Jean-Claude Mézières, ou au début de sa carrière JC MéziJusqu'en 1969 Jean-Claude Mézières signe ses planches JC Mézi, tous les albums qui paraissent dès 1970 sont crédités de Jean-Claude Mézières et Pierre Christin qui pourtant signait Linus jusqu'en 1973. ou simplement Mézi, né le à Paris et mort dans la même ville le « Jean-Claude Mézières nous a quittés… », Dargaud, 23 janvier 2022., est un dessinateur français de bande dessinée. Il est notamment le créateur de la série de science-fiction Valérian et Laureline, avec un ami d'enfance, Pierre Christin (scénariste), et sa sœur, Évelyne Tranlé (coloriste).

Parallèlement à son métier d'auteur de bande dessinée, il est aussi illustrateur et travaille pour la communication d'entreprise et la publicité. il a exercé les activités de photographe et a collaboré à la conception de plusieurs films pour la télévision et le cinéma, entre autres pour le film de Luc Besson Le Cinquième Élément. Il fut, pendant un temps, enseignant à l'université Paris-VIII.

Guy Vidal, rédacteur en chef de Pilote, décrit Jean-Claude Mézières comme « un artisan passionné, qui pousse l'élégance jusqu'à être dénué du moindre sens de l'esbroufe […], c'est aussi un assez rare casse-pieds. Le fait d'être exigeant vis-à-vis de soi, vous autorise naturellement à l'être vis-à-vis des autres »de l'autre côté des étoiles (1985) .

Biographie Découverte de la bande dessinée Jean-Claude Mézières est né dans une famille qui avait le goût des arts : son père, expert automobile puis comptable dans un ministère, pratiquait l'aquarelle, sa mère, « femme au foyer », peignait sur soie, et son frère ainé dessinait pour son plaisir des bandes dessinéesP. Wurm et J.-P. Willems (2006) . Pendant la guerre, après être partis en exode dans la région de Bordeaux, ils habitent à Saint-Mandé, en région parisienne. Lors des alertes aériennes, la famille Mézières et la famille Christin, des voisins, se retrouvent dans l'abri d'une cave. C'est comme cela que Jean-Claude fait la connaissance de Pierre Christin, et Pierre d'Évelyne, la sœur cadette de Jean-Claude : les amis d'enfance s'étaient rencontrésO. Maltret DBD (2001) .

Dans les années 1945-1946, c'est en lisant les illustrés de son frère, OK MagazineC'est à l'âge de 14 ans que, Jacques, le frère ainé de Jean-Claude, publie un dessin dans le tout nouveau journal illustré OK Magazine., qu'il découvre la bande dessinée, principalement Arys Buck d'Albert Uderzo ou Kaza le Martien de KlineCes deux auteurs vont le marquer chacun à leur manière, rapidement, les héros « bodybuldés » d'Uderzo, et beaucoup plus tard, Mars et la science-fiction de Kline.. Vers l'âge de dix ans, il a une véritable « révélation » quand sa marraine lui offre sa première BD, un album de Tintin, Le Lotus bleu. Le petit Jean-Claude apprend à dessiner en finissant les bandes dessinées de son frère ou en s'inspirant de ses personnages. En 1950, à onze ans, Jean-Claude réalise un premier cinq pages, Mic et Max en Afrique.

Débuts prometteurs Les débuts officiels de Mézières comme dessinateur datent du Salon de l'enfance en . Le Figaro édite, pendant la durée du salon, un journal pour les jeunes fait par des jeunes et qui s'appelle évidemment le Journal des Jeunes. Jean-Claude Mézières en est le dessinateur-illustrateur. Philippe Labro, âgé de 15 ans ½, fait office de rédacteur en chef Mezi (1981) . C'est toujours en 1952 qu'il réalise Tintin en Californie, une histoire de 11 pages mises en couleurs, avec un Tintin au corps d'Arys Buck en personnage principal, faisant ainsi la synthèse de ses premières lectures de bandes dessinéesMezi (1981) . En 1953, inspiré cette fois par Roy Rogers, Lucky Luke et surtout Les Chapeaux noirs de Franquin, mais aussi par les films de cow-boys, il réalise une nouvelle histoire, La Grande Poursuite, de 16 pages en couleurs. Mais cette fois-ci, l'histoire ne va pas rester dans ses cartons, il confectionne un album qu'il envoie à « Monsieur CastermanMézières à 15 ans ne connait pas le milieu de la bande dessinée et confond le dessinateur de Tintin avec l'éditeur de ses albums. Hergé fait suivre l'album de Mézières à un certain monsieur Goujon du journal Tintin, qui, à la grande désillusion de Mézières, ne fera pas paraître l'histoire, pas plus que Casterman ne l'éditera. », en fait Hergé, qui lui répond par lettre à l'entête des Studios Hergé « Vous avez quinze ans : c'est-à-dire tout le temps pour développer les dons que révèle, à mon avis, cette première expérience ».

À la rentrée scolaire de 1954, Mézières commence une formation de quatre ans à l'École des arts appliqués à Paris. Aux « Arts-A », Mézières rencontre les futurs dessinateurs Jean Giraud et Patrick dit Pat Mallet, avec qui il suit la spécialité "tissus et papiers peints". En 1955, il réussit à faire accepter par le journal Cœurs vaillants trois planches : Bill le shérif, et Mic. Fort de ces premiers succès, il réalise sa vraie première histoire à suivre Les 13 marches, 16 planches en noir et blanc, qui paraissent dans Fripounet et Marisette du 31 au 42. Il publie ensuite sans discontinuer des illustrations et des planches sur ses propres scénarios ou sur ceux de Guy Hempay (en fait Jean-Marie PélapratO. Maltret DBD (2001) ). C'est avec ce dernier qu'il réalise une histoire d'anticipation, Expédition Noachis, où déjà les déplacements se font à par secondeC. Quillien Pilote (2004) .

En 1956. il entraine ses deux camarades de classe Giraud et Mallet aux éditions Fleurus, où ils commencent aussi leur carrière de dessinateur de bande dessinée. La même année, pendant que Giraud part retrouver sa mère au MexiqueMezi (1981) Pendant un temps Mézières avait envisagé de partir avec Giraud « aux Amériques », mais ses parents s'y opposent, il renoue une amitié avec Christin qui fait maintenant des études littéraires à Paris. Ils ont deux passions communes, le cinéma et le jazzPierre Christin est un bon pianiste de jazz, plus tard il jouera pour se payer ses études à l'université, qui les mènent à vouloir réaliser un film en , La Vie d'un rêve ; dix minutes seulement sont réalisées. En 1957, accompagné de Mallet, il fait le voyage à Bruxelles pour rencontrer FranquinMezi (1981) , puis au retour de Giraud du Mexique, tous les trois rendent visite à Jijé, à Champrosay (près de Draveil). Giraud, Mézières et deux autres copains se lancent ensuite dans la réalisation d'un western en dessin animé. Giraud fait les décors et les personnages, mais le projet ne dépasse pas les quarante-cinq secondes. En 1958, il dessine deux planches pour le 1078 du journal de Spirou, sur un scénario d'Octave Joly (une histoire de l'oncle Paul), La première crècheO. Maltret DBD (2001) mais l'appel sous les drapeaux - un service militaire en France et en Algérie - met fin à ce début de carrière.

Maquettiste, illustrateur et dessinateur publicitaire À la fin de son service militaire, en 1961, Mézières trouve par petites-annonces un travail de maquettiste aux studios Hachette. Il s'agit de franciser une Histoire des civilisations. Il faut refaire à la gouache les illustrations de cette histoire d'origine italienne. Le travail étant particulièrement bien payé, il recommande Jean Giraud qui se joint alors à l'équipe. Mais cette production au texte insipide ne trouve pas son lectorat et s'achève en 1963 avec le cinquième volume. En même temps que son travail chez Hachette, Giraud n'a jamais abandonné la bande dessinée, il encre les planches de Jijé pour la série Jerry Spring. C'est l'occasion d'un renvoi d'ascenseur, Giraud le recommande au fils de Jijé, Benoît Gillain, qui crée justement une agence de publicité. Mézières embauché, fait toute la partie artistique, rough (esquisses), maquettes, prises de vues, etc. et quelquefois avec l'aide de JijéMézières cite une publicité pour un jeu le Tiercé Tide où Mézières assure le dessin du paquet de lessive, la prise de vue des pièces d'or à gagner et la mise en page. Mais c'est Jijé qui dessine les chevaux du tiercé (Mézi avant Mézières (1981) ).. C'est alors qu'il collabore, avec Benoît Gillain, au numéro zéro de Total Journal, un journal publicitaire, pour la société TOTALO. Maltert (2001) .

En 1964, Giraud repart nourrir son imaginaire « aux Amériques », et cette fois-ci Mézières va le rejoindre. C'est un ami belge de Gillain installé à Houston (Texas) qui lui permet d'obtenir, en 1965, un visa professionnel d'un an comme dessinateur industriel de charpente métallique. Mais arrivé aux États-Unis, Giraud est rentré en France, et Mézières prend alors la direction de l'ouest pour aller voir les vrais cow-boys loin des charpentes métalliquesO. Maltert (2001) .

Cow-boy dans l'Utah Comme pour la première période de sa vie avec l'album Mézi avant Mézières, Mézières nous laisse plusieurs témoignages graphiques de cette période : peu après son retour, il réalise un article rédactionnel illustré de photos dans le Pilote 380 du , Far-west 67, l'aventure d'un cow-boy parisien ; en 1974, dans le de Pilote mensuel, une histoire en 8 planches, Mon Amérique à moiMézières et Christin avec… (1983) , nous explique l'attrait et la découverte des États-Unis par un enfant de banlieue qui confronte son rêve à la réalité ; en 1979, pour sa seule participation au Journal Tintin, sur le modèle des Belles Histoires de l'oncle Paul, il dessine 3 planches, Les Vieilles Histoires de tonton J.-C., petit guide pratique à l'usage des apprentis cow-boys…Mézières et Christin avec… (1983) , Mézières nous présente la réalité du dur métier de cow-boy à des lieues de la mythologie hollywoodienne. En 1999, c'est une double page dans Géo intitulée Quand un petit Français part jouer au cow-boyGéo (1999) . Enfin un album souvenirs/témoignage Adieu, rêve américain à quatre mains dans la série Les Correspondances de Pierre ChristinP. Christin et J.-C. Mézières (2002). Tous ces témoignages sont soit dessinés soit illustrés et accompagnés de photographies car en même temps qu'il découvre l'Ouest américain, il prend un goût certain pour la photographie. Par la suite, il comblera les temps libres entre deux histoires de Valérian et Laureline en retournant aux États-Unis pour faire des reportages photos.

Pendant l'hiver 1965/66, il retrouve son ami d'enfance Pierre Christin, qui enseigne à l'université de Salt Lake City (Utah). Il y rencontrera sa future femme, Linda, étudiante de Christin. Il profite de ce temps de repos pour faire des illustrations dans un magazine pour jeunes mormons, Children's Friend. Sur un scénario de Pierre Christin, il réalise un film en , Ghetto, produit par S. Holbrook pour la National Association for the Advancement of Colored People qui dénonce la ségrégation des Saints-des-derniers-jours envers la communauté noire de Salt Lake City. Ce film et l'action qui l'entoure oblige la chaîne de télévision locale, KUTV, à aborder un sujet jusqu'alors soigneusement ignoréP. Christin et J.-C. Mézières (2002) .