Guy de Villardi de Montlaur plus connu sous le nom Guy de Montlaur (né à Biarritz le et mort à Garches le ) est un peintre français.

Résistant pendant la Seconde Guerre mondiale, il débarque en Normandie le avec les commandos du  BFMC ( Bataillon de Fusiliers Marins Commandos) dits "commandos Kieffer", participe à la bataille de Normandie et débarque à nouveau en Hollande le .

L'œuvre picturale de Montlaur est influencée par les grands classiques : Paolo Uccello, Jean-Auguste-Dominique Ingres, Eugène Delacroix, et plus tard, Vassily Kandinsky. Quatre styles caractérisent l'évolution de la peinture de Montlaur : le cubisme juste après la guerre, l'abstraction géométrique en 1949, l'expressionnisme abstrait à partir de 1955 et l'abstraction lyrique vers 1960, lorsqu'il atteint la plénitude de son art et de sa technique.

Sa peinture est souvent mystique, parfois religieuse ; elle est marquée par les terribles souvenirs des combats menés pendant la guerre.

Biographie

Ses origines, sa formation Guy Joseph Marie de Villardi de Montlaur est né le à Biarritz. La famille de Villardi dont est issue le peintre est selon Régis Valette une famille d'extraction chevaleresque sur preuves de 1354Régis Valette, Catalogue de la noblesse française au , 2002, page 188. et elle est maintenue dans sa noblesse en 1698. Elle s'installe à Avignon dès la fin du . En 1748, elle s'allie à l'héritière de la famille de Montlaur dont elle relève le nom. Le château de Montlaur () est situé à au nord-est de la ville de Montpellier. Guy de Villardi de Montlaur est ainsi issu par les femmes de la branche aînée de la maison languedocienne de Montlaur. Il est brésilien par ses ancêtres maternels qui venaient de la région de São Paulo et de Bahia et il avait assurément du sang indien. Il commence à peindre très jeune. Entre 1936 et 1938, tout en étudiant la littérature et la philosophie à la Sorbonne, il fréquente l'atelier d'Emmanuel Fougerat, puis l'Académie Julian. Il travaille avec Jean Souverbie et l'accompagne à l'Exposition universelle de 1937 au Palais de Chaillot.

En 1937, il rencontre une jeune américaine, étudiante en arts, Adelaide Oates qu'il épouse à Londres six ans plus tard. En , juste après les accords de Munich, il part effectuer son service militaire.

Le soldat Guy de Montlaur se trouve sur le front au moment de la déclaration de guerre, le . Il fait partie du régiment de Hussards basé à Sarreguemines, regroupé dans le Groupe de Reconnaissance de Corps d'Armée et participe dès le début du conflit, à de nombreux raids dans la Sarre allemande : à Kleinblittersdorf, Walsheim, Herbitzheim et dans la partie allemande de Bliesbruck. Son unité fait partie des Corps Francs à partir du , il est sous les ordres du capitaine de Castries le futur commandant de Dien Bien Phu en 1954. En , pendant la débâcle, Montlaur se bat contre l'envahisseur à contre-courant et arrête son combat à Limoges deux jours après l'armistice concédé par Pétain à Hitler. En 1942, après avoir traversé l'Espagne franquiste, il rejoint Lisbonne ; pendant trois mois, il y travaille pour le MI6, le service secret britannique (Secret Intelligence Service).

Il rejoint la France libre à Londres en . Il est intégré à sa demande au Bataillon de Fusiliers Marins des Forces Navales Françaises Libres. Le , il participe au débarquement de Normandie à Ouistreham avec les 177 français du Commando Kieffer intégrés au Commando de la 1st Special Service Brigade du brigadier général Lord Lovat.

Guy Vourc'h qui commandait sa troupe lors du débarquement dira de lui, dans son éloge, lors de l'enterrement de Guy de Montlaur, le au cimetière de Ranville (Calvados) : Le , il participe au débarquement allié de Flessingue(Vlissingen) dans l'île de Walcheren en Hollande (Operation Infatuate) où il est blessé quand sa barge de débarquement est touchée par un obus allemand. L'opération, menée contre un ennemi dix fois supérieur en nombre, fut un succès total. Elle ouvrit l'Escaut aux troupes alliées et leur permit l'accès au port d'Anvers ainsi qu'au nord de l'Allemagne, ouvrant la route de Berlin et accélérant ainsi la fin de la guerre.

Guy de Montlaur est cité par Cornelius Ryan dans son livre The Longest Day (Le jour le plus long). Son rôle est interprété par l'acteur Georges Rivière dans le film The Longest Day (Le jour le plus long) tourné en 1962 par Darryl Zanuck. Le film a obtenu 2 Oscars en 1963.

Le peintre Après la guerre, Montlaur part avec sa femme Adelaide aux États-Unis, il étudie à l'Art Students League de New York et peint sans relâche. Après deux ans passés en Amérique, il rentre en France, où il restera jusqu'à la fin de ses jours.

La période cubiste Les peintures de Montlaur suivent fidèlement les règles des cubistes du groupe de la « Section d'Or » (Gleizes, Metzinger, Gris, Léger et Duchamp). Le peintre s'inspire des principes énoncés par Gino Severini - avec qui il s'était lié d'amitié - dans son livre Du Cubisme au Classicisme, où les couleurs sont déterminées de manière quasi mathématique et découlent rigoureusement des formes.

L'œuvre produite pendant cette période est abondante, elle montre la rigueur du créateur, la justesse et la précision de son regard et de sa main. Montlaur rentre des États-Unis en 1948 et s'installe à Nice jusqu'en 1953. Il passe son temps entre Nice et Paris où il retrouve ses amis du groupe dynamique des Réalités Nouvelles : Atlan, Poliakoff, Schneider, Chapoval, et Soulages. La première exposition solo de Montlaur a lieu en à la Galerie Lucienne-Léonce Rosenberg. Le Musée d'Art Moderne de la ville de Paris achète une de ses peintures lors de l'exposition.

L'abstraction géométrique En 1949, la Galerie René Drouin édite la traduction du testament de Vassily Kandinsky Du Spirituel dans l'art et dans la peinture en particulier. Les peintures de Kandinsky ainsi que ses idées deviennent des modèles pour Montlaur. En , au Salon des Surindépendants, Montlaur expose sa première peinture abstraite : la Baie des Anges, 1949.

Dans une lettre datée du , Gino Severini lui écrit :

Montlaur expose une deuxième fois au Salon des Surindépendants, mais trouvant que leur orientation ne correspondait pas à son style, il se dirige vers les Réalités Nouvelles où il expose jusqu'en 1958 à côté d'Atlan, Chapoval, Soulages, Schneider, Kupka, Vasarely, Herbin, Nell Blaine, Ellsworth Kelly, Jacques Duthoo, Nicolas Poliakoff...

Montlaur expose à la galerie Colette Allendy en 1951 et 1954. Cette galerie avait été fondée par la veuve du  René Allendy qui avait préfacé le livre de Severini, Du Cubisme au Classicisme.

D'après le critique d'art Michel Ragon : Colette Allendy expose également les peintres Hartung, Soulages, Mathieu, Stahly, Wols, Corneille, Bryen, Doucet, Schneider, del Marle.

Le critique d'art Roger van Gindertael écrit :  

L'abstraction expressionniste En 1953 Montlaur et sa famille s'installent à Fontainebleau.

Sa peinture est devenue progressivement plus géométrique et plus plane. Elle s'éloigne de ses maîtres Kandinsky et Severini, elle perd son allégeance au néo-constructivisme des Réalités Nouvelles. Montlaur troque le pinceau contre le couteau à palette. Il rompt les formes et les contours. Ses peintures prennent souvent un aspect fantastique, onirique, déconcertant. Les sujets de ses peintures, les titres deviennent hermétiques. On voit apparaître son rapport intime avec ses poètes préférés : Baudelaire, Verlaine, Nerval (Le titre d'une peinture Divertissement pour une nuit de janvier, 1955 fait référence à la mort de Nerval le ), Valéry, et surtout Guillaume Apollinaire qui l'a accompagné pendant tous ses combats pendant la guerre : il avait avec lui les Alcools dans son sac quand il débarqua le ; le livre porte encore les traces d'eau de mer. Sa lucidité et son intransigeance l'amènent à vouloir exposer la vérité à tout prix, seul contre tous.

Son ami Albert Béguin lui dit dans une lettre de 1957 :

En , Guy de Montlaur s'installe enfin à Paris avec Adelaide et leurs enfants.

L'abstraction lyrique Ses blessures au visage occasionnées par des éclats d'obus lors du débarquement de Walcheren le font souffrir et l'empêchent de dormir. Les médecins ne peuvent pas l'opérer pour enlever les multiples fragments de tungstène qui se sont fixés dans l’œil. Montlaur choisit de transcender sa douleur physique et spirituelle en augmentant son activité créatrice. Sa peinture devient mystique (La chute de l'ange, 1960) et relate un combat spirituel intime.

En 1961, Montlaur reprend du service à la Marine, d'abord au Bataillon de Joinville, puis, en 1963, au Service Historique de la Marine, avenue de Suffren à Paris. Le peintre y consacre toute son énergie, au détriment de son art. Pendant neuf ans, il peint la nuit, le week-end et pendant ses congés passés en Bretagne avec sa famille. Paradoxalement, ces courts moments de tranquillité voient exploser sa production.

Sa peinture devient de plus en plus hermétique mais le peintre laisse toujours des indices. C'est avec la peinture qu'il combat le désespoir, mais sa peinture elle-même est désespoir. Il écrit, à propos de son tableau Voici venir l'automne, 1961 :  (Guy de Montlaur, Petits écrits de nuit).

Un épisode tragique va le marquer pendant l'été 1966. La voiture dans laquelle il est passager, traverse un village et percute un jeune garçon. Montlaur restera à ses côtés pour le réconforter pendant qu'il agonise. Cet accident fait remonter à sa mémoire les événements les plus insupportables qu'il a vécus pendant la guerre. Les peintures de ce mois d' expriment violemment son désarroi (Du sang sur la route, Cauchemar d'une nuit d'été, À la mémoire de ma tante, tuée à Ravensbrück).

Montlaur avait déclaré que Paolo Ucello et Vassili Kandinsky étaient ses maîtres, voici comment il se décrit en 1971 lors de son exposition à la Galerie des Éditions Rolf Lutz, quai Voltaire à Paris : (Guy de Montlaur, Petits écrits de nuit).

Pierre Vintéjoux écrit dans Le Figaro lors de son exposition à la galerie Rolf Lutz :

Robert Vrinat, des Nouveaux Jours :

Ses dernières années

En 1974 Montlaur achète une propriété près de Lisieux, en Normandie, pour selon lui, se rapprocher de la région qui l'a tant marqué en 1944. Il passe les dernières années de sa vie entre Paris et la Normandie se consacrant entièrement à sa peinture: (Guy de Montlaur, Petits écrits de nuit).

Guy de Montlaur est mort le à Garches.

Guy de Montlaur est enterré, avec sa femme Adelaide, au cimetière de Ranville en Normandie. Il repose à côté de camarades commandos dont l'aumônier du Commando Kieffer, René de Naurois, Juste parmi les Nations, qui le maria, lui et Adelaide le à Londres.

Expositions

1937 : Salon des Artistes français, Paris 1949 : exposition à la galerie Lucienne-Léonce Rosenberg, Paris 1949 : « Les peintres de la Résistance », Paris 1949 et 1950 : salon des Surindépendants, Paris 1951 et 1954 : exposition galerie Colette Allendy, Paris 1951 : exposition de l'Art club - Hôtel Negresco, Nice 1950 à 1958 : salon des réalités nouvelles, Paris 1959 : exposition 20 peintres américains, 20 peintres français, comité France-Amérique, Paris 1971 : exposition galerie Rolf Lutz, Paris 1974 : hôtel de ville de Renaix, Belgique 1974 : BNP Bruxelles, Belgique 1993 : Montgomery Gallery, San Francisco 1994 : La Maison française de l'ambassade de France, Washington DC 2012 : Mémorial Pegasus et bibliothèque de Ranville (Calvados) 2012 : orangerie du château de la Thibaudière (Maine-et-Loire), Journées du Patrimoine 2013-2014 : château de Montlaur (Hérault) 2014 : Pegasus Mémorial Pegasus (Ranville, Calvados) 2015 : Pegasus Mémorial Pegasus (Ranville, Calvados) exposition permanente de « Pegasus before landing » 2015 : Galerie Nationale des Beaux-Arts de Perm, Perm, Russie. 2016 : Centre des Expositions de l'Union des Artistes de Russie, Tcheliabinsk, Russie 2016 : Maison Poklewski-Koziell, Musée Régional de Sverdlovsk, Iekaterinbourg, Russie