Le Comité national de pilotage du redéploiement de l’Administration (CNPRA) de Côte d'Ivoire est une structure administrative créée le par les autorités ivoiriennes en vue d'organiser le retour des personnels de l'État dans les zones qu'ils avaient abandonnées sous la contrainte de la guerre. Cet organisme public a pour missions de concevoir, coordonner et assurer la mise en œuvre d'un programme national ayant vocation à restaurer l'autorité de l'État sur l'ensemble du territoire et à conduire à une reprise d'activités des services publics dans les territoires anciennement occupés par la rébellion ivoirienne. Le CNPRA développe son programme dans le domaine de la création d'un environnement favorable à la reprise de service dans les territoires concernés, il œuvre au retour effectif des personnels publics dans ces zones et entreprend aussi bien la réhabilitation que de l'équipement sommaire d'édifices publics. Le CNPRA développe enfin des activités tournées vers la recherche de la cohésion sociale.

Les activités du Comité national de pilotage du redéploiement de l’Administration s'inscrivent dans le cadre du programme de sortie de crise conduit par le Premier ministre et couvrant le secteur du désarmement, de la démobilisation et de la réinsertion (DDR) des combattants, celui de l'identification des populations et de la reconstitution des registres de l'état civil détruits du fait de la crise, ainsi que celui de l'organisation des opérations électorales.

Contexte La crise politico-militaire en Côte d'Ivoire a provoqué un déplacement important de populations parmi lesquelles ont été identifiés fonctionnaires et agents de l'État. L'abandon par les fonctionnaires de la zone tombée sous le contrôle de la rébellion a conduit à la fermeture de la plupart des services publics. Cette situation a privé les populations de la présence de l'État dans divers domaines et en particulier ceux de l'éducation nationale et de la santé.

Bien que diverses initiatives nationales et internationales se soient déployées pour pallier cette situation, elles n'ont pas suffi à suppléer totalement l'absence de l'État dans les zones contrôlées par la rébellion communément identifiées sous le vocable de Zones CNO (Centre, nord, ouest). Le gouvernement ivoirien a été amené à créer un Comité national de pilotage du redéploiement de l'Administration (CNPRA), par décretDécret n° 2003-399 du 27 octobre 2003 portant création et fixant les attributions, l'organisation et le fonctionnement du Comité national de pilotage du redéploiement de l'Administration (CNPRA)Décret n° 2007-76 du 9 mars 2007 modifiant le décret n°2003-399 du 27 octobre 2003 portant création et fixant les attributions, l'organisation et le fonctionnement du Comité national de pilotage du redéploiement de l'Administration (CNPRA) pour traduire en plan d’actions concrètes le Programme national visant à assurer le retour efficace de l'Administration dans les territoires abandonnés par les fonctionnaires. Le CNPRA, à travers son programme, identifie, prépare et coordonne tous les projets concourant au retour des personnels de l'État et à la reprise des services publics dans les zones abandonnées. Il recherche et mobilise les ressources et appuis indispensables à la réalisation de ces activités. Cet organisme œuvre avec l’ensemble des départements ministériels qui disposent chacun d'un comité spécifique de redéploiement de l'Administration ; il dispose de relais territoriaux en l'occurrence des coordinations départementales et assure également une liaison avec les organismes internationaux de développement basés en Côte d'Ivoire.

Le concept du redéploiement de l’Administration Du déploiement au redéploiement Le vocable du déploiement, dérive du vieux français desploier qui signifie : développer ce qui est plié, étendre, montrer, étaler. Si desploier ou déployer s’avère d’usage largement commun, le déploiement en revanche est à l’origine, une notion plutôt militaire qui traduit la mise en place de forces en formation de combat ou le déplacement de forces dans les zones d'opérations ou encore, relativement à l’armée de mer, le mouvement de tactique au cours duquel une flotte marchant en colonnes passe à la formation en ligne de file. Il s’agit, en définitive, d’une action consistant à faire occuper un grand espace aux troupes sur le terrain. Ce vocable français sera traduit en anglais par les termes "deploy" et "deployment". La terminologie du déploiement ou du deployment usitée tant en français qu’en anglais, s’est déportée dans divers domaines dont principalement ceux de l’aéronautique, de la gestion et de l’informatique.

Alors que desploier, déployer et déploiement sont des expressions typiquement françaises, le terme redéploiement s’avère, paradoxalement d’origine anglophone et identifié seulement en 1913, selon Webster's Dictionary. Comme ce fut le cas pour le déploiement, c’est encore et toujours l’armée qui s’approprie le vocable du redéploiement dès les premiers moments. Les américains qui en ont l’usage pendant de nombreuses années, le communiquent involontairement à leurs alliés, à la faveur de la Seconde Guerre mondiale, dans les divers rapports relatifs à leur redeployment planning (plan de redéploiement) initié en 1944 par le War Department (département de la guerre). Conséquemment, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, ce terme apparaît formellement dans le monde francophone.

C’est Charles de Gaulle qui, le premier, risque le mot en français. Dans une correspondance adressée à Georges Bidault le , il écrit notamment : « Mon cher Ministre, les rapports reçus de Washington et de Londres, au sujet de notre zone d'occupation en Allemagne, font ressortir que le gouvernement américain tient à conserver dans sa zone: le Taunus, Wiesbaden, Darmstadt et Mannheim, durant la période de redéploiement des forces américaines » Le mot est lâché par le Général avec prudence ; en observant la précaution de le proposer entre des guillemets mais l’idée parait assez explicite : il s’agit du transfert d’activités militaires d'un secteur à l'autre ; de la réaffectation des hommes et/ou des équipements ou, plus simplement, de la réorganisation du dispositif militaire.

Comme c’est le cas pour l’usage du vocable déploiement dans des domaines autres que militaires, le terme strictement militaire de redéploiement connaît, lui aussi, une mutation significative quand il est repris le par le journal Le Figaro, dans une perspective purement économique. Dans cette optique, il décrit la réorganisation d'une politique économique par la modification des implantations des moyens de production et/ou des investissements ainsi que par la réaffectation des personnels. Il s’agit d’une sorte de réorganisation d’un dispositif économique, comme l’on réorganiserait un dispositif militaire. L’on évoque alors le redéploiement industriel ; le redéploiement des entreprises ou le redéploiement de la main d’œuvre. En économie politique et sociale, le terme se rapportera à la rémunération du travail dans sa version "redéploiement salarial", pour désigner le remaniement de la grille salariale d'une entreprise. Le terme, martial à l’origine, devient alors transdisciplinaire.

Du redéploiement militaire au redéploiement de l'Administration

La formule du redéploiement de l’Administration apparaît, timidement le , dans un projet de réinstallation du dispositif administratif d’État dans les zones ayant connu la guerre en Côte d’Ivoire. Alors que dans l’Accord de Linas-Marcoussis, la description du programme de désarmement des belligérants (DDR) et du processus d’organisation des élections, s’avèrent parfaitement claires, il apparaît une préoccupation que diverses expressions n’arrivent pas à résumer : restaurer l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire national, restaurer l’Administration et les services publics, faciliter la reprise des activités scolaires, administratives, économiques et sociales. En fait, réorganiser les services publics dans les zones abandonnées. Les autorités ivoiriennes, par analogie aux domaines militaire et économique, ont estimé qu’il s’agissait d’une réorganisation du dispositif administratif dans les zones abandonnées du fait de la crise ivoirienne et ont ainsi avancé le vocable de "redéploiement de l’Administration".

Le , dans le compte rendu de la 4793 réunion du Conseil de sécurité de l’ONU relative à la situation en Côte d’Ivoire, apparaît, la version anglophone de la formule qui en est une traduction littérale : the redeployment of administration. L’expression est désormais reprise dans différents rapports, comptes-rendus et résolutions de l’ONU et renvoie désormais à la réorganisation ou encore à la modification d’une stratégie ou d’un dispositif administratif.

Programme de redéploiement de l'Administration Objectifs Le Programme national de redéploiement de l'Administration (PNRA) est présenté par le gouvernement ivoirien comme une nécessité permettant notamment le retour dans les zones qu'ils avaient abandonnés, des autorités administratives, judiciaires et des fonctionnaires et agents de tous les services publics. Ce programme vise la restauration sur l’ensemble du territoire ivoirien, de l’autorité de l’État mise en difficulté par la crise et se propose d'assurer par ce moyen, un égal accès des citoyens aux services publics.

Sur le plan économique, il répond à la déstructuration des circuits économiques et financiers ainsi qu'à l'accentuation de la pauvreté résultant de la guerre. Il est destiné aussi à faire face aux alertes sanitaires notées dans les zones Centre-nord-ouest (CNO) ainsi qu'aux menaces de fermeture des écoles et des universités.

Le PNRA s'est présenté enfin comme une opération préélectorale majeure dans un contexte où l’organisation d’élections ouvertes, justes et transparentes constituait un enjeu majeur du processus de sortie de crise et du retour à la paix en Côte d’Ivoire. Ces opérations électorales devaient être précédées par le retour des populations et animées par du personnel électoral constitué à environ 90 % de fonctionnaires.

Phasage Le programme national de redéploiement de l'administration en Côte d'Ivoire, a été conçu pour être réalisé en deux phases. Une phase expérimentale dite également phase pilote qui couvre 25 % de la Zone CNO constitués par les départements Guiglo, de Duékoué, de Toulepleu, de Danané, de Bangolo et de Tabou, tous situés dans la partie sud-ouest du pays. Ce territoire correspond à une zone de guerre restée sous le contrôle des FANCI après les hostilités et qui pouvait immédiatement recevoir le retour des services publics sans nécessiter de la part le l'État, une négociation avec les Forces nouvelles.

Une seconde phase, plus importante, a été prévue au programme : la phase de redéploiement général. Elle concerne, outre les territoires touchés par l'opération pilote, toutes les circonscriptions administratives situées dans la zone contrôlée par les Forces nouvelles. Cette deuxième étape du programme couvre 75 % de la Zone CNO constitués par les départements de Bouaké, Béoumi, Biankouma, Bouna, Boundiali, Dabakala, Danané, Ferkessédougou, Katiola, Korhogo, Man, Mankono, Odienné, Sakassou, Séguéla, Tengréla, Touba, Vavoua, Kounahiri, Kouibly, Madinani et Minignan.

Composantes Le programme ivoirien de redéploiement de l'administration s'articule, pour l'essentiel, autour de quatre composantes. La première regroupe toutes les activités préparatoires et a pour but de créer un environnement favorable par la sensibilisation des principaux partenaires de l’opération au moyen de vastes campagnes de communication. De même, la première composante du programme prévoit la réalisation de l’inventaire des besoins, des plans sectoriels de redéploiement et des budgets, le recensement des personnels disponibles, des anciens et nouveaux postes à pourvoir, des besoins matériels et financiers, des besoins en formation ainsi que des budgets et plans sectoriels de redéploiement.