La Madeleine est un sommet du massif des Vosges culminant à d'altitude. Associé à de nombreuses légendes de réprouvés, dont certaines ont une véritable teneur historique, son nom provient d'un ancien hospice de malades, une madeleine sise à la base de son front septentrional qui a précisément longtemps porté le nom de Clairemont ou ClermontUn texte qui comprend Ad pedem claris montis indique en 1167 un itinéraire pédestre qui indique un ermitage dédié à la Sainte Trinité. De plus en plus, Clairemont altéré en Clermont n'est associé qu'au sommet de la montagne ou disparaît. Si on signale encore la Magdelene de Clermont au , ce n'est plus que pour les Archives que La Magdelene en 1468 ou La Montagne de la Magdelene en 1524.. La fontaine de la Solitude, sacrée bien avant d'être dédiée à sainte Claire, est aussi remarquable.

Les archives des derniers siècles d’Ancien régime attestent à côté d’une modeste route marchande de Rambervillers à Sélestat, un ancien ermitage religieux et un asile de lépreux. Cette institution sous la protection du pouvoir religieux porte avant le le nom de léproserie de La Chenal. Elle est en réalité la relique d’une vaste communauté de malades de la lèpre ou d’autres maladies contagieuses par contact avec la peau, bannies de la société civile bien-portante.

Les historiens soupçonnent que les lépreux et les malades, parmi lesquels se fondaient une foule de pauvres et de réprouvés, avaient des droits sur la contrée forestière. Valides ou aidés, ils se dispersaient en bonne saison dans la montagne proche de la madeleine, se lavaient dans le Taintroué ou les ruisseaux du massif, faisaient sécher leurs hardes. Leurs enfants bannis pouvaient s'y établir, fonder des hameaux et participer au ramassage du bois mort et du bois blanc pour se chauffer.

Le massif était franchi au par plusieurs chemins de pénitence ou de saint Jacques au bien nommé col du Haut Jacques. La montagne forestière s'appelait Agne aux temps mérovingiens, nous ne connaissons pas son emprise réelleCommunication de Marie-Hélène Saint-Dizier. Il est probable que les hauts d'Anould, Anozel au sud du Kemberg en faisait partie. La partie septentrionale est-elle essentiellement en chaume et parcours gardant seulement de fortes pentes boisées ?. Sa zone méridionale apparaît après le et surtout au sous le nom de bois de Mortagne. L'évolution du toponyme s'accorde avec la présence de ces morts civils qu'étaient les lépreux.

La montagne qui a été une source d’hommes a été véritablement divinisée en saint Villigod, qui faisait à Saint-Dié l'objet d'un culte public le en compagnie de saint Dié, saint Martin de Moyenmoutier et sainte Hunne Diocèse de Saint-Dié (Sancti Deodati), Georges Goyau, Catholic Encyclopedia, Vol. 13, New York, Robert Appleton Company, 1912, New Advent..

L'histoire, les légendes et les traditions associées à la montagne opposent ici la fureur dévastatrice à la douceur la plus paisible, dans une continuelle et inquiétante succession manichéiste. Aujourd'hui cet ancien lieu de réprouvés, quasi désert, est laissé aux marcheurs, aux gestionnaires et exploitants forestiers. Le marcheur solitaire pouvait y grimper et accomplir un périple de plusieurs heures encore récemment en toute saison sans rencontrer âme qui vive. Une impression de solitude étrange, quand on n'ignore pas la densité d'êtres vivants ayant hanté ou vécu dans ce massif, rejoint l'émotion ressentie au cours d'une visite à un bagne abandonné ou à une prison désaffectée.

Toponymie

À force de vivre avec la maladie, les confréries et les habitants de La Madeleine, privés d’apport médical, ont fait appel aux ressources traditionnelles les plus simples. Le massif de La Madeleine est autrefois réputé dans la culture populaire pour abriter pléthore de guérisseurs et soigneurs formateurs. La thérapeutique pour soulager les lépreux semble consister en cure d’eau hygiénique et une exposition parcimonieuse au soleil. Le fréquent lavage des linges et son blanchissement sur les prés sont aussi une consigne respectée. À l’ombre des arbres, les lépreux nettoient précautionneusement leur peau avec les eaux des rivières et canaux. Le lavage transparaît dans le terme Gachotte, de l’ancien français gascher (allemand waschen). Sauceray proviendrait de saucer, être trempé. Un puits et une source de Sauceray avaient aussi la réputation de contenir du sel bénéfique pour ces cures. Peut-on parler d’un droit de mouillage qui caractérise canaux et ruisseaux du sanctuaire ou de ses abords ? Le latin tinctum, participe du verbe tinguere, semble être à l’origine de Taintrux et de Taintroué.

Une autre étymologie associe Taintrux à une teinte colorée, précisément au rouge des limons sableux. Cette interprétation érudite est influencée par la Rouge Pierre, autrefois Fracte Pierre et l’omniprésence de cette couleur, en particulier les localités Rougiville et Les Rouges-Eaux. Le rouge évoque plutôt l’exclusion officielle du malade lépreux. Rubrifier signifie censurer, exclure, rayer des membres de la communauté. Cet abandon du malade à un sort funeste se retrouve dans le verbe vuider, abandonner en ancien français, qui apparaît dans les lieux Vidonchamps et Vacherie.

Pour conjurer ces lieux malfamés Malfosse, Mauvais champ… l’eau courante purificatrice serait invoquée jusqu'à celle des simples installations hydrauliques: canal ou chenal, bief, du gaulois bedum (lit d’une rivière ou canal, fossé) devenu bihay. Il existe une autre interprétation prosaïque, car les lieux évoqués autrefois diffèrent des installations : le canal ou la Chenal serait un lieu de distribution de vivre sous condition, très semblable un bihay serait aussi un lieu de queue et de séparation : aux plus malades, des soins claustrés dans une infirmerie, aux autres une simple provende, aux autres non enregistrés, un simple renvoi, une arrestation, un avis de non-recevoir.

Le nom des trois ruisseaux de Saint-Michel, la Vacherie, le Battant et le Herbaville semble relié à la Madeleine. La Vacherie, à part le lieu d’élevage évidemment suggéré par l’étymologie populaire, serait le lieu d’abandon des malades, lieu de perte, de vacance ou viduité pour les familles qui les accompagnaient. L’errance des malades y était puni de mort. Le battant peut désigner un droit d’implantation de moulin à grain pour les affamés ou encore une frontière dont le franchissement est sanctionné par une peine de bâton ou de harcèlement, un beteu autorisé. Herbaville montre le cœur de la communauté des réprouvés, qui garde le souvenir d’un ordonnancement militaire, avec l’étymon heriban villa ou domaine sous ordre militaire. La Chaise du Roi rappelle une case ou maison du règlement stricte. Une altération d'Herbot, qui désigne en ancien français les pauvres et misérables, apparaît probablement dans le toponyme Herbaudichamps, voisin des Pourris Champs. Les visages pourris ou peaux putrides nomment les lépreux. Les lépreux sont aussi dits pourris, blafards, difformes, défigurés…

Du côté de Saint-Dié, La Bolle serait étymologiquement une borne fatale à franchir pour les malades de la communauté forestière, la Chenal un des lieux de distribution de vivres et peut-être encore la rivière canalisée qu’il ne faut pas franchir sous peine d’être battu, et la Rouge Pierre, où la marque exclusive du lépreux devient indélébile et sans retour.

thumb|Falaise d'escalade de la carrière de la Biche.

Les sommets portaient des troupeaux : la tête de la Biche désigne une ancienne chaume, Bische viendrait de l’ancien français bisse, bétail ou plus loin encore de bestia, bête. Suivant cette dernière acception, les anciens conteurs identifiaient formellement la bête pourchassée lorsque la roche apparaissait dans les nuées. Notez en français que la biche est traditionnellement associée aux visages émaciés à la beauté frappante de grands yeux et à la survenue de la saison calme qui permet de contempler cette éminence rocheuse. La table Rouquine rappelle de manière altérée la présence de petits chevaux rustiques ou roncins, lâchés par les montagnards en vertu d’un droit de pacage en bonne saison sur ce plateau. Roncinfête marque un sommet pâturé aux pentes plus prononcées. La divagation de bétail impose des haies, des murets et des barrières défensives. Les cultures sèches semblent apparaître aux couhhelles, dérivés probables de corhis, cortis par coxey, lieux de multiples enclos cultivés. Beaucoup de terrasses très anciennes abondent dans le secteur des Rouges-Eaux, préservant encore pour longtemps des vestiges de civilisation néolithique.

La toponymie originelle que l’on s’est efforcé de retrouver avec prudence est porteuse du sens juridique que la coutume affecte au lieu. Elle laisse transparaître l’usage d’un lieu, plus général que l’étymologie populaire qui a influencé sa mutation. L’évolution du toponyme obéit autant à une altération phonétique qu’à un rapprochement avec les multiples pratiques et croyances hantant le lieu, parfois mystificatrices du sens originel.

Aux passants ou aux ouvriers qui s’aventuraient dans le massif, les malades devaient le respect et signaler leur présence soit en criant ou geignant soit en produisant un son clair et reconnaissable avec un instrument. De manière sensuelle, peut-on imaginer des étoffes blanches ou lanels flottant au vent sans les associer aux clapes. La tradition orale a gardé de cet espace une perception essentiellement auditive, en commençant par les simples frappements sonores, les cliquetis des cliquettes et le tintement des crécelles.

Géographie Situation La Madeleine est une montagne des Vosges gréseuses, aux formes tabulaires massives, bien visibles à partir des vallées adjacentes ou aperçues au sud-est du plateau de Nompatelize. Cette contrée aujourd'hui forestière du canton de Saint-Dié-des-Vosges-Ouest culmine à d'altitude sur les Hauts Champs au-dessus du Champ du Corbeau, à la limite communale de Saint-Dié et de Saint-Michel-sur-Meurthe.

Climat et météo Son observation procure aux habitants expérimentés de la vallée de la Meurthe des renseignements quasi-infaillibles sur l’évolution météorologique locale. Le noircissement global de La Madeleine, en particulier la tête de la Biche ( d'altitude), bien visible de l'ancienne prairie d'Hellieule, indique la survenue de précipitations conséquentes et des intempéries plus ou moins sévères selon la saison. Mais les habitants des contreforts du Kemberg, en particulier du hameau de Grandrupt, fixent vers le sud-ouest le noircissement du « trou de la Bolle » pour prédire sans coup férir la pluie dense ou anticiper les violents orages estivaux.

Aux abords septentrionaux de la Madeleine, des courants d’air, parfois forts au ras du sol, signalent l’existence de plus haute pression au sud-ouest à altitude égale. La première cause de différences barométriques en est le relief, une seconde la turbulence des écoulements induits. Il faut ajouter les phénomènes d'échanges thermiques dus aux précipitations sur les premiers versants rencontrés. Dans ce dernier cas, deux évolutions thermiques sont possibles : la perte d'humidité de l'air permet parfois d'emmagasiner la chaleur de condensation, et le vent rasant, réorienté par les obstacles topographiques, devient plus sec et plus chaud lors de sa descente. Ce « microfoehn » contribue à une très légère surélévation des températures moyennes en fond de vallée, en saisons humides ; la détente adiabatique dite de Joule-Thomson s'ensuit après la plongée sur l'autre versant d'un vent turbulent, initialement doux ou chaud. Le vent descendant avec rapidité les pentes devient plus frais. Ce vent de montagne s'écoulant en journée caniculaire permet un agréable rafraîchissement s'il n'est pas trop violent.