Jean-Jacques Martinet est un ingénieur français né à Boulogne-sur-Mer le Données recueillies de la généalogie d’Olivier Payenneville et de la descendance de Charles de Flavigny et mort à Rouen le .

Charles de Beaurepaire« Les Architectes rouennais », Bulletin de la Société des Amis des Monuments Rouennais, 1906 (97-105) le faisait pourtant naître sur la paroisse Saint-Eloi de Rouen, en se basant sur les renseignements pris sur son acte de mariage (« de la paroisse Saint-Eloy ») sur lequel il est dit avoir 36 ans ; ceci bien que son acte de décès le dise « âgé d’environ 80 ans » donc né vers 1680.

La vie

Cité comme ingénieur du roi dès 1714, il reçoit, en 1721 de la ville de Rouen, une allocation de livres pour avoir été chargé de l’inspection du port de Rouen en qualité d’Ingénieur des ponts et chaussées. Vingt-sept ans plus tard, le , un arrêt du Conseil de la ville lui confiait la mission de faire la visite des rivières et ruisseaux de Conches et d’Iton, opération qui l’occupa du 14 au de cette même année. Sans doute fut-il chargé d'autres travaux entre 1721 et 1748, car l'administration dans laquelle il officiait avait pris, dès cette époque, une grande importance grâce à une activité de jour en jour croissante.

Martinet donnera cependant sa démission d’ingénieur du roi et obtient, le , du même Conseil une pension viagère de livres par an. À la même époque, il aurait également acheté une charge de secrétaire du roi qui lui conférait les privilèges de la noblesse. Il meurt dans sa maison de la rue du Petit-Enfer, le et est enterré dans l’église Saint-Eloi, le lendemain.

« Jeudi, , fut inhumé dans cette église, par M. le curé, le corps de M. Jean-Jacques Martinet, écuyer, conseiller secrétaire du roi, maison et couronne de France, et ancien ingénieur des ponts et chaussées de la Généralité, décédé hier, âgé d’environ 80 ans, muni des sacrements de l’église en présence de Jean-Charles Martinet et de M. Jean-Frédéric Martinet, ses fils, et de Messire Alexandre-Jacques Lucas, seigneur de Boucourt-Martot ».

Il avait épousé, le Ou janvier selon la source de note 1, en l’église Saint-Vincent, Marie-Anne Capplet (Elbeuf, entre 1706 et 1708 – Rouen, église Saint-Eloi, ), fille d’un riche bourgeois de RouenPierre Capplet était le de Jean Capplet (v. 1629-1678), greffier du duché d’Elbeuf en novembre 1660 et de Barbe Flavigny (1628-1709). Pierre Capplet épousa en premières noces à Elbeuf (29 septembre 1686) Marguerite Bourdon qui décéda en 1700. La même année, le 24 mars 1700, en l’église Saint-Jean d'Elbeuf, Anne de Riberpré (v. 1660- ap. 1750), veuve de Jean Gemblet (v. 1657-1693), avocat à la cour, laquelle survécut de quelques années à son époux :

« Le , Monsieur Jean Martinet, âgé de 36 ans, fils de feus Monsieur Estienne Martinet et de dame Pérone Magnière, ses père et mère, ingénieur du Roy au Département de Normandie, de la paroisse Saint-Eloy, d’une part, et damoiselle Marie Anne Capplet, âgée de 22 ans, fille de feu Monsieur Pierre Capplet et de dame Anne de Riberpré, ses père et mère, de cette paroisse, d’autre part […], ont été mariés par discrète personne maistre Estienne Varembault, prêtre, bachelier en théologie de la faculté de Paris et curé de cette paroisse [Saint-Vincent], en présence de Messire Jean Grandin, frère en loy de la dite, Jacques Billard de Néville, procureur du Roy au bailliage, François du Verd, trésorier de France, Abraham Jean Michel Cothart, écuyer, et de dame Anne de Riberprey et autres. Signé : Anne de Riberprey, Yvan Grandin, Jeanne Le Clerc, Du Vert, Billard de Nainville, Cottart, Varembault ».

Marie-Anne Capplet mourut à l’âge de 66 ans, sur la paroisse Saint-Eloi le À noter qu'elle sera la marraine d'une fille du frère d'un de ses gendres : « À Saint-Eloi, 30 octobre 1766, baptême de Marie-Jeanne-Félicité-Charlotte, fille de Jean-Denis de Gasville d’Yville, chevalier de Saint-Louis, représenté par procureur ; marraine Marie-Anne Caplet de Martinet, représentée par dlle Marie-Hippolyte-Cherlotte Laine ». Elle avait légué aux pauvres de l’hôtel-Dieu une somme de 2000 livres qui fut versée par ses héritiers à cet établissement le . Elle eut au moins huit enfants de son époux :

• Jean-François, baptisé à Sainte-Marie-la-Petite le (mort jeune).• Marie-Anne, baptisée à Sainte-Marie-la-Petite le , mariée à Jacques-Nicolas Goy, inspecteur des manufactures de la Généralité, avec qui elle eut Eléonore Denise Goy et Alexandre André« À Saint Eloi le 2 juin 1764, baptême d’Alexandre-André, fils de Jacques-Nicolas Goy, inspecteur des manufactures et de dame Marie-Anne Martinet ; parrain, André de Lestoille ; marraine, Catherine-Alexandre Daniel, épouse de Jacques-Gaspard Delorme. ».• Jean-Charles (1737-ap.1772).• Madeleine-Léonor-Pélagie, baptisée à Saint-Eloi le , épousa André de Lestoile, Maître honoraire à la Cour des Comptes le « À Saint Eloi, le 2 juin 1762, mariage à la suite de mainlevée d’opposition, de Madeleine-Léonor-Pélagie Martinet avec André de Lestoile. Présents, Jacques Lucas, chevalier, sieur de Boucourt, Jacques-Nicolas Goy, inspecteur des manufactures, beau-frère de l’épouse, Jean-Frédéric Martinet son frère. ».• Amable-Louis « Martinet des Marais », baptisé à Saint-Eloi le . Il était, en 1765, officier au régiment de Dauphiné.• Hélène-Françoise-Félicité, baptisée à Saint-Eloi le , s'unit quant à elle, le , à Jean-Baptiste Goujon de Gasville, chevalier de Thorigny, ancien officier aux Gardes françaises, capitaine réformé d’infanterie au régiment de Bresse, fils de Jean-Prosper Goujon de Gasville, Intendant de la Généralité de Rouen, et d’Anne Faucon de Ris, de la paroisse de Saint-Pierre d’ÉvreuxDispense de ban, obtenue le 19 mars 1765 (G 6193). Il y avait eu d’abord opposition au mariage de la part du frère de l’époux, Jean-Louis-Claude Goujon de Gasville, chevalier, seigneur patron d’Yville-sur-Seine, chevalier de Saint-Louis, ancien capitaine de cavalerie au régiment Colonel-Général. Mais mainlevée n’avait pas tardé à être donnée par l’opposant et, de plus, dispense avait été obtenue de l’évêque d’Évreux et de l’archevêque de Rouen à raison de l’empêchement canonique du temps de la quadragésime. « Présents au mariage : Augustin Le Doulx de Melleville, prêtre, chanoine d’Évreux, conseiller clerc au Parlement ; Gaspard-Norbert Arvillon de Sozay, conseiller du Roi, notaire secrétaire en la Cour des Comptes, Aides et Finances, receveur des tailles de l’Élection de Pont-l’Évêque ; Charles-Anne Le Cousturier de la Motte, capitaine réformé, de présent à la suite du régiment de Touraine ; Amable-Louis Martinet du Marais, écuyer, officier au régiment de Dauphiné, Jean-Frédéric Martinet, écuyer, tous deux frères de l’épouse ; André de Lestoile, Maître honoraire en la Cour des Comptes ; Jacques-Nicolas de Goy. Signatures : H. f. f. de Martinet, Le Doux de Melleville, Le Cousturier de la Motte, Martinet Delmotte, Martinet Goy ; Goujon de Gasville de Thorigny, Capplet-Martinet, Arvillon de Sozay, Martinet du Marais, De Lestoile, Goy, Martinet de Cetville. »..• Jean-Frédéric, baptisé à Saint-Eloi le et mort avant 1773.

Nous n'avons pas pu prouver que l'ingénieur et graveur François-Nicolas Martinet (1731-1800) ait été lié à Jean-Jacques Martinet.

L’œuvre Outre ses activités d'ingénieur, Martinet, eut le mérite de déceler très tôt les grandes aptitudes de l'architecte Antoine Matthieu Le CarpentierHaillet de Couronne, Éloge de M. Le Carpentier, manuscrit, Académie de Rouen.

L'hôtel de la Première Présidence (1717)

« Le roi étant informé qu’il est convenable et même nécessaire pour la commodité des habitants de la ville que les sieurs premiers Présidents de son Parlement de Rouen soient logés dans une maison fixe et dont la situation soit commode au public, et S. M. ayant fait examiner en son Conseil les moyens les moins onéreux pour avoir les fonds nécessaires, tant pour l’acquisition d’un emplacement que pour le bâtiment qui doit être construit, il lui paru que la prorogation, pendant trois années, de l’octroi qui se lève sur les boissons dont l’adjudication doit finir au mois de , serait la voie la moins à charge pour subvenir à cette dépense […] »

Ainsi fut décidée la construction, par arrêt du Conseil d’État du et aux frais de la ville, d'un hôtel pour le Premier Président du Parlement, Nicolas-Pierre Le Camus (v. 1667-1734), Sieur de PontcarréConseiller au Parlement de Paris (1688), Conseiller du roi en tous ses conseils (1703), Maître des requêtes (1691), Président du Parlement de Normandie de 1703 à 1730, premier président à la cour des Aydes de Paris. On choisit alors l'emplacement rue Saint-Lô.

En effet, lors de sa fondation, le Parlement de Normandie avait été installé de manière somptueuse dans le Palais de Justice actuel, mais son Président estimait ne pas loger à cette époque dans une demeure digne de sa fonction. Cependant, à la mort de Louis XIV, les Parlements qui se sentaient humiliés de longue date, semblèrent retrouver un semblant de vigueur. Le Régent tenta une réaction contre le gouvernement des ministres bourgeois et appela la grande noblesse aux conseils de la couronne, lesquels furent créés ou élargis à cette occasion. Il rendit ainsi aux Parlements le droit de remontrance et, en 1718, le Parlement de Normandie en remercièrent officiellement le futur Louis XV. Une des attentions du nouveau régime pour les vieilles institutions, un peu effacées par l’éclat imposant et l’absolutisme de Louis XIV, fut de bâtir rue Saint-Lô un logis somptueux pour le chef en qui la majesté de la Justice était symbolisée. On avait choisi l’emplacement au nord du Palais afin d’assurer, par un passage en arcade (détruit en 1855) sur la rue Saint-Lô, une communication avec le Parlement.

« L’hôtel de M. Le Premier Président a été bâti en 1717 et a coûté 400 000 francs à la ville. La structure en est noble et majestueuse, telle qu’il convenait au logement du Chef d’une des premières cours du Royaume. Dans un vestibule à droite, on voit une inscription latine qui marque le temps de la construction de l’hôtel et le nom de ceux qui étoient alors à la tête de la ville. Aux deux côtés de l’inscription, sont deux bustes, dont l’un représente Louis XII et l’autre son fidèle ministre, le cardinal d’Amboise »Servin, Histoire de Rouen, Capitale du Pays et Duché de Normandie, depuis sa fondation jusqu'en l'année 1774, suivie d'un Essai sur la Normandie Littéraire, par M. S***, Avocat au Parlement de Rouen, Chez Le Boucher, le Jeune, Libraire, rue Ganterie, 1775, tome II, 129-130.

L’arrêt du était le point de départ de divers projets qui bouleversèrent la vie palais. Dès le suivant, un nouvel acte émanant de Paris vint confirmer le choix de la rue Saint-Lô, les projets présentés par « le sieur Martinet, ingénieur », en procédant aux nécessaires expropriationsVoir le détail des expropriations dans l’excellent article de Pierre Chirol, dans le Bulletin des Amis des monuments rouennais, 1909, réédité dans Églises, hôtels et vieilles maisons de Rouen, sous la direction de Jean-Pierre Bardet et Jean-Pierre Chaline, B.A.M.R. numéro spécial du centenaire, 1986, 101 et suivantes.

La rue était en effet idéalement placée pour accueillir le nouvel hôtel car le palais de justice, tout proche, était le lieu de travail du Président. Martinet signa son premier devis dès le pour un total de livres 3 sols 9 deniers. L’intendant de la Généralité de Rouen, Jean-Prosper Goujon de Gasville (1684-1746)Il fut en poste de 1715 à 1732. Son fils épousa l’une des filles de Martinet. Les deux hommes se retrouveront lors du chantier du château d’Yville., procéda aux expropriations nécessaires tandis que le plan et le devis furent revus par Martinet en 1717. Le de l’année suivante, un nouvel arrêt autorisa l’augmentation du devis de près de livres en approuvant l’adjudication du précédent.