Le mausolée d'Auguste est un monument funéraire construit à partir de par Auguste pour lui-même et les membres de la famille impériale. Il est situé à Rome, au nord du Champ de Mars, non loin du Tibre, au bord de la via Flaminia. Il est visible, sur la Piazza Augusto Imperatore, à proximité du Musée de l'Ara Pacis. Le modèle structurel et architectural qui a inspiré l’édifice a été débattu par les spécialistes pendant longtemps, certains y voyant une influence des tumulus étrusques et d’autres considérant la bâtisse comme répondant à un modèle hellénistique.
Très endommagé par des siècles de pillage, de spoliation de ses matériaux d'ornement et par la réutilisation de ses maçonneries comme fondation pour d'autres édifices, les vestiges qui subsistent ne constituent qu'un pâle reflet de son aspect initial, ornée de marbres et de statues. Ce délaissement explique en partie la façon dont les modernes ont représenté cet édifice, comme l'incarnation d'une ruine romantique. Après plusieurs décennies d'abandon, la restauration du mausolée a débuté en , grâce à des fonds privés et publics.
Histoire et fouilles archéologiques
Construction, fonctions et devenir dans l'Antiquité Le monument fut construit sur la rive gauche du Tibre au bord de la via Flaminia., à la demande d'Octave, sans doute sur un terrain lui appartenant. en ., aux lendemains de sa victoire sur Marc-Antoine à la bataille d'Actium et à la veille de la normalisation de ses pouvoirs par le Sénat, lui conférant le titre d'Auguste en
Un modèle en débat Pour certains archéologues et historiens, le mausolée prend comme le tombeau d’Alexandre le Grand qu’Auguste avait visité en lors de son passage à Alexandrie après la fin de la guerre civile. D'autres y voient plutôt une résurgence de la tradition funéraire italique du mausolée circulaire monumental, attestée dans le monde étrusque dès l'époque archaïque, notamment à Cerveteri et à Tarquinia.. D'autres monuments funéraires circulaires exactement contemporains ornaient déjà les périphéries de Rome à la même époque, comme la tombe de Caecilia Metella ou le Casal Rotondo sur la Via Appia.
Quel que soit le modèle à l'origine de la conception du tombeau, le mausolée constitue en tout cas un exemple de communication politique et dynastique assumée de la part du nouveau souverain. Il inclut dans son caveau les membres de la famille impériale, ses plus proches dignitaires et collaborateurs — voire successeurs potentiels — et demanda à ce qu'on affiche devant l'entrée de la tombe, sur deux piliers, son testament politique, les Res Gestae Divi Augusti.
Un tombeau pour la famille impériale Le premier individu inhumé dans le mausolée fut Marcellus, neveu d'Auguste, mort en , déposé avec les cendres d'Atia Balba Caesonia, mère de l'empereur. Suivirent Marcus Vipsanius Agrippa, Drusus l'Ancien, Lucius et Caius César. Auguste y fut inhumé en , suivi de près par Drusus le Jeune, Germanicus, Livie, puis Tibère. Suétone raconte que le corps d'Auguste fut rapporté de Nola, qu'on lui fit deux éloges funèbres, l'un devant le temple du Divus Julius, l'autre devant les Rostres, avant de le transporter, porté sur les épaules des sénateurs, sur le Champ de Mars pour y être incinéré. Après avoir déposé les cendres dans le monument, ils laissent l'édifice ouvert au public afin qu'il puisse se promener dans les bosquets dont il était entouré.
Le monument conserva une fonction funéraire et fut le principal mausolée impérial jusqu'à la fin du de notre ère. Par la suite, le mausolée d'Hadrien prit le relais de cette fonction (Trajan faisant déposer ses cendres sous la Colonne Trajane). Un dernier dépôt funéraire est attesté au début du , avec les cendres de Julia Domna, la femme de Septime Sévère, pourtant issue d'une dynastie différente, sans lien avec la famille d'Auguste. Les dépôts funéraires contenus dans le mausolée témoignent de l'usage conjoint et contemporain de l'incinération et de l'inhumation en sarcophage. Philippe Fleury estime que Claude, Britannicus et Nerva y furent inhumés. Néron, empereur qui subit la damnatio memoriae, et Julia, fille d’Auguste, n’y furent pas enterrés, en partie du fait de leurs disgrâces respectives (Julie ayant été condamnée à l'exil par Auguste et n'ayant pas été rappelée par Tibère, son époux, lors de son accession au trône).
Devenir à la fin de l'Antiquité et aux époques ultérieures Le monument fut saccagé lors du sac de Rome par Alaric en , les urnes furent volées, les tables de bronze des Res Gestae arrachées et fondues et les cendres dispersées. L’urne d'Agrippine, qui servit durant tout le Moyen Âge de mesure à blé, est conservée au musée du Capitole. Au , le mausolée est transformé en réduit fortifié par les Colonna, pratique courante à Rome consistant à réutiliser les substructions de monuments antiques pour y établir des bastions privés seigneuriaux. Les Caetani firent de même avec le Tombeau de Caecilia Metella, les Orsini au théâtre de Pompée, les Orsi sur le CapitoleEmmanuel Rodocanachi, Les monuments de Rome après la chute de l'empire: le Colisée, le Panthéon, le mausolée d'Auguste, basilique de Constantin, théâtres, arènes, Paris, Hachette, 1914.. Une partie des marbres du mausolée fut probablement réduit en chaux dans les fours du port fluvial voisin de Ripetta, avant de devenir aux un jardin, puis une vigne.
Au début du , le monument se trouve entre les mains des Orsini, notamment, à partir de 1512, Franciotto Orsini ; au cours du siècle, le quartier se repeuple et les terrains adjacents prennent de la valeur : la spéculation sur les maisons bâties contre le mausolée fait considérablement augmenter le prix des matériaux et des statues qu'on y prélève pour les vendre. En 1519, des fouilles sont effectuées au pied du mausolée : elles permettent de mettre au jour l'un des deux obélisques qui en avaient décoré l'entrée dans l'Antiquité ; en 1587, le fait transporter au chevet de l'église de Sainte-Marie-Majeure. Il devient possession des Soderini, qui en font un jardin d'agrément à l'écart du cœur de la ville.
Au , en précisément, il est transformé en amphithéâtre, puis en salle de concert sur ordre du Marquis Correa, dont la famille s'était constituée propriétaire du mausolée à la fin du . La structure, en bois, fut utilisée pour divers spectacles : combats d'animaux, tauromachie, feux d'artifice. Il porte alors le nom d'amphithéâtre Correa. En , le nouveau propriétaire, le marquis Vivaldi Armentieri, convertit la structure en bois en édifice permanent en brique. À partir de , la salle est utilisée quotidiennement pour y donner des pièces de théâtre. Elle porte, à la fin du , le nom d'amphithéâtre . Il fut déclaré inadapté et vétuste et fut réutilisé comme atelier pour y réaliser la statue équestre du monument à Victor-Emmanuel, appelé Autel de la Patrie. Acquis par la commune de Rome en 1907, l'arène fut convertie en auditorium, avec et prend le nom d'Augusteo. Il devient le siège de l'Académie royale de Sainte-Cécile. On y programme un grand nombre de représentations musicales jusqu'en 1936, année de sa fermeture et du début de sa destruction pour mener les fouilles commanditées par Mussolini et la réalisation de la place Augusto Imperatore.
Redécouverte et fouilles Les fouilles ont eu lieu à plusieurs reprises dans le lieu, principalement en , dans un contexte de récupération idéologique du pouvoir impérial romain. Le monument est alors très largement dégagé sous l'impulsion du régime fasciste de Benito Mussolini qui fait aménager la « » (littéralement « place de l'empereur Auguste »), , selon Filippo Coarelli, car à cette occasion furent détruits tous les immeubles qui le bordaient. Le côté qui flanque le Tibre est occupé par le remontage de l’autel de la Paix Auguste, localisé .. Toute cette opération constitue .
L'entrée fut à l'occasion restaurée d' selon certains archéologues, du fait des libertés prises avec les restitutions effectuées, comme pour la fenêtre voûtée au-dessus de l'entrée qui ne correspondrait pas aux critères architecturaux du . Le gouvernement fasciste n'ajouta pas, cependant, de portes en bronze, trop coûteuses.
Restauration au thumb|upright|Urne d'Agrippine conservée dans le Tabularium, dans les Musées Capitolins.
Après plus d'un demi-siècle d'abandon, du fait en partie du rejet du contexte idéologique qui avait prévalu à sa redécouverte et à sa mise en avant dans les , un programme de restauration s'ouvre dès 2008 afin de rénover les parties internes de l'édifice et d'y effectuer des fouilles stratigraphiques modernes. La première phase de ces travaux prévoit notamment la mise en place d'un espace d'entreposage des éléments de lapidaire découverts à l'intérieur de la structure du mausolée. Un certain nombre d'opérations de consolidations sont menées jusqu'en .
En , le conseil municipal de Rome approuve le principe d'une rénovation et d'une réformation stylistique de la piazza, afin d'atténuer l'aspect stylistique fascisant de l'architecture du lieu. Un budget de d'euros y est consacré, pour installer une nouvelle végétation et des espaces de jeu et de spectacle vivant. Au début de l'année , la Fondation TIM soumet un projet de restauration du monument accepté par le Ministère des biens culturels italiensMausoleo di Augusto, i sei milioni che la burocrazia rischia di sprecare«La storia di Roma e i registi da Oscar Così rinasce il Mausoleo di Augusto». La fondation prévoit une réouverture prochaine du mausolée avec une ouverture totale au public, un espace didactique au centre de l'édifice afin d'y présenter une grande fresque numérique et vidéo de l'histoire de Rome, projetée sur les murs de la cella funéraireÀ Rome, la renaissance du mausolée d’Auguste, témoin d’une histoire mouvementée.Rome : le mausolée d'Auguste restauré et rouvert au public..
Description thumb|Reconstitution du mausolée par Luigi Canina, Gli edifizi di Roma antica, 1851.|335x335px La plupart des éléments de parement, de décoration et d'ornementation de l'édifice ont disparu au cours du temps, spoliés pour la réalisation d'autres édifices, ou volontairement détruits lors du sac de Rome de . L'essentiel des structures qui nous sont parvenues sont donc des éléments internes de soubassement et de caissonnement de l'édifice, ainsi que les parties inférieures et enterrées constituant le gros œuvre. Le lieu a probablement servi de carrière de matériaux de construction au cours du Moyen Âge, notamment quand le lieu servait à la famille Colonna de réduit fortifié.
Les murs de l'enceinte extérieure du mausolée étaient probablement plaqués de divers marbres et pierres fines. Ce revêtement a aujourd'hui totalement disparu. Les portes massives en bronze, flanquées d'obélisques et de piliers, donnaient une apparence de temple au monument.
Description générale L’édifice avait un diamètre de 87 mètres et des murs concentriques en tuf pourvus de murs radiaux. Le mur de soubassement, circulaire également., était en travertin, haut de douze mètres. Ces murs concentriques formaient un grand caisson circulaire compartimenté, afin de contenir la poussée de la terre amoncelée au sommet de l'édifice et formant un vaste tumulus, planté d'un bosquet de cyprès.. La forme générale était donc celle d'un tertre cylindrique à sa base et conique à son sommet, arboré, entouré de diverses statues coiffant le sommet de la base maçonnée.
Le mausolée d’Auguste, faisant partie du paysage monumental du Champ de Mars, a fait l’objet d’une description par Strabon, dans sa Géographie (livre V, chap. 3, 7-8) :
La description de Strabon indique que la construction était située dans un enclos de jardins auquel les Romains pouvaient accéder, . Cependant, le lieu ne serait jamais devenu un lieu de fréquentation important (selon Duret et Néraudau) du fait d’un objectif funéraire et de l’éloignement du centre de la ville.