La bataille de la RC 4 oppose, durant la guerre d'Indochine, les forces du corps expéditionnaire français à celles du Việt Minh, en septembre et , au nord Tonkin à proximité de la frontière chinoise. Ces combats se soldent par la défaite des troupes françaises.
Situation
La route coloniale 4, ou RC 4, est une ancienne route d'Indochine qui a eu une importance stratégique majeure pendant la guerre d'Indochine. Située à l'extrémité nord de l'Indochine (Tonkin) et longeant la frontière avec la Chine sur 200 km, la RC 4 a souvent été l'objet de combats pour les soldats français avec les Pavillons noirs, les Japonais et le Việt Minh.
Cette route, qui reliait Lào Cai à Móng Cái, permettait le ravitaillement des places fortes de Lang Son, Na Cham, , et Cao Bang, et permettait les liaisons avec Hanoi, la capitale du Tonkin, via la RC 1. Elle était surnommée « la route sanglante ».
Circonstances
À la suite d'une visite en Indochine au début de l'année 1949, le général Revers, chef d'état-major de l'armée de terre, rédige un rapport qui préconise l'évacuation de Cao Bang et des postes intermédiaires de la RC 4 jugés inutiles, exposés et dont le ravitaillement épuise le corps expéditionnaire.
L'arrivée du général Carpentier à la tête du corps expéditionnaire en 1949 ravive le débat entre le haut-commissaire Pignon et le commandant en chef en désaccord profond au sujet du Tonkin. Le général Alessandri, fort de son expérience, nommé commandant de la zone opérationnelle du Tonkin, s'oppose par tous les moyens d'influence à une évacuation. L'évacuation, pourtant décidée et approuvée par le gouvernement dès 1949, est dès lors un plan remisé.
Fin 1949, la république populaire de Chine prend le contrôle des zones frontières chinoises, après en avoir chassé les nationalistes de Tchang Kaï-chek. Dès cette date, la Chine accueille des camps d'entrainement du Việt Minh, où des unités sont organisées, formées et équipées de façon moderne, non plus seulement pour la guérilla, mais aussi maintenant pour la guerre conventionnelle, y compris avec des soutiens d'artillerie. La guerre change donc de nature le long de la frontière chinoise, que longe la RC 4. De grandes unités Việt Minh conventionnelles peuvent maintenant opérer, ravitaillées par des lignes logistiques partant de Chine populaire.
Le taux de pertes, l'insécurité des postes militaires, l'usure des unités conduisent à ce constat : le Viêt Minh devient une force militaire dotée de moyens de feux puissants et montrant une mobilité imprévisible. Le soutien matériel et logistique des forces maoïstes lui permet de passer à l'offensive. La décision de repli est prise, mais sa réalisation, à la fois trop tardive et mal conduite, entraîne une sévère défaite du corps expéditionnaire.
Chronologie des événements 25 au Prise de Dong Khê ( et du BM de RTM, CLSM) par la brigade 308 Viêt Minh (TD 88 et TD 102). Prise de conscience de l'état-major de zone des modifications de la menace : le Viêt Minh dispose maintenant d'une armée puissante, équipée d'artillerie.
À partir de 17h00, le BCCP du capitaine Cazaux est parachuté directement sur Dong Khê. Le soir la ville est reprise. Le Tabor marocain rejoint Dong Khê le .
Le commandant en chef prend la décision d'évacuer Cao Bang. L'opération est confiée au colonel Constans qui commande la ZFNE (Zone Frontière du Nord-Est) à Lang SonLe colonel Constans est à la fois chef de corps du REI et commandant de la zone frontière du nord-est. Le colonel Charton doit évacuer Cao Bang et rejoindre la colonne de soutien du colonel Le Page, qui viendra de l'est.
15 au Prise par le Viêt Minh (TD 102 et TD 36) de Dong Khê, défendue par les et du II/ REI. Le point de passage entre la zone à évacuer (Cao Bang) et la zone de recueil (That Khé et surtout Lang Son) est fermé.
Mise en route vers That Khé de la colonne Le Page, constituée du BM du RTM et du GTM (, et Tabors marocains). Le Tabor est en tête et est accroché à partir des falaises, à hauteur de Lung Phai. That Khé doit devenir la base d'une future marche vers le nord-ouest, à la rencontre des évacués de Cao Bang.
17 et Le BEP saute sur That Khé pour renforcer la colonne Le Page.
Le Tabor est replié sur Lang Son pour être aérotransporté sur Cao Bang afin de renforcer la garnison. Il constitue le renfort qui permettra de constituer une colonne d'évacuation. Il ignore la mission future.
Le groupement "Bayard" (Le Page) effectue une opération sur Poma, au nord-est de That Khê. Le BEP et le Tabor accrochent le TD 246 et le régiment de régionaux "Chu Luc" de la brigade 308. Les deux bataillons doivent se replier sur That Khé.
L'opération de diversion "Phoque" est lancée sur Thaï Nguyen à 200 km au sud de Cao Bang sur la RC3 sans renseignements sur la consistance des forces Viêt Minh. Confiée au colonel Gambiez, elle met en œuvre un effectif de , soit 7 bataillons, une Dinassaut et l'ensemble des moyens aériens du Tonkin. Le BCCP saute sur l'objectif le . Ces unités aguerries aux effectifs importants ne seront pas disponibles au moment de l'évacuation des troupes françaises du nord du Tonkin.
octobre Début de l'opération "Tiznit" (colonne Le Page) : les et Tabor, le BM du RTM, le BEP et les partisans doivent rejoindre Dong Khê pour rouvrir le passage vers Cao Bang. Le BEP qui a relevé le Tabor à Loung Phai tente en vain de reconquérir Dong Khê.
L'opération "Thérèse" est lancée : la colonne Le Page reçoit pour mission de venir en renfort de la colonne Charton à Nam Nang au nord-ouest de Dong Khê. Ce même jour, le TD 246 anéantit la du BM du RTM à Na N'Gaum. Durant la nuit du 2 au 3, les et Goums du Tabor sont attaqués par le TD 209 au sud-ouest de Dong Khê. Le Goum du Tabor est quant à lui harcelé par le TD 246 sur le Na Kéo, il devra son salut à l'intervention du BEP mais sera quasiment décimé.
Le Page rassemble les , et du BM du RTM et le Tabor sur les cotes 760 et 765 au sud-ouest de Dong Khê. Ces doivent lui permettre d'établir le contact avec la colonne Charton tandis que le BEP et le Tabor, regroupés sur le Na Kéo et formant le sous-groupement Delcros, restent en protection au sud de Dong Khê. Ils résistent toute la journée mais doivent décrocher le soir face aux attaques répétées des TD 36 et TD 246.
3 au Le sous groupement Delcros essaie de rejoindre Loung Phai mais, attaqué au niveau du « Boulevard de la 73/2 » du Lieutenant F Bailly, par le TD 246, il doit faire demi-tour et retrouver le gros de la colonne sur la cote 765.
La colonne Charton quitte Cao Bang après avoir détruit les fortifications et les munitions restantes. La progression est lente, car la colonne recense 500 civils, deux canons et 30 véhicules. Les coupures de piste effectuées par le Viêt Minh et la longueur de la colonne ne permettent aucune manœuvre.
Sous la pression du TD 246, le Goum doit quitter Loung Phaï et rejoindre la cote 608. Le Goum quant à lui tient la cote 703 plus à l’est. L'après-midi, Le Page replie l'ensemble de ses troupes autour des cirques de Coc Xa : et Tabors et BM du RTM. Sur un ordre transmis en début d'après-midi, la colonne Charton quitte la RC 4 par une piste inconnue, impraticable, qui doit mener à Quang Liêt.
A 18 heures, la section du lieutenant Tchiabrichvili de la compagnie du BEP est anéantie sur la cote 533 par le TD 88.En fin de soirée, le BEP part rejoindre le reste du groupement Bayard. Un détachement de partisans, aux ordres du capitaine Morichère, constitué des , et CLSM est accroché à Quang Liêt. La CLSM reste quant à elle avec la colonne de civils. La 138e est presque anéantie. Le 3/ REI et le Tabor de la colonne Charton se suivent. Le Tabor passe en tête et prend position sur la cote 590 le dans la matinée.
Au matin, le BEP rejoint la colonne "Bayard".Le dispositif Le Page, rassemblé à Coc Xa, est entièrement encerclé par les forces Viêt Minh (TD 36, 88, 102 et 174). La CLSM de Mentec s’installe en défense sur la cote 590 et est rejointe par les et CLSM qui ont été accrochées en tentant d’atteindre la cote 477. Finalement c’est le Tabor isolé, aux ordres du commandant de Chergé, qui parvient à occuper la cote 477, composée de quatre pitons sur 2 km. La pression ennemie est désormais palpable. Le groupement Labaume – indicatif « Rose », constitué à partir de la garnison de That Khé (CCB, et du II/ REI), de parachutistes Thô et d’éléments du Tabor rejoignent juste la cote 608 afin d’établir un recueil.
Le À partir de 3 heures du matin, le BEP tente de percer l’encerclement au niveau de « la source » : dans l’ordre, le peloton d’élèves gradés, la puis la sont anéantis. Le BEP n’existe pratiquement plus mais le passage est ouvert. C’est au tour du Tabor, avec en tête le Goum emmené par le lieutenant Villeneuve, de s’élancer en entonnant "la Chahada" . Le reste de la colonne, qui a abandonné les blessés avec les médecins, s’engouffre dans la brèche et rejoint la cote 477. Le groupe de partisans est lui aussi accroché mais réussit néanmoins à s’échapper de Coc Xa et est rejoint par Le Page. Au matin, la CLSM de Morichère est envoyée en protection sur les crêtes qui dominent Ban Ca. Deux CLSM commandées par le Lieutenant Viltard se portent en recueil à Qui-Chan.Dans la journée, les survivants de la colonne Le Page refluent vers la crête est et s'amassent au milieu du dispositif du Tabor étalé du nord au sud. Des milliers de Viêt Minh (15 bataillons) se lancent très tôt à l’assaut de 477 depuis le sud-ouest et le nord (brigade 308 au sud, TD 209 à Quang Liet, TD 246 au nord vers 590, TD 174 vers That-Khê, ce dernier avec 8 canons, 16 mortiers, 40 mitrailleuses). La CLSM de Ban Ca se replie vers le 36e Goum. Celui-ci réussit deux contre-attaques, décompte 15 Goumiers tués et doit se replier vers le 51e Goum sur ordre. Le GCA, puis le 4e Goum aidé de la CCB du III/3e REI, se défendent pied à pied, mais manquant de munitions et risquant d'être encerclés, rejoignent le Goum plus au sud, repoussant sur un faux plat les lignes d'assaut à la grenade jusqu'en milieu d'après-midi. En fin de matinée, deux compagnies du III/ REI sont emmenées par le commandant Forget à l'assaut du piton sud où s'est installé un appui feu viet. Le commandant Forget est atteint de deux rafales. Il se meurt, assisté de ses légionnaires et du commandant de Chergé. Le 51e Goum et le 3/IIIe REI contiennent la marée ennemie sur deux hauteurs au sud de 477. Lorsque la nuit tombe, il est décidé sur l'insistance des messages radio du commandement de rejoindre That Khé par groupes isolés, dans l'ordre : Tabor en tête, et Tabors, PC, Thos, III/ REI. Le BEP demande sa « liberté de manœuvre » . Charton tombe sur le TD 174 au niveau de Ban Ca où il est fait prisonnier. Les rescapés du BEP (120 hommes environ) tentent quant à eux de passer par l’est. Ils perdent leur chef, le commandant Segrétain. De même, Le Page essaie de rejoindre la cote 608 mais est capturé le . En unité constituée, le Tabor prend la direction sud-sud-est, à l’est de Ban Ca, empruntant le versant boisé de 533 à son nord-est, traversant une piste vers That-Khê sans la suivre, puis contourne la cote 515 à son nord-est (Loung-Louon) et dépasse Cocton par le nord. De nuit dans la jungle, brancardant des blessés, le groupe principal de 200 Goumiers incorpore des rescapés du 1er BEP et échappe aux embuscades. Il rejoint la cote 608 le après-midi.
À 18 heures, le groupement de parachutistes, constitué du GCCPLe BCCP est devenu le GCCP le octobre 1950, In Para d'Indochine, page 59 et d’une compagnie de marche du BEP saute sur That Khé. Il reçoit pour objectif d’atteindre le pont Bascou au nord de That Khé afin de protéger le groupement « Rose » dans sa retraite. À 21 heures, sur ordre, le groupement « Rose » se replie sur la cote 703. Le Tabor atteint That-Khé avec plus de la moitié de son effectif. Des groupes dispersés et amalgamés rejoignent les lisières nord de la plaine et sont transportés en camions.