Jeffery Amherst, né le et mort le , Amherst, est un officier de l'armée britannique et un administrateur colonial. Il participe à plusieurs campagnes en Amérique lors de la guerre de Sept Ans. Amherst obtient ainsi la capitulation de Louisbourg le , après 38 jours de bombardement, et refuse les honneurs de la guerre à la garnison française. Conduisant une armée de 18 000 hommes, il obtient la capitulation de Montréal et du Canada le . Il signe l’acte aux côtés du gouverneur de la Nouvelle-France, Pierre de Rigaud de Vaudreuil. En tant que commandant en chef des troupes du roi de Grande-Bretagne dans l’Amérique septentrionale, il laisse la nouvelle colonie entre les mains de trois gouverneurs (un pour le district et la ville de Québec, un pour celui de Trois-Rivières et un pour celui de Montréal). En 1761, il met fin à la politique des présents, soulevant le mécontentement de nombreuses nations autochtones. Ceci conduit ultimement à la rébellion de Pontiac, qui commence en . Face à la situation qui dégénère à la grandeur du bassin des Grands Lacs, Amherst pense à une solution extrême : utiliser la variole contre les Autochtones. Il est rappelé en Angleterre en . Amherst a été anobli par le roi George III.
Biographie
Enfance et formation Jeffery Amherst est né à Sevenoaks dans le Kent le . Il est le fils de Jeffery Amherst et d'Elizabeth Kerrill.
Il commence sa carrière comme page du duc de Dorset. Puis, encore très jeune, il s'enrôle dans l'armée et, en 1741, devient aide de camp du général John Ligonier (1680-1770). Au cours de la guerre de Succession d'Autriche, il participe à la bataille de Dettingen en 1743 et à la bataille de Fontenoy en 1745. Il est promu au grade de lieutenant-colonel. Après la signature du traité d'Aix-la-Chapelle en 1748, il repasse en Angleterre.
La guerre de Sept Ans thumb|upright|Jeffery Amherst, 1758. Cette œuvre est de Joseph Blackburn.
En Europe Lorsque la guerre de Sept Ans éclate en 1756, Jeffery Amherst voit sa fortune changer. Il sert d'abord en Allemagne et participe à la bataille de Hastenbeck en juillet 1757.
En Amérique
La campagne de 1758 : prise de Louisbourg Son protecteur le général Ligonier ayant été nommé commandant en chef de l'armée britannique, Amherst se voit confier le grade de major général en AmériqueDave Noël, Montcalm, général américain, Montréal, Boréal, 2018, p. 121. à la fin de 1758.
Le ministre William Pitt, Ligonier et l'amiral George Anson ont planifié une triple offensive contre les établissements français. Ils privilégient une invasion du Canada par le fort Saint-Frédéric et, si possible, de pousser contre Montréal ou QuébecEdmond Dziembowski, La guerre de Sept Ans, 1756-1763, Québec, Septentrion, 2015, p. 316.. Pour ce faire, ils ont choisi James Abercrombie, nommé général en chef, Jeffery Amherst, John Forbes, George Augustus vicomte Howe et James Wolfe.
Edward Boscawen conduit une flotte de 41 bâtiments tandis qu'Amherst dirige le corps expéditionnaire comptant 13 000 soldats. Il est chargé de prendre Louisbourg sur l'île Royale. Abercrombie et Howe ont quant à eux pour mission de prendre le fort Carillon puis Québec.
Amherst arrive à proximité de Louisbourg le . Le , les troupes britanniques débarquent à l'île RoyaleEdmond Dziembowski, La guerre de Sept Ans, 1756-1763, Québec, Septentrion, 2015, p. 326.. Le maréchal de camp français Louis-Joseph de Montcalm apprend cette nouvelle inquiétante à la fin juinDave Noël, Montcalm, général américain, Montréal, Boréal, 2018, p. 86.. Amherst obtient la capitulation de Louisbourg le , après 38 jours de bombardementDave Noël, Montcalm, général américain, Montréal, Boréal, 2018, p. 95.. Il refuse les honneurs de la guerre à Augustin de Boschenry de Drucour. vignette|Amherst assiège la forteresse de Louisbourg pendant plus d'un mois. Elle capitule le 27 juillet 1758.De leur côté, Abercrombie avait échoué alors que Forbes avait pris possession du fort Duquesne le Edmond Dziembowski, La guerre de Sept Ans, 1756-1763, Québec, Septentrion, 2015, p. 331..
La saison étant trop avancée, la suite de la campagne est reportée à l'année suivanteEdmond Dziembowski, La guerre de Sept Ans, 1756-1763, Québec, Septentrion, 2015, p. 360.. Wolfe proteste et se plaint qu'il perd son temps à « cueillir des fraises et d'autres fruits du pays avec une apparente indifférence pour ce qui se passe dans le reste du mondeEdmond Dziembowski, La guerre de Sept Ans, 1756-1763, Québec, Septentrion, 2015, p. 329. ». Amherst lui confie la destruction des pêcheries situées à l'embouchure du golfe et de l'estuaire du fleuve Saint-Laurent. Après avoir rempli sa mission, Wolfe se retire de la baie de Gaspé à la fin .
La campagne de 1759 : les forts du lac Champlain vignette|Vue de la position du fort Carillon en 1759. Pitt souhaite plus que tout prendre Québec, la capitale du Canada. C'est son objectif principal pour la prochaine campagne qui se dessine. Nommé commandant en chef en Amérique du Nord en remplacement de James Abercrombie, Amherst passe l'hiver à New York à élaborer des plans pour la campagne de l'été suivant. James Wolfe devra prendre Québec par le fleuve avec 10 000 soldats qui seront transportés sur la flotte du vice-amiral Charles Saunders. Le contre-amiral Philipp Durell sera chargé d'intercepter les secours français entre-temps. John Prideaux partira du lac Ontario avec 5000 hommes pour s'emparer du fort Niagara. Amherst devra enfin faire tomber les forts français disséminés le long du lac Champlain et de la rivière Richelieu avant d'atteindre MontréalEdmond Dziembowski, La guerre de Sept Ans, 1756-1763, Québec, Septentrion, 2015, p. 337.. vignette|Plan d'attaque du fort Carillon datant de mai 1759.Durell, immobilisé par les glaces, prend du retard. Il appareille seulement le avec 600 soldats. Avec une armée de , Amherst quitte l'Hudson à la fin , avant d'atteindre les forts Carillon et Saint-Frédéric, dont il s’empare. Il rebaptise le premier Ticondéroga. Puis, à proximité des ruines du fort Saint-Frédéric, il fait ériger le fort de Crown PointDave Noël, Montcalm, général américain, Montréal, Boréal, 2018, p. 166.. Amherst remonte ensuite le lac Champlain. Le commandant français Bourlamaque fait exploser le fort de l'île aux Noix le à l'approche du général AmherstDave Noël, Montcalm, général américain, Montréal, Boréal, 2018, p. 163..
Pendant plusieurs semaines, il est occupé par la construction d’une flottilleDave Noël, Montcalm, général américain, Montréal, Boréal, 2018, p. 175.. Le , son armée quitte le sud du lac ChamplainDave Noël, Montcalm, général américain, Montréal, Boréal, 2018, p. 265.. Dix jours plus tard, il apprend la prise de Québec en 1759 et décide de rentrer dans ses quartiers d'hiver pour planifier la suiteFred Anderson, The war that made America. A short history of the French and Indian War, London, Penguin Books, 2005, p. 184..
La campagne de 1760 : prise de Montréal En , Jeffery Amherst reçoit ses ordres pour la campagne à venir. William Pitt est sans équivoque, l’objectif principal est de prendre Montréal. Durant l'hiver, Amherst planifie donc l'attaque de trois armées contre Montréal : James Murray remontera le Saint-Laurent à partir de Québec accompagné de 2 500 hommes, William Haviland arrivera du lac Champlain avec près de 3500 hommes et Amherst partira lui-même du lac Ontario avec ses 11 000 hommes avant de se rendre dans le Saint-LaurentFred Anderson, The war that made America. A short history of the French and Indian War, London, Penguin Books, 2005, p. 192..
Murray quitte Québec le tandis qu'Amherst quitte Oswego le . Une puissante flotte va en outre les appuyer. Le , Amherst prend le fort Lévis commandé par Pierre Pouchot et le , Haviland s’empare du fort de l’île aux Noix commandé par Louis-Antoine de Bougainville.
Pour François Gaston de Lévis, la situation est critique. Il ne dispose plus que de 2 000 hommes à Montréal et les miliciens commencent à quitter les rangs de l'armée française pour retourner chez euxEdmond Dziembowski, La guerre de Sept Ans, 1756-1763, Québec, Septentrion, 2015, p. 378; Dave Noël, Montcalm, général américain, Montréal, Boréal, 2018, p. 274.. Les alliés autochtones signent quant à eux des paix séparées avec les Britanniques. Amherst débarque à Lachine le . Il établit son camp à près d’un kilomètre au sud-ouest des remparts (aujourd’hui près de la Petite Bourgogne)Daniel Marston, The French-Indian War, 1754-1760, 2002, p. 71.. Les trois armées britanniques se retrouvent devant Montréal dans la soirée.
Au même moment, le gouverneur Pierre de Rigaud de Vaudreuil convoque un conseil de guerre et présente un projet de capitulation. Le lendemain, les négociations débutent. Amherst est déterminé à refuser les honneurs de la guerre aux troupes de terre et de la marine. Cela signifie qu'elles ne pourront plus servir au cours de la guerre, que ce soit en Amérique ou en Europe.
Pour Lévis et les officiers supérieurs de l’armée française, cette exigence est inadmissible. Lévis demande que le gouverneur rompe les négociations et, comme il reste encore assez de munitions pour livrer un combat, qu’il l’autorise à faire une sortie sur le camp d’Amherst « quoiqu'avec des forces extrêmement disproportionnées et peu d'espoir de réussirDave Noël, Montcalm, général américain, Montréal, Boréal, 2018, p. 274.. » Le général suggère même de se rendre à l’île Sainte-Hélène avec ses hommes et d’y défier Amherst. De son côté, Vaudreuil ne souhaite pas exposer les civils à d’éventuelles représailles. Il ordonne donc à Lévis de se conformer à la capitulation et de faire mettre bas les armes.
La capitulation de Montréal est signée le par le gouverneur général de la Nouvelle-France, Pierre de Rigaud de Vaudreuil, et le commandant en chef des armées britanniques Jeffery Amherst au nom des couronnes française et britanniqueEdmond Dziembowski, La guerre de Sept Ans, 1756-1763, Québec, Septentrion, 2015, p. 380.. Elle marque non seulement la reddition de la ville mais aussi du Canada. La capitulation compte 55 articles qui concerne essentiellement la gestion des troupes et de l’administration françaises jusqu'à la conclusion de la paix. vignette|En octobre 1760, une carte de Montréal est publiée dans le Gentleman’s Magazine. Amherst ne souhaite pas engager la Couronne britannique sur des questions législatives ou religieuses. Si le libre exercice de la religion catholique est accordé (articles 27 à 35), les communautés féminines maintenues (article 32), Amherst refuse la demande de Vaudreuil que la Couronne française puisse continuer à nommer l’évêque dans le cas où la colonie demeure à la Grande-Bretagne après la paix (article 30). Il refuse également le maintien des Jésuites, des Récollets et des prêtres de Saint-Sulpice à Montréal « jusqu’à ce que le plaisir du roi soit connu » (articles 30 à 33). La coutume de Paris est maintenue (article 42) et la liberté de commerce est assurée (article 46). Au sujet des Acadiens (articles 38, 39 et 55), Amherst rappelle qu’ils sont déjà sujets britanniques, et ce, depuis 1713Laurent Veyssière, « 8 septembre 1760. La capitulation de Montréal et de la Nouvelle-France », Nouvelle-France. Histoire et patrimoine, , décembre 2020, p. 80..
Le , Frederick Haldimand entre dans la ville avec un détachement. Il reçoit les bataillons français qui viennent mettre bas les armes, sans les drapeaux.