Le plateau de Millevaches (en occitan Miuvachas), parfois appelé « Montagne limousine »Le concept de « montagne limousine » se rapporte à la réunion du plateau de Millevaches, du plateau de la Courtine, du massif des Monédières, du mont Gargan et éventuellement des hauts plateaux corréziens du Doustre, de la Luzège et de la Diège.Le géographe Michel Périgord rappelle dans un article que ce terme est avant tout une construction culturelle, le reflet d'une représentation subjective., est un grand plateau granitique français du Massif central, situé en Nouvelle-Aquitaine, dans l'historique Limousin dont il constitue la partie la plus élevée.
Situé à environ au sud-est de Limoges et à l'ouest de Clermont-Ferrand, il s'étend pour sa majeure partie sur un large quart nord-est du département de la Corrèze (haute Corrèze), occupe aussi le quart sud de la Creuse et déborde sur l'extrême sud-est de la Haute-Vienne.
Ses milieux naturels et écosystèmes, partagés entre la forêt exploitée, les zones humides, la lande et les prairies sont protégés au sein de plusieurs réserves naturelles et sites Natura 2000, et leur connaissance est renforcée par différentes actions d'inventaire ZNIEFF.
En outre, le plateau s'inscrit intégralement dans le périmètre du parc naturel régional de Millevaches en Limousin, créé en 2004, dont il constitue la partie majeure, sommitale et centrale.
Présentation Il occupe la partie orientale des monts du Limousin et domine les plateaux et monts de la Marche au nord, le plateau de La Courtine et les Combrailles à l'est, la vallée de la Dordogne et le haut plateau corrézien au sud et les bas plateaux du Limousin à l'ouest. D'une altitude globalement comprise entre 500 et , il culmine à au mont Bessou. Il est parfois surnommé « le château d'eau de la France » en raison de ses lacs et tourbières et des nombreux cours d'eau qui y prennent leur source, dont notamment la Vézère, la Vienne, la Corrèze et la Creuse.
Créé en 2004, le parc naturel régional de Millevaches en Limousin s'étend sur la totalité du plateau et plusieurs territoires voisins.
Toponymie
Le plateau de Millevaches tire son nom de celui d'une communeAdolphe Joanne, Géographie du département de la Corrèze, Hachette (Paris), 1875. dont le chef-lieu regroupe, aujourd'hui, moins de 100 habitants..
A priori, le nombre de bêtes à cornes n'explique en rien sa dénomination. D'autres origines ayant le sens de « lieu élevé et vide » sont plus favorablement avancées avec, pour certains auteurs, la possibilité qu'elles s'entrecroisent. L'étymologie du terme local vaccaCorrèze Magazine , Millevaches, , 9 et 13. lui attribue des origines celtes ou encore de langues germaniques : batz, qui voudrait dire « source », pour former le nom mille vacca, « mille sources« Le plateau de Millevaches, plateau de mille sources » sur le site loirenature.org. », qui aurait donné par extension « Millevaches ». Cette étymologie est très populaire et très utilisée dans la communication et par le tissu collectif — mettant en valeur les ressources naturelles en eau ; le plateau de « Mille Sources » étant aussi appelé le « château d'eau de la France » — mais se retrouve contestée par une absence de référence historique ou linguistique reconnueJean-Pierre Levet, Feuille de philogie comparée lituanienne et française, tome VI, , « Faux papillons et fausses vaches mais vrais témoins », Pulim, 2008..
Déjà, en 1908, le géographe Onésime Reclus écrivaitOnésime Reclus, La France à vol d’oiseau, Flammarion, 1908. :
Cependant Reclus était géographe et non pas linguiste, aussi, selon Albert Dauzat et Charles RostaingDictionnaire étymologique des noms de lieux en France, Librairie Guénégaud, 1979, ., le mot pourrait être composé à partir de l'étymon gaulois melo, signifiant « lieu élevé, montagne », et de l’adjectif latin vacua, « vide, abandonnée ». Pour Jean Costes, le sens de « lieu désert » se retrouverait dans l'ancien français qui devrait étymologiquement se lire : mi (« au milieu »), le (article), vaque (« lieu inhabité »)Revue Lemouzi, numéro de janvier 2004..
Ernest NègreToponymie générale de la France, vol. 2, Librairie Droz, Genève, 1991. se base sur la forme latinisée mille vacce (vers 1315), et l'explique par l'occitan mila, « mille », et vacas, « vaches », qui décrit de manière imagée la topographie environnante, c'est-à-dire « des blocs de granite nu, groupés comme des troupeaux de vaches » (cf. l'étymologie de mascaret). Une légende s'était en effet formée où « une bergère mal inspirée aurait donné au diable ses mille vaches rendues indociles par l'orage, qui les aurait, l'une après l'autre, transformées en rochers« Histoire du plateau de Millevaches » sur millevaches.free.fr.. » Cette légende rejoint différents récits populaires locaux évoquant des troupeaux figés en pierre comme celui de la bergère frivole et de ses cent vaches (au lieu-dit « Les Cent Pierres » du LongeyrouxBulletin de la Société préhistorique française, Marius Vazeilles, 1948, vol. 45, , .).
La forme mentionnée au , miauvatsas, a servi d'appui à la légende des étymons vatz et batz, « sources », par ailleurs totalement inconnus des dictionnaires des langues celtique et germanique. En réalité, elle traduit graphiquement un phénomène phonétique propre à l'occitan du bassin de Brive, à savoir l'affriquée [ts] de vachas. Pierre Bec cite précisément l'exemple vacha, « vache », qu'il transcrit [vatsa] en phonétiqueLa Langue occitane, P.U.F., 1963, ..
Ceci est contestable ; plusieurs glossaires de racines celtiques dont celui de Malvezin (1903) donne la racine « bac » (transformé par le pluriel en « batz » ou « vatz » apparentée au sanscrit bäd et germanique baden comme étymon de « bac, baquet » réservoir d'eau (ou source). On peut faire le lien avec la commune de Batz-sur-Mer (pas de ruisseau, que des sources). Le bassin de Brive étant, dans le département de la Corrèze, à l'opposé du plateau, l'affriquée évoquée semble fantaisiste. En revanche le passage du « ba » au « va » exact inverse du phénomène bien connu dans d'autres langues romanes (espagnol, catalan) ne pose pas de problèmes de linguistique. L'étymologie la plus populaire est peut-être la bonne. On peut ajouter les mots « bacha » (abreuvoir en dialecte de Haute-Loire) et « bachole » (comporteVoir la définition du mot sur le site CNRTL. pour les raisins dans le dialecte auvergnat), tous deux proches du sens de récipient ou lieu en rapport avec le milieu liquide…
S'appuyant sur les interprétations d'Yves Lavalade et Jean-François Vignaud, spécialistes de langue et toponymie occitanes, le géographe Roger Brunet donne écho à une autre explication, tenant à la traduction d'une position « entre vaux » (miu bachas, « au milieu » ou « à [la] moitié des bassins ») du bourg ayant donné son nom au plateau, à mi-distance des vallées de la Creuse et de la Luzège..
Géographie Délimitation alt=Carte topographique du Massif central, le plateau de Millevaches étant souligné dans le quart nord-ouest.|vignette|Localisation du plateau de Millevaches au sein du Massif central. Le plateau de Millevaches ne correspond pas à une délimitation administrative, culturelle et historique précise, ces limites sont variables selon les auteurs et les critères retenus, ainsi plusieurs découpages ont été proposés.
En 2005, un Atlas des paysages du Limousin a été réalisé par l'agence de paysage Folléa-Gautier et la direction régionale de l'environnement (DREAL), en partenariat avec l'université de Limoges. Ce travail, qui recense trente-deux unités de paysage recouvrant l'ensemble de la région Limousin et qui sont principalement fondées sur des aspects géomorphologiques et naturels., définit le « plateau de Millevaches » comme une entité de forme rhombique, dont les angles aigus relient Felletin au nord à Égletons au sud, et les angles obtus Nedde à l'ouest à Ussel à l'est.
La réforme cantonale de 2014 a établi un canton du Plateau de Millevaches dans le nord du département de la Corrèze, qui rassemble 33 communes dans une acception géographique assez large du plateau dans sa partie corrézienne.
En 2015, le PNR a établi une Charte paysagère qui propose une nouvelle distinction en 16 « ensembles paysagers », dont une, la plus grande, est nommée « Haut plateau central de Millevaches ».. Cette entité s'étend de Saint-Quentin-la-Chabanne au nord à Grandsaigne au sud (40 km), et de L'Église-aux-Bois à l'ouest à Saint-Sulpice-les-Bois à l'est (25 km), en intégrant également les abords du lac de Vassivière.
Il existe également une région forestière portant le nom de « plateau de Millevaches », qui s'étend sur une longueur maximale de du nord au sud entre Saint-Pardoux-Morterolles et Rosiers-d'Égletons, et une largeur d'environ d'est en ouest entre Eygurande et Eymoutiers, pour une superficie totale d'environ .
Débats sur les délimitations L'enjeu de son bornage alimente les débats scientifiques et politiques.
Plateau de Millevaches et plateau de Gentioux Les plateaux de Millevaches, Gentioux et la Courtine. Les deux premiers sont presque toujours associés.|vignette Certains géographes comme Albert Demangeon dès 1910Albert Demangeon, « Le relief du Limousin », in Annales de Géographie, t. 19, , 1910. (en ligne)., puis Joëlle Désiré-Marchand et Claude Klein en 1986Joëlle Désiré-Marchand et Claude Klein, « Le relief du Limousin. Les avatars d'un géomorphotype », in Norois, , Janvier-Mars 1986. (en ligne). ou encore Michel Périgord dans les années 1990Michel Périgord, « Essai de traitement géographique des paysages : l'exemple du Limousin », in Norois, , Avril-Juin 1994. (en ligne). distinguent, au nord, le plateau de Gentioux du plateau de Millevaches. Ils semblent avoir pour limite les rivières de la Vienne et de la Creuse. Les hauteurs sur lesquelles la limite entre Corrèze et Creuse a été établie pourraient en être la frontière. Cette distinction est toutefois discutable et la différence peu évidente, caractérisés qu'ils sont par les mêmes landes, les mêmes tourbières, les mêmes prairies, les mêmes rivières aux eaux limpides, le même socle granitique, les mêmes activités humaines, les mêmes paysages. Le plateau de Gentioux correspondrait finalement au versant creusois du plateau de Millevaches, simplement séparé de ce dernier par une ligne floue de crêtes s'élevant de 850 à 950 mètres entre le lac du Chammet à l'ouest et les sources de la Creuse à l'est, sur laquelle passe la limite départementale.
Cette appellation a été reprise par la communauté de communes du Plateau de Gentioux, en place sur plusieurs communes creusoises du nord du territoire du plateau entre 1992 et 2013Dans cet article, le plateau de Gentioux est intégré au plateau de Millevaches..
Plateau de Millevaches et plateau de la Courtine Il arrive plus fréquemment que l'on distingue aussi le plateau de La CourtineMarie-Françoise André, « Vitesses d'enfrichement de la montagne limousine », in Norois, , Octobre-Décembre 1995. (en ligne).Laurent Carroué, « Chapitre 13 - Le Limousin », in La France, les 26 régions, Armand Colin, Paris, 2009., le couloir formé par les vallées de la Creuse et de la Diège séparant donc le plateau de la Courtine, à l'est, du plateau de Millevaches à proprement parler (augmenté de celui de Gentioux) à l'ouest.
Le présent article intègre le plateau de Gentioux comme composantes du plateau de Millevaches, mais délaisse celui de la Courtine, à l'est des cours d'eau de la Diège et de la Creuse. Alors que celui-ci y est bien souvent inclus (par exemple le parc naturel régional de Millevaches en Limousin s'y étend), suivant des considérations plus touristiques et culturelles que physiques et géomorphologiques.