Alain Zannini, dit Marc-Édouard Nabe, est un écrivain français, né le à Marseille.

En 1985, il publie son premier livre, Au régal des vermines, un ouvrage aux accents pamphlétaires qui suscite un important scandale. Auteur d'essais, de romans, de recueils de nouvelles et de poèmes, il publie également quatre tomes de son journal intime et de nombreux textes dans des revues, notamment L'Infini et L'Idiot international. Il pratique également la peinture et la guitare..

Longtemps publié par les éditions du Rocher, il perd cet éditeur en 2005 et reste plusieurs années sans publier. En 2008, à l'issue d'un procès, il récupère les droits de vingt-deux de ses livres. En 2010, il revient avec L'Homme qui arrêta d'écrire, qu'il auto-édite.

Marc-Édouard Nabe est un écrivain controversé depuis son premier livre, qui lui a notamment valu des accusations d'antisémitisme. Dans ses livres et ses articles, il s'en prend à de multiples cibles de manière injurieuse, voire ordurière. La publication de son journal intime, notamment, a contribué à le brouiller avec une grande partie des milieux littéraires. Dans les années 2000, il fréquente la mouvance d'extrême droite antisémite d'Alain Soral et Dieudonné avant de se brouiller avec eux par opposition au complotisme. Depuis les attentats du 11 septembre 2001, il fait l'apologie du terrorisme islamiste. En 2025, il est condamné à six mois de prison ferme dans le cadre d'une affaire de harcèlement en ligne.

Biographie Enfance Alain Marc Édouard Zannini naît le à Marseille. Il est le fils de Marcel Zanini, musicien de jazz d'origine gréco-turco-italienne. Il est baptisé catholique le et grandit à Marseille. En 1970, au moment où son père devient célèbre grâce à la chanson Tu veux ou tu veux pas., la famille s'installe à Paris. Grâce à son père, il côtoie à l'époque des musiciens de jazz, ainsi que des artistes de music-hall, des dessinateurs comme Fred., Jean Giraud et Siné.

Vie familiale

Adolescence et premières publications En 1973, encore adolescent, il adopte le pseudonyme « Nabe », qui est le diminutif du sobriquet « nabot » que lui donnaient ses camarades de lycée .. Il signe sous ce nom des dessins dans Hara-Kiri, entre 1974 et 1975..

En , il expose ses peintures à la galerie du Mole, au Cap d'Agde.. À partir de 1983, il tient un journal intime. En 1984, il recommence à fréquenter la rédaction d'Hara-Kiri et assiste ensuite régulièrement aux bouclages, organisés les mardis soir rue des Trois-Portes avec le professeur Choron, Gébé et Cavanna. Nabe apparaît à diverses reprises dans les romans-photos comiques de Choron. Il décrit dans plusieurs tomes de son journal intime l'ambiance du Hara-Kiri de l'époque, autour de Choron..

Il publie ses premiers textes dans les revues Sud et le Jazzophone.. En 1984, il collabore à la revue Vertiges des lettres, dirigée par Siné., et signe un texte dans L'Infini, la revue littéraire dirigée par Philippe Sollers, sommaire sur Gallimard.fr..

À la demande de son père, il étudie la musique et devient guitariste rythmique. Plus tard, il se produit occasionnellement en accompagnant son père.. Le jazz demeure par la suite l'une de ses passions et l'un des thèmes récurrents de ses écrits..

Premiers livres Son premier ouvrage publié, Au régal des vermines, sort le chez Bernard Barrault. Dans cet essai, Nabe fait part de son admiration pour des auteurs comme Louis-Ferdinand Céline, André Suarès, Lucien Rebatet, Sade ou encore Léon Bloy. Abordant de multiples thèmes, le livre tourne cependant avant tout autour de Nabe lui-même, qui dit vouloir . Il y décrit, sur un ton pamphlétaire et virulent, ses goûts (le jazz, les femmes, les Noirs, ses écrivains préférés…) et ses dégoûts (le rock, les féministes, les et les milieux culturels contemporains).

La sortie de ce premier livre est accompagnée de polémiques publiques. L'ouvrage contient en effet de nombreux passages provocateurs et s'en prend violemment à diverses catégories de personnes (les femmes, les enfants, les vieillards, certains écrivains et musiciens, les socialistes…). Nabe écrit entre autres : Au régal des vermines, page 83., Ibid, page 137., et Ibid, pages 155-160.. Ce sont les passages sur les Juifs qui occasionnent le plus de controverses, Nabe étant accusé d’antisémitisme.

Le , Nabe est invité par Bernard Pivot dans son émission Apostrophes dont le thème est ce jour-là « Les mauvais sentiments ». À l’antenne, l'écrivain revendique une de l'humanité, déclare que les livres des autres invités lui sont tombés des mains et qualifie la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (LICRA) de « gens qui se servent du monceau de cadavres d'Auschwitz comme du fumier pour faire fructifier leur fortune ». Un échange très tendu l'oppose à l'un des invités, Morgan Sportès qui trouve le livre de Nabe et se dit dérangé par son admiration pour des écrivains antisémites. .. Après l'émission, le journaliste Georges-Marc Benamou s'introduit dans les studios et frappe Nabe au visage. La LICRA, quant à elle, assigne l'écrivain et son éditeur en justice, pour diffamation et provocation à la haine raciale. La défense de Nabe et Barrault est assurée par l'avocat Thierry Lévy. La LICRA est finalement déboutée en appelCour d'appel de Paris, Chambre - section A, ., puis en cassation le , le juge ayant admis la prescription invoquée par la défense.

Au régal des vermines reçoit un accueil critique contrasté, certains articles soulignant le talent d'écriture de l'auteur tandis que d'autres restent sceptiques, voire rebutés, devant sa personnalité« Il est très naturel de ne pas aimer Nabe. On peut le trouver abject et même totalement dégueulasse. […] On peut aussi lui reconnaitre des dons : le comparer à un virus ou à Attila » (Frédéric Ferney, Le Nouvel Observateur, ).« Reste l'essentiel : la promesse souvent tenue, qu'un écrivain, un vrai de vrai, est né. […] Bientôt les coups du sort l'amèneront à descendre en lui-même. Alors il sera de son temps. Terriblement. » (Gérard Guéguan, Sud-Ouest Dimanche, ).. À la suite de ce premier livre, Nabe conserve durablement une réputation d'écrivain sulfureux. Lui-même considère avoir fait une sorte de hara-kiri lors de son passage à Apostrophes et commente, dans Nabe's Dream, . Incidemment, il devient l'ami du truand en cavale Albert Spaggiari, qui avait apprécié sa prestation dans l'émission.

Son deuxième livre, Zigzags, publié en 1986 chez Barrault, est un recueil de textes. La même année, Denoël fait paraître L'Âme de Billie Holiday, essai consacré à la chanteuse américaine de jazz. Ce livre est bien accueilli par la critique. Lors de sa réédition en 2007, Delfeil de Ton écrit que chaque page « est éclairante, poétique, écrite ».. Toujours en 1986, Nabe sort également Chacun mes goûts, un recueil d'aphorismes édité au Dilettante. En octobre de la même année, il écrit des chroniques pour le festival Nancy Jazz PulsationsÉvoqué dans Journal intime: Inch'Allah, juin 1986-mai 1988, Editions du Rocher, 1996, page 1835.Écrits de Paris, recueil des Numéros 606 à 615, 1999, page 48.. En 1987, il travaille à son premier roman, Le Bonheur, qui est publié par Denoël en janvier de l'année suivante. Tournant autour du thème de la peinture, ce long roman mêle la passion de l'écrivain pour l'art pictural et son intérêt pour la religion. L'accueil critique est inégal : si dans Le Figaro littéraire, Patrick Grainville salue le talent de Nabe en le comparant à Céline et Cendrars., Patrice Delbourg, dans L'Événement du jeudi, conseille de s'éviter en ne lisant pas Le Bonheur.. À l'occasion du bicentenaire de la Révolution française et contre les célébrations qui sont alors organisées, Nabe publie en La Marseillaise, texte sur le morceau éponyme du saxophoniste de free jazz Albert AylerPatrick Besson, « Marc-Édouard Nabe, Hymne à la désobéissance », Le Figaro Littéraire, 6 novembre 1989, ..

De 1989 à 1990, Marc-Édouard Nabe contribue au journal L'Idiot international, dirigé par Jean-Edern Hallier. Il y attaque sur un ton pamphlétaire des personnalités comme Élisabeth Badinter., Serge Gainsbourg. ou l'abbé Pierre.. Ce dernier texte en particulier crée un tollé au sein de la rédaction de l’Idiot : Hallier soutient Nabe contre sa propre équipe et publie dans le numéro suivant un texte défendant l'articleL'Idiot international, , 8 novembre 1989.. En , il publie dans L'Idiot international un article-fleuve sur les médias, intitulé Rideau. Ce texte pamphlétaire, qui prophétise la fin de l'univers des médias et de la télévision, est publié en 1992 sous forme de livre par les Éditions du Rocher. En 1991, il écrit dans le journal L'Imbécile de Paris, dirigé par Frédéric Pajak.

Collaboration avec le Rocher et d'autres éditeurs Le , Marc-Édouard Nabe signe avec Jean-Paul Bertrand, propriétaire des Éditions du Rocher, en vue de publier son journal intime. Le même jour, il participe, avec huit autres écrivains, à un ouvrage édité par le Rocher consacré aux années 1980, intitulé 10 ans pour rien ?.. Chacun des auteurs est enfermé dans une chambre de l'hôtel Meurice et doit remettre son texte à l'éditeur à minuit.. Nabe signe pour ce livre le texte « Le coup de grâce »., qui est reproduit en 1998 dans le recueil Non.

Les Éditions du Rocher publient en mai 1991 le premier tome du journal de Marc-Édouard Nabe dont elles sont ensuite, jusqu'en 2005, le principal éditeur. En vertu d'un accord verbal entre Jean-Paul Bertrand et Nabe, ce dernier reçoit, en contrepartie de la cession de ses droits d'auteur, un revenu mensuel . d'environ . En prime, le Rocher prend en charge sa note de téléphone mobile ., lui avance divers frais dont ses billets d'avion et met à sa disposition une secrétaire.

Durant les années 1990, Nabe publie chez le Rocher, en quatre tomes, son journal rédigé pendant la décennie précédente. Les volumes dont chacun tourne autour de mille pages, couvrent une période allant de 1983 à 1990. Le premier tome s'achève sur son passage à Apostrophes. La publication de ce journal, où il dépeint des personnalités avec férocité sans changer aucun nom, alimente sa réputation de provocateur et lui vaut de nombreuses inimitiés. C'est notamment le cas d'Albert Algoud, dont la vie privée est révélée par Nabe et qui juge avoir été ..

Parallèlement à la rédaction de son journal, Nabe publie en 1992 chez Gallimard Visage de Turc en pleurs, mise en roman de son voyage en Turquie. Ce livre fait l'objet de plusieurs critiques élogieuses : Le Monde parle ainsi de « deux cents pages d'une prose joueuse, iconoclaste et facétieuse ». et Le Figaro Magazine d'un roman « remarquable par les éclats d'un langage fougueux ».. La même année sort chez le Rocher L'Âge du Christ qui a pour sujet le christianisme et la première communion de Nabe, effectuée à Jérusalem le jour de ses 33 ans. En , le même éditeur publie un recueil d'aphorismes entièrement manuscrit par l'écrivain, Petits riens sur presque tout. Ce nouvel ouvrage est mal reçu par Le Figaro littéraire qui le qualifie d'« auto-hagiographie d'un polygraphe »., tandis que la Tribune de Genève y voit une « suite d'aphorismes d'une effarante vacuité » qui « relève à peu près de la foutaise »..

En 1993, à l'occasion des quarante ans de la mort de Django Reinhardt, il consacre au guitariste un livre intitulé Nuage, édité par Le Dilettante. Il publie la même année le second tome de son journal, Tohu-Bohu, qui revient notamment sur les conséquences de sa prestation du dans Apostrophes. L'année 1995 s'ouvre avec la publication par Gallimard, en collection Blanche, de son roman Lucette. Le livre, consacré à la veuve de Louis-Ferdinand Céline, Lucette Destouches, raconte ses souvenirs et sa vie d'aujourd'hui au milieu de ses amis. En 1996, sort le troisième tome de son journal intime, Inch'Allah. Entre 1995 et 1998, il publie des articles dans Paris-Match. En , Pajak, Vuillemin et Nabe fondent leur propre mensuel, L'Éternité, qui ne dure que le temps de deux numéros.