La culture de Weimar est le développement des arts et des sciences en Allemagne pendant la République de Weimar, la période de l'entre-deux-guerres qui va entre la défaite allemande en 1918 et l'arrivée de Hitler au pouvoir en 1933. Le Berlin des années 1920 était au centre de la culture de Weimar. Bien que ne faisant pas partie de la République de Weimar, certains auteurs incluent également l'Autriche, pays germanophone, et notamment Vienne, dans le cadre de la culture de Weimar.

L'Allemagne, et Berlin en particulier, a été un terrain fertile pour l’activité intellectuelle, artistique et plus généralement pour l'innovation dans de nombreux domaines pendant ces années. L'environnement social était tumultueux et les conflits acharnés. Une grande quantité d’intellectuels juifs ont eu de positions de premier plan. Le physicien Albert Einstein, les sociologues Karl Mannheim, Erich Fromm, Theodor Adorno, Max Horkheimer et Herbert Marcuse, les philosophes Ernst Cassirer et Edmund Husserl, les politologues Arthur Rosenberg (à ne pas confondre avec Alfred Rosenberg, théoricien nazi) et Gustav Meyer. Neuf citoyens allemands ont reçu des prix Nobel pendant la période Weimar, dont cinq étaient des scientifiques juifs.

Avec la montée du nazisme et l'accession au pouvoir d'Adolf Hitler en 1933, de nombreux intellectuels et personnalités culturelles allemandes, juives et non-juives, ont fui l'Allemagne pour les États-Unis, le Royaume-Uni et d'autres pays. Les intellectuels associés à l'Institut de Recherche sociale (aussi connu sous le nom d'École de Francfort), ont fui aux États-Unis et rétabli l'institut à New York. Selon , professeur émérite d'anglais à l'Université du Wisconsin-Milwaukee, . La culture des années Weimar a par la suite été source d'inspiration pour des intellectuels de gauche des années 1960, notamment en France.

Environnement social En 1919, il y a eu un grand afflux de main-d'œuvre à Berlin, d’où un boom dans le commerce, la communication et la construction.

Les types d'emploi se déplaçaient progressivement vers l'industrie et les services, une tendance qu’on peut qualifier de moderne. Avant la Première Guerre mondiale, en 1907, 54,9% des ouvriers allemands étaient des travailleurs manuels. Cette proportion est tombée à 50,1% en 1925. Les employés de bureau, les gestionnaires et les bureaucrates ont augmenté leur part du marché du travail de 10,3% à 17% au cours de la même période. L'Allemagne devenait lentement plus urbaine et la classe moyenne plus importante. Cependant, en 1925, seulement un tiers des Allemands vivaient dans de grandes villes; les deux autres tiers de la population habitant des petites villes ou dans les zones rurales.

Les valeurs éthiques et morales qui prévalaient sous l'Empire allemand furent discréditées comme conséquence de la Première Guerre mondiale et de la terrible inflation qu’elle avait provoquée. Dans un monde où les prix se multipliaient par deux quotidiennement, faire des plans pour l’avenir perdait son sens, et les jeunes préféraient vivre au jour le jour, et jouir du moment présent, sans trop penser à un lendemain qui paraissait impossible à prédire.

La blessure de la Première Guerre mondiale fertilise la vie culturelle des grandes villes allemandes. C'est comme si la population cherchait à oublier les horribles réalités de la guerre et de ses conséquences à travers le divertissement et la production culturelle. De nouveaux mouvements surgissent dans divers milieux, du théâtre à la musique, la littérature et la mode. L'esthétique est audacieuse, choquante, subversive. Le style émergent, baptisé Nouvelle Objectivité et qui succède à l'expressionnisme, est caractérisé par un désir ardent de vérité. Ces artistes, parmi lesquels les plus représentatifs sont Otto Dix et George Grosz, s'efforcent de refléter la contradiction entre le mode de vie élégant des nouveaux riches et les centaines de milliers de chômeurs affamés.

La permissivité du moment permet aussi au féminisme de faire de grands progrès. C'est probablement à Berlin que naît la « Nouvelle Femme » ., définie par ses cheveux courts, son maquillage et sa joie de vivre.

Politiquement et économiquement, la nation se débattait avec les termes des accords de paix et les réparations imposées par le traité de Versailles (1919) qui mit fin à la Première Guerre mondiale. L’inflation, pendant les premières années de l’après-guerre, atteignit des niveaux difficilement concevables.

Sociologie

Pendant la République de Weimar, les universités allemandes devinrent un centre de pensée intellectuelle. La sociologie et la théorie politique (en particulier le marxisme) rencontrèrent la psychanalyse de Sigmund Freud pour donner naissance à la discipline théorie critique développée à l'Institut für Sozialforschung, (également connu sous le nom de École de Francfort) fondée à Francfort-sur-le-Main.

Les philosophes les plus importants avec lesquels cette École de Francfort est associée étaient Erich Fromm, Herbert Marcuse, Theodor Adorno, Walter Benjamin, Jürgen Habermas et Max Horkheimer. Parmi les philosophes éminents non liés à l'école de Francfort se trouvaient Martin Heidegger et Max Weber.

Science

Pendant la période Weimar, beaucoup de contributions fondamentales à la mécanique quantique ont été faites par des allemands, en Allemagne même ou dans d’autres pays. Le physicien allemand Werner Heisenberg a formulé son principe d'incertitude à l’Université de Copenhague, et, avec Max Born et Pascual Jordan, a accompli la première définition complète et correcte de la mécanique quantique, à travers l'invention de la mécanique matricielle.

Göttingen était un centre de recherche en aérodynamique et dynamique des fluides au début du . L'aérodynamique mathématique a été fondée par Ludwig Prandtl avant la Première Guerre mondiale, et le travail a continué à Göttingen. C'est là que le débit de compressibilité et sa réduction dans les avions ont d'abord été compris. Un exemple frappant en est le Messerschmitt Me 262, conçu en 1939, mais qui ressemble plus à un avion à réaction moderne qu’à d'autres avions tactiques de son temps.

Albert Einstein a atteint la notoriété publique pendant ses années à Berlin, le Prix Nobel de physique lui ayant été décerné en 1921. Il a été forcé de fuir le régime nazi en 1933.

Le médecin Magnus Hirschfeld a créé l'Institut de Sexologie en 1919. Hirschfeld était un ardent défenseur des droits des homosexuels, des bisexuels et des transgenres, demandant à plusieurs reprises au Parlement des changements des lois à cet effet. Son institut comprenait également un musée. L'Institut, le musée et la bibliothèque et les archives de l'Institut ont tous été détruits par le régime nazi.

Si nous incluons également Vienne dans la culture de Weimar, le mathématicien Kurt Gödel a publié ses révolutionnaires théorèmes d'incomplétude de Gödel pendant ces années.

Éducation De nombreuses nouvelles écoles ont été établies, avec des méthodes expérimentales d'apprentissage. Certains s'inscrivaient dans une tendance émergente qui combinait la recherche sur le mouvement physique et la santé globale, par exemple des ensembles Eurythmie à Stuttgart. Le philosophe Rudolf Steiner a créé la première école Waldorf en 1919, en utilisant une pédagogie connue aussi sous le nom de méthode Steiner, qui s'est répandue dans le monde entier. De nombreuses écoles Waldorf existent encore aujourd'hui.

Les arts

Les quatorze années de l'ère Weimar ont été marquées par une productivité intellectuelle explosive. Les artistes allemands ont apporté de multiples contributions culturelles dans les domaines de la [littérature], art, architecture, musique, danse, théâtre, et de ce nouveau médium qui était le film.

Les arts visuels, la musique et la littérature ont tous été fortement influencés par l'expressionnisme allemand au tout début de la République de Weimar. En 1920, c’est en revanche la Nouvelle Objectivité qui est devenue prédominante. La Nouvelle Objectivité n'était pas un mouvement dans le sens strict, puisqu'elle n’avait pas un manifeste ni un ensemble de règles. Les artistes qui gravitent autour de cette esthétique se définissent en rejetant les thèmes de l'expressionnisme - romantisme, fantaisie, subjectivité, émotion brute et pulsion - et se concentrent plutôt sur la précision et la représentation du réel.

La revue américaine Kirkus Reviews a remarqué combien l'art de Weimar était politique : farouchement expérimental, iconoclaste et gauchiste, spirituellement hostile aux grand capital et à la société bourgeoise et aux prises avec le militarisme et l'autoritarisme prussiens. Sans surprise, le vieil établissement allemand autocratique y voyait un « art décadent », un point de vue partagé par Adolf Hitler. L'autodafé de livres par des étudiants nazis à Berlin le n'était qu'une confirmation symbolique de la catastrophe qui frappa non seulement l'art et la littérature de Weimar mais toute la tradition des Lumières en Allemagne, une tradition dont les origines remontent à Goethe et Schiller.

L'un des premiers évènements majeurs de la période Weimar fut la fondation d'une organisation, le Groupe de novembre le . Ce groupe fut créé à la suite de l'échec de la Révolution allemande de 1918-1919, quand communistes, anarchistes et partisans de la république se battaient dans les rues pour le contrôle du gouvernement. En 1919, la République de Weimar fut établie. Une centaine d'artistes de tous les genres, identifiés comme avant-gardistes, ont rejoint le Groupe de Novembre. Ils ont tenu 19 expositions à Berlin jusqu'à ce que le groupe soit interdit par le régime nazi. Le groupe a également eu des sections dans toute l'Allemagne pendant son existence et a attiré l'attention de la scène artistique avant-gardiste en organisant des expositions à l'étranger.

Ses membres appartenaient également à d'autres mouvements et groupes artistiques sous l'ère de la République de Weimar, tels que l'architecte Walter Gropius (fondateur du Bauhaus), Kurt Weill et Bertolt Brecht (théâtre agitprop).

Les artistes du Groupe de Novembre ont gardé l'esprit de radicalité dans l'art et la culture allemands caractéristique de l'époque Weimar. Beaucoup de peintres, de sculpteurs, de compositeurs de musique, d'architectes, de dramaturges et de cinéastes qui en faisaient partie, et d'autres encore associés à ses membres, étaient ceux dont l'art serait dénoncé plus tard comme art dégénéré par les nazis.

Arts visuels L'expressionnisme allemand est un mouvement ayant ses origines avant la Première Guerre mondiale. Il continua à exercer une forte influence tout au long des années 1920, bien que beaucoup d'artistes se définissent de plus en plus en opposition à lui.

Dada naquit à Zurich pendant la Première Guerre mondiale pour devenir par la suite un phénomène international. Les Dadaïstes ont rencontré des groupes d'artistes partageant les mêmes idées à Paris, Berlin, Cologne et New York. En Allemagne, Richard Huelsenbeck a créé le groupe de Berlin, dont les membres étaient Jean Arp, John Heartfield, Wieland Hertzfelde, Johannes Baader, Raoul Hausmann, George Grosz et Hannah Höch. Parmi les caractéristiques de leurs œuvres, on peut mentionner les machines, la technologie et le cubisme.

Les artistes de la Nouvelle objectivité n'appartiennent pas à un groupe dans le sens propre du terme. De nombreux artistes peuvent cependant être associés avec lui. D'une manière générale, ils incluent Käthe Kollwitz, Otto Dix, Max Beckmann, George Grosz, John Heartfield, Conrad Felixmüller, Christian Schad, et Rudolf Schlichter, qui travaillaient tous dans des styles différents, mais partageaient de nombreux thèmes : les horreurs de la guerre, l'hypocrisie et la décadence morale, la misère, ainsi que le danger croissant du nazisme.