1911 qu'il put porter le nom de prince Alexandre Romanovsky-Krassinsky, sans faire partie de la famille. Le certificat de naissance démontre la paternité de Serge Mikhaïlovitch de Russie, mais à ce jour la question sur la véritable identité du père de Vladimir Sergueïevitch n'est pas élucidée. Cependant, les différentes sources attribuent la paternité au grand-duc André Vladimirovitch, car l'enfant avait une forte ressemblance avec ce dernier.

En 1908, la comtesse Barbara Vorontzova-Dachkova, veuve du comte Ivan Vorontzov-Dachkov donna naissance en Suisse à un garçon nommé aussitôt Alexandre von Dehn. L'enfant semble avoir été le fils de Serge Mikhaïlovitch de Russie. L'enfant fut adopté par Sophie von Dehn, dont la grand-mère était une fille illégitime de Nicolas de Russie. Sophie von Dehn et Alexandre s'installèrent en Italie où l'époux de celle-ci était attaché dans la Marine. Alexandre von Dehn se maria deux fois et décéda aux États-Unis le .

Première Guerre mondiale En 1913, au cours d'une visite en Allemagne et en Autriche, Serge Mikhaïlovitch de Russie constata que les deux empires avaient fort développé leurs armées et fut convaincu qu'ils se préparaient pour la guerre. À son retour en Russie, le grand-duc en informa les ministres, mais il ne fut pas entendu. Il fut victime à l'été 1914, juste avant l'entrée de la Russie dans la Première Guerre mondiale, d'une crise de rhumatisme articulaire aigu alors qu'il roulait à Tchita, près du lac Baïkal. À son retour, sa maladie se compliqua d'une grave pleurésie et il resta alité pendant cinq mois.

Après avoir été déclaré apte à reprendre du service, il fut nommé inspecteur général de l'artillerie et rattaché au quartier-général. Il se rendit à Arkhangelsk afin de vérifier l'envoi des munitions par les Alliés pendant la période critique de la crise des obus de 1915.

Comme chef du Département de l'artillerie, le grand-duc fut très critiqué. Le lieutenant-colonel Jacques Langlois, de la mission militaire française, écrit que Serge Norman Stone, The Eastern Front 1914-1917, Penguin, 1976.. Il fut aussi attaqué par le président de la Douma, Michel Rodzianko. La négligence et la corruption régnaient dans le Département de l'artillerie. Un scandale éclata à propos de contrats passés par le Département de l'artillerie. Mathilde Kschessinska fut accusée de privilégier des commandes pour des entreprises recherchant des gains financiers. Le grand-duc fut blâmé pour s'être abstenu de dénoncer une bande de voleurs et avoir protégé ses relations avec sa maîtresse. Une commission spéciale enquêta sur le Département de l'artillerie et, en , Serge Mikhaïlovitch de Russie dut démissionner de son poste de chef du Département de l'artillerie. Par la suite il fut nommé inspecteur général de l'artillerie de campagne à la Stavka. Chaque jour, il côtoyait Nicolas II au quartier général. Concernant l'issue de la guerre, le grand-duc devint de plus en plus pessimiste, mais il ne put exercer aucune influence sur Nicolas II, car le tsar n'accordait sa confiance qu'à peu de personnes, dont son épouse l'impératrice Alexandra. Celle-ci n'aimait guère le grand-duc. Elle connaissait les différentes rumeurs au sujet de la corruption qui avaient, à ses yeux, sérieusement entaché la réputation du grand-duc, et le tenait au nombre de ses ennemis. L'impératrice pressa son époux d'exiger la démission du grand-duc du département de l'artillerie. Le scandale des pots-de-vin perdura dans les dernières années de la Russie impériale.

Le grand-duc, qui était la majeure partie du temps à la Stavka, devint plus prudent et tenta de s'éloigner de Mathilde Kschessinska.

Révolution russe Le grand-duc Serge Mikhaïlovitch de Russie était à Moguilev, puis à Pskov, à l'abdication de Nicolas II le . Pendant les premiers mois du gouvernement provisoire, le grand-duc, sur les conseils de son frère Nicolas, demeura volontairement exilé à Moguilev, en raison des soupçons de corruption pesant sur lui. Après vingt-deux ans de vie de famille avec sa maîtresse, le grand-duc résista pourtant à la pression de son frère lui conseillant de rompre avec elle.

Serge Mikhaïlovitch de Russie retourna à Petrograd au début de . Il resta dans l'ancienne capitale impériale pendant la période du gouvernement constitutionnel, et vécut avec son frère Nicolas au Palais Michel. Il proposa à Mathilde Kschessinska de venir le rejoindre au palais, mais elle refusa cette offre, pour rejoindre le grand-duc André dans le Caucase. Le , les grands-ducs Georges et Nicolas Mikhaïlovitch de Russie l'accompagnèrent à la gare pour lui faire leurs adieux.

Captivité Après la prise de pouvoir par les Bolcheviks en , les journaux de Petrograd publièrent un décret émanant de la Tcheka, selon lequel chaque membre masculin de la famille Romanov était tenu de s'inscrire au bureau de la police secrète. Au commencement, ils furent tenus de ne pas quitter la ville de Petrograd. En mars 1918, les membres de la famille Romanov inscrits furent de nouveau convoqués pour être envoyés en exil à l'intérieur de la Russie.