thumb|Escrime - publicité française de 1877.
L’escrime est un sport de combat. Il s’agit de l’art de toucher un adversaire avec la pointe ou le tranchant (estoc et taille) d’une arme blanche sur les parties valables sans être touché.
On utilise trois types d'armes : l’épée (discipline olympique depuis 1896 – mais qui n'est finalement introduite qu'en 1900, faute de tireur – pour les hommes et 1996 pour les femmes), le sabre (discipline olympique depuis 1896 pour les hommes et 2004 pour les femmes) et le fleuret (discipline olympique depuis 1896 pour les hommes et 1924 pour les femmes). En compétition, les trois armes sont genrées : on distingue l'épée féminine et masculine, le fleuret féminin et masculin et le sabre féminin et masculin, que ce soit en individuel ou par équipes. Elles sont donc au nombre de douze.
L'escrime est l'un des sports où le français est la langue officielle : chaque pays utilise sa langue pour les compétitions nationales, mais le français est obligatoire pour l’arbitrage dans les compétitions internationales (« En garde ! », « Prêts ? », « Allez ! », « Halte ! »). L’arbitre dispose, en plus, d’un code de signes pour expliquer chaque phrase d’armes.
Cet article se limite au caractère sportif de l’escrime. Pour en apprendre davantage sur le côté artistique de cette discipline, voir l’article escrime artistique.
Histoire
Si l’on considère l’escrime comme l’art de manier les armes de poing, et non seulement comme un sport, son histoire commence à l’aube de l’humanité. Dès l’Antiquité, les témoignages de combats à l'arme blanche sont nombreux, à l'instar des bas-reliefs égyptiens du temple de Ramsès III à Médinet Habou.
L'épée utilisée pour l'escrime moderne trouve son origine vers la fin du Moyen Âge. Alors que les armures toujours plus perfectionnées protègent presque à la perfection contre les coups de taille, l'épée devient de plus en plus fine afin de se glisser dans les interstices entre les plaques d'armure et la technique de combat se concentre sur l'estoc pour transpercer les points faibles de l'adversaire. Ce nouveau type d'armes rend inutile le port d'une armure et, avec la Renaissance, l'escrime évolue d'une escrime de champ de bataille vers une escrime de duels au sein de la noblesse qui combat en habit de cour.
L’histoire de l’escrime peut être partagée en deux étapes : la première est la marque d’un glissement progressif de l’activité guerrière vers une forme d'art martial où le beau geste et l’élégance morale l'emportent ; la deuxième est un nouveau glissement, plus rapide celui-là, entre l'art martial et la pratique sportive contemporaine.
Étymologie En bas latin, escrime se disait schermare et en italien scherma ; ces mots donnèrent en ancien français, les verbes « escremir » et « escremier », qui signifiaient combattre, tirer des armes. Plus récemment, on a pu dire que le mot « escrime » provenait du scandinave skrimen, ou de l’allemand médiéval skremen, signifiant « art de se défendre ».
Origine thumb|170px|Des épées médiévales. C'est durant . On reconnaît alors que manier l’épée nécessite un enseignement à la fois théorique et pratique, et cet enseignement est recherché par la noblesse, qui risque fréquemment sa vie sur le champ de bataille, et qui est la seule à pouvoir prétendre à la possession d'une belle épée de qualité.
L’escrime médiévale étonne surtout par la richesse de son répertoire, contrairement aux idées reçues qui ne laissent place dans l’imaginaire contemporain qu'à des épées énormes et des boucliers lourds et encombrants en acier. On y pratique quasiment toutes les armes blanches, donc tranchantes, perforantes ou contondantes, possibles : l’épée, la masse, le marteau de guerre, la lance, la hache, la dague et le poignard, entre autres. La maîtrise de toutes ces armes découle directement d'une pratique de l'escrime quasi exclusivement sur les champs de bataille. Toujours à l'opposé des idées reçues, le guerrier médiéval est assez rapide (cette qualité a toujours été à la base de l'escrime) et beaucoup plus libre de ses mouvements qu'on ne le pense.
Des Fechtbücher (Traités d'escrime, en allemand) ont été écrits du par plusieurs maîtres germaniques ; les plus célèbres sont Johannes Liechtenauer, le maître incontesté du , et Hans Talhoffer, maître suisse au . Ils montrent que la pratique de l'escrime est alors mixte, bien que minoritaire de la part des femmes, et elle fait l’objet de présentations spécifique dans ces traités. Cette théorisation de la pratique féminine disparaît deux siècles plus tard, avec les maîtres d’armes français, à l’époque où l'escrime en tant que sport se différencie de l'escrime de combat..
Des écoles privées de maniement des armes, en relation plus ou moins constante les unes avec les autres, apparaissent dans le Saint-Empire romain germanique : à Zurich, à Bâle, à Ratisbonne, et dans un grand nombre de villes libres d’Allemagne. On y enseigne l’escrime médiévale classique.
C’est en Italie que de nouveaux maîtres, inventifs et avant-gardistes, font leur apparition au tournant des : notamment Fiore dei Liberi (1350–1420), courtisan du duc d'Este. Fiore dei Liberi publie en 1410 un traité d’escrime qui va progressivement uniformiser à l’échelle européenne le maniement des armes : il s’agit de son unique œuvre, le Flos Duellatorum. Il est considéré comme le fondateur de l’école italienne.
thumb|left|Rapière, première moitié du . Au l'escrime connaît sa première révolution avec l’invention de la rapière. Cette arme, exceptionnelle pour son époque à tous les points de vue, va complètement transformer l’approche de la discipline. C’est le premier pas vers une escrime de loisir : il s'agit des premiers concours et compétitions d'escrime, qui prennent la suite des anciens tournois pour une noblesse qui voit les derniers feux de la chevalerie. La rapière apparaît en Espagne vers 1470. Son nom est dérivé de l’espagnol espada ropera, c’est-à-dire « épée que l’on porte avec ses vêtements » ; plus simplement, il s’agit de la première épée de ville.
Durant le , la rapière, dont l’usage se répand en Méditerranée, est notamment importée en Italie. Les maîtres italiens connaissent l’arme mais pas son maniement ; ils réinventent complètement, de leur côté, la façon d’utiliser la rapière selon l’essai de Camillo Agrippa. Elle s'allonge (), sa pointe s’affine et sa lame s’étrécit. Arme polyvalente, elle permet avec autant d'aisance de porter des coups d'estoc et de taille.
La rapière répond à l’apparition des armes à feu. Ces dernières ayant provoqué la disparition progressive des armures, qui ne peuvent les contrer, les armes blanches peuvent aussi s’affiner et préférer la finesse et la rapidité à la force brutale. Son usage se répand progressivement dans toute l’Europe de l’Ouest : dans les années 1490–1500, elle arrive en France à la suite des guerres d'Italie qui ont également amené la Renaissance dans ce même pays ; elle apparaît en Angleterre et en Allemagne vers 1515.
En France, la codification de l’escrime, la définition de ses termes et l'organisation d'une pédagogie de l'escrime eut lieu au cours du par des maîtres d’armes tels que Le Perche du Coudray, Besnard ou Philibert de la Touche. L’absence de masque de protection à treillis métallique conduit à l'élaboration de la phrase d'armes.
Sport
thumb|upright=1|Présentation devant le président Félix Faure au palais de l'Élysée en 1895. Les règles actuelles ne sont fixées définitivement que tardivement. Il faut attendre que soit créée la Fédération internationale d’escrime (FIE) pour que les règles se stabilisent enfin. En , la FIE réunie en commission à Paris rédige les règlements des trois armes mettant fin à quinze ans de polémiques qui avaient mené au boycott de la France des épreuves d'escrime aux Jeux olympiques de Stockholm en 1912..
thumb|Anja Fichtel (à droite) aux championnats du monde en 1993. Le fleuret et le sabre masculins sont des armes olympiques dès les premiers Jeux olympiques en 1896. L'épée masculine le devient en 1900. La première arme féminine est le fleuret ; elle intègre le programme olympique en 1924. Ce n'est qu'en 1996 que l'épée féminine devient arme olympique et en 2004 que l'on voit l'apparition du sabre féminin.
Outre les catégories de genre, l'escrime connaît des catégories d'âge. L'année de naissance détermine la catégorie dans laquelle entre un jeune sportif, et reste la même tout au long d'une saison, calquée (en France et en Suisse, tout du moins) sur le calendrier scolaire. À partir de 2016, les catégories d'âge sont harmonisées à l'échelle européenne pour les âges compris entre 7 et 15 ans.
Les catégories d'âge depuis 2017 sont les suivantes : Catégories d'âgeM5M7M9M11M13M15M17M20SéniorVétéran 1Vétéran 2Vétéran 3Vétéran 4Ancienne dénominationMoustiquePoussinPupilleBenjaminMinimeCadetJuniorSéniorVétéran 1Vétéran 2Vétéran 3Vétéran 4Taille de la lame0 ()0 ()0 ()2 ()2 ()5 ()5 ()5 ()5 ()5 ()5 ()5 ()5 ()Âge minimum579111315172039495969Âge maximum468101214161938485868
Universalisation L'origine géographique de l'escrime sportive est redevable aux pays européens. Depuis son apparition aux Jeux olympiques de 1896, trois pays se partagent la majorité des médailles : la Hongrie, la France et l'Italie . Maintenant l'escrime est constituée de sportifs de tout niveau social.
Au sortir de la deuxième guerre mondiale, les pays de l’Europe de l'Est, guidés par une gestion idéologique du sport ont commencé à s'intéresser à l'escrime. Rejoignant la Hongrie qui a une longue tradition au sabre, l’URSS, la Pologne, et dans une moindre mesure la Roumanie, sont venues concurrencer sérieusement les pays occidentaux sur les podiums.
L'ouverture sur le monde est tardive. Elle a commencé dans les années 1950 par l'apparition de tireurs coréens et chinois mais les résultats de ces derniers sont pour beaucoup dus à quelques individualités.
L’Amérique a fait une entrée encore plus tardive sur les pistes d'escrime. Si l’on excepte Cuba grâce au champion Ramón Fonst et à ses fleurettistes des années 1990, les États-Unis n'ont commencé par émerger que dans la deuxième moitié des années 1990, après la chute du monde communiste et en partie grâce au recrutement de nombreux maîtres d'armes.
L’Afrique reste peu représentée au niveau mondial. Seul l’Égyptien Alaaeldin Abouelkassem parvient à remporter la médaille d'argent de l’épreuve individuelle de fleuret aux Jeux olympiques d'été de 2012 organisés à Londres, offrant à l’Égypte et au continent africain sa première médaille de la discipline dans une compétition mondiale. Il existe également des tireurs de bon niveau notamment en Tunisie ou en Algérie.
Pratique féminine thumb|L'escrimeuse italienne Elisa Di Francisca pendant une compétition. L'escrime de compétition elle-même, née de l'imitation des duels entre hommes, se développe au dans une certaine forme de respect des traditions relatives aux questions d'honneur, dont les femmes étaient en règle générale exclues. Aussi a-t-il existé des réticences face à la pratique féminine de l'escrime.. Toutefois, par ses combinaisons couvrant l'ensemble du corps, l'escrime rencontrait les critères de décence imposées aux femmes au début du , ce qui facilita leur accession à ce sport.
Les épreuves d'escrime s'ouvrent aux femmes lors des Jeux olympiques d'été de 1924 à Paris, soit plus tôt que d'autres disciplines du sport féminin, mais 28 ans après l'escrime masculine, inscrite d'entrée au programme des premiers Jeux, les Jeux de 1896 à Athènes. Les épreuves d'escrime aux Jeux d'été de 1924 comprennent en effet du fleuret individuel pour les femmes. La Danoise Ellen Osiier est la première championne olympique. La Britannique Gladys Davies et une autre Danoise, Grete Heckscher, sont les deux autres concurrentes du premier podium olympique féminin de l'histoire.