Le barrage de Grand Coulee (en ) est un barrage hydroélectrique de type poids sur le Columbia, dans l'État de Washington aux États-Unis, destiné à produire de l'électricité et à permettre l'irrigation. Construit entre 1933 et 1942, il ne possédait à l'origine que deux centrales électriques produisant . En 1974, l'installation d'une troisième centrale porte la puissance à faisant de ce barrage le plus puissant des États-Unis et l'une des plus grandes structures en béton au monde.

Le barrage fut le résultat d'un âpre débat qui eut lieu dans les années 1920 entre ceux qui voulaient irriguer la Grand Coulee avec un canal et ceux qui privilégiaient un barrage équipé d'un système de pompage. Les partisans d'un barrage remportèrent la partie en 1933 mais pour des raisons fiscales, la conception initiale prévoyait un barrage de qui ne permettait pas l'irrigation. Le Bureau of Reclamation et un consortium de trois sociétés appelé MWAK (Mason-Walsh-Atkinson Kier Company) commencèrent la construction en 1933. Après une visite du site en , le président Franklin Delano Roosevelt fit évoluer les plans en vue de construire un « barrage haut » plus cher mais qui permettrait l'irrigation. Le projet de barrage haut fut adopté par le Congrès des États-Unis en 1935 et il fut terminé le lorsque l'eau dépassa le niveau du déversoir.

Les centrales hydroélectriques du barrage permirent l'industrialisation du nord-ouest américain lors de la Seconde Guerre mondiale. Entre 1967 et 1974, la troisième centrale fut construite en plus des deux centrales existantes. La décision de sa construction fut influencée par la demande croissante en énergie, par le besoin de réguler le débit de la rivière stipulé dans le Traité du fleuve Columbia avec le Canada et par la compétition avec l'Union soviétique. À travers une série d'améliorations et l'installation d'équipements de pompage-turbinage, le barrage possède une capacité installée de . Le Columbia Basin Project permet ainsi l'irrigation de .

Le réservoir est nommé Lac Franklin D. Roosevelt en hommage au président américain qui présidait lors de la construction du barrage. Comme de nombreux autres ouvrages hydroélectriques, le barrage de Grand Coulee entraîna le déplacement de populations. amérindiens furent par exemple chassés de leurs terres ancestrales par la mise en eau du barrage. Ce dernier empêche également la migration des saumons, perturbant leur cycle de reproduction.

Contexte La Grand Coulee est un ancien lit de rivière situé sur le plateau du Columbia apparu au Pléistocène lors du retrait des glaciers. Les géologues pensaient initialement que la Grand Coulee avait été formée par un glacier mais la théorie selon laquelle elle avait été creusée par de fortes inondations issues du lac glaciaire Missoula s'imposa à partir du milieu du . La plus ancienne proposition connue pour irriguer la Grand Coulee avec l'eau de la rivière Columbia remonte à 1892 lorsque le Coulee City News et The Spokesman Review publièrent un projet proposé par un certain Laughlin MacLean prévoyant la construction d'un barrage de en travers de la Columbia, assez haut pour faire refluer l'eau dans la Grand Coulee. Un barrage de cette taille aurait un réservoir qui empiéterait sur le territoire canadien, ce qui serait en contradiction avec les traités. Peu après sa création, le Bureau of Reclamation lança une étude pour pomper l'eau de la rivière Columbia et irriguer des zones au centre de l'État de Washington. Une tentative pour lever des fonds échoua en 1914 après que le Congrès eut refusé la création d'obligations d'État.

Un avocat d'Ephrata nommé William M. Clapp proposa en 1917 que la Columbia devait être barrée immédiatement après la Grand Coulee. Il suggérait qu'un barrage de béton pourrait inonder le plateau comme la nature l'avait fait avec les glaciers des millénaires auparavant. Clapp fut rejoint par un autre avocat, James O'Sullivan et par Rufus Woods, éditeur du journal Wenatchee World. Ensemble, ils furent connus sous le nom de Dam College (association du barrage). Rufus commença à promouvoir le barrage Grand Coulee dans son journal, souvent avec des articles écrits par O'Sullivan. L'idée du barrage gagna en popularité auprès du public. Les experts restaient cependant divisés en deux camps. D'un côté, les "pompeurs" favorables à un barrage associé à un système de pompes pour élever l'eau de la Columbia jusque dans la Grand Coulee où des canaux et des canalisations permettraient l'irrigation. De l'autre, les "creuseurs" préféraient détourner les eaux de la rivière Pend Oreille via un canal jusque dans les plaines du centre et de l'est de l'État. De nombreux locaux, tels que Woods, O"Sullivan et Clapp étaient des pompeurs tandis que d'influents hommes d'affaires à Spokane associés à la Washington Water and Power Company (WWPC) étaient de fervents creuseurs. Les pompeurs avançaient que la production d'électricité du barrage pourrait être utilisée pour réduire le cout de la construction et accusaient les creuseurs de vouloir maintenir un monopole sur l'électricité dans la région.

En 1921, la WWPC obtint un permis pour la construction d'un barrage à Kettle Falls à environ de la Grand Coulee. S'il était construit, ce barrage reposerait dans le réservoir du barrage de Grand Coulee et rendrait impossible sa construction. la WWPC lança des fausses rumeurs selon lesquelles des forages dans la Grand Coulee n'avaient trouvé que de l'argile et de la roche fragmentée mais pas de granit sur lequel les fondations du barrage pourraient reposer. Ces rumeurs furent démenties par de nouveaux forages ordonnés par le Bureau of Reclamation. Les creuseurs engagèrent alors le général George Washington Goethals, ingénieur du Canal de Panama pour préparer un rapport. Ce dernier, truffé d'erreurs, ne fit pas évoluer la position du Bureau of Reclamation. En , le président Warren Gamaliel Harding visita l'État de Washington et exprima son soutien aux travaux sur l'irrigation dans la région, mais il mourut un mois plus tard. Son successeur Calvin Coolidge n'avait que peu d'intérêt pour les projets d'irrigation. Le Bureau of Reclamation, désireux de mener un important projet pour accroitre sa réputation, était concentré sur le Boulder Canyon Project qui aboutira au Hoover Dam. Le Bureau fut autorisé à mener une étude en 1923 mais le cout du projet rendit les décideurs fédéraux réticents. Les propositions de l'État de Washington reçurent peu de soutien de ceux qui craignaient que l'irrigation n'entraine une surproduction de céréales et une baisse des prix. Après le refus du président Coolidge, les demandes de fonds pour réaliser des études sur le site ne furent pas accordées. thumb|right|Photo du barrage prise avant la construction en direction du sud

En 1925, le Congrès autorisa le Corps du génie de l'armée des États-Unis à mener une étude de la rivière Columbia. Cette étude fut incluse au sein du Rivers and Harbors Act de qui finançait les études sur la navigation, la production d'énergie, le contrôle des crues et le potentiel d'irrigation des rivières. En , le Corps des ingénieurs présenta son premier rapport. Avec le soutien des sénateurs Wesley Livsey Jones et Clarence Dill, le Congrès avança pour des études complémentaires devant être menées par le Corps des ingénieurs et la Federal Power Commission sur le bassin de la rivière Columbia et la Snake river. Le major John Butler présenta son rapport de 1000 pages au Congrès en 1932. Il recommandait la construction du barrage de Grand Coulee ainsi que celle de neuf autres barrages dont certains au Canada. Le rapport établit que la vente de l'électricité produite permettrait de payer les couts de construction. Le Bureau of Reclamation, dont l'intérêt pour le barrage fut relancé par le rapport lui apporta son soutien.

Bien qu'il y eut un soutien pour le barrage Grand Coulee, certains avancèrent que le nord-est n'avait pas besoin d'électricité supplémentaire et que l'agriculture était déjà en surproduction. Le Corps des ingénieurs ne pensait pas que la construction devait être un projet fédéral et prévoyait peu de demande pour l'électricité. Le Bureau avançait que la demande aura augmenté le temps que le barrage soit construit. Son directeur, Elwood Mead déclara qu'il voulait ce barrage quel qu'en soit le cout. Le nouveau président Franklin Delano Roosevelt supporta le projet de barrage du fait de son potentiel d'irrigation et l'électricité qu'il pourrait produire mais était gêné par les 450 millions de dollars prévus pour sa construction. Pour cette raison, il soutenait un "barrage bas" de au lieu du "barrage haut" de . En 1933, le gouverneur de l'état de Washington Clarence D. Martin créa la commission du bassin de la Columbia pour superviser le projet du barrage, et le Bureau fut choisi pour en superviser la construction.

Construction Le barrage bas Le , personnes assistent aux premiers coups de pioche sur le site du barrage. Les forages commencent en septembre et le Bureau of Reclamation accélère ses études du design du barrage. Le barrage bas permet un contrôle des crues, une irrigation et la production d'électricité mais son réservoir n'est pas assez haut pour pouvoir irriguer le plateau autour de la Grand Coulee. Cependant, la conception permet un rehaussement ultérieur de la structure.

thumb|right|Photographie du batardeau est après que la base ouest ait été achevée Avant même le début de la construction, les ouvriers et les ingénieurs connaissent plusieurs problèmes. Les contrats de construction des différentes parties du barrage étaient difficiles à attribuer car peu d'entreprises étaient capables de les mener à bien. De plus, il fallait déplacer des tombes amérindiennes et construire des échelles à poisson temporaires. Durant la construction, le chantier connut plusieurs glissements de terrain et il fallut protéger le béton tout juste posé contre le gel. La construction du Grand Coulee Bridge en aval commence en et les grands travaux de terrassement en août. Les fondations du barrage nécessitent l'excavation de de roche et de terre. Pour faciliter l'évacuation des gravats et limiter le nombre de camions, une bande transporteuse de est construite. Pour renforcer les fondations, les ouvriers forent des trous de dans le soubassement en granit et comblent les fissures avec du béton. Pour lutter contre les nombreux glissements de terrain, des tubes de de diamètre sont insérés dans le sol et remplis d'un liquide réfrigérant permettant ainsi de geler le sol et d'assurer sa stabilité.

L'appel d'offre final commence le à Spokane et quatre propositions sont reçues. L'une d'entre elles émane d'un avocat sans appui financier et une autre de l'actrice Mae West, consistant en un poème promettant de dévier la rivière. L'une des deux offres sérieuses est faite par un consortium de trois entreprises : Silas Mason Co. de Louisville, dans le Kentucky, Walsh Construction Co. de Davenport dans l'Iowa et New York and Atkinson-Kier Company de San Francisco et San Diego en Californie. Le consortium est connu sous le nom de MWAK et son offre est de , 15 % de moins que les 34,5 millions de dollars soumis par Six Companies, Inc., la société qui construisait le barrage Hoover.

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